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Courage et fatuité

Je ne sais pas si je survivrais à mon absence lors de l'évènement historique de ce week-end en Saône-et-Loire. Franchement, à l'heure où la "Nouvelle France" sortait du cul du poulet de Bresse, j'écoutais des historiens et des érudits parler de Léon Blum. Je suis nulle, vous-dis je. Sourde et aveugle. Imperméable et vaccinée. Intéressée par autre chose. Du vrai.


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Tout mon département natal vibrerait donc pour soutenir son président de CG. Tout mon département ? Allons, allons... Je sens qu'une Armorique résistante telle Astérix à Jules, sensible jadis aux accents de tribun professionnel de la politique et honteusement dupée par une sincérité travaillée face au miroir (c'est dire, sa profondeur...), grandit quelque peu.
Non pas que le grand soit dépourvu de talent, d'instinct ou d'idées mais entre l'image médiatique savamment soignée et la vérité des cuisines et de ses commis, au risque de heurter des potes qui, de loin ont la foi montebourgeoise encore vissée à leur carte du PS (ce qui se raréfie au vu des comportements de ses sous-fifres en 71 et au-delà), il y a comme un précipice. Je salue toutefois son obstination à aller au bout de son obsession, qui chez lui prend le portail de l'élysée.
Comment puis-je à ce point manquer de sens politique, rater le vent de l'histoire, qui souffle entre Seille et Saône ? Si vos racines vous attirent, un temps, vers les mirages, il reste l'expérience vécue. Au contact de la basse-cour, poulets, pintades, roquets. Permettez moi de douter. Car le doute, philosophique, (n'est-ce pas Maurice ?), fait avancer. Au contraire des certitudes d'être par déclaration grand-paternelle énamourée et forcément subjective, né pour sauver la France.
J'exprime ma compassion à ceux qui croiront à Frangy-en-baisse. A l'heure ou la lucidité arrivera, il leur faudra bien du courage, comme le chantait jadis, la grande Sophie dans des endroits bien inappropriés et désormais rénovés par la droite...

Donc en dehors des colloques sur Blum, dont je vous conseille le discours de 1946 (qui causait déjà de rénovation du PS, enfin de la SFIO. Léon lui même n'y est pas arrivé, à faire les choses dans l'esprit jaurèssien...) , je suis allée voir Potiche. Où le jeu des acteurs vous apporte, au contraire des faux-culs en politique, bien du positif. Une occasion aussi de recadrer les choses. Et de dire que la vraie star hyperfestive de ce week-end en Bourgogne, c'était lui , Luchini...

 

Et pour éclairer le week-end, une lecture choisie:

« Enfin, la contre-exemplarité, fruit de l'avènement décomplexé, soit cette nouvelle modalité du leadership politique, met en exergue un comportement pronoïaque, ou le contraire de la paranoïa, à savoir le sentiment contenté de soi-même, d'un moi se vivant comme clé optimisante du système, apprécié de tous, celui tant espéré et attendu , celui qui dénoue là ou les autres sont noués.

C'est d'ailleurs un aspect plutot sympathique de la chose, avant que cela ne vire au pathétique. Car le pronoïaque, médiocre parmi les médiocres, est convaincu de son caractère exceptionnel.

A ce titre, il vit toujours des moments exceptionnels, particulièrement dans le récit qu'il en fait.Il est celui qui donne le la, met l'ambiance déjoue l'ennui. Avant lui, il n'y avait ni fête ni destin.

Encore une fois, l'histrion n'a pas le charisme incivil du méchant homme. Il est l'ordinaire fait roi, celui qui invente ou change la règle mais ne la suit jamais, l'idéal des moi infantiles, leur premier fantasme élevé au rang de princeps.

Et s'il n'est pas pervers directement, l'histrion construit néanmoins des processus pervers ou l'autre n'est présent qu'à titre de spectateur de son succès. Première étape d'une désubstantialisation qu'il compte bien lui faire subir. Dans un premier temps, le rendre spectateur donc lui confisquer son pouvoir d'agir. Pour mieux, par la suite, le manipuler.

Hannah Arendt avait tort lorsqu'elle confinait aux seuls régimes autoritaires la capacité de détruire l'ordre interhumain. Se représenter les autres comme inessentiels pour soi et utilitaires peut devenir aussi l'apanage des républiques démocratiques en proie à leurs propres démons. »

« La fin du courage », Cynthia Fleury, Fayard, septembre 2010. politique du courage p.134-135,

 

Tous les commentaires

Comme vous je manque de sens politique sur cette politique là. Celle de la recherche du pouvoir au détriment du devoir, mais je crois que nous commençons à être dans la majorité.

Je trouve la photo de Monsieur le Président un peu trop avantageuse, mais peut être n'en aviez vous pas d'autre.Sourire

 

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