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L'expo "our body" - ou plutôt "leur corps".... Symptôme d’une société sans repères

Nous sommes dans un monde où tout se vaut, où les mots perdent leur sens : l'écologie a le même poids que la consommation effrénée, la solidarité en discours côtoie le mépris des personnes réfugiées, indignement accueillies, le non-respect du travail du plus grand nombre est jetable car anonyme, comme ces cadavres exposés à Paris et qui vient d’être interdite, enfin.Et on va hurler aux rétrogrades. Car la technique, la science, permettent tout. Mais s’il n’y a plus de conscience, la science n’est que ruine de l’âme… c’est Rabelais qui le disait, il y a bien longtemps.

Cette société dite « post-moderne », dans le sens d’au-delà de la modernité, plus moderne que moderne, qui invente le développement durable ou soutenable mais ne change rien à ses habitudes, qui donne tout à un petit nombre et si peu à des milliards d’êtres humains, est tellement plus que moderne, qu’elle va finir par boucler la boucle et qu’elle est en train de revenir tout en arrière.

La modernité, la technique, excusent-elles que l’on vende à « 30 millions de visiteurs dans le monde » qui n’ont guère tiqué, les intérieurs d’anonymes vendus on ne sait comment et pour quel bénéfice ? Quel est le sens de cette « exposition » ? Nous ne sommes pas dans un muséum d’histoire naturelle qui pourrait faire un travail didactique avec toutes les précautions nécessaires pour que l’homme ne perde pas sa dignité. S’il nous semble normal de découvrir dans des bocaux les monstres extirpés à la naissance, c'est que l'on se trouve alors dans un contexte scientifique, musée de l’excentricité de la nature qui peut nous faire frémir, mais qui montre l’existant.

Ici, c'est de la mise en scène, avec la caution de l’art (l’exposition s’affiche dans un nouvel espace culturel, en plein cœur de Paris…). Cela sent le commerce, pire que ce que devaient être les expositions coloniales où se bousculait une population matraquée déjà par la publicité, flattant le voyeurisme. Ici l'on sent le trafic, la torture, l’irrespect de la personne humaine. Qu’ont été ces hommes vivants ? On s’en fiche, la science a formolé à la méthode moderne « par imprégnation polymérique » ce qui veut dire tout bonnement l’utilisation de plastiques. Elle plastifie et emballe à la fois les corps et les consciences. Code barre, point barre. Il n’y pas de question à se poser, c’est normal, c’est comme la viande que l’on achète dans les supermarchés. Si vous avez l’habitude de la regardez de près, c’est pareil. Le « processus
[est] inestimable pour la recherche médicale dit le dépliant : on cherche la caution médicale. Donc tout va bien, il n’y a pas à avoir d’état d’âme.

 

La science séquestrée par l’argentEt le dépliant jargonne, c’est soft et gentil comme tout, sauf que l’essentiel est ailleurs.

Encore un aperçu du dépliant qui tape là où vous avez des regrets et des manques. Elle a de bonnes raisons à vous vendre, l'exposition qui a fait le tour du monde. Vous qui n’avez pas fait d’études de médecine et qui êtes, sous-entendu- des abrutis. Soyez donc culpabilisés de ne pas savoir. « Car vous êtes-vous déjà demandé où se trouvaient votre foie, votre rate ou votre hypophyse ? » vous dit-on… Moi oui, ça m’est déjà arrivé. Et à pas mal de ceux qui ont visité l’exposition aussi, je suppose. Il suffit d’ouvrir un livre d’anatomie, de regarder des images dans les bouquins des futurs médecins, consultables partout dans toutes les librairies et les bibliothèques, d’aller au muséum d’histoire naturelle aussi.
« En révélant toute la complexité du corps humain, cette exposition permet au public d’avoir un regard de près et en trois dimensions sur l’intérieur du corps ». Ah les trois dimensions ! Vous pouvez vous approcher, renifler ces momies modernes, tourner autour, vous dire que ces gens-là ont vécu, comme vous en ce moment. Le frisson ! Vous sentez vos tripes, c’est comme dans un film « gore », mais vous êtes dans une expo, on ne vomit pas. Et pourtant c’est à vomir. « la méthode garde intactes les structures de tissu les plus fines jusqu’au niveau microscopique, ce qui en fait un processus inestimable pour la recherche médicale. (…) Elle offre de nombreux outils pédagogiques : cartels explicatifs (j’aime cette expression qui ne veut rien dire, mais fait riche), écrans vidéo, audioguide (comme dans les musées), qui donnent au visiteur toutes les clés pour comprendre les mécanismes du corps. » Ah, les clés, j’adore aussi avoir des clés comme celle-là. On me donne tout, on a pensé à tout. J’ai les clés du savoir. Je vais tout savoir. Comme dans Harry Potter, en moins drôle.

Réfléchir par soi-même : attention, danger !

Vous lisez ça et vous n’avez pas à vous poser les bonnes questions, les questions qui vous viennent, peut-être, quand même à l’esprit. Qui sont ces hommes ? Comment sont-ils arrivés-là ? La boutique du prêt à penser n’a pas fini d’avoir du succès car les dépliants, les publicités et les écrans qui vont avec, vous font les beaux yeux de la leçon tous les jours, tous les soirs. Au lieu de vous apprendre à réfléchir.

Qui réfléchit dérape. Je dérape ? Il y a beaucoup de dérapage verbal en ce moment. On dit n’importe quoi. Tout le monde. Seul le Pouvoir est autorisé à bien penser. Vous, non. Si vous insistez, on fera un démenti. Dément-menti. Mentir, c’est normal, c’est la liberté d’expression. Sauf que la liberté de réflexion –très dangereuse si elle n’est pas autorisée, la pensée unique a frayé son chemin-, est confisquée de plus en plus. Déjà des programmes scolaires sont sacrifiés et les professeurs évalués doivent être avant tout efficaces. La philosophie a du mouron à se faire. Normal, la société évolue, les mœurs changent, et les besoins, -ces sacrés besoins-, que l’on vous oblige à avoir, vous dictent notre avenir immédiat : consommer.

 

L’essentiel s’en va, mais on s’occupe de vous pour tout 

Tout va bien, ou tout va mal, c’est la même chose. Vous ne supportez pas le manque de quoique ce soit mais on vous ôte ce qui fait de vous un homme : le boulot, la responsabilité, la dignité et celle de votre vie comme de votre mort. Notre président va rencontrer les hommes qui règnent sur la Chine et qui sont pragmatiques comme lui... On vous surveille, n’ayez aucune crainte. Nous « élites » nous pensons pour vous non-élite, peuple non élu, à cet accès non-autorisé, bien que l'on vous fasse croire le contraire : c'est l'opinion publique qui fait la loi. C'est la démagogie qui fait la loi. Définition pour mémoire de la démagogie : "recherche de la faveur du peuple pour obtenir ses suffrages et le dominer"...

Dernier avatar de cette démagogie. Vous avez rêvé d'un enfant sans pouvoir le faire vous-même ? La société post-moderne vous l'offrira sur le plateau d'une nouvelle loi. Vente ou location, -c’est pareil-, des ventres des mères « porteuses », dernière marchandise corporelle disponible sur le marché. Comme dans les batteries de l’industrie agroalimentaire, tout sera bien surveillé. Pas de souci, les acheteurs seront contents. Les bébés et les mères arrachés l’un à l’autre, c’est de la sensiblerie, voyons. Bientôt on remplacera d’ailleurs les ventres par des post-modernes couveuses d’humains.C'est du même ordre que les cadavres anonymes exposés pour parer à votre paresse intellectuelle et vous affranchir de l'ignorance.

On y va. Tout droit. Quand la veulerie fricote avec l’opulence, l’insanité règne. Au sens propre. Définition d’insanité : « Déraison, folie; état, comportement d'une personne qui est privée de son bon sens, de sa raison ».

C’est aussi celle du pape qui ne sait pas distinguer entre le fascisme et une chrétienté qui pourrait enfin être bienveillante et bienfaisante, parfois devenue socialiste en quelque pays. Lui, la conscience de l’occident où nous sommes, reçoit Bigard en compagnie de notre "chef d'Etat". Les fondamentalistes de tout poil ? Leurs positions deviennent relatives quand leurs soutiens s'expriment sans contradiction : j'ai entendu parler de Talibans "sympathiques" à la radio chez Daniel Mermet ...

Cette société sans aucun repère ne connaît que la sanction qui tombe pour un rien -comme en Chine- pour le quidam et est absente pour des énormités chez les nantis de tout. La France est en passe d’être en pointe : chaque expression de notre président est un ordre, puis une loi.

Mais la loi universelle des droits de l’homme, celle pour laquelle il a fallu se battre et arracher à la sauvagerie de la jungle des plus forts et des plus puissants, cette loi est bafouée sans cesse.

 

« Our body », nous fait complices

 

Cette exposition bien mal nommée ou plutôt au contraire, si bien nommée « our body », « nous » fait complices. Elle ex-pose et im-pose une absence, un anonymat humain et donc de l'inhumanité devenue objet de consommation. Elle extériorise l'intérieur de l'homme nié, non reconnu, qui n’a pas de flamme en souvenir de sa vie. Placé sous pellicule, son faux triomphe est en revanche celui des commerçants qui mettent sa chair en vitrine et que nous consommons.

J’applaudis à l’interdiction de cette « exposition » au nom de principes humanistes et ne veux pas être complices de trafics ignominieux, ni acheter ou vouloir que mes enfants achètent le savoir à ce prix-là.

Nous ne sommes pas dans un muséum d'histoire naturelle, cette exposition est un objet non identifié de la non-culture. Nous ne sommes pas non plus dans ce qui pourrait s'apparenter à de l'art alors que l'art fait appel à l'imaginaire. Jérôme Bosch, si angoissant dans ses visions, était mille fois plus percutant pour booster l’imaginaire et le vécu. Il touchait à l'âme et au cœur, aux émotions et à notre condition d’humains fragiles. Ce qui est « exposé » là touche à l'estomac et donne envie de vomir. Si l'art se fait complice de ce type d’exposition, c'est c'est grave et nous risquons bien ne n’avoir encore rien vu ! 

Tous les commentaires

Pour servir la science (être disséqué et suite) il faut avoir donné son autorisation de son vivant. Il est inimaginable que les personnes dont les corps sont exposés ne l'aient pas fait. Donc pas de manipulation du corps. L'utilité est néanmoins plus que discutable. Je pense que dans ce cas, il y a eu un scientifique qui a proposé une nouvelle méthode de conservation par injection de ce polymère.Il y a dû avoir validation de cette procédure. Dans un second temps, s'étend rendu compte que cette "opération" était très couteuse, il s'est trouvé quelqu'un pour en proposer l'exposition payante, histoire de rentrer dans ses frais. On y a ajouté une dose "d'artistique" idiote et, curiosité aidant, le tour était joué! C'est tout. Bref, une idée scientifique au départ ayant dégénéré en opération charlatanesque ensuite. C'est tout.

Et oui, le libéralisme c'est le matérialisme absolu. Tout se vaut, les molécules de plastoque et celles de chinetoque. Y qu'à mélanger et faire voir. La marchandisation de l'humain est devenue banale. Et puis vous êtes libre d'aller voir ou de ne pas aller voir. C'est ça la liberté libérale, pas de scandale, pas de morale. Quant à la liberté du chinetoque ... qui s'en soucie, face aux millions de visiteurs libres, que pèsent les molécules d'un chinetoque libre ? Et oui, dans le libéralisme, on finit toujours par être le chinetoque de quelqu'un ou celui de millions de gens. Tout se vaut et plus rien ne vaut rien comme vous le dites. Nous avons ici une petite illustration de la barbarie finale que porte le libéralisme philosophique. Je vois que très nombreux sont encore ceux qui continuent à faire naïvement la critique du néolibéralisme sans se rendre compte qu'il n'y a aucune rupture entre libéralisme et ''néolibéralisme'' ; mais bien un continuum indivisible. Le dernier n'étant que l'antépénultième forme du premier avant son stade d'évolution final qui est la barbarie. libéralisme et communisme sont les deux faces d'un m^me matérialisme ; c'est la raison pour laquelle nous observons une convergence finale entre la Chine et l'Occident. Tous individualisés, tous différents et néanmoins semblables, tous libres au millieu de molécules libres. Votre billet est fort opportun, je prolonge votre pédagogie en essayant de synthétiser tous les développements qu'elle porte.

"Le dernier n'étant que l'antépénultième forme du premier avant son stade d'évolution final qui est la barbarie. libéralisme et communisme sont les deux faces d'un m^me matérialisme ; c'est la raison pour laquelle nous observons une convergence finale entre la Chine et l'Occident. Tous individualisés, tous différents et néanmoins semblables, tous libres au millieu de molécules libres." Vous dites beaucoup de choses pour compléter ce papier surgi des tripes si l'on peut dire .... et sur ces choses j'ai envie d'échanger : en effet, il y a un continuum dans tous les aspects de notre vie désormais globalisée : l'amoralité du capitalisme ou l'amoralité de la vie - car c'est l'adaptation seule qui règne et les inadaptés sont les exclus de tout- fait que la question de la conscience morale (le mot morale fait fuir et l'interdiction de l'expo est sujet dérivatif pour oblitérer le débat) est au coeur de tout. La référence au spirituel ou au religieux évite la référence à la pensée laïque, c'est-à-dire hors tout lobby religieux ou spirituel. C'est au fond cette question-là que je me pose et qui nous est posée aujourd'hui aujourd'hui avec la science immaîtrisée et le tournant que nous vivons et que nos enfants vont vivre. Avec quel bagage intellectuel et philosophique ? C'est l'instruction, -vous parlez de "ma pédagogie", c'est cela que j'essaie aussi de faire voir ou entendre avec mes mots simples. Nous sommes plus que jamais dans le grand tout et plus que jamais exclus de ce grand tout par quelques uns qui captent la vie des autres. Quelle évolution ou "révolution" faut-il faire pour éviter une plus grande barbarie encore que celle de la dernière guerre sinon la prise de conscience et le travail individuel et collectif sur notre survie dans un monde qui s'étroitise et se droitise ?

Et oui, le libéralisme c'est le matérialisme absolu. Tout se vaut, les molécules de plastoque et celles de chinetoque. Y qu'à mélanger et faire voir. La marchandisation de l'humain est devenue banale. Et puis vous êtes libre d'aller voir ou de ne pas aller voir. C'est ça la liberté libérale, pas de scandale, pas de morale. Quant à la liberté du chinetoque ... qui s'en soucie, face aux millions de visiteurs libres, que pèsent les molécules d'un chinetoque libre ? Et oui, dans le libéralisme, on finit toujours par être le chinetoque de quelqu'un ou celui de millions de gens. Tout se vaut et plus rien ne vaut rien comme vous le dites. Fini le respect humain. Nous avons ici une petite illustration de la barbarie finale que porte le libéralisme philosophique. Je vois que très nombreux sont encore ceux qui continuent à faire naïvement la critique du seul ''néolibéralisme'' sans se rendre compte qu'il n'y a aucune rupture entre libéralisme et ''néolibéralisme'' ; mais bien un continuum indivisible. Le dernier n'étant que l'antépénultième forme du premier avant son stade d'évolution final qui est la barbarie. Libéralisme et communisme sont les deux faces d'un même matérialisme ; c'est la raison pour laquelle nous observons une convergence finale entre la Chine et l'Occident. Tous individualisés, tous différents et néanmoins semblables, tous libres au milieu de molécules libres et par dessous tout, le dernier mot au plus fort, à celui qui dispose de l'argent, du pouvoir, des médias. Votre billet est fort opportun, je prolonge votre pédagogie en essayant de synthétiser tous les développements qu'elle porte. Au bout du libéralisme, c'est bien la barbarie et la loi du plus fort car ce système est contraire à la nature de l'homme qui est sociale et solidaire, douée d'une pensée et d'une âme qui ne sont pas que d'essence matérielle. Finie l'obligation des forts à l'endroit des faibles, finis le respect humains et toutes les valeurs classiques.

bravo pour cet article : je partage ce point de vue ! quant à vouloir montrer l'anatomie de l'humain, il y a aujourd'hui l'informatique et la 3D. De plus nous vivons dans une société où le cadavre doit être inhumé et non exposé. Cette "exposition" our body me donne la chair de poule !

Je ne partage pas votre point de vue, je ne reprends pas les arguments, je les ai exposés ici : http://www.mediapart.fr/club/blog/dominique-bry/220409/epique-etique-ethique

kairos Je vous rejoins, chère Christine, ce désir de repères, cet appel au balisage, en un mot à la censure par les" bonnes moeurs" et autre bienséance, donne le vertige... Et nul doute qu'il ne triomphe... Au fond, le scandale des esprits bourgeois devant les collages de Braque, l'urinoir de Marcel Duchamp ou les toiles de Pollock a toujours lieu, quelque soit l'époque?

C'est bien ce qui m'inquiète...

C'est bien pour cela que c'était fait : in-quiéter. Déranger la quiétude, non?

Et c'est en celà que cette interdiction est en elle même, par essence quoi, un acte poétique, au sens fort... Car cette interdiction inquiète Christine ; elle inquiète tous les tenants de l'ordre culturel, elle dérange, cette interdiction... Elle nous remet en question, elle nous bouscule grave le tabou... Cette interdiction fait le boulot d'une oeuvre d'art, non ?

Il me semble, oui. Vous aussi vous êtes parti ? Quelle idée !

j'aime pas trop cette exposition et en même temps j'aime bien, c'est assez dérangeant, mais je pense que je n'aime pas trop je préfère hirst qui le fait avec des animaux ou des jouets en plastiques, cela touche à la dignité humaine sans davantage de plus value qu'un atelier de médecine cela n'a donc aucun autre intérêt que celui d'un spectalce dérangeant visant manifestement uniquement à choquer, je considère qu'il n'y a aucun art que celui de travailer avec des matériaux humains. symptome du dépassement de notre condition humaine, mais d'une façon qui me semble désuète.

Ce n'est pas une expo directement artistique. Le rapport vient du fait que les cabinets d'anatomie, les morgues, etc. ont fait partie de l'histoire de l'art, d'un renouvellement, d'une modernité, du 18° siècle à aujourd'hui. Que des artistes contemporains travaillent toujours sur les écorchés, le formol, etc, comme Damien Hirst que vous citez. Ce que je reproche à l'interdiction (à la censure), c'est de se draper derrière les droits de l'homme etc. pour masquer une infantilisation du public, à chacun de choisir. Je ne dis pas qu'il faut aller voir cette expo, je n'y étais pas allée avant la décision de justice, pas sûre d'y aller de toute façon, mais ce retour à l'ordre moral, ces décisions prises "d'en haut", ça me débecte. Bien plus que les cadavres exposés.

une façon sans doute de vous faire accepter l'inacceptable en vous opposant à ce qui semble une restriction de vos libertés par la censure, c'est une forme " d'art " si l'on peut parler de cette exposition ainsi, qui reflète une idéologie de la déshumanisation. faut-il que les hommes soient tordus pour avoir de telles idées et de s'en féliciter ou de s'en complaire je ne pense pas que l'on puisse comparer l'indignation que représente cette " exposition " a celle suscité par les esprits bourgeois face aux travaux de Braque ou de Duchamp, on ne peut pas tout accepter ou tolérer sous le prétexte d'une quelconque modernité.

kairos Mais oui, les hommes (et les femmes! et les enfants!) sont tordus... Savez-vous que "les 120 journées de Sodome", du divin Marquis, est publié dans la prestigieuse collection "La Pléiade"et que du point de vue d'une idéologie de la déshumanisation, il y a "matière"?... Si la Cité n'accueille pas le "dieu fou" de l'art, se protège-t-elle? ou prépare-t-elle son désastre par l'éternel retour du même refoulé? Relire "les Bacchantes" d'Euripide? Cordialement.

les enfants parlons-en, songez a amener concrêtement des enfants dans ce genre d'évenements culturels ils vous en remercieront grandement par leur sourires émerveillés de l'inventivité sans borne du génie humain, cela ne vous choque pas un tant soit peu, vous ne préférez pas d'autres spectacles ? quel intérêt ? les hommes ou les femmes ou les enfants ne sont peut-être pas tordus, lorsque je dis homme c'est l'homme et son système, la plupart des uns ou des autres sont malheureusment tributaires d'un système qu'ils ne décident pas, ce système qui propose l'obscénité de corps ainsi exposés me semble un peu dérangeante, et déshumanisante, les orgies d'ordres bacchanales ou gomorriennes du " divin marquis " n'ont aucun rapport avec ce mode d'expression, il sagit éventuellement d'une forme de décadence, mais que je ne juge pas constructive. le " dieu fou " de l'art, peut être une bonne ou une mauvaise folie

kairos Et si l'obscénité était aussi une échappée hors du "système", hors de ce qui fait système? La dépense sans réserve, sans accumulation capitaliste, Bataille parle de ça très bien, si je ne me trompe... Par ailleurs, la destruction de "l'art décadent", au nom d'une certaine moralité sociale (appelons les choses par leur nom), s'est souvent accompagnée de celle des corps, et en masse! L'art relève de la représentation; il interprète le monde davantage qu'il ne le transforme;, il restitue tout ce que nous sommes, il n'incite à aucune débauche que nous ne cherchions d'avance... Un jeune homme ayant commis un meurtre après avoir lu "L'étranger" de Camus, certaines voix accusèrent le livre, qui comme chacun sait raconte un meurtre par-delà le bien et le mal, à l'exemple de l'absurdité même de la vie... N'est-ce pas ce débat qui se poursuit, à travers toutes les époques et toutes les circonstances?

Kairos 12h01, "Et si l'obscénité était aussi une échappée hors du "système" Suis pas tout à fait sûre que l'obscénité dont vous parlez et l'enjeu de cette expo soient du même ordre !

kairos Je pensais à l'obscénité en général: figurer l'infigurable, excéder la parole par les mots, quelque chose comme ça... Le hors champ qui se montre... comme hors champ... Ce qui ne va pas sans violence (je précise: symbolique!)... Ne croyez-vous pas que "Le déjeuner sur l'herbe" était aussi "obscène" sous le Second Empire que cette exposition aujourd'hui? Et "Eden, Eden, Eden", par exemple, qui malgré la caution de 3 préfaciers célèbres fut interdit sous Pompidou, on en revient là? Si critique il doit y avoir, ne relève-t-elle pas de l'ordre artistique et non du polico-moral? Que les visiteurs réagissent, s'indignent, pourquoi non? Mais que l'Autorité administrative frappe... ne serait-ce pas ça l'obscénité? Amitiés.

Oui Kairos, dit comme ça, oui. But : ce que je dis plus bas déplace légèrement les lignes et demande peut être d'autres outils pour critiquer l'expo. Que les motivations du juge soit la morale, je n'en sais rien, que la motivations du misée de l'homme dans son refus d'accueillir l'expo soit aussi de la pruderie, peut être ...les motivations sont sans doute multiples. Et on peut penser aussi que crier sus aux moralistes dans cette affaire, c'est se parer un peu prestement du panache de la liberté artistique et de son audace, et tout le toutim. Rien d'agressif contre vous ici, une impression que j'ai parfois. Mais on ne peut s'empêcher de penser que cette expo-là (voir mes précisons + bas) pose de réels problèmes, et pas là forcément où on le croit. Je suis assez persuadée que le monde néo-machin nous réserve bien des petites démarches un tantinet perverses pour faire du blé.

kairos Là, je ne vous contredirai pas... Et ne pourrait-on voir justement un constat, une mise en évidence, dans cette exposition, de ce que vous dénoncez?

Euripide ! wow ! comme tu y vas Kairos, ça ne serait pas un peu trop moderne ? ;-))

"les enfants parlons-en, songez a amener concrêtement des enfants dans ce genre d'évennements culturels ils vous en remercieront grandement par leur sourires émerveillés de l'inventivité sans borne du génie humain," Un juge en a décidé pour vous... vous préférez ce type de censure au choix raisonnable de chacun ? vous préférez qu'on vous infantilise justement ? Là, oui, nous sommes "tributaires d'un système", mais dans le sens exactement inverse de ce que vous croyez, un système hypocrite, moral, rétrograde.

C'est quoi être rétrograde ? J'ai trouvé sur un autre débat, (épique, étique, éthique) un peu le même genre de pensée que la vôtre que j'aimerais que vous me précisiez. Dans cet autre débat, il y avait un consensus qui se dégageait pour rapprocher cette expo du tollé d'un bourgeois lisant Zola dans le Figaro de l'époque. Et Zola répondait : La « littérature putride » ne nourrit pas ses auteurs. Le public n’aime pas les vérités, il veut des mensonges » J'ai écrit que j'étais contre cette exposition "our body" non pas pour faire de la "morale" ni sur un coup de violence. Il faut lire (ou relire !) en effet la réponse de Zola car c’est une belle page d'intelligence : « Vous accusez presque MM. de Goncourt d’être « trivialistes », uniquement pour être lus. Eh ! bon Dieu ! vous ne savez donc pas qu’on a vendu trente mille exemplaires de Monsieur de Camors, et que Germinie Lacerteux n’en est qu’à sa seconde édition. Croyez-moi, monsieur, laissez en paix les romanciers consciencieux. S’il vous faut dévorer quelqu’un, dévorez nos petits musiciens, nos petits faiseurs de parades, ceux qui font vivre le public de platitudes. Un dernier mot. J’ai évité de parler de moi. Permettez-moi pourtant de vous dire que, si j’ai été parfois intolérant, comme vous me le reprochez, jamais je n’ai écrit un article qui pût écœurer et faire rougir mes lectrices. Je vous défie de trouver dans la collection de L’Événement, une seule phrase signée de mon nom que vous ne puissiez mettre sous les yeux d’une jeune fille. Quand j’écris un livre, j’écris pour moi comme je l’entends ; mais, quand j’écris dans un journal, je le fais de façon à pouvoir être lu de tout le monde. (Quel homme ce Zola !!! On est loin de l'entre-soi de pseudo intellectuels immodestes !) Si j’avais une fille, monsieur, après avoir jeté un coup d’œil sur le numéro du Figaro où se trouve votre lettre, j’aurais brûlé ce numéro. Émile Zola" Ce que j'écris, sur cette "exposition" de "Our body", n'a absolument rien de commun avec ce que vous dites. Mais vous avez le droit absolu de le dire, comme dirait Voltaire. Toutefois je soupçonne que ce que vous dites arrange bien des gens qui ne veulent pas y voir autre chose que ce qu'Ambroise Paré a osé faire en son temps et qu'il a pu faire quand même (Dieu soit loué ou vendu, je m'en fous). Ambroise Paré l'a fait avec l'esprit de curiosité et d'intelligence d'un chercheur et d'un médecin. Ce qui nous est présenté dans cette exposition touche à bien autre chose que la recherche des écrivains ou celle des scientifiques. Elle touche à ce qui fait une civilisation : le respect de ses morts. Si ces gens exposés, disséqués, avaient donné de leur vivant leur corps à la science, il n'y aurait pas de polémique ou alors une polémique vite éteinte par des arguments comme ceux qui ont entouré Zola, Paré (ou encore Bacon et bien d'autres qui ont leurs fantasmes et c'est leur droit du moment qu'ils ne font pas de mal à autrui). Non, le débat ici qui doit avoir lieu et que cette société ne veut pas voir, parce que la pensée unique -capitaliste ou néocapitaliste ou post-moderne, nommez-là comme vous voudrez- l'en empêche. C'est l'utilisation mercantile, la chosification de l'être humain qui est en cause. Cela passe par cette exposition, mais aussi par la probable légalisation des mères porteuses, et la vente d'organes dans les pays pauvres. Le problème de notre société est qu'elle ne se demande plus jamais au détriment de qui elle gagne mais qu'elle s'intéresse exclusivement au gain pour quelques uns -et pas au don non plus d'ailleurs, (il est en outre défalqué des impôts, si jamais ! le charity business -business- est un avatar sur la même question). Nous sommes en train de franchir des frontières qui ne nous permettront plus de revenir en arrière. La science ne peut pas être mise entre les mains de tous, MAIS LE SAVOIR OUI ! L'utilisation de la science sans conscience (Rabelais) n'est que ruine de l'âme. On y est. Et c'est d'autant plus grave que les repères s'estompent et que l'interdit de cette exposition est, lui, défendu. Au nom de quoi ? De la liberté d'expression !? De la liberté tout court !? Mais de quelle liberté parle-t-on ? De la liberté du plus fort, de la liberté de la jungle, de la liberté "scientologue" peut-être aussi qui professe que pour garantir le "progrès de l'humanité" (quel progrès ?) il faut être capable d'éliminer les plus faibles ? Et si c'était les plus faibles, -dans le sens vulnérabilité- (d'ailleurs les forts ne connaissent pas leur faiblesse et c'est grave) qui faisaient notre humanité ? C'est ce que Zola démontre à longueur de bouquins, le citer, c'est bien, mais le lire est encore mieux. C'est tout le contraire que montre cette expo qui fait du fric sur des trafics ignobles et dont on ne voit d'ailleurs qu'une partie de l'iceberg !

c'est à dire que l'expo a été interdite, je ne comprend pas, elle a été montée à paris dans un musée puis interdite ? c'est bien cela, - si c'est cela , ce n'est qu'une polémique, a grand frais certes, mais juste une polémique sur l'odieux rendu défendable par qui s'oppose à ceux contre lesquelles il faut s'opposer parceque ils censurent et légifèrent. ou simplement qu'on ne peut pas tout tolérer, malgré le n'importe quoi ambiant lorsque c'est sans intérêt pour simplement choquer. artistiquement ou culturellement je suis plutot contre ce genre d'expression je ne juge pas qu'elle vienne combler un manque de notre représentation esthétique politiquement, ou sociologiquement le débat que crée ce non evénement m'interroge sur la perception, le renversement ou la confusion de nos " valeurs "

L'expo a été présentée un peu partout dans le monde, vue par plus de 30 millions de personnes (ce qui n'est pas un gage de quoi que ce soit), elle a été présentée à Lyon. Vue à Lyon. C'est Paris qui a déclenché les foudres (les associations qui ont réussi à faire interdire avaient dû commencer leurs plaintes dès Lyon, je suppose). L'expo a débuté le 12 février, elle est interdite depuis hier.

L'expo "Our Body"n'est pas la seule du genre : "Bodies", "The Universe Within" ou "Bodyworlds"... la première datant de 1995 au Japon. Présentée à Lyon et Marseille, avec respectivement 100 000 et 35 000 visiteurs, Paris a enregistré 120 000 visites (source Le Monde.fr), et même si des actions avaient été engagées à Lyon, l'expo n'a pas été interdite, contrairement à ce qui vient de se passer Paris. Bien sûr que ce type d'expo pose des questions d'éthique et de morale. Là n'est pas la question. La question importante est celle de la censure, qui nous empêche désormais de nous forger une opinion, seuls. On ne peut reprocher dans le même temps l'uniformisation de la pensée, et prôner son contraire en agissant de la sorte. C'est instiller un peu plus notre connaissance dans une pensée unique que nous n'avons pas choisie. Puisque d'autres ont décidé à notre place de demander l'arrêt de l'exposition. Et ce, quelles que soient leur motivations, fondées ou non. Nous ôtant ainsi notre droit à nous interroger nous-mêmes. L'article du Monde cite le cas du Cavalier de l'apocalypse de Fragonard... faut-il fermer le Musée de Maison-Alfort ? 1f56770.jpg(c) AFP/Musée de l'Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort

Je suggére modestement de méditer sur le cadavre d'un enfant touché par un obus de 50, par exemple. Au choix : Palestine, Israel, Afghanistan... C'est vous qui choisissez. On peut aussi les importer au Grand Palais, pour faire réfléchir le bourgeois. Il y a tellement de cadavres, chez nous. Ou mieux : exposer des clochards vivants! Génial, non?

Je ne vois vraiment pas le rapport... Bon, sujet clos pour moi, inutile de débattre quand deux visions de l'art, du témoignage, du monde sont sourdes l'une à l'autre. Si les valeurs sont telles, ce ne sont pas les miennes. Je vais relire la préface de Mademoiselle de Maupin, je ne saurais trop conseiller aux partisans de l'ordre moral de faire la même chose. "Une des choses les plus burlesques de la joyeuse époque ou nous avons le bonheur de vivre est incontestablement la réhabilitation de la vertu entreprise par tous les journaux, de quelque couleur qu’ils soient, rouges, verts ou tricolores. La vertu est assurément quelque chose de fort respectable, et nous n’avons pas envie de lui manquer, Dieu nous en préserve ! La bonne et digne femme ! (...) mais il me semble naturel de lui préférer, surtout quand on a vingt ans, quelque petite immoralité bien pimpante, bien coquette (...) Les journalistes les plus monstrueusement vertueux ne sauraient être d’un avis différent, et, s’ils disent le contraire, il est très probable qu’ils ne le pensent pas. Penser une chose, en écrire une autre, cela arrive tous les jours, surtout aux gens vertueux" "plutôt aux pommes de terre qu’aux roses, et je crois qu’il n’y a qu’un utilitaire au monde capable d’arracher une plate-bande de tulipes pour y planter des choux. À quoi sert la beauté des femmes ? Pourvu qu’une femme soit médicalement bien conformée, en état de faire des enfants, elle sera toujours assez bonne pour des économistes. À quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l’inventeur de la moutarde blanche ? Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. " http://www.ebooksgratuits.com/html/gautier_mademoiselle_maupin.html?bcsi_scan_D99544420D78AF92=0&bcsi_scan_filename=gautier_mademoiselle_maupin.html

kairos chère Christine, cette préface vient à point et en poche d'être rééditée par "les Cahiers de l'Herne", en même temps qu'un inédit de Cioran "De la France"...

kairos Et que dire de Géricault, peignant des fous hallucinés, des têtes tranchées, sans aucun égard ni respect humain? Et Francis Bacon? N'est-ce pas insoutenable, Francis Bacon? Imagine-ton une de ses toiles sur le calendrier des PTT? Ou serait-ce que désormais la peinture n'est plus prise au sérieuse? Et que là, c'est la proximité, voire la confusion avec le réel, qui gêne? L'image nous montrerait ce qui "manque" dans le réel? On ne pourrait plus ne pas voir ces cadavres, ces "clochards", que nous croisons d'ordinaire d'un regard vide? L'art servirait à "ça"?

Oui, je n'ai pas eu l'idée en écrivant d'ajouter ça ! Les expos photos sur ces sujets ne draînent pas autant de monde !!! Je suis atterrée par le foin que l'interdiction peut faire... Comme si on ne pouvait plus jamais rien interdire au prétexte que la censure est intolérable. Mais si l'on confond la censure avec la transgression mercantile des tabous qui nous aident à nous construire en tant qu'être humains responsables et connaissant les limites, il ne faut pas s'étonner. Alors n'interdisons plus l'inceste, le viol, le meurtre... Mais en revanche continuons d'admettre sans broncher puisque nous sommes devenus en effet des irresponsables, les caméras partout, la loi Hadopi, les radars partout aussi ... Plus nous serons irresponsables plus nous aurons droit à des interdits imbéciles et plus nous serons obligés de les admettre. L'enfermement n'est pas où l'on croit et les assistés ne sont pas non plus ceux que l'on désigne du doigt !

Ah oui, je pense, fermons Maisons-Alfort, brûlons les livres déshumanisants, allons-y à fond !! Au secours...

A Christine, Kairos et les autres : je comprends tout à fait cet élan que vous montrez contre la pruderie morale, je n'insiste pas. Je la partage, Bataille, Sade, Pasoilini (un de mes phares dans ce siècle)...... . Mais, cette expo pose un autre problème, de mon point de vue, peu évident, peu explicité : * les corps viennent d'Asie, de Chine, et on dit que leur donation à la science a fait l'objet d'un accord. Soit, c'est bien. * chaque corps a fait l'objet d'un travail de "plastination" de 2000 à 3000 heures. (il y a une vingtaine de corps) Soit. Ca fait beaucoup de sous. * l'expo a tourné aux USA entre autre et a reçu des millions de visiteurs. Soit. Juteux. . Au final, n'y aurait-il pas une autre forme d'obscénité que celle que vous dénoncez à grands cris, Christine ? . Je propose une alternative : on recommence l'expo en prenant les corps d'américains et de français (l'expo leur est destinée et pas aux pays d'orient), et on informe d'abord les familles de cet usage-là, à savoir une expo-spectacle, comme on faisait au XIXème siècle dans certains barnums - expo de foetus monstrueux dans le formol, de membres déformés ... Ici,ce n'est pas du tout une expo qui montre une démarcher artistique, ayez la gentillesse de ne pas tout mêler. Si Sarko ou vous, ou moi, on veut donner sa grand-mère ou son mari décédés récemment, pas de problème.

kairos Quand Bataille illustre son livre "l'érotisme" avec une photo d'un chinois supplicié n'est-il pas déjà dans la forme d'obscénité que vous dénoncez? Il n'aurait certainement pas mis une photo de sa grand-mère ou d'un autre de ses proche... Et quand Lautrec fait poser une prostituée, ne participe-t-il pas quelque peu à la traite des blanches? J'exagère, d'accord, mais il y a tout de même de ça, il me semble... Si l'artiste, en tant que personne, pour réaliser son oeuvre, a commis des actes répréhensibles (trafic de cadavres, par exemple), il y a les tribunaux, comme pour n'importe qui... Mais de toute façon l'oeuvre concerne le jugement de goût, la critique des formes, pas la morale sociale... Si Sade viole et tue, il faut le poursuivre et le condamner, ... mais pas "Les 120 journées de Sodome" (d'ailleurs, une lecture à peu près impossible jusqu'au bout sans la nausée, d'expérience, et selon plusieurs "avis experts"!) qui dépend d'une sentence littéraire uniquement... Enfin, je vois les choses ainsi...

Je ne crois pas Kairos ! 1. Bataille est dans une démarche profonde de recherche. 2. il n'est pas question chez Bataille de "vendre" (vous me comprenez) son travail où il expose ces corps. Sinon je suis absolument d'accord. J'insiste ici, Kairos, ce n'est pas une "démarche" de recherche et de création c'est plutôt du barnum. Je ne pose d'ailleurs pas du tout la question au niveau moral mais plutôt au niveau de "faire de l'argent avec ..." Maintenant peut être ne faut-il pas l'interdire, c'est encore un autre débat. Faut-il interdire ce qui fait de l'argent avec les corps ? on me répondra, pourquoi pas si c'est avec l'accord du propriétaire du corps ! en effet. Là est donc le problème.

kairos Faut-il interdire ce qui fait de l'argent avec les corps? Vous ouvrez un autre débat... qui rejoindrait les mères porteuses, par exemple? Ou la prostitution? Et à la limite certains travaux de force? Sans maîtriser le sujet, loin s'en faut, j'inclinerais politiquement et moralement à répondre non, à l'instinct, qui est parfois trompeur en ce qui me concerne... Mais sur l'argent et l'art, qui me semble le problème posé, on considérait aussi que la peinture abstraite était une escroquerie, un "barnum"... Et je n'exclus pas que cela ait été et soit encore quelquefois le cas... C'est, plus sérieusement, un moment novateur de l'histoire de l'art, que tel ou tel petit trafic ne peut abolir. Nous verrons si ces sculptures frappées d'interdit y prennent place, ou si elles s'avèrent la simple manie d'un névropathe ayant le sens du buseness... N'empêche, pour ma part, je relie cet épisode judiciaire au retour d'un ordre moral, que d'aucuns diront juste, et avec lequel il va falloir que compose les créateurs, une vieille habitude...

Je ne crois pas au fond qu'il s'agisse de ça dans l'expo : "je relie cet épisode judiciaire au retour d'un ordre moral, que d'aucuns diront juste, et avec lequel il va falloir que composent les créateurs, une vieille habitude.." Ceci est effectivement un problème récurrent dans la société, mais ici je me pose vraiment la question : les corps de qui ? (voir plus bas dans ma réponse à Christine.)

kairos Les corps de qui? Là, je ne sais... Je suppose que si on admet qu'un cadavre puisse être donné à la science, il doit pouvoir l'être à l'art... lequel ne le découperait pas dans des jeux de carabins, mais d'une certaine façon le restituerait à son mystère? Maintenant s'il s'agit d'un trafic ou d'une exploitation éhontée de la plus noire misère humaine, comme vous je tique moralement... Mais est-ce bien de cela dont se serait rendu coupable l'artiste?

Le problème est entre autre celui de l'origine de ces corps ; l'organisme Encore events, qui est à l'origine de l'expo. n'a pas répondu à la demande ! Il y a de fortes suspicions que ce soient des chinois ( peut être condamnés à mort ...) Vous savez, il me semble que c'est moins un problème de morale que d'interdit symbolique qui est outrepassé : que fait-on d'un mort ? qu'est-ce qui nous autorise à utiliser le corps du mort pour être montré en public ? ne touche-t-on pas à un interdit symbolique du même ordre que l'interdit de l'inceste, c'est à dire de ceux qui structurent le corps social ??? Bien sûr qu'un interdit (au sens de tabou fondamental) peut être violé (ça arrive tous les jours hélas), mais cela ne peut pas se faire avec l'assentiment silencieux de la société, non ? Moi, c'est tout ça que ça remue ... On peut tout à fait fabriquer des corps, les exposer, etc ...c'est un autre problème.

Faut-il interdire ce qui fait de l'argent avec les corps ? on me répondra, pourquoi pas si c'est avec l'accord du propriétaire du corps ! en effet. Là est donc le problème. En effet, il est là est le problème et ce sera le problème dans un monde où il y aura de plus en plus de misère : vente d'organes, mères porteuses, vente de corps, c'est la même chose ! Peut-être y-aura-t-il même des sociétés cotées en bourse pour ça ! (comme pour les subprimes ? des actifs pourris qu'ils disent aujourd'hui ?)

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Oui, il y a un souci de serveur, j'ai le même problème, on me dit que le commentaire de Kairos auquel je veux répondre n'existe plus. Pas trop grave, je voulais juste dire que je suis totalement d'accord avec lui, de a à z, inutile de répéter, moins bien, ce qu'il a dit, très bien.

Rigolo ! des messages apparaissent puis disparaissent. Après "our body", grand spectacle de magie !

Et c'est en celà que cette interdiction est en elle même, par essence quoi, un acte poétique, au sens fort... Car cette interdiction inquiète Christine ; elle inquiète tous les tenants de l'ordre culturel, elle dérange, cette interdiction... Elle nous remet en question, elle nous bouscule grave le tabou... Cette interdiction fait le boulot d'une oeuvre d'art, non ? 23/04/2009 15:05Par Alain Gillis N'arrivant toujours pas à répondre directement sous les messages (ça va devenir impossible de suivre un fil, entre l'absence de balise "nouveau" et ça...), je le fais ici. Même si poétique et politique sont liés, je suis bien d'accord Alain, il me semble que c'est l'expo qui inquiète, dérange, déstabilise. Le jugement judiciaire est une réponse. Qui me révulse. Alors que l'expo est du côté d'un tabou, celui de la mort, celui du corps découvert. D'un scandale, au sens de pierre d'achoppement, d'un sublime aussi, tel qu'il a été défini par la révolution esthétique du 18° siècle, Kant, Burke avant lui (a delightful horror), ce tremblement qui repousse nos limites esthétiques (et de ce fait morales, là a eu lieu une scission entre le Bien et le Beau). Et pour répondre à jlmo dont j'ai du mal à suivre la logique j'aime j'aime pas, Damien Hirst ne travaille pas que sur du plastique et des animaux : damien_hirst_virgin_mother.jpg031_05_hirst_350x300.jpg Damien Hirst's solo exhibition, Beyond Belief, features photo-realist paintings, painted from Polaroids, of the Caesarean birth of his son statueST_225x350.jpg

Christine, je me permets juste d'insister comme je l'ai fait auprès de Kairos. Que faites vous de la dimension "super production" de l'expo et des éléments que j'ai donnés ? Ca m'intéresse car je suis prête à changer d'avis si vous argumentez là dessus. Vous m'avez comprise, je questionne deux choses : * le statut de recherche et création de l'expo * le rapport à l'argent de cette expo (enjeu réel de l'expo ???) et la question des corps (de qui ? etc ...)

Je comprends votre questionnement Marielle, je ne refuse pas d'y répondre, il me semble simplement que nous ne parlons pas de la même chose. Pourquoi cette expo ? pourquoi cet interdit alors que l'expo s'est déroulée sans problème (sinon un énorme buzz) à Lyon ? pourquoi ce choix d'interdire, donc ? Au nom des droits de l'homme ? parce que la Chine dit avoir les autorisations et que des associations soupçonnent qu'il s'agit de corps de condamnés politiques ? Il me semble qu'il faut élargir la question. Je suis certaine que le délire moral aurait été le même si ces corps n'étaient pas chinois. Par ailleurs, il me semble aussi que se pose là la question d'une responsabilité, d'une intelligence accordée, ou non, au public. Je ne serais sans doute pas allée voir cette expo, je l'ai déjà dit. Mais ça me gêne qu'on me l'interdise. Parce que ma liberté est de dire : non je n'y vais pas, parce que je m'en fiche, parce que ça me choque, parce que j'ai autre chose à faire, etc. Si le problème est l'argent (c'est un des reproches fait à l'organisateur, spécialiste des grands raouts un peu scandaleux) : le procédé de conservation des corps est extrêmement coûteux, le ticket d'entrée coûte 15 € 50 pour 17 corps, money, money, money, sans aucun doute. Même si scientifiquement et même artistiquement (je maintiens), ça peut être intéressant. Si je choisis de boycotter l'expo parce que je considère que c'est une opération de fric, je boycotte. Ce n'est pas à un juge de me dire de ne pas y aller. On croirait Pinard avec les Fleurs du mal et Madame Bovary, même année, 1857. ça me révulse, oui. Bref, il me semble que le fric et les droits de l'homme, pour le coup, ont bon dos, et qu'il s'agit vraiment d'un retour à l'ordre moral.

Possible ! ce que vous dites à la fin est possible (retour de l'ordre moral ...) Mais je me pose vraiment la question de l'interdit dans la société (place de la fonction symbolique de certains interdits) en ce qui concerne l'usage des corps. Et bien sûr que j'ai aussi en vue le problème des mères porteuses ... Maintenant, vous rattachez cet interdit au retour de l'ordre moral ??? je n'en sais rien. Mais cet interdit-là me fait poser ces questions-là. Et j'irais jusqu'à supposer que certains interdits posés pour de mauvaises raisons (je pousse loin !) peuvent être néanmoins structurants pour un corps social .... Croyez-vous sincèrement qu'une telle expo eût pu se faire avec des corps occidentaux ??? C'est toute ma question finalement. Et si je pousse un peu plus loin, n'y a-t-il pas une forme de "colonisation" de certains corps venus d'ailleurs ? Vous comprenez qu'ici je questionne avant tout.

Le débat s'arrête ? dommage, je trouve tout ça intéressant à creuser. Peut être à plus tard .... Salut à vous Christine, Kairos et à chacun.

Ce qui ne tient pas vraiment debout en l'espèces avec cette critique de la pruderie bourgeoise devant la création artistique, c'est que la morale catholique a longtemps eu un rapport très décomplexé avec l'exhibition des cadavres: sans remonter aux précieux reliquaires médiévaux, masques mortuaires et procédés de momification d'une partie ou de la totalité de l'anatomie étaient très en vogue dès le XVIIème siècle...et pas seulement dans les factultés de médecine ou les cabinets de curiosités. La "mise en scène" macabre de catacombes comme celles des Capucins à Palerme, où des napolitaines mortes au XIXème siècle portent ombelles et chapeaux, où la momie de la petite Rosalia Lombardo est exposée jour après jour aux yeux du public n'ont rien à envier à nos athlètes chinois. Mais précisément le traitement ostentatoire réservé à ces cadavres n'était admissible par la religion que parce qu'il s'accompagnait d'un respect profond du sacré, très largement dissipé de nos jours.

@ Christine, ma remarque était ironique. Mais malicieuse sûrement.

Ordre moral, ordre moral... Nous voici condamnés parce que nous "soutiendrions un ordre moral"? Comme Marielle, je pose la question : on expose le corps de qui? Est-ce le cadavre de votre fils, de votre pére, de votre mère, de votre fille, de votre cousine, etc. ou celui de la fille de quelqu'un d'autre, un vague chinois, c'est à dire pas grand chose? Encore une fois : des cadavres vous pouvez en voir à tire-larigot. Il suffit de se déplacer. Ah? C'est une oeuvre d'art? Oui, on a fait ça aussi : exposer de la merde. Le gogo gobait, certains tombaient en pâmoison : "Génial!" Mais aprés discussion, au petit matin blême, l'auteur de ma merde reconnaissait que c'était foutage de gueule géant pour pomper de l'argent au bourgeois bête, vous savez, celui qu'est comme les cochons, et qui prend du lard pour de l'art. Au fait? Ce mot a-t-il changé de sens? Eclairez-moi, je suis perdu...

Ah oui, j'ai manqué un épisode... Ce qui est gênant c'est qu'un juge l'interdise. Bon dieu, mais ils ont rien d'autre à faire, ces juges. Juger Julien Coupat, par exemple. Ou rejuger ce Corse, là, comment s'appelle-t-il déjà? Comment? Quoi? On s'en fout , c'est pas des oeuvres d'art? J'ai rien compris ou quoi?

Exposer de la merde ? vous pensez à Cloaca de Wim Delevoye, la machine à merde ? superbe machine. Sciences et art... cl_org_apen.jpg Vendue, la merde, d'ailleurs, côtée en bourse, une superbe dénonciation de la société de consommation, façon ready made ou pop art, pour le détournement des marques et logos... cloaca.jpg Et une prouesse technologique au passage. Le seul aliment que Cloaca a pendant longtemps refusé de digérer ? le coca... Si cela intéresse quelqu'un, le site de l'artiste est là : http://www.cloaca.be/ Pour le reste, Marielle, je ne refuse pas de débattre, je l'ai prouvé aujourd'hui, je pense, en me connectant périodiquement à ce fil, malgré d'autres activités assez prenantes... Mais j'ai dit ce que je pensais, j'admets totalement vos arguments, nuancés, tout aussi valables que ceux que Kairos et moi avançons, me semble-t-il. Et pour finir, moi aussi j'ai beaucoup apprécié ce débat qui prouve bien que les polémiques, même animées, peuvent rester cordiales ;-)

Certes, tout est cordial et ce débat pour moi n'est pas de l'ordre de la "polémique" (cela sous-entend échange pas trop important, petit jeu, et arguments de + ou - bonne foi), c'est un débat où je suis engagée par mes convictions (pas morales, rien à f..., pas religieuses ...), plutôt quelque chose de politique.(mais rien de têtu ! enfin j'espère) Merci à vous.

Pourquoi "pas morales" ?

Aucune condamnation en vue, Pierre, je comprends votre point de vue pour ma part, ayant souvent été plus que perplexe devant telle ou telle "oeuvre d'art", devant laquelle s'esbaudissaient pas mal de baudets d'ailleurs. Ce qui me chagrine dans l'interdiction, c'est que mis à part en parler à travers des photos glanées ça et là sur le net, je ne pourrai me faire une idée tout seul, ne pouvant être confronté de visu à l'exposition. Car je pense qu'il faut ressentir ce que l'on voit, pas ce que l'on nous en dit. Alors, oui, je l'ai dit, il y a une question éthique et morale à exposer des corps humains. Mais avant de condamner ou d'encenser, je veux qu'on me laisse la possibilité (ou non d'ailleurs) de voir par moi-même. Et après, seulement après, et pas a priori, je déciderai de quel côté penche mon jugement. Au risque de passer pour un bourgeois bête. Mais c'est mon point de vue.

"s'esbaudissaient pas mal de baudets d'ailleurs."
D'ailleurs, oui, pas d'ici. En tous cas pas moi.

Il s'agissait, au départ de ce billet, me semble-il (je n'ai pas encore mangé, au retour du travail? alors la merde, hein...) de perte de repéres. Posons juste une question, pour voir : qu'opposer à "l'ordre moral"? Un "désordre moral"? Oui, mais là il ne s'agit de rien d'autre que d'art... Ah bon? Et qui décide de ce qui est art ou pas? Une juge? Ou une critique? Soit dit sans méchanceté. Un peu d'énervement quand même, certains comprendront sans doute pourquoi. Ou pas.

Et je repose la question : s'il ne doit y avoir aucune censure, je dis bien aucune, pourquoi ne pas exposer des cadavres frais, des clochards vivants, des prisonniers politiques bien faits, des choses quoi, à qui on n'a pas à demander leur avis... Ah, mais c'est pas pareil... Il s'agit de cadavres traités... avec art. Bon, ce ne sont que des choses, alors. Et qu'est ce qui fait la différence entre leur statut d'être humain et celui de statue? Le traitement chimique? Les hopitaux en sont plein. La décision de quelqu'un qui a assez d'argent pour monter une telle expo? Houla! Mais c'est que nous serions en train de glisser vers un débat politique... Ou alors on décide que leur âme ayant quitter ces corps, ceux-ci ne sont plus rien... voilà qui serait intéressant...

Trop de commentaires tuent le commentaire...et j'arrive bien tard sur un sujet qui passionne les médiapartiens. Le cadavre mis en scène fort diversement est-il une oeuvre d'art, la réponse est oui assurément dans la peinture religieuse . Dans les sciences anatomiques il existe aussi une certaine tradition esthétique et les exploits récents de ces pauvres cadavres chinois sont dans cette continuité. La différence avec le passé c'est qu'aujourd'hui grâce au marketing ils bénéficient d'une énorme diffusion. N'aimant ni les cadavres ni le marketing il ne m'est à aucun moment venu l'idée d'aller voir cette sordide exhibition.

Moi je trouve votre commentaire aussi important que les autres, pas de trop ...

il sagit d'une question de justice, c'est surprenant de voir que les réactions à une décision penchent davantage pour défendre : un projet matérialiste d'expression capitaliste se servant de corps chinois(?) pour en faire un spectacle relativement choquant et dénué d'intérêt que de se pencher du côté d'une justice qui souaite éviter ces excès, de quel côté se situe la justice réellement dans cette affaire ? le droit de défendre n'importe quel spectacle pour des fins plutot douteuses, et d'ordre essentiellement mercantiles, ou d'empêcher que cette logique ne promeuve des spectacles relativement inhumains, quelquesoit sa notion pour le respect du corps humain. je n'aimerais pas savoir qu'un morceau de ma grand mère ou de mon grand père sont maintenus en tant que " matériel humain " pour être exposés au sein d'un spectacle à des fins lucratives. quelquesoit ma conception des transgressions morales parfois nécessaires à l'équilibre de la société. c'est le fait d'exhumer nos défunts qui définit en partie notre humanité par ailleurs. le juge à l'origine de cette décision est peut-être par ailleurs une conscience de gauche, il ne sagit pas uniquement de dénoncer la politique de censure de l'état.

Je sors de mon silence quelques minutes. NoBody is silently perfect or perfectly silent ;o) Je lis vos deux différentes positions sur ce fil, avec le sentiment qu'elles ne parlent pas de la même chose, ou qu'il manque entre elles un maillon. Certains de vous parlent de la "censure" qui interdit une œuvre, les autres des corps qui sont utilisés dans ces œuvres. Car il s'agit là non pas de sculptures, de peintures, de tableaux, de livres... mais de corps humains réels et non classiquement représentés, de cadavres de gens qui ont vécu et sont morts, et dont apparemment on ne sait s'ils ont choisi de donner leur corps en pâture aux regards.
Or, le corps est objet de dissections par la science. Ce fut un interdit difficile à franchir. Or, les représentations du corps ont été interdites, et le sont encore, dans certaines religions et certaines cultures. Or, des peintres et des sculpteurs ont représenté le corps dans sa finitude, sa destruction. Mais il ne s'agissait pas de vrais corps, de vrais humains. Il s'agissait de représentations de corps, il s'agissait d'imaginaire et de symbolique.
Dans l'exposition évoquée dans ce billet, la question est de savoir s'il s'agit toujours des corps de la morgue. On peut dire: non. Car cette "matière" humaine a été travaillée, plastiquée, siliconée...Elle s'est éloignée du corps, même si elle fascine sans doute parce que, là dedans, il y a encore du "vrai" corps - dans la matière originelle et dans la précision anatomique proposée au regard.Et il est évident que cet argument est aussi commercial.Mais qu'est-ce qui n'est pas commercial aujourd'hui ?
La seule chose qui selon moi pourrait conduire à interdire serait que les gens (ou leur famille) n'aient pas choisi de donner les corps aux artistes. S'ils l'ont fait, il n'y a pas de raison d'interdire. C'est à chacun d'apprécier ou de rejeter, de regarder ou d'être dégoûté.

Art, peut être n'avez vous pas lu attentivement certains échanges mais ce que vous dites s'y trouve à peu près. Il me semble que votre conclusion "Mais qu'est-ce qui n'est pas commercial aujourd'hui ?" est un peu rapide" non ? Vous l'avez fait exprès ...! Par ailleurs vous avez dû lire que ces corps certes travaillés, "plastinés" comme ils disent, ont une origine douteuse (l'organisme faisant l'expo n'a pas encore donné les papiers ...), ce sont sans doute des chinois ... Il me semble que cette expo soulève le problème d'un tabou "ignoré", peut être pas sciemment franchi, mais forclos. Et on sait qu'il y a 2 tabous dans l'organisation des sociétés, c'est l'interdit de l'inceste et le respect des morts. Excusez-moi de dire de telles banalités ! Mais peut être que ça aussi ça va changer sous la pression du marché (on va rigoler un peu) Les juges ont avancé l'argument de respect dû aux morts et la morbidité du spectacle (ils n'ont peut être pas eu de mini-formation à l'anthropologie ! (sourire)

Zut, deuxième transgression, argh. Mais si, Marielle, j'ai lu très attentivement les échanges, justement. Il me semble que les corps morts ne sont plus depuis longtemps tabous. Autrement, on n'aurait jamais pu disséquer des cadavres, même pour des raisons scientifiques. Autrement, on n'exposerait pas des cerveaux de personnes célèbres et des fœtus dans des bocaux, à la grande galerie du Jardin des Plantes. Autrement, on n'exposerait pas des reliques ossuaires de saints dans les cathédrales. Autrement, on n'exposerait pas des momies de l'Egypte ancienne. Comment oserait-on exposer ces personnes qui ont été ensevelies il y a des siècles, si on n'avait pas depuis longtemps transgressé ce tabou ? Donc, il me semble qu'il n'y a pas de forclusion d'un tabou, dès lors qu'il est depuis longtemps levé. Ici, il s'agit simplement d'une forme d'exposition du corps mort, non sous couvert de connaissance "scientifique" du corps humain, mais sous couvert d'Art. En plus, il me semble - précaution de chez précaution - que si l'on admet qu'il y a eu transformation de ces corps, on n'est plus dans le corps, mais dans sa représentation. Représentation qui est nécessairement influencée par les progrès de l'imagerie médicale de ces dernières années, donc avec des précisions plus grandes qu'auparavant. De ce fait, la seule raison d'interdire me semblerait être l'utilisation de corps sans autorisation.

Le respect dû aux morts (funérailles ...) continue à être une constante, non ? la vue, la monstration d'un mort est sans doute moins tabou qu'avant (encore que pas si sûr...), mais pas la "manipulation". On n'en est pas encore à flanquer mes morts aux ordures ! jézagère, j'aime bien ... c'est très vrai qu'on a exposé des foetus (mais où est donc le "oe" sur le clavier ???) divers et autres joyeusetés, cette pratique a cessé de se faire (même si les objets existent encore, on peut les voir encore) lorsqu'ont progressé certaine idées "démocratiques" tendant à montrer que même un corps de "pauvre" type (c'était le plus souvent ça) devait mériter les même respect que les autres. Pour les ossuaires et autres reliquaires, n'oublions pas la dimension fétichiste du sacré, qui fait du morceau de corps un objet saint et révéré etc ... Ici, c'est bien le problème, vous ne croyez pas ? Buona notte

Argh, ze suis oblizée de répondre ;o) Les manipulations (au sens premier du terme) de cadavres sont vieilles comme le monde. Momification, embaumement, embellissement, maquillage... du corps, sont des pratiques très anciennes. L'exposition des cadavres l'est aussi. Outre que dans certains pays, on promène le cadavre dans son cercueil pour lui rendre hommage, il y a des mausolées où l'on peut voir des personnes célèbres embaumées. Les reliques sont sacrées, certes... mais que dire des momies ? Ces personnes avaient des croyances lorsqu'elles se sont fait momifier et ensevelir, et nous sommes allés violer leur tombe - la profaner en somme- pour exposer ces personnes, et analyser leurs restes. Le sacré n'a-t-il pas été violé, conduisant d'ailleurs aux légendes relatives aux malheurs s'abattant sur les personnes qui ouvraient les tombes ? Dans cette exposition, on a manipulé des corps anonymes avec les nouvelles techniques, et en utilisant un système de représentation issu de l'imagerie médicale. L'art et la science se mêlent. On peut apprécier ou ne pas apprécier, mais c'est un fait de société. La question de l'origine des corps est la seule qui me semble préoccupante au plan moral. Il faut savoir si les personnes ont donné leur accord pour être manipulées après leur mort par des artistes et non par des seuls médecins. L'acceptation ou le rejet, ensuite, relèvent du libre-arbitre de chacun: aller voir ou ne pas aller voir.

Un petit probléme : si le médecin qui a manipulé les cadavres est artiste (le dimanche, il peint des toiles sublimes), le cadavre devient oeuvre d'art? A quoi reconnait-on un(e) artiste, elle(il) porte un uniforme, un badge, un catogan, "le col danton"? Quelqu'un (un juge artistique) l'a décrété artiste? Les momies n'ont pas été exposées dans un but "artistique", pas plus que le cadavre promené dans son cercueil, ni le pendu au bout de sa corde... Nous ne répondons toujours pas aux deux questions posées là : qu'est-ce qui est "artistique"? Et quid de la "perte de repéres". Et là, on rejoint peut-être le sujet d'un autre fil : le "néo-sujet". (Qui me parait être vieux comme l'accaparement du pouvoir, soit dit en passant).

Mais non Art, l'art et la science ne s'y mêlent pas du tout (voir mon cm. plus bas pour info) Ce qui est sans doute un fait de société, comme vous dites, c'est que l'on fasse un barnum pour récolter du blé à partir de corps venus d'ailleurs (comme dit Hestia plus bas). Je ne suis pas la police, ni la justice, et pour moi cette affaire de l'origine des corps ne pose pas une question morale, mais une question anthropologique, une question de construction sociale. Tous les morts et transformations de morts dont vous parlez, ils ont un lien direct avec une fonction sociale et religieuse. Et le viol de tombes, comme l'inceste, ce sont des transgressions de tabous, vieilles comme les tabous eux mêmes : vous savez bien que tabou / transgression, ça marche ensemble ! c'est pas une raison pour que la société n'en fasse plus qu'une affaire de libre arbitre. Ce serait une sacrée individualisation de la construction de la société, cette façon de voir ! mais c'est peut être bien en marche (en effet Pierre, lien fort avec le néo-sujet)

kairos Si je peux... L'interdit relève de la Loi, pas de l'art... qui est toujours un peu beaucoup transgression (mais pas abrogation!)...Jeu avec la mort et les morts... Pour conjurer, pour défier... Rire de la stupéfaction qui nous frappe devant le corps soudain inanimé, insensible... Ce qui est honoré dans le cadavre, n'est-ce pas encore le vivant, la survie, aussi improbable soit-elle? La présence "autre"... C'est, au fond, le refus du cadavre qui s'exprime dans la sépulture inviolable... L'artiste se confronte à "l'expérience des limites" (Philippe Sollers), les siennes et celles du monde. Il marche sur l'arête d'un toit, entre l'imaginaire et le réel, deux précipices... Mais n'est-ce pas affaire de police d'enquêter sur l'origine de ces cadavres? et je n'en suis pas. Il reste que le David de Michel-Ange n'est pas réductible au bloc de marbre dont l'extraction a peut-être coûté la vie à des ouvriers au travail misérablement payé... Marx lui-même s'interroge: nous ne croyons plus aux dieux grecs, les terribles conditions socio-politiques qui les ont vus naitre, l'esclavage notamment, n'existent plus, mais les statues nous "émeuvent" toujours... En dire autant de ces sculptures serait bien excessif. Elles n'iront guère au-delà de l'effet de scandale, si elles relèvent du seul calcul mercantile... Que le corps soit plus que le corps, qu'il ait une dimension "métaphysique", et par ses passions mêmes, c'est là, pour ma part, que je vois le "problème", que cette exposition relance, à sa manière... Cordialement.

Merci, cher Kairos, vous répondez mieux que je ne l'aurais fait.

Il s'agit bien de cela : le corps comme objet utilisable par d'autres. Il s'agit de recherche de repères. Et dans repère il y a père. Je ne donnerais pas à lire les "120 journées de Sodome" à lire à ma fille de seize ans. Je ne dirai pas à ma fille d'aller voir des cadavres exposés, fussent-ils ceux d'autres, étrangers, comme des objets. Elle est déjà assez scandalisée (scandale : l'origine de ce mot) par l'idée que des femmes (fussent-elles indiennes) puissent être amenées à louer leur ventre pour porter l'enfant de riches américains. Comparer les statues de Michel-Ange à ces cadavres est effectivement excessif, vous le sentez bien. Le comportement du juge est un comportement de juge, il ne m'intéresse guère en l'occurrence. (Bien moins que celui qui s'assied devant Julien Coupat, par exemple). La question qui est posée ici, me semble-t-il, est plus intéressante : celle de "repéres". Tout est il permis au nom de quoi? "L'Art"? Qu'est-ce que l'Art? Peut-on séparer cette notion d'Art des conditions sociales et politiques dans lesquelles elle s'énonce?

kairos Je me serai mal exprimé: je ne compare pas les statues de Michel-ange à des cadavres mais leur matière, la pierre, avec ce dont est fait les sculptures incriminées... Ce que vous admettez pour la médecine, la manipulation de morts, est donc interdit à l'artiste et c'est cet interdit que viole l'exposition... Vous me direz que la médecine le fait pour une noble cause, soigner son prochain, ce qui d'ailleurs n'a pas toujours sans qu'elle affronte les foudres de l'Eglise, porteuse de la Loi à l'époque... Et que l'artiste, en l'occurrence, le fait pour l'argent, c'est-à-dire pour la même chose que la plupart d'entre nous dans notre vie quotidienne (mais certes nous n'enfreignons pas l'ordre du Bien et du Mal!)... Pour l'éducation de votre fille, je suppose que vous avez raison; mon fils, qui adolescent avait pourtant des posters d'Alice Cooper et Guns N Roses sur le mur de sa chambre (ça c'est arrangé depuis!), ne s'intéressait pas du tout, et heureusement, au Marquis de Sade, pas plus d'ailleurs qu'au Petit Prince... Sur l'utilisation du corps par d'autres, vous parlez, je pense, de sa destruction, de son asservissement, dans la réalité. Est-ce ici le cas, car tout de même, notre régime de droit ne le permet pas... y compris pour les artistes! Mais cela nécessiterait un procès en bonne et due forme (ne serait que pour permettre à l'accusé de se défendre) et non une simple fermeture d'exposition... L'art est-il séparable des conditions sociales et politiques? Marx semble penser que oui, quand même... Non que la création vienne du ciel (bien que...), qu'elle ne s'inscrive pas dans un contexte daté (toutefois ce contexte n'est-il pas "culturel", ce qui excède le strict cadre spatio-temporel de la société où vit l'artiste?), mais que l'oeuvre traverse les époques, les siècles, et touche des sensibilités qui ont parfois si peu en commun... Sans doute parce qu'elle témoigne, l'oeuvre d'art, d'autre chose de plus impérieux que le sort qui nous échoit à tel moment de l'histoire... Et que c'est d'abord là que se tient la marge humaine irréductible? Cordialement.

Oui Kairos, si on parle d'art. Mais un truc me chagrine : où a-t-on vu que cette expo est conçue comme un travail artistique ? et on en parle comme si c'était le fruit de l'audace d'un Bataille ou autre ! L'organisme est connu comme organisateur d'événements type "grande foire", il a déclaré pour cette expo, un but pédagogique.

Et France9, qu'est ce qu'elle/il (?) en pense de tout ça, hein ???on nous a mis le nez dedans et hop, on a pris la clé des champs ! Allez, montrez donc le bout de l'oreille !(sourire)

Il me semble qu'on est passé d'une perte de repéres à une question d'art. Pour la question de l'art (pardon si je m'exprime mal,fatigue intense) : Duchamp a fait ça depuis longtemps déjà : banaliser le geste artistique en exposant un objet banal. D'autres ont repris, dans les années 70 (Une célébre expo en Californie : le gratin invité à un vernissage d'oeuvres inouïes. Tous s'esbaudissent. Le génial inviteur (de la bande à Ginsberg) dévoile ; ce sont toutes des oeuvres d'enfants des écoles. Message : tout le monde est artiste, suffit de voir d'un autre oeil.) L'art comme savoir-faire technique : la technique de.. . Picasso, Pollock, Rothko, qui vous vous voulez. Reproductible. Cela a été démontré cent fois. La morale. Quelle morale? De quel ordre moral parle-t-on? A un juge qui interdit pour telle ou telle raison qu'oppose-t-on? le droit de voir et de savoir par soi-même? ou le fait que tant d'espace et tant d'argent ait été mobilisés pour ça : voir des cadavres lyophilisés décrétés (par qui? D'autres juges, d'une autre espéce.) Je réitére : à choquer pour choquer pourquoi ne pas exposer des clochards ou des enfants. C'est émouvant aussi. Et je réitére aussi : il n'y pas que les bourgeois que l'exposition de cadavres choque. Des milliers de gens d'AUTRES cultures (CULTURES) que la notre le sont aussi. Ont-ils tort? Quelles sont nos critéres pour décider. Et pour finir, il n'y a aucune démarche artistique là-dedans, pas même de gratuité du geste. Que de la frime. (Pas besoin de le voir pour le voir. il suffit de la voir. mais là, il faudrait une langue plus subtile que la notre. Yaqui, par exemple)

Une fois qu'on est mort on est vivant ou on est mort ? non là je veux dire, les morts qu'on étale, ils sont vivants dans la tête de leurs enfants ou pas ? Ah bon on a demandé à la famille... très bien, ils ont signé ah ouais très bien. Remarquez c'est que des Chinois, ça serait des Français, ton grand-père je dis pas, j'aurais peut être protesté, mais des Chinois, pfeufff, on s'en branle un peu. Pis les pires des condamnés, des violeurs, des meurtriers, des bourreaux... ça leur fait une belle postérité. Leurs enfants sont fiers d'eux, c'est sûr, finir pour interroger une société de petits bourges, la consécration quoi.

glups !

Finalement, Hestia, vous dites très bien la chose.Pour moi tout est dit.

Entendu ce matin à la radio (chronique de Duhamel Olivier sur France Culture) ce raccourci saisissant : "… si les cadavres ont donné leur accord…"

Oui, il faut avouer que le débat est monté d'un cran. Nous défendons l'expo parce que nous nous en branlons des Chinois. J'ai appris des trucs, je suis ravie. Plus sérieusement, je pense que le débat part de deux objets différents, comme l'a très bien dit Art Monika : nous (kairos, art, dom et moi) parlons de la censure d'une expo et de ce qui la rend inacceptable. Les détracteurs de l'expo ont des arguments valables eux aussi, évidemment (les droits de l'homme, etc). Mais les deux objets de départ, différents, rendent toute conciliation des arguments impossible. C'est un peu léger de nous renvoyer au colonialisme ou au "s'en branler des Chinois", ce n'est pas du tout le propos, c'est franchement réducteur. Je conçois que l'exposition de cadavres puisse choquer. Je demande simplement la liberté de condamner, en tant que sujet (pensant, réfléchi) une expo dans qu'on me l'impose, ce qui infantilise et fait du public un objet.

Meuh non Christine, c'est pas ça, vous le savez, qui est dit là. Je fais l'hypothèse que certains aspects de cette expo sont particulièrement bien cachés, et qu'au 1er abord on peut n'y voir qu'une magnifique entreprise pédagogique (car jamais elle ne se présente elle même comme artistique, Events Encore étant des organisateurs de grands raouts.)

Là encore, Marielle, on est d'accord mais on ne parle pas de la même chose. Je vous parle réception de l'expo, considération d'une intelligence du public (on est en démocratie, ou pas ? si les gens sont assez débiles pour ne pas faire la part des choses, ils peuvent voter ???), vous me parlez organisation. On est bien d'accord sur l'aspect mercantile du projet, pas de souci. Je parle censure, ce n'est pas la même chose... Le site qui présente l'expo parle d'un événement "scientifique et artistique".

Je crois que dans le fond on est OK, mais je reproche à certains de vos arguments de ne pas prendre en compter ce que je dis , sans doute ne suis-je pas claire ! Je reformule : si un tabou fondateur est transgressé (si on le pense pour cette expo, par ex.), doit-on laisser les gens apprécier individuellement ? peut-on accepter qu'une instance symbolique comme la justice dise : NON ? cela s'appellera-t-il "censure" (et ce mot fait un effet boeuf) ou quelque chose comme "cadrage symbolique" du corps social ? faut-il que chacun, tous les matins, reconstruise tous les cadres de sa société et donc ses interdits ? C'est ça ma question. je suis plus que perplexe sur cette affaire de "réception" que vous évoquez ! La chose est toute différente dans une oeuvre d'art, on n'y revient pas.

Marielle, je vous entends, et je vous redis que sur le sujet qui est le vôtre, je suis entièrement d'accord avec vous. Je suis partie du principe que l'expo était scientifique et artistique, que les autorisations étaient là, donc je considère l'interdit judiciaire comme une censure. Qui suppose une non intelligence du public. Très sincèrement, je ne me serais pas déplacée pour voir "ça", parce que le prix d'entrée situe l'expo dans un champ purement mercantile pour moi. Mais je réclame le droit de choisir, oui. C'est mon côté démocrate, ou utopiste, sans aucun doute. J'admets l'argument de Vancouver aussi, les droits de l'homme, même si je trouve, comme Dominique, que certains arguments avancés sont spécieux. Je ne reprends pas ce qu'il vient d'écrire plus bas. Je trouve même réjouissant que l'article de France9 suscite un débat, c'est la preuve même, fabuleuse, que le recul critique existe, que chacun réfléchit à l'objet de l'expo comme de son interdiction. Cela va dans le sens de ce que je dis, je pense : une réflexion posée, polémique, évidemment, mais respectueuse (tant qu'on ne vient pas me balancer que je m'en "branle des Chinois", on n'est plus dans le débat, là). Je ne nie pas le rôle de la justice, je frémis de son implication dans des questions d'exposition, de publication, etc.

Vous demandez la liberté de condamner une expo qui existe déjà? C'est ça? De condamner vous même? Pas qu'un juge le fasse à votre place? Le juge lui-même est-il condamnable PARCE QUE (je n'ai pas d'italiques) juge? Et si vous devez tout juger vous-même, vous allez avoir un sacré boulot. Admettezvous qu'un juge juge Julien Coupat à votre place? On est loin du rétablissement d'un ordre moral, là? Cordialement. Sincérement. Et puis, encore une fois : exposons des clochards, pour tous les habitants de Neuilly qui n'en ont jamais vu, dans un but pédagogique, alors, puisqu'il ne s'agit plus d'art, mais de cochons. Encore une fois, et très sérieusement : il s'agit de "perte de repères". Et peut-être de "néo-sujet". Pouvez-nous nous cataloguer "conservateurs" parce que nous réclamons des repéres. Ce mot : repére. Signal. Totem, ce que vous voulez : quelque chose qui puisse être vu par tous, quand nous sommes perdus dans la savane. Par "tous", y compris les enfants, les débiles, les faibles, ceux qui se croient forts, ceux qui ne le sont plus...

J'ai signé dès le départ la pétition initiée par des chercheurs du CNRS et des organisations des droits de l'homme, contre cette expo, au vu des demandes des familles des suppliciés chinois qui n'ont pas eu le droit de récupérer les corps de leurs proches.

Un corps humain peut-il être un objet banal ? Peut-il être comparé à l'urinoir de Duchamp ? Peut-on pour des raisons autres que la recherche utiliser un cadavre ? Oui notre société a bien besoin de retrouver des repères.

Oui, Thierry, des valeurs. Que la société construit, dans une démocratie. Ce qui donne une valeur à un corps humain mort, c'est une culture. Religieuse, en particulier. Quand je lis plus haut que la destination d'un cadavre, c'est inhumation, j'ai envie de répondre quid de la crémation ? Le but de l'expo était de montrer l'invisible, le corps du "dedans", sans compter les enjeux techniques, de conservation. Que cela soit choquant, je ne le remets pas en cause. Mais de là à interdire, sans accorder au "public" le recul nécessaire pour juger, ça me choque aussi, davantage. Enfin, je pense qu'on l'a compris. Je répépie ;-)

Au terme valeur, je préfère celui de repère. Valeur fait écho à, que l'on veuille ou non, un élément très présent dans cette affaire, la valeur marchande. a laquelle rien n'échappe désormais et surtout pas l'art. La question initiale des repères n'a-t-elle pas d'ailleurs été détournée ? Et la position défendue par les adversaires de l'interdiction ne se rapproche pas t-elle du fameux slogan paradoxal de mai 68 : "il est interdit d'interdire ,".

Elles sont où ces demandes des familles des suppliciés, Vanc ? parce que j'ai lu un nombre d'articles incalculable depuis que ce débat a été lancé - entendons-nous, si les familles ont été usurpées, trahies, l'expo aurait dû être interdite depuis bien longtemps, c'est élémentaire - j'ai lu des "soupçons de", "doutes", la Chine disant avoir les papiers d'autorisation. Je n'ai jamais eu de preuves, ni d'un côté ni de l'autre.

kairos Si c'est le cas, il ne faut pas simplement interdire l'exposition; que l'auteur réponde de ses actes et qu'on aille au fond des choses! Je trouve qu'il y a une disproportion étrange entre des accusations gravissimes sur le trafic de cadavres et une sanction somme toute administrative... Marque-t-on un "interdit" majeur ainsi? Et si cette exposition a déjà tourné ailleurs, que s'est-il passé? Quels ont été les réactions sous d'autres cieux? Le savez-vous, Christine?

Dans ce que j'ai lu, il y a le fait que l'expo a tourné dans le monde, a été vue par 30 millions de personnes, qu'elle était à Lyon il y a peu. Que cela a sucité des réactions horrifiées, d'autres laudatives. Logique, le jeu de la démocratie, de la pensée, de la société. Mais que cela n'avait encore jamais été interdit "d'en haut". C'est bien pourquoi je parle de censure.

Oui Madame, je ne réfléchis pas. Les sophismes de la Raison, et le délire de la prétention, ont bien facilement raison du dégoût. Je n'ai pas besoin du législateur pour m'interdire cette stupidité mercantile. Mais je dois être trop sensible, déjà en sixième, disséquer les grenouilles me levait le coeur. Depuis je suis devenu très intelligent et j'ai décidé de me faire empailler après ma mort. Un sujet qui pense ? qui "sent" dit également Descartes dont Fillon veut exposer... le crâne. http://www.rue89.com/2008/12/30/pourquoi-fillon-veut-il-le-crane-de-rene-descartes-chez-lui

Christine, je me suis inscrite à Amnesty en 2005, je lis en particulier ce qui concerne la Corée du Nord et la Chine. Les "preuves" de la justice chinoise n'ont pas de valeur à mes yeux. J'ai confiance dans les organisations des droits de l'homme ayant recueilli ces témoignages.

D'accord. Comme je le disais plus haut, c'est un argument que je respecte totalement. Mais je pense que tu respectes aussi, Vanc, celui d'être révulsée par des interdictions législatives.

Oui. Je mettrai un lien dans la journée avec des textes d'Amnesty.

Bon, il sera dit que jamais, dans un aucun fil, il ne sera possible de rester dans le débat sans passer aux réductions et aux a priori, le pas vers l'injure est proche... Je ne vous refuse pas le droit d'être dégoûté, je ne refuse à personne le droit de penser, c'est même là le centre de mon propos : laisser chacun juge d'aller ou non voir une expo. Je ne perçois pas non plus le rapport avec Julien Coupat, je ne le cherche même pas. J'en resterai là.

Juge. Condamnation. Critique.

Je trouve ce fil très intéressant décidément, non seulement parce qu'il est cordial, mais de plus, il croise des points de vue très différents. Il m'a aussi permis de me m'interroger sur la nature de l'expo (dont je défends toujours le maintien pour les raisons que j'ai citées plus haut). Je pense que cette expo touche un point sensible de notre culture occidentale en ce qui concerne la marchandisation et l'exposition du corps humain. Peut-être même plus que la conception de l'art que chacun peut avoir. De plus, la conception du corps est bien différente entre la culture asiatique et la culture occidentale, voire française. Le questionnement qui découle de cette expo ne peut porter que sur un angle de vue : - Les droits de l'homme : les deux associations invoquent ceux-ci pour motiver leur action; - L'art ou le commerce de l'art ou le marketing; - L'interdiction née du jugement qui prive la liberté de penser par soi-même; - La représentation du corps humain, son utilisation, sa "déshumanisation" (même s'il s'agit d'un cadavre); - La dimension métaphysique, pourquoi pas; - L'argument scientifique, qui rejoint l'argumentaire de vente de l'organisateur de l'expo... Je ne connais pas les tenants et aboutissants en profondeur, mais il est intéressant de voir que les associations ont demandé l'interdiction pour deux motifs principaux : 1 . le respect du corps humain 2. l'origine des corps, je cite Marie Holzman à l'origine de la plainte, interviewée par Téléréma : « l'origine des corps : ils viennent de Chine, ils y ont été « plastinés ». On sait qu'il y a 6 à 8 000 exécutions chaque année dans ce pays. Les proches d'un condamné sont quelquefois gênés de réclamer le corps aux autorités car c'est un déshonneur pour la famille. Le trafic d'organes est avéré, donc il est assez possible qu'il y ait aussi un trafic de corps. Là où cela devient encore plus grave, c'est que l'offre obéit à la demande : s'il y a une demande trop importante de corps à plastiner, on peut craindre qu'il y ait peut-être davantage d'exécutions… » 1er écueil selon moi : l'amalgame. Est-ce parce que Our body existe qu'il y aura plus d'exécutions ? ou l'inverse ? je trouve l'argument spécieux... Par ailleurs, le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris a interdit, mardi 22 avril, l'exposition "Our Body, à corps ouvert", au motif qu'elle présente "une atteinte illicite au corps humain". J'ai un peu de mal à comprendre l'argument, s'agissant d'une exposition de corps plasticinés. Sur ce point je rejoins un journaliste suisse qui écrivain dans la Tribune de Genève : "La décision du Tribunal parisien de Grande Instance paraît d’autant plus disproportionnée que rien dans cette expo ne vient attenter à la dignité des cadavres. " (lui a pu voir l'expo). Enfin, je maintiens et je considère comme ce journaliste helvète "qu' interdire une exposition publique reste un acte lourd de conséquence dans une démocratie."

Exposée calmement une affaire embrouillée et très intéressante par ce qu'elle touche et souléve. Merci Dominique. Et Christine aussi, parce que vous avez "soulevé un lièvre". Tout cela me passionne, pas le temps maintenant d'y répondre, je dois me préparer pour le travail (un autre) cela va me calmer. mais je crois que j'y reviendrai.

Et déterrer des cadavres pour les exhiber est un caprice de tyran. C'est Créon qui n'entend toujours pas la plainte d'Antigone.

Fil passionnant car personne n'a le ton du moraliste, et je crois qu'il ne faut pas s'alarmer des tournures de style de Hestia, c'est de la vivacité et ne faisons pas nos vierges effarouchées, Hestia n'a pas tort : que dirions-nous si des cadavres de français plastinés étaient exposés, sansqu'on ait fourni les pièce d'autorisation ??? Ceci est dit (with the smile, fait si beau !) Mais Dominique et Christine, n'oubliez pas : 1. que cette expo ne se présente pas comme de l'art 2. que la question que je pose n'est pas philosophique, encore moins morale, elle est à la fois anthropologique et politique (au sens large) : * qui peut être autorisé à rappeler un interdit dans la société ? doit-on forcément parler de censure ? chacun doit-il se dém...tout seul face à une transgression (si l'expo a fait ce qu'on lui reproche) * exposer un corps dont on n'arrive pas à fournir les autorisations de son propriétaire, est-ce un détail ? . Kairos plus haut dit, à 10h18 : "Si c'est le cas, il ne faut pas simplement interdire l'exposition; que l'auteur réponde de ses actes et qu'on aille au fond des choses! Je trouve qu'il y a une disproportion étrange entre des accusations gravissimes sur le trafic de cadavres et une sanction somme toute administrative... Marque-t-on un "interdit" majeur ainsi?" Là on a traité en justice la demande d'interdiction de l'expo. Il faudrait sans doute une plainte, pour aller plus loin. Mais je vous rejoins Kairos. Ceci dit, ne rêvons pas, les horreurs de ce monde passent rarement en justice ou alors après des lustres. Ce qui ne remet pas en cause l'idée de l'interdire dans un premier temps. .

Je crois que les "points durs", pour reprendre l'expression de Marielle sont : -c'est de l'art. Apparemment Christine Mercandier-Bry n'en démord pas. Voir plus bas. -interdire l'expo c'est une censure, et dangereuse pour la démocratie. Pour moi, la dimension artistique est évacuée, et depuis longtemps. Reste la question de la liberté. On parle de la liberté de qui, là? Et de quelle sorte de liberté? Celle du libéralisme? Le loup dans la bergerie? Si l'on n'a pas le droit d'interdire, que reproche-t-on exactement au systéme économique et politique actuel? Tout est permis, cela m'autorise-t-il a faire n'importe quoi? (Je ne sais pas pourquoi, mais tout à coup je pense à ce film "On achéve bien les chevaux") Et puis, ce que je trouve spécieux, moi, c'est aussi le titre de cette exposition : "Our body". Ah bon? Notre corps? je croyais que c'était celui d'AUTRES. Un autre argument (assené plus bas par Soph Rou) plein de gens l'ont vu, et c'est pas des veaux (pour parler comme elle). Bon. Allons-y à fond : plein de gens ont voté pour Hitler, et c'étaient pas des franchouillards, eux.

Mais oui, tout cela est passionnant. C'est bien pourquoi cela mérite un débat contradictoire, vif sans doute mais sans amalgames ou a priori. (heureusement que j'avais dit me taire... Mais Dominique a posé les choses plus calmement, cela recadre).

Avant de me taire, quelques remarques sur les morts et la mort, qui , sortant de leur suaire, sont sous-jacents à nos paroles.
Il y a bien longtemps qu'on manipule et montre les morts sans leur avoir demandé leur avis. Un de mes amis peint des tableaux en y insérant des crânes, des mâchoires, de boeufs ou d'autres animaux, ainsi que des feuilles ou autres objets naturels. Certains trouvent cela morbide, moi pas. Allons plus loin: s'il y insérait les cendres de sa mère - avec l'accord prélable de celle-ci - cela serait-il choquant ? Il donnerait à ses "restes" un statut particulier, qui ne semble pas pire qu'une urne enfouie quelque part, ou des cendres jetées au vent. Marguerite Yourcenar a reçu un journaliste et elle faisait couler entre ses doigts les cendres de son amie morte tout en lui parlant.
Les morts sont livrés aux vers, au feu, à la dissection, à l'oubli... pourquoi, dès lors que les vivants ont donné leur accord, ne seraient-ils pas partie intégrante d'une représentation plastique, qui leur donne aussi une forme d'éternité ? Qu'on utilise les matériaux modernes, et les résultats de l'imagerie, semble dans le cours des choses pour représenter le corps dans son organicité et son intériorité.
Léonard de Vinci a subi des cabales contre lui car il osait travailler sur des cadavres. Il a été quasiment été accusé de les violer ! S'il ne l'avait pas fait, il n'aurait pu approfondir sa connaissance du corps, et aussi son expression artistique.
Le débat est passionné car il porte sur le statut de la mort et des morts, et qu' ici, plus qu'ailleurs peut-être, le mort saisit le vif. réédité J'ajoute que si des corps chinois ont été volés, il est évident que l'histoire prend une dimension policière. Mais cela ne change pas le fond du débat, qui pourrait se poser de la même façon si les corps avaient été donnés volontairement.

Pitié, ne mélangez pas tout sinon comment argumenter ?? Vinci, Lewis, Sade, Bataille, n'oubliez pas Caravage et la merveille de tableau qui a fait causer sur mon blog (!)...Bref, ici : Il s'agit d'une expo de corps de chinois dont on n'a pas fourni les preuves qu'ils étaient d'accord. Point barre. Sinon, sur la mort, bien sûr VOUS AVEZ RAISON sur tout, mais ici ce n'est pas cela que certains comme moi analysons, faut le dire comment ? L'interdiction de l'expo pose ces questions là. Le débat est fort, c'est bon, ça change et ça secoue les neuronnes ! J'aime bien tout ce qui s'est échangé !

"Le débat est fort, c'est bon, ça change et ça secoue les neuronnes ! J'aime bien tout ce qui s'est échangé !" Itou Et Monika ne mélange pas tout, elle parle d'art, comme Kairos et moi. Ce que sous-entend le terme "exposition" aussi. Il y a présentation, monstration (sans mauvais jeu de mot) et de ce fait une distance qui permet le regard critique. Et en ce sens, on en revient aux critiques qui ont été adressées à Vinci, Fragonard, Sade, et consorts...

Ah ! si c'est de l'art, alors j'me la boucle ! Où vous avez vu que ça se présente comme une expo d'art ??? ce n'est pas de l'art, ni lard d'ailleurs, y'en a pu. Je pousse un chouïa plus loin (fallait pas allumer mon mécanisme !) : vous justifiez la chose par "Il y a présentation, monstration (sans mauvais jeu de mot) et de ce fait une distance qui permet le regard critique." Où avez-vous mis les pieds chère Christine ? si je montre un truc au public entre 4 murs et que je tamponne "exposition", tout est bon ? je peux tout montrer ? oui ??? Alors vivent les "zoos humains" français qui ont animé le parc de Vincenne jusque dans les années 30, c'était hyper-éducatif, nos jeunes franchouillards y apprenaient les moeurs curieuses des îles sous le vent. Et en plus les canaques, ils étaient vivants et, il paraît, consentants ... Ce n'est pas tout à fait un hasard si j'ai parlé au tout début du débat de colonisation des corps. . Y'a un point dur dans ce débat et je crois que c'est fichu. En fait on ne doit pas parler de la même expo ! aaaaah ! c'est ça !

Ecoutez le chant de la Venus hottentote... http://www.rfi.fr/actufr/articles/026/article_14091.asp Stupéfiante histoire, les scientifiques français enfermés dans leurs certitudes, on devrait les empailler !

Si cette expo c'est de l'art, ou du dollar, exposons des cochons.

Et pourquoi personne ne vient me contredire ? c'est pas du jeu !

Art Monika, j'aurais presque envie de vous suivre quand vous dites : "Le débat est passionné car il porte sur le statut de la mort et des morts, et qu' ici, plus qu'ailleurs peut-être, "le mort saisit le vif"et aussi : "Qu'on utilise les matériaux modernes, et les résultats de l'imagerie, semble dans le cours des choses pour représenter le corps dans son organicité et son intériorité."Voilà en effet une manière de dédramatiser un débat qui tourne au drame : drame de la censure, de l'interdiction, du rapport art/liberté/limites, drame de l'utilisation de corps anonymes, drame de la mercantilisation de la chose "homme" ou "femme"... J'ai parlé de manque de repères et d'un rapprochement -qui me semble limpide- mais ça se discute, évidemment entre le "gain" pour quelques uns et le "rien" pour la multitude des gens qui vivent dans la misère... au 21e siècle, moderne !?. Que le trafic de corps, ou d'organes ou de ventres, ou de sperme (car après tout "voler" le sperme d'un homme pour lui faire un enfant quand on ne peut en faire tout seul pose quand même problème, ne serait-ce qu'à l'enfant qui en naîtra -idem pour celui né d'un autre ventre, quant à la mère-porteuse on n'en parle pas). Comment peut-on arriver à nier -c'est-à-dire rejeter, rendre absent de nos consciences- ce que la science d'aujourd'hui peut faire entre les mains de sociétés (anonymes) qui n'ont pas fait le serment d'Hippocrate (et encore bien des médecins l'ont fait et ont oublié son contenu, c'est vrai). Voilà un groupe de communication qui trimbale à travers le monde pour des questions de pédagogie soit disant, des cadavres non identifiés, qu'il a fait "travailler" par on ne sait qui pour donner une apparence "artistique" et "médicale" à la chose et l'on s'offusque : 1 - que la transgression de l'utilisation à des fins mercantiles de cadavres d'anonymes qui ont vécu une vie dont on se contrefout ... offusque ! 2 - que l'exposition soit censurée pour les raisons de cette utilisation qui ne se fait pas en effet dans un cadre médical ... Exposer des corps plastifiés reste exposer des corps et c'est comme l'a dit quelqu'un, un barnum ! Quel progrès ! Je suis d'accord avec vous : tout ce tintamarre, c'est bien sûr parce que le mort touche le vif ! Et que notre société qui part en vrille parce que l'essentiel fout le camp et que sa morbidité est à la fois taboue (cachée) et excitation (transgression). La mort n'existe pas dans nos villes, on n'y meurt pas, il n'y a pas de cimetières mais des musées dit d'ailleurs une humoriste (Michèle Guigon, à voir -elle a un site- pour devenir plus subtil, plus fin, plus sensible) c'est pourquoi on a envie (enfin certains ont envie) de la voir, la mort dans les musées, ça fait moins peur (et non pas nos entrailles, on s'en fout de nos entrailles, on les connaît nos entrailles, il suffit d'avoir passé quelques examens pour le savoir et on a tous été à l'école et on a vu des écorchés en salle de biologie). Et puis surtout, il y a la MODE ! Ce que vous dites : l'utilisation des moyens "modernes" et les mots comme "organicité" et "intériorité", ça fait beaucoup mieux que de dire les entrailles -ancien- ou encore les tripes, ou tout simplement l'intérieur du corps humain. Tout ce langage me fait penser à ces euphémismes lassants comme "mal-entendants" et toute la suite alors qu'on a les mots : sourds, aveugle, muet etc... L'être humain est un être social mais ne peut vivre en société que s'il y a des règles et des lois et pas que de la liberté toute seule (liberté va avec égalité qui va avec fraternité). Il y a d'ailleurs en ce moment dans ce pays une inflation de lois, parce que ces lois essentielles sont bafouées. Ces lois qui sont bafouées sont celles de l'humanisme qui est un progrès : ce n'est pas de la "morale", ce sont des devoirs et des interdits éthiques : ne pas tuer, ne pas torturer, ne pas opprimer, ne pas asservir, ne pas violer, ne pas voler, ne pas humilier… Fondé sur le respect et la justice, cet humanisme-là revient à respecter les droits fondamentaux de l'être-humain. La justice et le respect sont remplacés par l'injustice, le cynisme et la démagogie. J'aimerais bien que Zola revienne et Jaurès aussi, ce ne sont pas des représentants de l'ordre moral, comme j'ai lu, car l'ordre moral, construit sa morale pour l"entresoi", pas pour l'ensemble des hommes.

je l'ai dit par ailleurs Cette interdiction est une honte ! nous nous enfonçons dans un moyen âge d’intégristes… et la justice française s’enfourne dans un jugement digne de l’inquisition… Cette expo est exceptionnelle pour qui veut comprendre l’anatomie et la connaissance de son propre corps… Bref le progrès de la Connaissance avec un grand “C”. Et des blaireaux lamentables du genre ” associations de lutte pour les droits humains ” associations d’inutilité publique trouvent un écho pour interdire cette expo d’utilité publique. C’est proprement LAMENTABLE. Dans quel pays vivons nous ??? La France mettant ses prix Nobel aux bûchers et à l’index !!!! Cette expo n’est pas visible par tous. Certes. A chacun sa sensibilité face à la mort. Et chacun son choix d’y aller ou non. Mais interdire “l’intelligence d’une EXPO scientifique” est pour le moins lamentable. Cette expo tourne dans le monde entier depuis des mois. LA France devient RISIBLE… Bientôt l’interdiction de toute dissection en fac de médecine. Bientôt l’interdiction de donner son corps ou ses organes à la Science, bientôt l’interdiction de diagnostiquer une femme quand on est un médecin homme…

Eh ! l'aiguilleur, vous ne mélangez pas un peu les voies d'aiguillage par hasard ! J'aime bien jouer la rabat-joie. C'est un peu facile d'afficher un grand amour de la liberté, l'audace et tout le toutim en ne prenant pas en compte certains arguments qu'on a pris soin de vous détailler. Comment faut-il le dire ? C'est très vilain de censurer, OK, OK, et je suis très libertaire, mais ici, on a soulevé d'autres problèmes, non ?

L'aiguilleur du fiel.

L'avantage avec les mort c'est qu'on ne peut plus leur demander leur avis. L'inconvénient c'est quand on est mort on peut plus changer d'avis. Vivant, ouais je me dis ça serait bien de finir au zoo ou dans un mausolée ou dans mon jardin ou au milieu de la communauté, dans un cimetière, mais après si je change d'avis je fais comment ? Diogène se fait bouffer par son chien et ses copains. Mais bon c'est Diogène. Ce qui est sûr c'est que ni la science ni l'art n'auront mon corps, tout ceci est bien trop laid et puis si je peux consoler ma veuve depuis mon trou, c'est encore un peu de vie qu'il me reste à conquérir. Tonneau.

Je lis beaucoup "les vivants ont donné leur accord" ; peut-être serait-il bon de s'interroger sur la manière qu'ont les [pouvoirs] chinois de demander leur avis aux populations (cf Vancouver) ? 30 millions de personnes ont vu l'exposition... et alors ? regardez le succès qu'ont les films catastrophe, les navets hollywoodiens sur-financés (les nôtres aussi), etc. cela prouve-t-il le côté artistique ? Peut-on raisonnablement penser que tout un chacun soit apte à apprécier/critiquer ce qui relève de l'art ? Là je me place dans le champ de l'éducation. Corollaire : est-on (ou pas) plus sensibilisé à ces questions quand on a des enfants ? Pour autant je ne pense pas qu'un juge doive décider pour nous ; ceci dit pour l'aspect censure. L'époque étant à la régression, à la répression et à la "normalisation", je redoute le filtrage culturel du pouvoir en place. Par goût (ou dégoût), et si j'en avais la possibilité, je n'irai jamais voir ce type d'exposition, ni ne la recommanderai aux enfants et âmes sensibles. On peut d'ailleurs imaginer que, ultérieurement, avec les progrès de la robotique on pourra animer ces corps morts (mais presque vivants !) ; genre happening post-moderne ! Ce qui ne m'empêchera pas d'apprécier des représentations picturales, déjà citées plus haut, ou de regarder des photos-reportages traitant de la violence faite aux humains ; voire des momies (encore que)... Quant à savoir ce quai lard...

Pourquoi ne pas aller voir ce qui s'est déjà dit / fait ailleurs autour de cette expo ? - Aux États-Unis: http://en.wikipedia.org/wiki/BODIES..._The_Exhibition - En Allemagne: http://www.faz.net/s/Rub02DBAA63F9EB43CEB421272A670A685C/Doc~E76BFF74E229749209268C14434B3851F~ATpl~Ecommon~Scontent.html La comparaison internationale, ca peut éviter d'écrire des âneries franchouillardes (je ne sais plus qui / où: tout les spectateurs hors de cette chère France sont des veaux, car ils ont gobé sans moufter, en gros ) et relancer le débat ... Bon entre-étripage cérébral, S.R.

Euuuuuh ! vous me traduirez ? ou du moins me ferez une synthèse ? ça m'évitera de me vautrer dans le ridicule. Moi, vous savez je suis une bonne pâte et si vous me dites que ces morts étaient d'accord, je rembarque tout mon bazar. L'étripée vous embrasse.

Heu... pas peur des bêtises tudesques, Sophie Rouault? Vous avez compris ce qui se débat là? Moi, par contre, je suis un peu bête, excusez-moi, je ne sais pas ce qu'est une "comparaison internationale"? Un match de football? Qu'est ce que vous cherchez à dire, et ne dites pas? Que puisque c'est vu ailleurs, c'est justifié, c'est ça? Non, ça ne peut pas être ça, ce serait carrément crétin... Et "gober sans moufter" et "en gros" en plus... Heureusement qu'ils ont gobé sans moufté, ils se seraient étouffés, sinon. Mais vous êtes si loin de ces âneries "franchouillardes" (ça fait un peu glauque, cet adjectif, tu trouves pas Soph Rou?) Tu connais Etoile66?

Et bien mon Pierrot, on est plus que tous les deux ! Ca veut dire Koi ? veulent pu jouer ? argumenter et défendre mordicus sleur position jusqu'à la mort (là je m'emballe ; faut dire que je reviens du théâtre et je suis remontée comme une pendule !) Ciao !

Hola, Marielita! Qu'es-tu allée voir? Range ta flamberge, soeurette! Il n'y a pas d'adversaire, ici! Ces jeunes gens sont peut-être en train de méditer les choses. M'ont l'air d'être sensés, réfléchis et intelligents. Et puis nous ne connaissons pas tous les tenants et aboutissants ni de l'affaire, ni de leurs raisons (de leurs arguments, veux-je dire). Ce qui est sous-jacent souvent sous-tend.

Pardon, mais je ne vois pas trop le problème. D'un côté ou de l'autre, on se renvoie à sa propre évidence. C'est la réponse du berger à la bergère. Le respect de l'intégrité dans l'unité de la personne assimilée jusqu'à son corps, contre la liberté normalement revendiquée du droit d'expression. Il faut aller au-delà. Vous prenez un cadavre, vous l'écorchez, vous l'arrangez, puis vous lui appliquez un procédé de conservation, cela fait joli, pensez-vous. Alors vous l'exposez. Et voilà que cela marche. Donc vous faites trente millions de visiteurs. Et vous gagnez des sous. On vous interdit d'exposer. Mais pourquoi donc, bon dieu! Celui ou celle qui ne comprend pas pourquoi est au-delà d'un certain entendement que je pense difficile de lui expliquer. C'est ainsi, on peut faire de bonnes choses pour de mauvaises raisons, et l'inverse. Parce que la raison ne suffit pas. Cela n'a rien à voir avec Vinci ou Ambroise Paré. Cela n'a rien à voir avec les dons du corps à la science. Et cela n'a rien à voir avec l'apprentissage, raisonné ou erratique de ce qui est"Our Body". Cela a tout à voir avec ce qui fait notre âme, ou notre esprit, ou notre sensibilité en rapport à la vie, à la mort, et au sacré, au numineux disons, au sens jungien du terme. Ainsi, il y a ceux qui marchent sous un ciel qui n'est clair que pour eux. Et il y a ceux qui savent, ou sentent, ou mieux, pour les plus fins comprennent qu'il y a la nuit et le jour, et un sens, indéfinissable, qui se perd, dès lors qu'on en a révélé le secret. Pour les autres, ils l'ont perdu, ou ne l'ont jamais eu, et ce sera dur de leur faire trouver, ou retrouver. Salutations à Hestia qui a tenté, et est arrivé à mon sens, un peu, à toucher au plus près ce qui s'exprime non par des mots, mais par le théatre, la poésie, et disons le, ce qui ne s'exprime pas, autrement que par ce qu'il est: l'art. Il vous faut bien des mots pour habiller, certains d'entre vous, ce qui est apparemment un vide chez vous, et ce qui me semble un plein, chez moi, pour lequel je n'ai pas de mots.

On ne me fera pas croire que l'urinoir de Duchamp soit de l'art et qu'interdire d'interdire soit une règle de vie dans une société où nous aimerions vivre. Détachons nous de l'illusion...

"L'urinoir de Duchamp" n'est pas de l'art, du moins l'urinoir lui-même. Il s'agissait d'un geste "artistique" en dérision de l'Art, de la prétention de L'Art à se mettre au-dessus. Et puis ça signifie aussi : je pose une crotte, je la signe d'un nom prestigieux, je la fais estampillé "art" par des critiques influents, et roule ma boule! Le gogo gobe et paie. Quant au "il est interdit d'interdire"... plutôt d'accord, cela a plutôt réjouit les jouisseurs.

J'ai lu tout le fil. On ne me fera pas croire que l'urinoir de Duchamp soit de l'art et qu'interdire d'interdire soit une règle de vie dans une société où nous aimerions vivre. Détachons nous de l'illusion...

plastiner ou plastifier, plastique des arts, arts plastiques ? Il faudrait s'intéresser à l'inventeur de la plastination Gunther Van Hagen né Lieblich (peut-être), creuser son histoire, l'invention de cet "art", les liens avec le monde de l'argent, son éthique. Cela demanderait une petite recherche. Qui le ferait ? Il faudrait s'interesser ensuite aux origines de cette exposition là (celle dont on parle), aux réactions du doktor Van Hagen qui dit s'en désolidariser, aux organisateurs de l'exposition de Paris. Le corps humain même mort peut-il être utilisé comme une pâte à modeler, une pierre à sculpter, un animal à empailler. La science autorise-t-elle ce que l'art ne pourrait pas se permettre ? Quelle différence y a t-il entre une momie et un corps plastiné ? les lieux d'exposition sont ils nos pyramides ? Cette exposition ébranle un édifice symbolique mais lequel ? cuire, faire tremper un corps, le trafiquer chimiquement jusqu'à ses moindres fibres pour le conserver puis l'exposer, et tout pouvoir voir jusqu'aux moindres détails et le vendre, car enfin cela finit par se vendre. J'ai le souvenir de notre entrée dans la grande salle de dissection de la faculté de Montpellier, douze hommes et femmes étendus morts et formolés sur des paillasses. Un corps pour six ! c'était solennel. terrifiant et initiatique. Notre jeunesse et nos blouses blanches, nos petits scalpels, l'odeur du formol et l'oubli nécessaire de nous mêmes pour parvenir à admirer tout de même l'organisation magique des tissus pâlis par les traitements qu'avait subis les corps. Avons nous pensé un moment qu'ils avaient été vivants ? Cependant on voyait bien la réalité des chairs et leur fragilité. Il faut être jeune pour arréter sa pensée avec une telle efficacité. Le professeur d'anatomie avait aussi fait des "tranches" de thorax pour voir les organes en "coupe". C'était une inovation pédagogique. On dit dessin en coupe, et lui avait tout pris au mot. On nous plaçait ensuite devant la "coupe", nous avons rapidement dit "tranche", on nous interrogeait ensuite sur le trajet des artères, la disposition des organes les uns par rapport aux autres. Cela nous choquait plus que les cadavres posés tranquillement sur les tables de dissection. J'ai l'intuition que c'est dans ce passage délicat du mot "coupe", entre dessin en coupe et découpe du corps qui de fait devient "simulacre" du dessin en coupe, dans cette inversion des relations entre coupe et coupe que se situe le problème. Il y aurait à penser à cette question du simulacre, idée récurrente de l'art, la sculpture pouvant confiner au simulacre du corps et pour finir (mais est-ce fini ?) le corps devenant un simulacre de sculpture. un monde à l'envers ? mais vers quoi ? Ron Muek et le choc que produisent ses simulacres d'humains hyperréalistes, c'est troublant mais magnifique. Je me souviens encore du petit garçon géant exposé à la biennale de Venise, était-ce juste avant les renversements du monde ?

plastiner ou plastifier, plastique des arts, arts plastiques ? Il faudrait s'intéresser à l'inventeur de la plastination Gunther Van Hagen né Lieblich (peut-être), creuser son histoire, l'invention de cet "art", les liens avec le monde de l'argent, son éthique. Cela demanderait une petite recherche. Qui le ferait ? Il faudrait s'interesser ensuite aux origines de cette exposition là (celle dont on parle), aux réactions du doktor Van Hagen qui dit s'en désolidariser, aux organisateurs de l'exposition de Paris. Le corps humain même mort peut-il être utilisé comme une pâte à modeler, une pierre à sculpter, un animal à empailler. La science autorise-t-elle ce que l'art ne pourrait pas se permettre ? Quelle différence y a t-il entre une momie et un corps plastiné ? les lieux d'exposition sont ils nos pyramides ? Cette exposition ébranle un édifice symbolique mais lequel ? cuire, faire tremper un corps, le trafiquer chimiquement jusqu'à ses moindres fibres pour le conserver puis l'exposer, et tout pouvoir voir jusqu'aux moindres détails et le vendre, car enfin cela finit par se vendre. J'ai le souvenir de notre entrée dans la grande salle de dissection de la faculté de Montpellier, douze hommes et femmes étendus morts et formolés sur des paillasses. Un corps pour six ! c'était solennel. terrifiant et initiatique. Notre jeunesse et nos blouses blanches, nos petits scalpels, l'odeur du formol et l'oubli nécessaire de nous mêmes pour parvenir à admirer tout de même l'organisation magique des tissus pâlis par les traitements qu'avait subis les corps. Avons nous pensé un moment qu'ils avaient été vivants ? Cependant on voyait bien la réalité des chairs et leur fragilité. Il faut être jeune pour arréter sa pensée avec une telle efficacité. Le professeur d'anatomie avait aussi fait des "tranches" de thorax pour voir les organes en "coupe". C'était une inovation pédagogique. On dit dessin en coupe, et lui avait tout pris au mot. On nous plaçait ensuite devant la "coupe", nous avons rapidement dit "tranche", on nous interrogeait ensuite sur le trajet des artères, la disposition des organes les uns par rapport aux autres. Cela nous choquait plus que les cadavres posés tranquillement sur les tables de dissection. J'ai l'intuition que c'est dans ce passage délicat du mot "coupe", entre dessin en coupe et découpe du corps qui de fait devient "simulacre" du dessin en coupe, dans cette inversion des relations entre coupe et coupe que se situe le problème. Il y aurait à penser à cette question du simulacre, idée récurrente de l'art, la sculpture pouvant confiner au simulacre du corps et pour finir (mais est-ce fini ?) le corps devenant un simulacre de sculpture. un monde à l'envers ? mais vers quoi ? Ron Muek et le choc que produisent ses simulacres d'humains hyperréalistes, c'est troublant mais magnifique. Je me souviens encore du petit garçon géant exposé à la biennale de Venise, était-ce juste avant les renversements du monde ?

"Cette exposition ébranle un édifice symbolique mais lequel ?" Chère joëllelouise, C'est exactement cela. S'il y a un édifice, et un symbole encore vivant, nous n'avons pas grand chose à dire. Si ce symbole chez d'autres n'est plus, ou n'est pas là, le débat est terminé avant d'avoir vraiment commencé. Les affaires de justice ici n'ont pas vraiment d'importance, le sujet est ailleurs, à mon sens.. Certains diront qu'on a gagné en liberté. D'autres diront alors qu'avec ce type de liberté, on a perdu une profondeur et une sensibilité qui ouvraient peut-être à d'autres libertés. C'est toujours une histoire de fontaines du cœur, ou de l'esprit, de vie, de sècheresse et de stérilité. Peut-être aussi une illusion. Comment donner un oui et un non, une raison ou un tort? Il y a ce qui vous parle, et ce qui ne vous parle pas. Enfin, merci pour votre passionnant commentaire.

Joelle, je suis de votre avis concernant Ron Muek. Ne croyez-vous pas que Our body est aux antipodes ? Voici ce qu'on peut lire comme déclaration récente de Gunther Von Hagen (fév. 2009) : . « j'exerce le métier d'anatomiste depuis plus de trente cinq ans, et tout au long de ma carrière, j ai eu bien du al à mettre en place mes expositions anatomiques du fait des normes européennes inviolables concernant l'étique et les droits de l'homme. Cette exposition éponyme ne présente que des gens qui ont donné leurs corps, principalement des allemands du programme de l'Institut Heidelberg pour les donneurs à la plastination. C'est pourquoi il est important que les médias et les habitants de Paris et de France sachent que je ne suis en rien associé à d'autres expositions anatomiques que la BODY WORLDS de Gunther von Hagens. Et je ne suis certainement pas associé, de quelconque manière que ce soit, à cette exposition de cadavre à Paris mettant en scène des corps chinois à la provenance non-identifiée » . Il rajoute : « en tant qu'ancien prisonnier politique en Allemagne de l'Est, je crois vraiment aux principes de la démocratie, de la liberté et du libre arbitre. C'est pourquoi j'ai mis sur pied dès le début de ma carrière le seul programme de donation de corps pour la plastination du monde, car je ressentais le besoin d'obtenir un consentement légal pour pouvoir les exposer. Depuis le début, je conçois le BODY WORLDS comme une collaboration scientifique entre l'anatomiste, le donneur et le visiteur. Il est impératif que le public de Paris et de France sache que je n'ai rien à voir avec ces expositions de cadavres à Paris, et que tout écrit qui suggérerait le contraire aurait tord. »

Voir s'affronter des points de vue qui ne peuvent pas se rencontrer, puisqu'ils refusent absolument d'aller regarder par dessus l'épaule de l'autre, est assez naturel. Peut-être est-ce sans malice, et n'imaginent-ils pas de faire un pas vers l'autre, qui leur semblerait aliéner quelque chose de leur liberté. Or j'ai toujours pensé naïvement, que la première liberté, c'est de se libérer de soi-même, et de ses avis, me méfiant comme d'une peste de ceux auquel je tiens le plus. On trouve de sympathiques révolutions parfois en cultivant, un peu, cette attitude. Je le comprends très bien: il est interdit d'interdire. Principe éternel, comme son frère, la minorité a toujours raison. Une fois passé le premier sourire, nous savons tous qu'il faut un espace de transgression, pour se construire, et aussi que pas de limites nous empêche d'être un nous même, d'une façon relativement équilibrée. Donc, d'accord, non à la censure, mais. Et le mais est important. Jusque là tout le monde, qui aurait peu ou prou un esprit relativement de son temps, est facilement d'accord. Moins que la censure, et depuis le début du fil, ce qui m'intéresse est ce qui choque. Parlons momie. C'est un corps promis à l'éternité, soigné, arrangé dans un esprit particulier, qui nous conduit par sa découverte à comprendre beaucoup de choses. De tous temps, les tombes enseignent. Et, aujourd'hui même, toujours d'un point de vue scientifique, que ce soit la médecine légale, ou la recherche des pathologies, l'intégrité du corps n'a plus d'importance en regard de celle plus vitale d'un savoir pour les vivants. Ce qui n'empêche pas un nouveau "mais". Une fois découpé, examiné, dissous, analysé, ou une fois photographié, étudié mis en équations, et en tout ce qu'on voudra, ne pourrait-on pas se préoccuper un peu, de ce qui préside à la mort d'un être, qui nous laisse son cadavre, et que nous puissions considérer ce cadavre comme quelque chose qui ne relève pas de n'importe quel commerce, ou de n'importe quelle relation au vivant qui serait seulement de l'ordre du spectacle des gibets de Montfaucon? Ou de celui de tous les suppliciés de toutes les exécutions publiques du monde passées et à venir? Parce que ce qui m'intéresse, d'abord, dans le mort, c'est bien le vivant. Et lorsqu'on commence à faire du corps de personnes qui l'ont été, des objets en niant objectivement à ces gens là le statut d'êtres ayant vécu, avec un droit au respect du repos, dans une tombe ,telle qu'on les choisit culturellement de tous temps, on souligne une nouvelle relation, qui sous-tend un certain mépris de ce qu'il est, de ce qu'il a été, par ce qu'il sera. Le problème n'est donc pas de la censure. Censure qu'il faut encadrer, toujours, dans des limites qui sont toujours en évolution, ou à questionner. Mais il est dans la considération accordée à des corps morts, quelque chose qui induit à une autre considération, celle qu'on va accorder aux vivants. Nier un droit au mort, celui de disparaître, pour en faire des objets de démonstration, destinés à conjurer, ou exorciser notre rapport de terreur à la mort, établi sur l'oubli, pour se laisser saisir par un spectacle, c'est nier, forcément, dans le crâne qu'on tient en main, ou le tas d'os suspendus dans la salle de biologie, le statut d'être humain. Celui que nous devons nous accorder à nous vivants, et qu'accorder donc, au delà de leur disparition, à nos morts, renforce. Quant à faire une source de revenus, des momies de toutes les civilisations, comme les cadavres de qui on voudra, voilà qui est tout simplement obscène. Une fois dupliquées, ou photographiées, rien n'empêche le retour normal à une paix qui ne signifie rien pour le monde tel que nous le connaissons, mais qui nous parle, profondément, et intimement, à chacun en face de nous même. Sauf forcément à qui ne se sent pas d'intimité avec ce qui dort pour toujours dans les cimetières. Et nous avons assez à penser avec les vivants, et à nous battre pour qu'ils aient un peu du droit à la parole, pour laisser faire aux morts, qui sont nos ancêtres, nos parents, nos proches, ou nos concitoyens du monde, des objets qui nient une ascendance aux vivants qui ait été à respecter . Cette exposition peut bien se faire, mais pour moi, l'esprit qui l'anime est un désastre. A l'image de la chute, et de la dépression des valeurs qui font que nous n'avons plus aucun sens du sacré. ce qui n'est pas si grave pour nos morts, après tout. Mais ce qui le devient, quand on considère celui de nos handicapés, de nos malades, ensuite pour les anciens, enfin pour les enfants. Le respect n'est pas une notion bonne ici, qui n'existe plus là. Du racisme, au sexisme, en passant par tous les défauts d'empathie pour telle ou telle classe de population, c'est par la lente érosion de ce sens particulier qui nous fait un lien, même aux morts, qui nous donnerait le sens d'une liberté qui n'est qu'un égarement. Ce n'est pas facile à évoquer, mais à force de justement laisser faire tout et n'importe quoi sous prétexte de liberté, c'est celle de l'avenir que nous enterrons. Ceci dit je ne me battrai avec personne pour défendre mon point de vue. J'ai déjà perdu depuis longtemps, comme tous ceux qui croyaient qu'il vaut mieux aimer l'air pur, adorer le ciel bleu et les fontaines de la nature, ou planter un arbre fruitier dans son jardin, qu'écraser les autres à faire des millions à léguer à une descendance esclavagiste, et esclave elle-même de ses idées, et du malheur qu'elle distribue. Mais d'avoir perdu, n'empêche pas de continuer, parce que tout tourne. et qu'on peut espérer en d'autres vivants.

Lire sur le sujet ce billet paru dans le blog Dalloz : http://blog.dalloz.fr/blogdalloz/2009/04/no-body-.html

Cher Sylvain, Merci pour le lien.

Et un autre lien, l'entretien de Patrice Beray avec Gérard Dessons, qui résume parfaitement ce que je tentais si maladroitement de défendre : http://www.mediapart.fr/club/blog/patrice-beray/300409/le-poeme-trace-la-voie-de-la-cite-entretien-avec-gerard-dessons Je cite : "— Si tu devais mettre en exergue des expériences poétiques ou artistiques particulières aujourd'hui, à qui, ou à quoi, penserais-tu ? — Plutôt que de mettre en avant des noms d'œuvres ou d'auteurs, je préfère évoquer un événement spectaculaire qui ne se présente pas comme une expérience artistique, mais qui, par les réactions qu'il a suscitées en France, participe de cette force critique que la modernité reconnaît comme un critère fondamental dans la définition des œuvres d'art. Je veux parler de l'exposition « Our Body », qui s'est tenue à l'Espace 12 Madeleine jusqu'à ce qu'elle soit récemment interdite pour la raison qu'elle constituait, selon les termes de l'ordonnance du juge des référés, « une atteinte illicite au corps humain ». Précisément, les « découpages », les « colorations arbitraires » et les « mises en scène déréalisantes » ont été jugés comme des atteintes à la décence. La loi assigne aux cadavres un espace spécifique : le cimetière, et non une salle d'exposition. Je ne mets pas de côté le problème, évoqué par la justice, de la provenance des corps (il pourrait s'agir de condamnés à morts chinois) avec toutes les questions éthiques, politiques (et diplomatiques) que cela suscite. Au contraire, ces interrogations ne font qu'ouvrir davantage le spectre critique de l'exposition. Mais la censure est clairement révélatrice du fait que des valeurs ont été touchées, c'est-à-dire à la fois questionnées et historicisées. Sous couvert d'éthique, on obéit en fait à des raisons morales. L'argument selon lequel le corps humain ne peut être donné en spectacle suscite nombre d'interrogations, notamment sur ce qui fait basculer l'exposition vers le spectacle. Et sur ce qui advient du public dans ces conditions. Une interrogation, également, sur ce moment où un événement spectaculaire tente de glisser vers le théâtral - une interrogation qui était déjà au cœur des traités d'anatomie, aux XVIe et XVIIe siècles, montrant des écorchés dans des poses « vivantes ». La question, ici, est au fondement de l'artisticité des œuvres : que ne peut-on pas montrer ? et, corrélativement : que peut-on montrer ? Quel est le montrable ? Avec les questions symétriques : que peut-on voir ? et surtout : que ne peut-on pas voir (entendre, lire, penser, etc.)."

"Sous couvert d'éthique, on obéit en fait à des raisons morales."
Quelle différence y a-t-il entre la chose dite en grec et la chose dite en latin? Merci d'avance.
"Quel est le montrable ?" Tout est là, je pense.

kairos En gros, si l'étymologie est la même, l'éthique porte sur des règles que se donne le sujet, la morale sur celle d'un ordre extérieur et supérieur... Quel sens je donne à ce qui se montre (les cadavres de "Nuit et brouillard" sont-ils montrables? Et la momie du mort Ramsès II?), c'est ce qui nous appartient et ne doit peut-être pas être pris en charge...

Passionnant, tout cet échange. Je réfléchis depuis deux heures, depuis que j'ai commencé à lire ce billet, ai lu également l'article de D. Bry. Il me semble qu'on ne peut nier le qualificatif d'artistique à cette expo; il y a un réel travail de création. Qui n'est pas de mon goût non plus. Le tribunal n'a pas jugé - ce n'est pas sa compétence -, s'il s'agit d'art ou pas, il a jugé le fait que cette expo enfreint une règle de droit, à l'égard des morts. Même si cette règle a été enfreinte par le passé, le juge n'a pas à se dispenser de s'en réclamer, ou alors il faut changer la loi. Il n'y a donc pas censure, au sens moral du terme. De même, on ne peut reprocher à une oeuvre d'art d'être immorale. Car la barbarie peut aussi être convoquée au sujet de cette exposition de corps de gens dont nous ne savons pas grand chose, ou plutôt, des choses qui ne vont pas dans le sens de nos valeurs. On peut imaginer que le juge s'est appuyé sur une règle de droit, sachant que les corps sont "douteux", quant à l'éthique, telle que notre société d'aujourd'hui la souhaiterait, idéalement. Je trouve que c'est peut-être dommage d'interdire cette expo, cependant cette interdiction me rassure. Elle invite au débat éthique, comme on le voit ici, et c'est son mérite. Elle me rassure quant à une supposée perte de repères pour tous, et quant à une pensée - ou une consommation - un peu trop uniforme et consensuelle, bien plus dangereuse, à mon sens.

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