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François Hollande serait-il devenu populiste ?

Le 3 avril 2013 est à marquer d’une pierre « blanche », car un événement majeur s’est produit au sein du paysage politique français ! Pour faire suite aux aveux de détention d’un compte en Suisse de l’ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac,  le président de la république François Hollande, au cours d’une brève intervention de 2 mn 30,  [1] vient d’annoncer trois mesures draconiennes visant à encadrer l’exercice des fonctions politiques dans un but de transparence de l’action politique.

Après 1mn40 d’intervention François Hollande déclare vouloir : « …Lutter de manière impitoyable contre les conflits entre les intérêts publics et les intérêts privés et assurer la publication et le contrôle sur les patrimoines des ministres et de tous les parlementaires. Le gouvernement soumettra au parlement dans les semaines qui viennent un projet de loi dans cette direction. Enfin, les élus condamnés pénalement pour fraude fiscale ou pour corruption, seront interdits de tout mandat public. La République c’est notre bien le plus précieux elle est fondée sur la vertu, l’honnêteté, l’honneur, la défaillance d’un homme doit nous rendre encore plus exigeants, intransigeants et je le serai parce que sais ce que cela représente pour les français cette blessure. L’exemplarité des responsables publics sera totale, c’est mon engagement, je n’en dévierai pas et les Français doivent en être certains.»

Ce 3 avril 2013, l’hebdomadaire Courrier International  publie un article intitulé « Italie • Beppe Grillo essaime en Europe »  [2] qui relate la création dans plusieurs villes européennes de cercles  nommés « Amis de Beppe Grillo » qui regroupent de nombreux soutiens de Beppe Grillo. Selon le créateur du cercle de Berlin Marcello Pilato, l’objectif avoué est de « rendre la vie dure aux partis établis ».Selon Courrier International  le corpus des idées qui rassemblent las amis de Beppe Grillo, est « d'abord et avant tout, une politique aux mains propres et le contrôle des institutions par les citoyens. D'où la revendication de limitation des mandats à deux législatures, la réduction des traitements des hommes politiques et la non-éligibilité des citoyens ayant un casier judiciaire ».

Peut-on constater la moindre  différence entre la déclaration du Président de la République et celle formulée par les « Amis de Beppe Grillo ». Non, assurément non, à l’exception  de quelques points de sémantique qui ne modifient en rien le fond.

Les propositions de François Hollande, à la condition qu’elles soient rapidement mises en œuvre sont-elles susceptibles de faire progresser  l’assainissement de la gouvernance politique

Tout récemment pourtant, lorsque ces mêmes propositions ont été formulées en Italie durant la campagne électorale, par les candidats aux élections législatives du « Mouvement 5 Etoiles » de Beppe Grillo, que n’a-t-on lu dans la presse italienne ou française sur le caractère populiste des propositions de Grillo et des candidats de son mouvement.

Au soir du scrutin, lorsque le « Mouvement 5 Etoiles » a obtenu 25.5% des voix et 108 sièges, [3] un grand nombre d’éditorialistes en France et dans toute l’Europe, [4] ont redoublé d’ardeur et de florilèges pour dénoncer les dangers de la montée des populismes en Europe.

Dans la réalité, ce que beaucoup de ces « bien-pensants » refusent d’analyser ou de prendre en compte lorsqu’ils lancent l’anathème « populiste », c’est le sentiment toujours plus grandissant de la distance qui sépare maintenant les sociétés civiles des institutions politiques et qui se répand  à très grande vitesse à travers l’Europe toute entière. Les mêmes, adeptes de cet « entre-soi », qui caractérise aujourd’hui le fonctionnement des cercles de décision de la sphère économico-politico-médiatique, qui dirigent les Etats d’Europe tels des oligarchies,  refusent avec obstination de voir que les maux profonds qui affectent la gouvernance politique des sociétés d’Europe, ont malheureusement du sens car ils résultent d’une réalité concrète pour un nombre grandissant de citoyens, auxquels les Etats imposent toujours plus d’exigences de tous ordres.

Ce comportement contribue ainsi à faire le lit de l’internationale de l’extrême-droite européenne,  les Bart De Wever (Nieuw-Vlaamse Alliantie  [N-VA] ) en Belgique, Geerts Wilders (Partij voor de Vrijheid, Parti pour la Liberté) aux Pays-Bas, Timo Soini (True Finns party)  en Finlande, Viktor Orbán (Fidesz-Union civique hongroise [FIDESZ-MPSZ]) en Hongrie,  Gabor Vona  (Jobboldali Ifjúsági Közösség  [JOBBIK])  en Hongrie , Jaroslaw Kaczynski (Droit et justice [PIS]), en Pologne, Marine Le Pen (Front National) en France…
Au lieu de prendre à bras le corps les problèmes de la société contemporaine, jouant sur les vieux réflexes républicains et sur la peur des extrêmes,  projetant avec cynisme sur un pied d’égalité extrême-droite et extrême-gauche, Front National et Front de Gauche, l’oligarchie se sert du spectre des « extrêmes » et du « populisme » comme d’un hochet politique pour pérenniser par la voie des urnes sa domination dans le cadre d’une démocratie de délégation de pouvoir, devenue aujourd’hui obsolète par bien des aspects.

Ceci, jusqu’à ce que l’ampleur du scandale politique d’un ministre du Budget - par ailleurs premier chantre de la rigueur au sein du gouvernement et promettant des coupes sombres dans les budgets sociaux notamment - avouant s’être livré lui-même à l’évasion et donc à la fraude fiscale, emballe la machine politique et prenne l’allure d’un Tsunami qui risque d’emporter l’ensemble du pouvoir exécutif.
Depuis hier, à de rares exceptions près, on assiste dans la presse à la mise en exergue du mensonge de Jérôme  Cahuzac, pour mieux passer sous silence la faute beaucoup plus grave de fraude fiscale ou d’évasion fiscale par le biais de paradis fiscaux.

Enfin il est troublant d’entendre - dans le journal de 20 heures de France 2 du mercredi 3 avril dont l’invité est Edwy Plenel Fondateur de Mediapart - François Hollande, [5]  filmé il y a trois ans en train d’échanger quelques mots avec Edwy Plenel, puis déclarer à un journaliste qui l’interpelle : 20 :27 mn : « Mediapart n’est pas au service de l’opposition. D’ailleurs je pense, quand nous serons j’espère à partir de 2012, en responsabilité, il y a tout à craindre de ce que sera ce devoir d’information, de critique, qu’exercera, je n’en doute pas Edwy et son équipe ».  

Comment François Hollande qui émit à l’époque un jugement positif pour apprécier  la qualité professionnelle du journalisme d’investigation  pratiqué par Mediapart, a-t-il pu trois ans plus tard, ne pas considérer tout aussi sérieusement la qualité des informations détaillées publiées par Mediapart sur les agissements frauduleux de son ministre Jérôme Cahuzac ?

François Hollande aurait dû prendre connaissance avec intérêt des conclusions formulées par l’Association de lutte contre la corruption Anticor Lot-et-Garonne, publiées  le 3 juin 2012,  [6]  suite à un entretien accordé par Jérôme Cahuzac pour débattre de charte éthique d’Anticor proposée aux candidats aux élections législatives. Les responsables de l’association Gabrielle Audefroy et Patrick Beauvillard résumaient ainsi leur rencontre avec le Ministre du Budget : « L’entretien a été courtois mais tendu, M. Cahuzac étant offensif, attaquant systématiquement chaque point de la charte, et caricaturant les propos ou biaisant en n’en retenant qu’une partie.  M. Cahuzac a disqualifié la plupart des articles de la charte, en refusant d’entendre l’objet complet d’Anticor et ne considérant que son objet lié à la lutte contre la corruption. Les objets de promotion de la démocratie représentative, et de l’éthique en politique ont été ostensiblement ignorés…» «…Malgré un accord général de principe sur les thèmes défendus par Anticor, M. Cahuzac est en désaccord avec la majorité des points importants de la charte. » Conclusions plutôt gênantes pour un candidat aux élections législatives de 2012 qui vient d’être nommé Ministre du Budget au lendemain du succès de François Hollande à l’élection présidentielle !

Le problème reste entier et rien n’est réglé quant au fond, malgré sa démission et ses aveux honteux pétris de contrition. Le problème est celui d’une démocratie gravement affaiblie par les maladies chroniques de la corruption et de la concupiscence. Que l’on soit en temps de crise économique ou pas, le comportement de Jérôme Cahuzac est inqualifiable eu égard aux fonctions ministérielles qu’il a osé exercer, alors qu’il se savait convaincu de pratiques frauduleuses et illégales, qu’il était lui-même chargé de réprimer dans sa fonction ministérielle.

Les français observeront donc avec intérêt, le  qualificatif que  les éditorialistes « bien-pensants » attribueront aux  propositions de François Hollande, en tous points semblables à celle de Beppe Grillo ? Populiste ?

Les propositions du Président de la République semblent s’inscrire dans le sens de l’histoire. Mais elles ont été formulées sous la contrainte et dans la précipitation alors qu’elles nécessiteraient pour être efficaces, le temps de la réflexion pour un sérieux approfondissement  et un climat serein et apaisé pour leur  mise en œuvre.

François Fabregat

4 avril 2013

[1]   Le Monde.fr : « François Hollande : l'exemplarité des responsables publics sera totale », Dailymotion, 03.04.2013, http://www.dailymotion.com/video/xypaoj_hollande-l-exemplarite-des-responsables-publics-sera-totale_news#.UVwvgVfxj-k
[2] Courrier international : « ITALIE • Beppe Grillo essaime en Europe », 2 avril 2013,  http://www.courrierinternational.com/article/2013/04/02/beppe-grillo-essaime-en-europe
[3] Elections en Europe : « Elections législatives de 2013 en Italie », 26 février 2013,                                                                              http://elections-en-europe.net/2013/02/26/elections-legislatives-de-2013-en-italie/
[4] Courrier International : « ITALIE • Grillo plagie Hitler ? », 7 mars 2013,    http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/07/grillo-plagie-hitler

[5] France 2 : Interview Edwy Plenel, Journal de 20 heures, mercredi 3 avril 2012, 20:27 mn, http://www.france2.fr/jt/20h/03-04-2013
[6] Association ANTICOR, « Entretien avec Jérôme Cahuzac »,  le 3 juin 2012 dans Anticor, en Lot-et-Garonne,  http://anticor47.org/entretien-avec-jerome-cahuzac/



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