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Des proches de Raymond Soubie prennent le contrôle d'une agence de presse
Fin janvier, lorsque la nouvelle est devenue officielle, le sujet n'a pas beaucoup été développé dans la presse. Tout juste une brève sur lefigaro.fr le 27 janvier, avec un titre pourtant évocateur :"La famille de Raymond Soubie prend le contrôle de l'AEF". Rien de très affriolant au premier abord... Mais quand on creuse, la petite affaire devient gênante pour l'indépendance de la presse. Explications.
L'AEF est une agence de presse spécialisée dans la politique sociale (partenaires sociaux, ressources humaines, retraites, chômage, formation, etc) et la politique éducative. Fondée en 1997, c'est aujourd'hui une petite entreprise de 45 salariés, installée dans un discret immeuble parisien. Reconnue pour la qualité de ses informations, elle s'est fait un nom dans son secteur.
En 2005, elle croise le chemin de Raymond Soubie... qui n'est pas encore le conseiller social du président de la république Nicolas Sarkozy. Raymond Soubie vient alors d'empocher 60 millions d'euros en vendant son entreprise, Altedia, un cabinet de conseil en ressources humaines et restructurations, à Adecco, le numéro un du travail temporaire. Il avait créé Altedia en 1992 avec sa femme, Danielle Deruy, et un professeur à HEC, Philippe Kienast. Avec cet argent, M. Soubie achète une maison à Cavalaire en plus de celle des Alpilles et crée une holding avec sa femme (source : un article de Challenges). Ainsi commence le flirt de la famille Soubie avec l'AEF : la holding du couple acquiert 30 % du capital.
En avril 2008, le président de la république le nomme à ses côtés. Selon Le Point, Raymond Soubie prend alors ses distances avec toutes ses activités privées. Mais fin janvier 2009, la holding Arfilia, menée par sa femme, se lie avec la société Kifilia, présidée par Philippe Kienast, pour accroître leur participation dans le capital d'AEF : les proches de Raymond Soubie en détiennent aujourd'hui 70 %... La rumeur évoque le projet de Madame Soubie de créer une agence de presse spécialisée dans la mode et le people.
Alors quoi ? Faut-il s'inquiéter qu'un conseiller de Nicolas Sarkozy soit le patron indirect d'une agence de presse spécialisée dans des dossiers qu'il traite lui aussi quotidiennement ? La question appelle une réponse positive... a priori, car les portraits que lui consacrent Le Point et Challenges lui font gré d'un grand sens moral et d'un certain détachement vis-à-vis de l'argent. On veut y croire.
Pourtant, on ne peut s'empêcher d'imaginer la scène suivante : mettez vous dans la peau d'un journaliste d'AEF qui va à l'Elysée pour rencontrer une source. Vous croisez Raymond Soubie. Vous savez l'un et l'autre le lien indirect qui vous unit. Vous venez d'évoquer la réforme de l'assurance chômage et l'état des relations entre l'Elysée et les syndicats avec un de ses collègues, et voilà qu'il vous glisse une information confidentielle à l'oreille, "juste pour vous car je sais que vous en ferez bon usage". Vous faites quoi ? Vous obtempérez ou vous considérez que sa tentative relève d'une manipulation politique? Peut-être M. Soubie peut-il aussi vous demander de taire une information. A quoi vous exposez-vous si vous refusez ?
Où est la frontière entre liberté de presse et la sauvegarde de vos intérêts? On aimerait croire que M. Soubie refuse de faire jouer son influence, et croire que Mme Soubie ne parle pas 'presse', ni 'affaires', avec son mari. Qu'en pensez-vous?
-Lire aussi l'article publié par rue89 le 18 février 2009.


Tous les commentaires
Très délicat en effet. On entrevoit comment les journalistes, probablement assez souvent et dans pas mal de situations, et malgré que ce soit clairement contre un principe de "non interprétation des faits", et bien justement sont amenés à jouer de leur propre interprétation, leur propre écriture des faits qu'ils tendraient à inscrire dans une vision personnelle plus globale et plus long terme?
En France, championne du cumul des mandats, la question des conflits d'intérêt, ou plus exactement de l'absence de conflit quand il y a pourtant des intérêts en jeu, préoccupe moins que dans les pays de culture anglo-saxonne, plus exigeants en la matière. Quand on voit comment V. Bolloré s'est construit un réseau d'entreprises bien placées dans l'information et la communication sans que personne ne trouve rien à redire, c'est qu'on accepte facilement ce flou dans les frontières entre les différents intérêts. Télévision, radio, papier, web, sondages, audiences, publicité, production ou diffusion de contenus : il est partout où l'on a des moyens, "légaux", de contrôler l'information et la connaissance, la parole et la pensée... Comment les journalistes qu'il emploie pourraient-ils fonctionner sans s'autocensurer à un moment ou un autre, tant les intérêts de leur employeur sont partout ?
Il fut un temps, pas si lointain, où, quand on acceptait un poste public, on se débarrassait des ses intérêts privés. Ce fut même la raison, je crois, pour laquelle Tapie a vendu Adidas. Et ce n'est pourtant pas un modèle de vertu. Ce temps semble bien révolu.
Le côté petite entreprise est très réducteur. Pas loin de 50 salariés pour une agence qui décline une approche ciblée sur la formation, les RH et maintenant le développement durable, c'est beaucoup. L'AEF grignote le marché des "gros de l'information social" comme par exemple le groupe WKF...avec débauchage à la clé. L'AEF semble être une affaire qui tourne plutôt bien, qui se développe...Parce qu'il y a une stratégie derrière et parce qu'il y a des capitaux. Si les actionnaires permettent de se rapprocher de certaines sources, c'est encore mieux ;o)) En attendant, comme souligné, l'AEF n'a pas été encore taxée d'agence présidentielle de l'info sociale. Les clients de l'agence n'apprécieraient certainement pas...
Le côté petite entreprise est très réducteur. Pas loin de 50 salariés pour une agence qui décline une approche ciblée sur la formation, les RH et maintenant le développement durable, c'est beaucoup. L'AEF grignote le marché des "gros de l'information social" comme par exemple le groupe WKF...avec débauchage à la clé. L'AEF semble être une affaire qui tourne plutôt bien, qui se développe...Parce qu'il y a une stratégie derrière et parce qu'il y a des capitaux. Si les actionnaires permettent de se rapprocher de certaines sources, c'est encore mieux ;o)) En attendant, comme souligné, l'AEF n'a pas été encore taxée d'agence présidentielle de l'info sociale. Les clients de l'agence n'apprécieraient certainement pas...