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Oct

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Pour une autopsie immédiate du sarkozysme

"Enfin les difficultés commencent." La phrase du dirigeant socialiste Bracke en 1936, après la victoire électorale du Front populaire, risque fort d'être de mise dimanche prochain 6 mai à 20 heures. Le parallèle peut être poursuivi par le rappel suivant : la défaite de la droite était avant tout celle d'une personnalité bouffie de prétention, Pierre Laval, qui face à une crise n'avait rien trouvé de plus intelligent que la "déflation", c'est-à-dire la baisse du pouvoir d'achat du plus grand nombre. Rappelons aussi qu'une extrême droite numériquement faible, à la faveur de cette même crise, troublait grandement le jeu républicain.

Il faut reconnaître que Sarkozy n'a pas de chance et que tout ce qui lui a réussi en 2007 se retourne à présent contre lui. Jusqu'à l'éphémère soleil du premier mai sur Paris -où il avait fait venir de tout l'Hexagone des milliers de personnes bien obligées de manifester par tous les temps, cependant que la taille de la manifestation rivale, aux troupes uniquement franciliennes, était  fort tributaire du ciel : il fut serein, elle écrasa la démonstration du Trocadéro, première réponse de la droite française, après 1945, à la suggestion de Pétain de transformer la journée de lutte, instaurée par le mouvement ouvrier mondial dans les années 1890, en "fête du Travail". Le politicien sortant avait cru malin de s'y glisser en coucou, mais gâché son effet de ses mains en prétendant que la sienne serait la fête "du vrai travail", ce qui avait fait réagir comme un seul homme les forçats, sans doute inauthentiques, de la précarité ambiante.

La meilleure, mais hélas la plus improbable, façon d'ouvrir les temps nouveaux qui se profilent pour la fin de semaine serait d'examiner immédiatement le cauchemar de cinq années qui les aura précédés. L'occasion est pourtant belle. La solution européenne proposée (et largement imposée) devant la crise de l'euro par le couple Sarkozy-Merkel, à savoir l'aggravation générale de la condition des salariés, censée rassurer les marchés financiers, montre ses limites aux plus aveugles en ne calmant, précisément, pas du tout les ardeurs baissières des agences de notation.

Un exécutif présidé par François Hollande serait donc en bonne position -et cela contribue fort, pour l'heure, à sa bonne santé sondagière- pour renégocier le traité européen par l'ajout d'un "volet sur la croissance". Mais cela ressemblerait fort à l'application d'un nouveau cautère sur une jambe de bois... où il devient difficile de trouver de la place. La solution de l'historien s'impose donc plus que jamais : avant tout, comprendre comme on en est arrivé là, sur les plans mondial, européen et français. Comment on a, dès Maastricht, fétichisé l'euro en le présentant comme une panacée; comment, en 2001, on a permis à la Grèce de l'adopter en truquant ses comptes au tout dernier moment, notre Chirac et notre Jospin  portant nécessairement dans l'affaire une cohabitante  responsabilité. Et surtout, comment la France a pu, en une pareille époque, se doter d'un des plus mauvais chefs de son histoire et comment on a laissé celui-ci, devant la première crise, celle des subprimes, en 2008, gonfler ses biceps en prétendant qu'il allait moraliser le capitalisme pour se contenter ensuite de moraliser les travailleurs, ces éternels paresseux qui prétendaient prendre des retraites alors que leur espérance de vie s'allongeait, un scandale des plus urgents à corriger, il est vrai.

Les lendemains pourraient chanter réellement si ce travail d'histoire immédiate était entrepris, faute de quoi le pain blanc risque de faire défaut encore plus vite qu'en 1936, nul progrès social analogue aux congés payés ne venant, cette fois-ci, tempérer l'amertume.

Tous les commentaires

02/05/2012, 16:14 | Par a6parterre

La lecture ausculte. Regarder sans voir écouter sans entendre est ectoplasmique. Sans corps pas de crime.

 

08/05/2012, 11:06 | Par [email protected]

Salut, A6PARTERRE ! Toujours là où on (ne) vous attend (pas) !

« ...les forçats, sans doute inauthentiques, de la précarité ambiante. » Pourquoi, inauthentiques ? Quelle idée vous faites-vous des syndicalistes et des travailleurs ? J'ai passé les trois dernières années de ma vie professionnelle comme permanente syndicale, et j'ai bien failli y laisser ma peau ! Innombrables cas de harcèlement à traiter, mépris impavide de l'administration – j'étais fonctionnaire –, coups tordus en tous genres... J'ai programmé ma sortie anticipée après une chute de fatigue qui aurait pu être mortelle...

08/05/2012, 13:16 | Par Delyelle

J'ai réagi exactement comme [email protected] à votre "inauthentiques" forçats... Et puisque vous êtes remontés plus loin que 36 avec ce simple mot-là, j'en profiterai pour citer un grand de l'époque des forçats :

"L'éblouissant soleil de juin inondait de lumière cette chose terrible"... (Les Misérables, Victor Hugo.)

Les invisibles forçats d'aujourd'hui ne le sont plus, invisibles. Ce ne sont ni des lâches ni des spectres.... mais d'authentiques révolutionnaires, eux aussi...

Et je parierai volontiers qu'ils ne se feront pas contourner comme ceux de la rue du Temple ...  : les temps changent, les leçons de l'histoire sont comprises et nous éviterons les culs de sac !

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