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Russie, case départ

ours_russe.jpgUne guerre éclair en Géorgie, un gouvernemnet bicéphale, une capitale la plus chère du monde et une envolée de ses profits pétroliers, l'actualité russe est à la hauteur de son passé riche en couleurs. Derrière les chiffres économiques transparaît l'image d'un pays blessé qui veut faire revivre ses rêves de grandeurs.

 

Russie, retour à la case départ

 

Une amie russe me décrivait un jour les conditions dans lesquelles vivaient les moscovites : loyers exorbitants, inflation, des conditions proches de la pauvreté. D'un autre côté, je lisais récemment que jamais la Russie n'avait été aussi riche. Contraste frappant. La Russie s'affiche maintenant dans les BRICs, ces pays que leur ascension récente a remis sur le devant de la scène et les présente comme "les pays de l'avenir". Il faut dire que la Russie revient de loin. En 2008, elle aura le même PIB qu'en...1989 (chiffres FMI).

 

Après la chute du régime communiste, le système économique s'est senti mal. La libéralisation à outrance s'est révélé négative et la Russie a connu pendant une décennie une récession continue. Rien à voir avec la récession des Etats-Unis qui, selon les économistes, ne devrait durer que quelques mois. Et cette lente descente aux Enfers s'est achevée dans la crise du Rouble en 1998. A partir de ce moment-là, le président Poutine a repris l'économie en main et lui a donné le visage qu'on lui connaît aujourd'hui.

 

C'est une économie à deux pieds : d'un côté des ressources naturelles en abondance, notamment en Sibérie, et de l'autre des monopoles d'Etat qui les exploitent, Gazprom en étant l'exemple le plus fameux. Il y a aussi les chemins de fer Russian Railway, la banque Sberbank ou la RAO UES pour l'électricité. Avec l'envolée du prix du pétrole et des matières premières, les profits de ces monpoles se sont envolés et expliquent près de 50% de la croissance russe de ces dix dernières années. Avec un taux de croissance élevé, la Russie est revenu à son niveau de 1990.

 

Mais où est la richesse ?

 

Mais, mon amie russe vit toujours dans des conditions difficiles et ne semble pas avoir vu beaucoup de retombées de ces profits mirobolants. Certes les chiffres officielles montrent une diminution de la pauvreté, mais elle reste très élevée. L'argent a surtout permis à la Russie de rembourser ses dettes (entièrement remboursée en 2006), puis à regarnir les réserves de devises étrangères. Mais, la richesse a été peu redistribuée ou réinvestie. En revanche, la masse monétaire n'a cessé de croître, alors que l'inflation était déjà haute, et elle devrait atteindre 15% cette année. Car, si le pétrole se trouve en abondance en Russie, les russes doivent tout de même le payer aux prix du marché mondial - ce qui pourrait inciter certains à fermer un peu leurs frontières, surtout en ces temps de retour au protectionnisme.

 

Et le fait que Moscou soit la ville la plus chère du monde n'est sans doute pas étranger au fait qu'elle est le principal centre économique du pays, là où vont tous les capitaux. Sans doute pas non plus étranger au fait que la population moscovite ne peut plus, dans sa majorité, se payer de nouveaux logements. Inégalités croissantes donc.

 

La croissance des dix dernières années a donc permis à la Russie de redresser son économie, au prix d'inégalités croissante et d'un manque de transparence et de concurrence sur certains marchés. La Russie se retrouve donc sur la case départ, et il lui faut maintenant jeter les bases d'une économie plus diversifiée, moderne et de long-terme. La crise économique qui s'annonce globale peut remettre en cause cette transformation et l'on verra alors si l'économie russe héritée de Poutine pourra tenir le coup, surtout si les prix du pétrole continuent de baisser.

Tous les commentaires

Je partage votre constat par rapport aux paradoxes de cette "Nouvelle Russie", comme la nomme Jean radvyiani, fin spécialiste de ce grand pays. Mais je ne comprends pas votre titre. Parler d'un retour à la "case départ", n'est-ce pas satisfaire aux mythes que nous avons voulu projeter sur cette nouvelle Russie et qui l'ont justement menée à sa situation actuelle? Nous y avons vendu démocratie et libre-échange dans un même élan dès 1991 en imaginant ce jeu de l'oie qui mènerait de l'enfer soviétique à la vertu de la "liberté" comme le pensait Fukuyama en apercevant déjà "la fin de l'histoire" dans un monde pacifié par le capitalisme. Pourtant ces thérapies de choc ont mené à la privatisation de tous les secteurs-clé de l'économie, pour ne pas dire un hold-up public sur la richesse nationale, une fuite extraordinaire des capitaux , fuite des cerveaux, disparition dans la nature d'une énorme partie de l'arsenal militaire soviétique, etc. Je ne vous apprendrai rien, mais j'ai bien peur de retrouver dans votre titre la facilité des occidentaux à noter la situation d'un pays selon des schémas préconstruits par nous. Le système russe est totalement nouveau en même temps qu'il réintègre les héritages les plus contradictoires du passé, de Pierre Le Grand à Staline, en passant par Nicolas II. Ils se recomposent depuis 2000, avec Poutine et la Tchétchénie en reconcentrant leur histoire autant que leurs déviances par trop "démocratiques" de l'après chute du Mur de Berlin. Je ne crois donc pas qu'il faille voir dans cette nouvelle Russie un retour à la "case départ", mais la singularité du régime, entre économie globalisée et reprise en main stratégique de l'énergie et des minerais, entre intégration à la culture occidentale et résistances nationalistes "slavophiles", entre fragilité d'un pays tiraillé par des secteurs qui vivent dans le tiers-monde et une capitale cosmopolite, etc. Nous devrions donc voir la Russie dans l'actualité stricte, dans sa nouveauté irréductible. Bien à vous, Gwénael.

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@Gwenael Glatre Merci pour votre long et interessant commentaire. Je ne suis pas un specialiste de la Russie, ni de son histoire, je me suis appuye pour cet article sur les propos d'un ancien haut fonctionnaire russe. L'idee que la Russie a retrouve son niveau de 1990 et qu'elle peut enfin reprendre son souffle, comme un plongeur qui remonte a la surface, vient de lui. L'image que la case depart etait dans mon esprit celle d'un jeu de monopoly : on fait un tour, on vend, on achete, et quand on revient sur la premiere case tout est different et tout recommence. Je partage donc entierement votre analyse, a la fois les problemes dont a souffert, et souffre encore, la Russie, comme la fuite des talents, la concentration des pouvoirs economico-politique, les pratiques obscures de business, etc. Certains disent que la Russie n'a jamais cesse d'etre un empire et se comporte aujourd'hui ainsi, d'autres pensent qu'elle a profondement change, je ne suis pas assez connaisseur pour en juger. Je ne comprends pas votre derniere phrase : si la Russie ne peut se comprendre sans Pierre le Grand ni Staline, comment pourrait-on la reduire a son actualite stricte ? Bien a vous, Franck

Merci pour votre réponse à mon commentaire, notre échange montre toute la complexité du problème russe et comment ils nous posent des difficultés de conception historique. Je dis "historique", parce que nous sommes obligés de changer nos lunettes pour suivre la marche de ce grand pays si nous ne voulons pas tomber dans certaines visions téléoscopiques, comme à l'époque du stalinisme ou de l'autre côté, avec la vision anti-soviétique, anti-totalitaire, deux visions qui ont embrumé pour beaucoup la complexité russe en voulant voir une rupture radicale entre un avant et un après révolutionnaire. Pour vous rassurer, je ne peux prétendre non plus à être un spécialiste de l'histoire russe, ayant pourtant travaillé dans mon cursus d'histoire le XIXè tsariste, "l'Etat et la Révolution" de Lénine et en capes de géographie la russie post-soviétique. J'invite les lecteurs curieux à aller voir des historiens comme Michel Heller, Moshe Lewin ou Marc Ferro pour prendre un grand envol historiographique.
Concernant donc votre question pour ma dernière phrase qui est bien longue d'ailleurs, j'avoue que mon récit paraît bien paradoxal et ce sont là les joies de la synchronie et de la diachronie en histoire, je dirais justement que la nouveauté russe est dans sa capacité à renouveler le passé, à ressortir les chants soviétiques en même temps qu'ils retrouvent le mythe tsariste et l'orthodoxie, tout ça en plein milieu d'un énorme boom capitalistique.
Si je deviens un peu plus clair, c'est donc que l'histoire russe du XXème a voulu croire en une rupture historique passée radicalement du blanc au rouge, pour simplifier, alors qu'on se rend compte aujourd'hui que le soviétisme a largement emprunté à la technostructure tsariste, tout comme aujourd'hui, la chute du Mur de Berlin fait réapparaitre les cendres de tous les régimes passés. La rupture chez les russes, comme dans toute révolution semble-t-il, se fait entre inventions et récupérations, c'est ce que je voulais exprimer dans mon propos.
Bien à vous et merci pour cette idée du Monopoly contre le jeu de l'oie, je vous rejoins tout à fait en comprenant la "case départ" comme une relance des dés, en somme. Gwénael

Bonjoir, du trivial, uniquement... . "Les témoignages se multiplient aussi sur les « loisirs » des milliardaires russes. « J’ai assisté à une soirée où les invités s’amusaient à lancer au vol des coupures de 500 € enflammées, au milieu de fous rires monumentaux. Le personnel de maison était ensuite invité à ramasser les cendres, s’indigne Pierrette, une gouvernante confirmée. C’était proprement écoeurant, j’ai rendu mon tablier le soir même.-- http://www.leparisien.fr/economie/une-villa-a-500-millions-d-euros-10-08-2008-133531.php "

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