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Larmes de crocodile
Selon les derniers chiffres communiqués, le séisme d’Haïti aurait causé 50 000 morts et fait un million et demi de sans-abris. Rapporté à la population d’un pays tel que la France, cela représenterait à peu près 350 000 morts et 10 millions de sans-abris.On ne compte donc plus les proclamations emphatiques de solidarité émanant de gouvernements des pays riches, au premier rang desquels la France et les Etats-Unis. Or, il est clair qu’au-delà des mots, cette solidarité a essentiellement deux manières concrètes de se traduire en actes : financièrement d’abord ; par l’accueil des ressortissants du pays sinistré ensuite.C’est ainsi que, dans un grand élan de générosité, Christine Lagarde a déclaré : "J'ai demandé au Club de Paris que nous finalisions l'annulation de la dette d'Haïti vis-à-vis du Club de Paris". De quoi s’agit-il ? En réalité, dès juillet 2009, le principe de cette annulation avait été adopté. Un accord avait été signé, dont la mise en œuvre était soumise à des discussions bilatérales qui traînent en longueur. Il s’agit donc bien, comme le reconnaît Christine Lagarde, de « finaliser ». Mais ce n’est ni nouveau, ni encore fait.Au fait, pour des sommes de quels montants ? La dette d’Haïti au Club de Paris se monte à 214,8 millions de dollars. Et si l’on veut parler chiffres, on ne manquera pas d’ajouter qu’en juillet dernier, le FMI et la Banque Mondiale avaient approuvé un allègement de la dette de 1,2 milliards de dollars, somme considérable pour un pays dont le PNB ne dépasse guère 4 milliards. Par ailleurs, on mentionnera que le FMI vient de débloquer une aide d’urgence de 100 millions de dollars. Comme il est toujours difficile pour le sens commun de prendre la mesure de la signification de tels chiffres, il n’est peut-être pas inutile de se livrer à des rapprochements certainement idiots ( ?). C’est ainsi que je lis sur un blog du Monde, à la date du 3 août dernier : « le rapport Cuomo a mis en lumière des chiffres édifiants. Il révèle notamment, ce que nous avions du mal à imaginer de ce côté-ci de l’Atlantique, que 686 salariés et dirigeants de 5 grandes banques aidées par l’Etat ( Citigroup, JP Morgan, Merrill Lynch, Goldman Sachs et JP Morgan), ont touché en 2008, plus de 3 Millions de dollars chacun ! » Cela nous fait donc un peu plus de 2 milliards, 20 fois le montant de l’aide d’urgence. Et le 29 avril : « Un article du New York Times va raviver la polémique qui entoure les bonus. Les six principales banques américaines ont provisionné $ 36 milliards pour le seul premier trimestre de 2009 ». Bon ! On me dira que cela n’a rien à voir, mais une somme 360 fois supérieure à l’aide d’urgence du FMI et 170 fois supérieure à celle du montant de la dette que le Club de Paris peine à ce point à annuler, cela laisse tout de même rêveur.
Si l’on considère que l’importance de l’effort financier proclamé à grand sons de trompe doit ainsi être relativisé, on sera porté à se rabattre sur l’examen de la politique d’accueil.
Générosité américaine : Les Etats-Unis ont décidé vendredi d’accorder l’asile temporaire aux Haïtiens sans papiers qui étaient déjà présents sur leur territoire le 12 janvier : « Cela va permettre aux Haïtiens qui remplissent les critères de pouvoir continuer à vivre et travailler aux Etats-Unis pour une période de 18 mois », a expliqué Janet Napolitano, la ministre de la Sécurité intérieure. Le département à la Sécurité intérieure avertit toutefois que « ceux qui ont tenté ou tenteront de se rendre aux Etats-Unis (de façon illégale) après le 12 janvier ne pourront profiter du TPS et seront expulsés ». Et sur un toncauteleux, digne de notre Besson national, il est expliqué : « Dans ces moments de tragédie, beaucoup de personnes qui souffrent sont tentées de trouver refuge dans d’autres pays (…). Mais essayer de quitter maintenant Haïti ne fera qu’ajouter à la douleur du peuple haïtien ».Générosité française : dans la hotte d’Eric Besson, justement que trouve-t-on ? Ce communiqué de presse : « Eric Besson, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, a donné, mercredi 13 janvier 2010, instruction à ses services de suspendre immédiatement toutes procédures de reconduite dans leur pays d’origine des ressortissants haïtiens en situation irrégulière sur le territoire national." Vous avez bien lu : « suspendre ». On verra plus tard. Et pas question d’asile temporaire et encore moins de régularisation. Où irait-on si plusieurs centaines, voire milliers de sans-papiers haïtiens avaient demain libre accès aux droits ? Les ressortissants de n’importe quel pays victime d’un quelconque cataclysme, susceptible de se produire à tout instant, pourraient s’aviser demain de demander à bénéficier du même sort. Pourquoi pas les fuyards en provenance d’un pays en guerre ? On s’en tiendra donc à un «dispositif exceptionnel et temporaire d'accueil » qui prévoit « un allègement des conditions du regroupement familial, des facilités accordées pour la délivrance des visas pour visites familiales ainsi que des visas et autorisations de séjour délivrés à titre humanitaire pour les victimes dont l'état de santé nécessite un traitement médical spécialisé en France ». Tout ça ? Bien sûr, parce que, n’est-ce pas, « la réaction de la France doit être à la hauteur de sa tradition républicaine d'accueil, de solidarité, et d'humanité, et des liens historiques et culturels profonds qu'elle entretient avec le peuple haïtien. Dans des circonstances aussi effroyables et douloureuses, tous nos efforts doivent se concentrer sur l'aide aux Haïtiens ». Ah là, on le retrouve notre Besson !
Ite, missa est.


Tous les commentaires
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Merci d'avoir décrypté ces chiffres et ces déclarations d'intentions cyniques.
Ajoutons ceci: derrière un État en faillite incapable de faire face à la misère et aux urgences, il y a le résultat de décennies de domination, d'endettement, de dictature. Les fonds détournées par la famille Duvalier, puis Aristide ne sont toujours pas restitués au peuple Haïtien. Une armée d'occupation (la Minustah) réprime les mouvements sociaux qui réclamaient une augmentation du salaire minimum. La dette continue de peser sur l'économie du pays.
Aussi, avec cette catastrophe , l'exigence de l'annulation de toute l'odieuse dette haïtienne doit être inconditionnelle pour tous ceux se déclarant "amis" des haïtiens.
En outre, menons campagne pour que la France et les USA réparent les effets de leurs politiques depuis l'indépendance de 1804.
Oui évidemment, 3 milliards de personnes sur terre en état de sous alimentation, 1 milliards mourrant de faim, sauvons les riches!!!
Merci de mettre en lumière l'hypocrisie des puissances coloniales - la France, les Etats Unis, le "Club de Paris" et les instances internationales tels que le FMI - concernant ce pays devasté depuis deux siècles par des mechanismes de pillage et d'opression.
Merci pour cette mise en perspective bien nécessaire.
Merci Mr. Brun pour votre lucidité.
L'hypocrisie des grandes puissances, évidente, immonde et habituelle, permettra par la même occasion d'enrichir les firmes US qui vont se mettre à "reconstruire" ce pays.
Espérons que les plans de reconstruction permettrons au pays de se relever car sa dignité demeure intact.
Merci à Cuba d'avoir formé depuis des années de nombreux médecins haïtiens. Cette aide discrète et permanente représente près de 400 médecins cubains au coeur d'Haïti.
Maintenant, Haïti c'est tendance ! Comme si les occidentaux ignoraient que les galettes de boue sont le quotidien de beaucoup d'haïtiens.
La France pourrait faire preuve de dignité en remboursant les 21 milliards de dollars payés par Haïti au 19° siècle pour l'indépendance du pays... et s'occuper des sans-abris qui chaque années meurent dans l'indifférence générale.
Il parait que Kouchner a accueilli les premiers nationaux rapatriés en france, dans le salon d'honneur de Roissy, sous les yeux attendris des caméras - avec quelques belles et fortes paroles, comme on ne peut en sortir que pour le 20 heures - la France etc...Quelques heures plus tard, arrivait à Orly, sans comité d'accueil ministériel, une famille; les parents, deux gamins qui avaient tout perdu à Port-au-Prince, pas un centime sur eux, les gosses en teeshirt ; leur point d'attache en France était Lyon, mais le billet Paris-Lyon n'entrait pas dans la générosité de la France, estimez-vous heureux d'avoir été rapatriés jusqu'à Paris, gratos - il a fallu que les gens qui étaient là se cotisent pour les tirer d'affaire.
Petit détail, je l'accorde, au regard de l'atroce là-bas,mais qui en dit long sur la façon dont se comportent ces gens qui nous gouvernent.
Monsieur Rodel,
Ce que vous nous contez à propos de cette famille est malheureux mais on peut se réjouïr qu'une aide soit venue du public, généreux et humain.
Kouchner, vous avez sans doute eu le temps d'analyser le personnage.
N'attendez rien de ce pet.
Mais c'est à ce prix, symbolisé par la misère haïtienne d'hier et d'aujourd'hui, "que nous mangeons du sucre en Europe", comme disait le philosophe français, investisseur dans le commerce triangulaire, François Marie Arouet dit Voltaire, à la fin de son récit du voyage de Candide au Suriname, richissime colonie hollandaise de plantations esclavagistes.
La mondialisation aux XVIème, XVIIème, XVIIIème, XIXème siècles, des commerçants, industriels, banquiers et financiers, battait déjà son plein. Notamment grâce au commerce triangulaire qui permit de faire main basse sur le continent américain, nord et sud. Au profit de millions de gens, bénéfices colossaux inégalement répartis même au sein des millions de prédateurs européens, et surtout au détriment épouvantable d'autres millions plus ou moins basanés d'Afrique, d'Asie et de ce que l'Europe baptisera Amérique (à Saint Dié dans les Vosges, en 1507 !), du nom de son nouveau Piloto Mayor Amerigo Vespucci, après la disgrâce de Christophe Colomb. Les chiens cubains, réputés dans toutes les îles à sucre pour la chasse aux Noirs fugitifs, étaient lâchés, notamment à Saint-Domingue par les Français, en prise avec une insurrection d'esclaves et d'hommes libres, révolutionnaire.
La réparation, pour Haïti, ne peut être qu'une assurance de coopération durable et équitable. Cette République, loin d'être victime d'une " malédiction ", comme le susurre notre Président de la République française et laïque, est toujours doubout grâce au cadeau qu'elle a fait à l'Humanité : la 1ère abolition de l'esclavage sur son sol saint-dominguois puis dans toute la République Française et ses colonies, le 4 février 1794, votée à Paris, par la Convention, en l'an II de la Ière République française. Prélude du lent égrenage des abolitions du XIXème siècle.
Car, qui parle de " malédiction ", surtout en pays vaudou, a condamné et condamne ce peuple, héritier pourtant des Lumières, à son intemporelle misère sociale et politique. Il y a, avant et par dessus tout, la LIBERTE, l' EGALITE et, surtout dans la tourmente haïtienne, la FRATERNITE. N'est-ce pas ?
Quelles sont ces forces surnaturelles évoquées par le Président de la République qui s'acharneraient sur cette République, souvent qualifiée " noire " (?) comme pour mieux la stigmatiser ? La déclaration d'intention de M. Sarkozy, d'user des fonds publics pour manifester notre solidarité nationale envers nos cousins d'Amérique haïtiens, doit s'inscrire dans le socle républicain bâti en partie dans cette richissime ex-colonie française de Saint-Domingue et depuis 1804, Haïti, république "indépendante", en tout cas, partenaire historique et francophone (!) de la France dans la Caraïbe en Amérique tropicale.
Marche de solidarité et de remerciement pour Haïti
à Cayenne, dimanche 17 janvier 2010,
avec les couleurs bleu, blanc et rouge
de la Révolution française
dans le drapeau haïtien.
MALGRE TOU AYITI CHERI POU TOUJOU
N' oublions pas aussi que Carla Bruni a joué avec les petits orphelins adoptés qui viennent d' arriver en France, et qu la personne interviewée sur France Info l' a trouvée "très sympathique" ... quel intérêt dans ce contexte?
Toutes les occasions sont bonnes pour essayer de rehausser l' image de l' Elysée, en chûte libre dans les sondages !
C' est nauséeux...
Qu'est- ce que le "Club de Paris "?..; un "Club" envers lequel Haïti a une dette, parait-il ?