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«Nous sommes à un tournant majeur de l’histoire de l’édition»

Quelle est aujourd’hui la réalité du métier d’éditeur ? Quelle place pour celles et ceux qui ont choisi de privilégier une ligne éditoriale exigeante, en prise avec les préoccupations des sociétés civiles ? Entretien avec François Gèze, président-directeur général de La Découverte, une maison d’édition spécialisée dans les sciences humaines et sociales, dont la ligne éditoriale, « Des livres pour comprendre, des livres pour agir », en a fait un compagnon de route des mouvements citoyens.

Interview recueillie par David Eloy et parue dans la revue Altermondes, décembre 2012.

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Comment définiriez-vous votre métier d’éditeur ? En quoi a-t-il évolué ces dernières années ?

François Gèze : Être éditeur, c’est jouer le rôle de passeur entre des personnes, qui produisent des idées ou créent des fictions, et des lecteurs qui trouvent utilité ou plaisir à lire ces travaux. Ce cœur de métier — choisir et faire connaître – est resté le même. L’environnement, lui, a changé. Il y a d’abord une évolution du lectorat, marquée par une forte chute des très grands lecteurs (ceux qui lisent plus de 25 livres par an). Les enquêtes du ministère de la Culture montrent que ces grands lecteurs, qui représentaient 22 % des plus de quinze ans en 1973, n’étaient plus que 11 % en 2009. C’est une évolution préoccupante, révélant que, dès les années 1980, les pratiques de lecture des jeunes générations, des étudiants, ont changé de façon très significative. On l’a vu notamment dans le champ des sciences humaines et sociales. À partir de cette époque, le public étudiant s’est de plus en plus détourné du livre comme support privilégié de connaissance. La lecture de curiosité a beaucoup décliné au profit des seules lectures utilitaristes, permettant de décrocher ses examens.

Dès les années 1980. On ne peut donc pas faire de lien avec Internet ?

F.G. : Non, le phénomène est bien antérieur. C’est vraiment une évolution des pratiques culturelles. Les pratiques de lecture ont complètement changé. Ce qui fait qu’aujourd’hui la plupart des ouvrages publiés doivent trouver leur public dans des « niches ». La curiosité livresque n’a pas disparu, elle s’est éparpillée.

Comment l’édition se porte-t-elle en France ?

F.G. : En France, environ 35 000 nouveautés paraissent chaque année. Si le tirage moyen a régulièrement baissé depuis trente ans, le nombre de titres, lui, a fortement augmenté, comme le nombre global d’exemplaires vendus. Parallèlement à la baisse des grands lecteurs, on a en effet assisté à une démocratisation de la lecture, dans la mesure où, pendant les années 1970 et 1980, le nombre de faibles lecteurs (ceux qui lisent moins de 8 livres par an) a significativement augmenté, grâce au succès des clubs (comme France-Loisirs) et à l’arrivée des grandes surfaces dans le secteur. On a touché un public plus large, au moins pour une certaine catégorie de livres. Mais depuis deux ans, on est entré dans une période de récession. On prévoit pour 2012 au moins 6 % de baisse sur l’ensemble du marché. Le recul est encore plus important dans les autres pays européens. Sur les neuf premiers mois de l’année, c’est – 30 % au Portugal, – 20 % en Espagne et en Italie, – 12 % en Belgique, – 10 % au Royaume-Uni et – 9 % en Allemagne. Ce tassement très fort est dû, bien entendu, à la crise, mais elle n’explique pas tout. Il y a aussi, comme chez nous, un recul du nombre de grands lecteurs. Nous sommes donc à un tournant majeur, peut-être le plus important depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Et dans le domaine des sciences humaines et sociales (SHS) ?

F.G. : Depuis trente ans, on parle de « crise » dans ce secteur. Mais une crise qui dure trente ans, ce n’est plus vraiment une crise, c’est une nouvelle étape. D’un côté, c’est vrai, les ventes d’essais spécialisés et surtout d’ouvrages de recherche en SHS se sont globalement effondrées (souvent à moins de 1 000 exemplaires par titre). Mais de l’autre, on constate également que, depuis quelques années, les livres aidant à comprendre la mondialisation – surtout les plus radicaux – se vendent bien, parfois même très bien. Je pense aux livres de Naomi Klein, de Joseph Stiglitz ou des « économistes atterrés ». Et Le Monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin s’est vendu à 80 000 exemplaires ! Il y a donc un vrai appétit de comprendre les nouvelles formes de la mondialisation. Sinon, les livres-sommes, ces volumes dont on se dit que la lecture va vraiment apporter quelque chose, fonctionnent plutôt bien. Nous avons publié en 2008 une Histoire secrète de la Ve République, qui s’est vendue à plus de 100 000 exemplaires avec l’édition de poche. Nous venons également de publier une Histoire de l’Algérie à la période coloniale, qui démarre bien, et une passionnante Histoire des mouvements sociaux en France de 1814 à nos jours. Il faut enfin souligner l’émergence de jeunes auteurs qui, depuis la fin des années 1990, explorent des champs nouveaux dans le domaine des SHS. Un renouveau de la production qui, pour le coup, est encourageant.

Et sur des sujets comme le mouvement altermondialiste ?

F.G. : Après un recul spectaculaire dans les années 1980 des engagements « anti-impérialistes » des deux décennies précédentes, on a vu apparaître dans les années 1990, avec l’émergence du mouvement altermondialiste, de jeunes lecteurs engagés, mais qui lisent des livres de façon éclatée. Ils vont s’intéresser à tel pays, à tel sujet et pas à d’autres. On est donc dans une logique de niche. Depuis, le « boom » de la militance altermondialiste qui a suivi en France la création d’Attac, s’est toutefois tassé. Le côté positif, c’est que ces idées se sont répandues au-delà des cercles militants. Du coup, les livres spécifiquement consacrés au mouvement altermondialiste ne se vendent plus guère. Mais les idées qu’il véhicule se retrouvent dans d’autres livres, qui s’adressent à des publics différents voire plus larges. Il y a une forme de banalisation de ces idées, dans le bon sens du terme.

Le fait qu’un livre soit une production d’ONG sur une problématique spécifique est-il une plus-value ?

F.G. : Tout dépend de la capacité de l’auteur à produire un texte lisible au-delà de ses pairs et des spécialistes, ce qui n’est pas toujours facile. Les livres que je qualifierais de « pratiques », eux, se vendent bien. C’est le cas par exemple des Guides du GISTI, que nous publions depuis de longues années : ils s’écoulent sur la durée, parce qu’ils répondent à un besoin de professionnels et de militants, ceux qui interviennent auprès des migrants. Même chose pour le Guide du prisonnier de l’Observatoire international des prisons.

Que vous inspire le succès d’Indignez-vous de Stéphane Hessel ?

F.G. : On ne peut pas parler à proprement parler de succès d’édition, puisque ce n’est pas réellement un ouvrage, vue sa taille, celle d’un article. Je pense plutôt qu’il a joué un rôle d’identification à une posture morale, que beaucoup de gens partagent heureusement. Comme un signe de reconnaissance. Se dire j’achète le livre ou je l’offre — Indignez-vous a été extrêmement offert —, c’est une façon de (se) dire qu’on se reconnaît dans les valeurs qu’il véhicule. C’est autre chose que l’édition.

Selon vous, quel avenir a l’édition ?

F.G. : Il faut rester optimiste. Il y aura toujours besoin de textes pour apprendre, pour comprendre le monde et pour le changer. Le cœur de métier de l’éditeur, c’est-à-dire repérer les auteurs, les aider à accoucher de textes qui seront lisibles et les faire connaître le plus largement possible, va rester, même si le rapport au livre a changé. Aujourd’hui, la technique d’« impression numérique » permet de faire des tirages très réduits, voire à l’unité, dans des conditions économiques convenables. Cette évolution va permettre d’adapter l’offre papier à la demande et de rendre la plupart des livres disponibles ad aeternam. L’« impression à la demande » est en effet une révolution plus importante que celle du livre électronique : en s’affranchissant des contraintes économiques des techniques d’impression traditionnelles (tirages en quantité et donc stocks à entreposer), elle va donner une capacité de survie sur la longue durée au livre imprimé, qui aurait été sinon menacé dans son existence même…

L’autre évolution, c’est bien sûr celle du livre électronique, même si son poids est encore peu significatif en Europe (à l’exception du Royaume-Uni). Aux États-Unis, il pèse déjà de 10 % à 20 % du marché selon les secteurs, surtout dans la fiction grand public ou le professionnel, dont les livres sont adaptés à la lecture sur tablette. Les livres de recherche vont très probablement connaître la même évolution : l’édition électronique va devenir l’édition première et l’édition papier se fera à la demande. Cela va complètement modifier notre écosystème. Auparavant, avec toutes les difficultés de diffusion du livre imprimé, notamment à l’international, nombre d’ouvrages restaient méconnus. Les technologies numériques (publication en ligne, numérisation des fonds, moteurs de recherche, Web sémantique…) renouvellent complètement les conditions d’accès à la connaissance.

Que restera-t-il du papier ?

F.G. : Le numérique favorise des modalités technologiques de publication ainsi que des modes d’écrit différents — l’hypertexte — qui permettent de mettre en relation une infinité de ressources, ce qui est évidemment formidable. Mais à mon sens, cela rendra d’autant plus nécessaire l’accès traditionnel au « livre clos » (imprimé ou numérique), celui qui a un commencement et une fin, qu’un auteur a publié à une certaine date et auquel il ne touche plus après. C’est-à-dire le contraire du livre modifié en permanence – dit parfois « liquide » –, parce que son auteur y revient ou qu’il est enrichi par d’autres : une modalité passionnante, mais inévitablement inscrite dans l’instant, impossible à inscrire dans la durée. D’où l’importance, face à la dispersion favorisée par le Web, de pouvoir encore lire, de préférence sur papier, les « livres clos » d’Aristote, Marx, Weber ou Sartre écrits avant son invention (mais aussi ceux écrits après). Le fait de lire un livre avec un début et une fin et de pouvoir travailler dessus apporte, au plan cognitif et politique, beaucoup plus que de rester simplement baigné dans le flux permanent de l’information ou de la circulation des textes.

Tous les commentaires

10/01/2013, 09:12 | Par Jacques Bolo

Cette confiance dans le livre me paraît optimiste (wishfull thinking?). Je passe personnellement de plus en plus de temps sur internet (ici entre autres). Ce temps est augmenté par la lecture ou la participation aux commentaires, et il n'est pas extensible. Les textes scientifiques sont maintenant en ligne et le seront de plus en plus, etc.

Le pb de l'édition est plutot de trouver un nouveau modèle économique, en ligne, ou sur le livre traditionnel. Pour le livre, il semble qu'on s'oriente vers une stratégie de best sellers plutôt que sur une stratégie de niches qui n'est pas rentable pour de petits tirages (à moins d'augmenter énormément les prix).

10/01/2013, 17:24 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de Jacques Bolo le 10/01/2013 à 09:12

(Re)lire The Gutenberg Elegies: The Fate of Reading in an Electronic Age, S. Birkerts, Faber and Faber, NY (1994) Mélancolique, conformément au titre, et prémonitoire.

Non seulement une question de temps disponible, mais aussi et surtout, une question de mode de lecture : comme le mentionne Fr. Gèze, optimiste aussi sur ce point, la lecture in extenso (plus ou moins) et linéaire (plus ou moins) d'un ouvrage n'a rien à voir avec le picorage à l'écran. Or, le picorage pourrait bien devenir la norme, excluant de facto tout autre forme d'appréhension de la chose écrite, y compris chez ceux qui avaient auparavant l'habitude et le goût de lire (impliquant le plaisir).

Par contre, la mise en ligne, comme le souligne Fr. Gèze, a permis la création de fantastiques "seconds marchés" pour toutes sortes de livres qui jusqu'à présent étaient quasiment perdus pour le public n'ayant pas accès aux grandes bibliothèques (à peu près tout le monde hormis les chercheurs).

Cela dit, S. Birkerts raconte une saisissante expérience personnelle d'enseignant en college (aux E-U), l'incompréhension complète de ses étudiants face à une nouvelle de H. James, la fin d'une certaine forme de connivence avec la fiction littéraire en tant que telle.

Expérience à tenter : évoquer Pride and Prejudice, par exemple, devant un public d'un âge compris entre disons 20 et 40 ans (voire 50…). Qui mentionnera Austen ? Idem avec Notre-Dame de Paris et Hugo. Sans parler de l'Odyssée… La matière littéraire s'est dissoute dans l'océan de l'image, la littérarité de l'œuvre littéraire – ce qui fait qu'un roman n'est pas un film, la spécificité de cette création, laquelle réside dans le texte – ne fait plus sens pour personne, y compris les personnes cultivées, il suffit de lire les "critiques" (ce mot a lui-même changé de sens) de films tirés de fictions pour le comprendre. Dissolution commencée il y a plus d'un siècle avec les premières adaptations pour le cinéma, accéléré avec la téloche et que l'internet est en train d'achever.

Est-ce (si) grave, docteur ?

10/01/2013, 17:52 | Par Jacques Bolo en réponse au commentaire de Brusseleir le 10/01/2013 à 17:24

Il me semble que c'est une erreur de perspective

1. On lit toujours autant de livres (et même deux fois plus qu'il y trente ans en France).

2. Ce phénomène existait avant, mais il était masqué par le fait que seulement 10% de la classe d'âge allait jusqu'au bac dans les années 60 (je renvoie à mon livre de réponse à La Pensée Finkielkraut sur les sujets de ce genre).

3. Je ne considère pas l'époque précédente (ou Finkielkraut) comme le nec plus ultra de la pensée, on a vu leurs dérives (ne rien oublier).

4. Je ne pense pas qu'internet favorise seulement le papillonnage. Il permet aussi l'approfondissement par le fait qu'on trouve rapidement ce qu'on cherche, alors que ce n'était pas le cas avant.

10/01/2013, 23:45 | Par aires.isabelle@wanadoo.fr en réponse au commentaire de Jacques Bolo le 10/01/2013 à 17:52

Eclatée et cerveau indisponible, c'est exactement mon cas, heureusement que j'utilise le net pour"synthétiser "l'info , l'intégrer ou l'ingérer, le temps et nos projections sur le temps à consacrer à la lecture étant ce qu'ils sont , j'ai réduit mon temps de travail alimentaire pour passer à autre chose,je n'ai toujours pas pris le temps de continuer les bouquins commencés l'année dernière , avec mes collègues, nous vidons étagères et renouvellons la bibliothèque pour palier aux horaires de fermeture "réduits peau de chagrin"de la bibliothèque centrale de l'hôpital où je bosse, je reste optimiste pour le livre papier ,la presse elle,moins sûr!

10/01/2013, 09:27 | Par Dominique Conil

"En France, environ 35 000 nouveautés paraissent chaque année. Si le tirage moyen a régulièrement baissé depuis trente ans, le nombre de titres, lui, a fortement augmenté, comme le nombre global d’exemplaires vendus." N'est-ce pas une partie du problème ? Une offre pléthorique, qu'il s'agisse de documents, essais, fiction, qui rend très difficile le choix pour les lecteurs, et avec beaucoup de déceptions au rendez-vous. La logique du livre-qui-se-vendra-et-paiera-les-autres n'est-elle pas suicidaire à terme ?Quant aux grands lecteurs, oui, ils sont bien, bien moins nombreux, ce qui ne facilite pas la tâche des passeurs ( éditeurs, journalistes, mais aussi bibliothécaires , enseignants) : c'est justement la lecture de curiosité qui pâtit de la surproduction. Et accroit toujours plus l'écart entre un très petit nombre de grands lecteurs cultivés, et un public grandissant de lecteurs très occasionnels. Ce n'est évidemment pas le cas de La Découverte, qui est à la fois très identifiée et exigeante, mais parier sur plus de qualité et une production moindre : une solution ( très partielle) ?

10/01/2013, 09:59 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Dominique Conil le 10/01/2013 à 09:27

"Pléthore", avalanches successives, avec peu de sélection préalable (les gros producteurs OGM produisent comme s'il y avait surconsommation) : une grande partie du problème. mais une partie du "problème" qui me semble totalement lié à la situation politqiue générale. "Le" livre est-il toujours subventionné ? Bénéficie-t-il d'une aide, comme les céréaliers peuvent en bénéficier (ou "ont pu"). Politiquement, vendre la culture comme on vend une image : bon pour l'apparence d'un systéme politique. La collection Harlequin produit des livres, les Guides Michelin aussi ; ils vont assez bien avec TF1 et le RSA ? (pour Michelin, c'est moins sûr.) Panem et circenses.

Les think-tanks libéraux sont pleins de joueurs de Go. Étouffer "l'adversaire"  -celles et ceux qui "prétendraient" penser le monde en mots, en concepts, images-idées, en sentiments ou sensations plutôt qu'en chiffres comptables- est plus "soft", plus "cool", plus "in" que de l'affronter sur son propre terrain.)

10/01/2013, 09:37 | Par Gavroche.

Sans en avoir vraiment une connaissance précise, je me doutais un peu de cette triste "évolution" de notre monde.

Mais découvrir ici que les "grands lecteurs" (dont je suis) ne sont plus que 11 % et que les jeunes ne lisent plus qu'utile, me rend quelque peu amère. Comme si la culture ne devait servir qu'à trouver un travail.

Et c'est vrai que la paupérisation grandissante ne va pas arranger les choses : acheter un livre juste pour le plaisir de la découverte ou pour apprendre quelque chose va devenir un luxe. Hélas.

Je dois vieillir, parce que j'ai besoin du contact physique avec le papier, et d'ailleurs, les seuls compagnons que j'ai emmené partout lors de mes pérégrinations, ce sont mes livres, quelque part sacrés, dont je ne peux me séparer, même quand ils m'ont déçue... et que je ne sais plus où ranger. Que j'aime reprendre, où j'aime encore chercher des mots qui m'ont marqué, malgré la facilité d'internet, qui est pour moi "incomplet", et ne va jamais au fond des choses. 

Au fait : je suis correctrice indépendante, et le CV que j'ai adressé à la Découverte (entre autres éditeurs "engagés"), n'a pas eu de réponse... Sourire

Merci pour ce billet.

Edit : je viens de lire le post de Dominique Conil.

Je partage son avis sur la pléthore de titres sans grand intérêt (une amie libraire me donne de temps en temps les livres qu'elle reçoit des services de presse) y compris chez les "grands éditeurs" ...

10/01/2013, 18:06 | Par evemarie en réponse au commentaire de Gavroche. le 10/01/2013 à 09:37

Les jeunes (qui ont bon dos, qui sont nul , qui , qui ... Et maintenant qui ne lisent pas )))) sont élevé par des adultes qui ne leur montre pas l'interet de lalecture , mes 3 enfants 26,24 et 17 ans lisent tous les 3 mais pas forcement la m^me chose . Par exemple je lis de tout et de la fantaisie ou de la science fiction , es ce considéré comme de la lecture par les editeurs ? Et les mangas est ce de la lecture ? Parceque sinon les gosses lisent plus de 25 mangas par an ; et souvent sur le net . Donc ses notions de lecteurs sont souvent definie par la mode et nos prejugés , il y a 30 ans si ont lisait une BD (m^me de Bilal) c'etait pas de la lecture , et bien je crois qu'on en est au m^me stade par rapport aux mangas, ce qui correspond a la lecture est peut etre trop restreint . 

16/01/2013, 02:32 | Par Luc Rigal en réponse au commentaire de evemarie le 10/01/2013 à 18:06

Soyons clair, la BD est un art. Comme tous les arts, elle a ses lumières et elle a sa soupe. Le bouillon commercial manga, aseptisé et produit à la chaîne, s’adresse aux jeunes. Qu’ils y prennent du plaisir est une chose. Qu’ils soient persuadés de sa haute luminosité en est une autre. Regarder une image — a fortiori un dessin —, ça s’apprend.

16/01/2013, 02:38 | Par Luc Rigal en réponse au commentaire de Gavroche. le 10/01/2013 à 09:37

Oui, chère Gavroche, je vieillis aussi pas mal à tenir, moi aussi, à la matérialité du livre (mais on est nombreux à évoluer ainsi, voyez par exemple l’éditeur L’Encyclopédie des nuisances : pire encore, il tient au plomb !). J’aime beaucoup l’expression « livre liquide ». Pourrait-il y avoir une attribution à « livre-fumée » ? On le trouverait dans des utilisations appropriées : « Précipitez-vous sur nos dernières promotions de livres-fumée ! » ou bien « Achetez, vous aussi, ce best-seller en livre-fumée qui vous transportera vers des univers inconnus ! ». Ah, l’indéfinissable sensualité immatérielle du livre-fumée !...

10/01/2013, 09:38 | Par richard crevier

L'édition française se conforme de plus en plus au modèle anglo-américain, jugé catastrophique par tous les observateurs compétents. 

11/01/2013, 00:01 | Par aires.isabelle@wanadoo.fr en réponse au commentaire de richard crevier le 10/01/2013 à 09:38

pas sûr , mais j'ai senti venir le danger lors des négociations pendant la fermeture annoncée d'une Librairie Bisontine, les éditeurs bloquaient la disponibilité des ouvrages commandés, l'informatique est une solution mais j'appréciais les échanges parlés avec les libraires, depuis, les autres librairies ne peuvent réellement pas se plaindre de la vente ,puisqu'elles ont aspiré les clients,une autre va ouvrir ,à moins que les galeries commerçantes en périphérie squattent le marché, c'est un peu comme les petites enseignes spécialisées en matériel pour arts manuels, dorénavant, prendre le bus est obligatoire ,zones comerciales obligatoires! pas sympa pour nos anciens quand il faut se déplacer !

la radio ,ouf!  très bon support du moment qu'elle défend le service public ,un choix!

10/01/2013, 09:46 | Par françois périgny

Intéressant.

Mais à propos du "livre clos", vous noterez que tout un chacun, doté d'une imprimante, peut, justement, imprimer des pages trouvées sur le ouébe, et y revenir, les relire, etc. On peut "cristalliser" le "liquide".

   Et d'autre part, à force de lectures -et d'études- lire et comprendre* ce qui se joue dans ce qu'on lit peut être une "activité" très rapide.

(se l'approprier : le rendre "propre à soi", c'est à dire s'en in-former)

   Je pense surtout que c'est l'ancienne sacralisation du livre qui est en jeu, maintenant. Le livre n'est plus un objet sacré, un objet de "culte", disons : à peu prés depuis le temps où on peut trouver des exemplaires "peu chers" (toujours relatif) dans les hypermarchés, entre pommes et salades.

  Une espèce de Moyen-âge à l'envers, là encore : des clercs penchés sur leur lutrin (ils ont tout mon respect) et la parole qui circule sous forme liquide faute de ne pouvoir le faire sous forme aérienne (l'oralité, source de tout ; souffle, bouche, langue et présence (le visage de l'autre, et sa "manière d'être") étant sans doute la forme "suprême" (origine et fin : sur mon lit de mort -si j'ai la chance d'en avoir un, lit- il est fort probable que je ne pourrais lire un livre. Soit qu'on me le lise, soit qu'on me dise quelques paroles apaisantes, tout n'aura été écrit que sur du sable, "on" me le fera savoir dans un souffle, avec le mien dernier).

 

10/01/2013, 09:53 | Par Anatole Simon

Bonjour,

je suis un peu chagriné par la publication de cet interview par l'interviewé lui-même, non qu'il n'a pas le droit de se faire un peu de publicité mais parce que c'est paru sur "Altermondes, revue trimestrielle de solidarité internationale" dont les articles sont disponibles par abonnement. François Gèze offre donc à ses lecteurs gratuitement ce que d'autres paient (faisant vivre la revue). C'est très solidaire.

 

http://altermondes.org/spip.php?article1030

10/01/2013, 10:00 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Anatole Simon le 10/01/2013 à 09:53

Parfaite illustration de l'autre face du "probléme" : gratuité/paiement.

11/01/2013, 01:04 | Par François Gèze en réponse au commentaire de Anatole Simon le 10/01/2013 à 09:53

Cher Anatole,

J'avais bien présent ce point à l'esprit quand j'ai mis en ligne cette itv sur mon (modeste) blog : si je l'ai fait en toute connaissance de cause, c'est simplement parce que j'apprécie hautement Altermondes (le dossier sur l'édition du dernier numéro où figure cette itv est plus qu'intéressant, comme le reste du numéro) et parce que je suis convaincu que cela peut (modestement, certes) aider à faire connaître la revue et, donc, à développer son audience : sur le Web (comme dans l'imprimé, mais bien plus encore), un peu de gratuit est indispensable pour faire découvrir aux lecteurs potentiels l'intérêt de payer pour le reste, tant il est vrai que toute création mérite rémunération (je suis bien placé, comme éditeur, pour le savoir). C'est d'ailleurs le "modèle économique" même de Mediapart, qui a fait la preuve de sa pertinence. C'est aussi ce que nous faisons, à La Découverte, avec les livres de notre "label" Zones (http://www.editions-zones.fr/), dont tous les livres sont gratuitement accessibles en lecture ligne, ce qui contribue efficacement à fare vendre les "livres papiers", comme l'avait déjà démontré l'éditeur pionnier Michel Valensi, l'animateur des Editions de l'Eclat (http://www.lyber-eclat.net/) et inventeur de ces "lybers".

11/01/2013, 21:40 | Par Anatole Simon en réponse au commentaire de François Gèze le 11/01/2013 à 01:04

Cher François Gèze,

merci pour votre réponse et vos éclaircissements auxquels je ne peux que souscrire. Il est vrai que l'édition a besoin d'être soutenue et j'aime beaucoup quand vous dites "un peu de gratuit est indispensable" pour diffuser, partager. Je suis par ailleurs convaincu que c'est l'excès de gratuité qui peut tuer (un éditeur, un journal papier...). 

Je fais amende honorable. Votre blog n'est pas que "modeste", il est utile. 

Bien à vous et au plaisir de vous lire à nouveau.

10/01/2013, 10:09 | Par lenips

Il y a une lame de fond qui traverse évidemment toute la production culturelle mondiale. Certains pays s'adaptent, de par leurs modèles économiques et culturels plus flexibles, parfois moins élitistes, comme les pays anglo-saxons. A cet égard, l'europe est conservatrice et est en train de passer à côté d'une transformation radicale de la société, non sans mal pour les jeunes générations d'aujourd'hui dont je suis, mais surtout pour les futurs.

Il me semble important d'insister sur le fait que notre période est constructrice car c'est une période de transition, de remodelage, ce qui constitue une pensée-levier motivante et optimiste. Concrètement, la numérisation des contenus, quels su'ils soient est une oportunité certaine et ne doit pas faire peur. Aujourd'hui je consomme de la musique dématérialisée partout, pendant mon footing, dans les transports, en vacances... Mais surtout je commence à pouvoir la consommer mieux. En effet, après une période de transition via le mp3 de mauvaise qualité, certains masters commencent à être accessibles, c'est un progrès. Lorsqque je souhaite acquérir un produit matérialisé, je deviens très éxigeant et j'attends un travail supplémentaire de l'artiste. Il se passera exactement la même chose pour les livres. Aujourd'hui, la plupart de mon temps passé à lire est dédié... à la lecture, oui la lecture, et non pas aux livres. Il ne faut pas confondre "aimer lire" (avec tout l'enrichissment associé) et "aimer les livres". Le numérique banalise la lecture et de manière général, banalise les systèmes d'informations, et donc les informations. Il faut donc inventer des contenus plus riches, plus qualitatifs, plus créatifs, qu'ils soient matérialisés ou dématérialisés. Nous sommes encore à l'ère du développment des systèmes d'information, avec une ouverture de masse aux biens culturels, et qui s'accompagne d'une perte TRANSITOIRE de qualité. Mais le mouvement de fond est un progrès radical, tellement radical qu'à 24 ans, j'ai du mal à le penser. Le plaisir de la lecture ne tuera pas le plaisir du livre, ils deviendront dissociables, les plus grandes oeuvres ne les dissocieront pas mais les créateurs et les éditeurs devront alors réinventer des nouveaux biens culturels beaucoup plus qualitatfis.

10/01/2013, 11:45 | Par Gavroche. en réponse au commentaire de lenips le 10/01/2013 à 10:09

Un "bien culturel" est une "production", un simple "contenu" qui se "consomme" comme un plat de haricots... Déçu

11/01/2013, 18:26 | Par lenips en réponse au commentaire de Gavroche. le 10/01/2013 à 11:45

Lorsque j'apprenais à faire mes lacets, il me fallait une grande concentration pour faire une boucle. Aujourd'hui, je peux les nouer les yeux fermés. Homo sapiens sapiens inventait la roue, homo numericus a inventé le système binaire. Aujourd'hui, j'écoute Mozart ou Bjork en conduisant... sur 4 roues. Alors peut-être qu'effectivement, on consomme aujourd'hui des biens culturels comme des boites de haricots. Pour autant, l'écart de création de valeur entre les deux est énorme évidemment, mais est-ce un mal ?

10/01/2013, 12:17 | Par FranckD en réponse au commentaire de lenips le 10/01/2013 à 10:09

Je pense que "l'objet livre" resistera mieux que la "musique en conserve" , un livre reste très facile à transporter contrairement à une chaine Hifi et on a même pas besoin de le recharger! Bon, j'avoue que ça me gave de ransporter 10kg de bouquins quand je part en vacances... Mais les machins propriétaires type Kindle ne me plaisent pas non plus, j'hésite... Ceci dit je suis d'accord avec Jacques , le temps que je passe sur les écrans diminue celui passé à lire des livres papier.

 Il y a un effet de bord déjà présent du numérique livre papier ou pas: c'est la disparition des brouillons, je ne pense pas que les accros du traitement de texte pensent à sauvegarder les étapes intérmediares une fois leur travail fini ... il n'y aura que très peu de manuscrits pour les historiens futurs...

10/01/2013, 14:24 | Par Belan en réponse au commentaire de lenips le 10/01/2013 à 10:09

Il y a une lame de fond

Il faut donc inventer

Publier pour publier, c'est aujourd'hui très facile que cela soit sur le net ou sur papier.

Réaliser un ouvrage de qualité (qu'il soit à destination du grand public ou d'une niche) est une autre gageure. Il ne suffit pas d'avoir quelque chose à dire, ni d'arriver à écrire un texte. La forme doit retenir la même attention que le fond si l'on souhaite réellement communiquer et non pas "balancer son livre en pature depuis son piédestal d'Auteur". Il faut travailler dur, se soumettre au regard des autres (et notamment d'un éditeur) et retravailler encore.

Il me semble aussi qu'il est effectivement important de s'adapter aux évolutions de notre société. Nous sommes dans une société où les individus ont un rapport différent à "l'autorité", suivent leur chemin, zappent, approfondissent ce qu'ils ont envie. Point négatif, nous avons accès à tellement de contenus, qu'il est difficile de s'y retrouver. Encore plus qu'hier, il y a besoin de trier, d'organiser et de rendre accessible de contenu de qualité, mais pour cela, éditeurs et auteurs, ont besoin d'innover. Par exemple, on parle du livre papier, du livre numérique, mais très peu de complémentarité entre un ouvrage papier et du contenu numérique.

Et, bien sûr, ceci est beaucoup plus facile à dire qu'à réaliser, ce que je sais d'expérience puisque je travaille actuellement sur un livre original d'introduction à l'urbanisme, ouvrage dont les premières pages sont actuellement soumises à lecture de certains éditeurs comme La Découverte ;o)

10/01/2013, 15:26 | Par Jacques Bolo en réponse au commentaire de Belan le 10/01/2013 à 14:24

Le pb n'est pas la réalisation, même soignée. Le pb est la diffusion. Et quelques monopoles éditoriaux ou médiatiques sont évidemment avantagés face à la quantité. Internet multiplie le pb.

11/01/2013, 13:37 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de lenips le 10/01/2013 à 10:09

Puissiez-vous avoir raison... Mais pénible, le transitoire,  et long à échelle humaine...

 

11/01/2013, 20:05 | Par poppie en réponse au commentaire de lenips le 10/01/2013 à 10:09

Ca me fait peur que l'on consomme de la musique ou de la lecture.

10/01/2013, 10:16 | Par JoëlMartin

Lire un livre en papier fatigue moins les yeux et le dos que lire le même texte sur un écran.

Voeu pieux :

Je souhaite que le livre ne soit pas relégué au musée des vieilleries.

Mais hélas, on n'arrête pas le progrès...

En outre, que deviendra le droit d'auteur si tout est disponible gratos sur Internet pour des petits malins doués en informatique ?

10/01/2013, 10:49 | Par françois périgny

Je reviens sur ceci qui me tient particuliérement à cœur : " Ce cœur de métier -choisir et faire connaître". Cœur de métier, vraiment ? Je le sais pour l'avoir vécu : on peut avoir été choisi, apprécié, loué, encensé, mais pas publié : "invendable"*. De quelque manière qu'on tourne la question, le mur de l'argent rend un son politique quand on s'y heurte. L'éditeur "choisira" donc ce qui lui permettra de "continuer" (à éditer, à vivre). Mais est-ce vraiment l'éditeur-personne qui choisit ou l'éditeur-fonction. Pour moi, ce fut l'éditeur-fonction. "Invendable" signifiait "impubliable" dans les conditions actuelles du marché.

   J'aimerais revenir sur le roman (il s'agit d'un roman, quelque chose de romanesque, donc) de Uwe Tellkamp, "La Tour". Il  y a dans ce livre des pages intéressantes sur les différences d'édition entre les deux Allemagne, Est et Ouest. Des différences qui ne font que déplacer le probléme (il s'agit bien d'une "question sans réponse") mais dans ce "léger déplacement" (ironisons Gershom Scholem, si vous voulez bien) quelque chose se montre, se dévoile.

 

 

(* le style, la forme, la "nouveauté"  -ou l'originalité ? (où l'on peut lire l'origine)- ne "correspondait pas à "l'attente des lecteurs "habituels" de ces maisons d'édition. "Pas facile à lire", quoi. Et pourtant, j'en ai fait de multiples expériences, des lecteurs  -surtout des lectrices, à dire vrai- ont compris, aimé.)

(Je crois que j'ai quand même un peu de rancœur envers "les éditeurs". Mais passons à autre chose...)

10/01/2013, 11:39 | Par Alain Montfort

Aucune rancoeur envers les éditeurs, j'achète beaucoup de livres (grand lecteur), mais je trouve qu'ils ont une part de responsabilité du fait de leur frilosité. J'écris, je m'autoédite en numérique, une centaine d'ouvrages par impression, que je renouvelle si nécessaire avec des délais très courts, directement chez un imprimeur, ça fonctionne localement. Les éditeurs locaux ne s'engagent pas, ne veulent pas prendre de risques : limités d'ailleurs sur des petits tirages quand on a constaté les devis d'impression en numérique auprès des imprimeurs... Ils perdent des "marchés", tant pis pour eux...

10/01/2013, 12:13 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Alain Montfort le 10/01/2013 à 11:39

En fait, ce qui serait aussi en jeu c'est l'émancipation de l'auteur. Et la démocratisation de l'ouvrage, de l'oeuvrer, comme dirait Emmanuel Tugny. Écrivez, peignez, filmez, faites de la musique, tous, mais faites-en un travail (une passion), habitez-vous ! Il n'y a pas de lieu sacré, musées et bibliothéques sont des cimetiéres. Les cimetiéres sont des lieux à respecter, comme on respecte le silence et la méditation, mais l'humain est un navire qui va sur un océan. (On peut relire Thoreau, quand on fait relâche, à l'ancre).

10/01/2013, 14:07 | Par JoëlMartin en réponse au commentaire de françois périgny le 10/01/2013 à 12:13

L'émancipation de l'auteur passe par une juste rétribution de son travail.

Tout ce qui tend à éradiquer les droits d'auteur ne va pas dans ce sens-là.

10/01/2013, 14:58 | Par françois périgny en réponse au commentaire de JoëlMartin le 10/01/2013 à 14:07

Cher Joël, mon travail, à moi, celui-ci en tout cas, n'a jamais été "rétribué".

11/01/2013, 09:55 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de françois périgny le 10/01/2013 à 14:58

Mais ce 'est pas un mince problème, la rétribution!

J'aimerais revenir sur un point, que l'on n'aborde jamais: la responsabilité des lecteurs. Côté presse, on fustige le people, la facilité, le buzz au détriment de l'information: internet est un bon révélateur, des millions de clics sur 999 blogs/Depardieu, le désert sur des papiers inétressants. On finit par avoir le journalisme qu'on lit...

Idem dans l'édition: trop de titres, trop de n'importe quoi, Price minister, au lendemain de Noel, annonce la revente immédiate de milliers et milliers de "Cinquante nuances de Grey". Oui, mais ils auront été vendus, d'abord, à des gens qui ne se fient qu'aux chiffres (annoncés et non vérifiés qui plus est) pour choisir. Idem, écrire sur les stars des lettres est sans risque et immédiatement rentable. Et ainsi le Monde des livres ouvre la saison avec trois pages consacrées à Yasmina Reza... Mais combien de lecteurs pour s'intéresser à des oeuvres émergentes ? Si peu. On finit par avoir l'édition et la critique que l'on plébiscite!

11/01/2013, 11:31 | Par JJMU en réponse au commentaire de Dominique Conil le 11/01/2013 à 09:55

Oui, Fédor, l'adhésion spontanée à ce qui est notoire fonctionne en mode réflexe (sans réflexion, donc), et cette immédiateté, cette spontanéité irréfléchie (souvent par paresse intellectuelle, parfois par manque de temps et d'attention) a des conséquences exponentielles :, immanquablement, alors se confirme le vieil adage selon lequel « il pleut toujours où c'est mouillé ». Et, du coup, s'anime une spirale infernale où l'on fait ce que l'on déplore : quand bien même on le critiquerait, on entretient la permanence du déjà connu et l'on participe de sa propagande. C'est une sorte de double contrainte : ignorer les célébrités et les best-sellers, c'est leur laisser le champ libre et rester, soi, en marge, alors qu'en parler, même pour s'en distancer, c'est conforter un phénomène dans une légitimité pourtant plus que contestable.

Je ne trouve pour ma part aucune réponse possible à ce type de mécanique. Tous les événements médiatiques reposent sur cette contamination.

Jean-Jacques M’µ

11/01/2013, 13:42 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de JJMU le 11/01/2013 à 11:31

Cher JJMU, ce n'est pas ou/ou en permanence: c'est là qu'on s'enferme! Un best-seller peut-être un chef d'oeuvre, pourquoi ne pas en parler ? On a aussi le droit d'être idiots, de papilllonner, de remettre à demain l'indispensable travail de fond, encore heureux. Mais lorsque le déséquilibre devient trop flagrant, trop permanent, c'est différent et ressemble davantage à une médiocrité triomphante.

11/01/2013, 19:54 | Par JJMU en réponse au commentaire de Dominique Conil le 11/01/2013 à 13:42

C'est vrai, Dominique. Il y a des chefs d'œuvre aussi parmi les choix plébiscités, et c'est heureux. C'est également vrai que chacun est libre de papillonner, ce qui donne (là encore bien heureusement) une petite respiration à quelques espaces de jeu infimes dans le grand Tout organisé des masses galopantes (j'imagine ces troupeaux de bisons, vous savez ?... qui se précipitent dans la plaine, ravageant tout sur leur passage). Reste que je crois que les parts de jeu ne sont qu'infimes et extrêmement minoritaires. Ce qui se joue pour l'édition vaut pour toute la pensée. Je ne suis pas très certain que la pensée occidentale, et la française, vaudraient mieux (ou pire) que d'autres pensées un peu partout dans le monde. Je crois que ceux qui sont aux rennes du pouvoir défendent à peu de choses près les mêmes pensées (affligeantes à mon humble avis) que ceux qui conversent dans tous les cafés du monde en méprisant les défavorisés, les démunis, les déclassés... Je me fais de plus en plus à cette idée que nos masses discursives et lectrices, se posent entre les possédants, arrogants et cyniques, et les exclus, humiliés et dénigrés. En avoir ou pas, disait Lacan. Et je ne suis pas lacanien, je m'empresse de le préciser.

Jean-Jacques M’µ

12/01/2013, 09:09 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Dominique Conil le 11/01/2013 à 09:55

"On finit par avoir le journalisme qu'on lit". C'est vrai, Dominique. Mais il y a les journaux et magazines qu'on feuillette, une brève entre quatre pages de pub, et puis il y a les journaux et mensuels qui ne se portent pas si mal, parce qu'on les lit : Mediapart, le Diplo, Fakir...

Et puis les œuvres émergentes ; tu le sais, Rimbaud, Baudelaire, les débutants sans "coteries", Vincent sans son frére... Qu'il y ait un idion et un koïnon n'est pas nouveau.

"Responsabilité des lecteurs", c'est tout à fait vrai aussi. Mais le fait qu'il n'y ait plus  -à ma connaissance- d'éditeur-mécéne ou de Mécéne éditeur joue aussi grandement, ainsi que les "désastreuses" (c'est mon point vue extra-français, je veux dire : vu depuis le "hors de France") années 80-2000 du roman français "auto-fictionnel" mais surtout ultra nombriliste, je veux dire autocentré sur le pays France. Combien d'auteurs français pourtant encensés à droite et à gauche, en haut et en bas me sont tombés des mains parce que je n'y trouvais ni style (mais on peut se méfier du style, c'est vrai) ni recherche (mais on peut se défier de l' "intellectualisme" desséché) ; parce que, finalement, je n'y trouvais pas de vérité.Parce que, aussi, je n'y trouvais le "discours", la parole que d'une seule classe (il y a, je le sais, des exceptions : ces exceptions ont souvent été enterrées sous l'avalanche)

Pour ce qui est du roman, et seulement du roman, que peut-on poser à côté d'un Uwe Tellkamp, d'un García Marquez ou même du Irving de "Twisted river" ? Peut-être pas la faute des auteurs français, non, mais l'édition ? Je connais assez Paris et les "milieux" de l'édition pour savoir comment tout ceci s'autocentre, et finit par tourner en rond. Pour un Verdier (Gérard Bobillier passait d'ailleurs au moins autant de temps dans les Corbiéres qu'à Paris ou ailleurs : il s'était "exilé" en grande partie pour échapper au tropisme parisien, si français) ou pour un "Actes Sud" sis à Arles (comme par hasard ?) et dont on sait d'où venait Hubert Nyssen, pour le reste d'où vient cette avalanche, ce maëlstrom, cette ivresse Jack Langienne ?

Quelles sont ces coteries qui s'autopromeuvent -passe-moi le sel, je te passerai le séné- au détriment des, comme tu dis, œuvres émergentes ? Quel est la probabilité pour ces œuvres nouvelles, surtout si elles sont vraiment nouvelles, d'émerger sans l'appui d'une coterie quelle qu'elle soit ? Qu'il y aurait-t-il de nouveau  -mettons : depuis Baudelaire-   sous le ciel si souvent gris de Paris INTRA MUROS  ?

 

Il faudrait, pour être "complet", faire en parallèle  l'étude de deux "grands auteurs" français. Suivre les parcours de Pascal Quignard et Sollers depuis Tel Quel. Qu'est devenu le Philippe novateur, chercheur, trouveur, trobador... Depuis sa fameuse (pour moi) chronique sur le nom, la signature, l'anonymat et ... les droits d'auteur. Bref, depuis le moment où Philippe  a tourné le dos à sa "province" et s'est lancé à Paris. Il faut beaucoup d'argent pour vivre à Paris. Cela vaut bien quelques reniements. Si quelqu'un possède encore la collection complète  de Tel Quel des années 70 (la boutique a fermé après, d'ailleurs. Dans les années 80 il 'en était plus question, je crois. Mais je n'en suis pas sûr, j'étais moi-même parti voir ailleurs si j'y suis.)

 

Et puis, et puis... La responsabilité du Goncourt, le fameux Con Court attribué autour d'une table ronde agrémenté d'un repas fin, bien français, sans doute. Un prix de notaires avant banquet, en somme.

Et puis, et puis : cet étrange ressemblance entre "le cinéma français" (la qualité française) et le roman français. (quel film français peut-on poser à côté d'un de ces films britanniques which are breaking the waves ? )


Je suis injuste ? Je ne demande qu'à être contredit.

10/01/2013, 11:40 | Par alain roels

En France, environ 35 000 nouveautés paraissent chaque année. Si le tirage moyen a régulièrement baissé depuis trente ans, le nombre de titres, lui, a fortement augmenté, comme le nombre global d’exemplaires vendus.

C'est pareil pour le fromage : depuis longtemps, la qualité se vend de moins en moins mais, en parallèle, les industriels sortent de plus en plus de merdes et, globalement, ils vendent plus. J'évoque le fromage, mais c'est vrai pour à peu près tous les produits. Si je prends l'exemple du fromage, c'est tout simplement parce que la tendance semble être en passe de s'inverser, on revient au bon vieux camembert au lait cru moulé à la louche.

Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour les livres? François, courage!

12/01/2013, 09:16 | Par françois périgny en réponse au commentaire de alain roels le 10/01/2013 à 11:40

Le "livre" a failli disparaître, disons symboliquement sous les cendres de Pompéi (mais étaient-ce des livres ? Les rouleaux d'écriture et les partitions de la pensée qu'ils portaient ; rouleaux, comme ce sur quoi Kérouac écrivit "On the road". Déroulement nomade.) Mais, nous dit Jean-Claude Ameisen et tant de chercheurs scientifiques et de poétes qu'il cite (d'autres chercheurs, trobadors, tornadors) tout est toujours mort et renaissance le "présent" n'existe pas, qu'entre passé et projection dans l' à venir.

10/01/2013, 14:03 | Par Annie Stasse

Longtemps parmi les grand/e/s lecteur/rice/s (90 % sciences humaines) ça m'a passé. Je m'en engueule chaque jour. Mais le net …

Déjà j'ai ma bibliothèque que je reconsulte sans cesse. Je ne me vois pas en faire autant si elle était virtuelle, soit pas sous forme de livre. Rien de plus maniable qu'un livre. Certes comme le dit l'un quand on voyage 10 kg de livres c'est dissuasif.

Mais l'autre problème que j'ai c'est l'énorme quantité de livres qui parait chaque année. Je n'arrive plus à suivre. Pourquoi, d'après quel critère, et le plus souvent sans information fiable, choisir tel titre plutôt que tel autre, si bien que plus le temps passe, après quelques disconvenues, je n'ose plus acheter tel livre plutôt que tel autre. Les auteurs n'ont plus le temps (tout comme les chanteurs d'ailleurs) d'être connu au fil du temps. On ne peut plus suivre un auteur. Et vu mon niveau de vie qui a été vers le bas… on ne peut plus se risquer aux erreurs d'achat.

Donc j'achète souvent en occasion (sur le net, désolée) quand je m'aperçois que ce livre là je l'ai manqué et qu'il est temps que je l'acquière.

Aussi un problème de distribution, qui va avec le reste. Vivant à Paris du temps de mon état de grande lectrice, je pouvais aller d'une librairie l'autre pour m'informer, voir ce qui était paru, comparer tel sujet traité de tel manière par l'un, traité autrement par un autre.

En "petite" province ce n'est plus possible. La seule librairie (je ne compte pas les marchands de journaux parmi les libraires) de ma ville donne sa préférence à la littérature… celle-ci m'a toujours assez ennuyé, elle n'a pas de Sciences humaines. Quant à la librairie de grande distribution (soit dans un rayon soit en magasin distinct) ils ne sont pas mieux : des best-sellers (beurk) à profusion, des BD, des livres pratiques tant qu'on en veut… mais j'en veux pas. Alors on fait comment ?

Alors on va à la bibliothèque. Là on risque pas. Ca plait pas ? on referme et on ramène. De plus les bouquins arrivent avec quelques mois de "retard" sur la parution, on a eu le temps d'en entendre parler…

Je remarque aussi un autre phènomène qui ne concerne pas La Découverte : les BD. C'est un phènomène qui s'est largement amplifié. Et tant mieux c'est très bonne chose. Les rayons en sont remplis, je me souviens encore du temps où elles étaient regardées avec mépris. Apprendre l'esthètique par ce biais me semble faire aussi parti de l'éducation générale.

Et comme le dit un commentateur précédent… je passe le plus clair de mon temps sur le net maintenant, à lire, donc des papiers cours, rien n'a voir avec les bouquins de 300 pages !

10/01/2013, 14:12 | Par JoëlMartin en réponse au commentaire de Annie Stasse le 10/01/2013 à 14:03

C'est chouette de passer à la bibliothèque municipale emprunter des BD, les lire tranquillement dans son fauteuil en sirotant un bon café.

Sur un écran, les BD passent moins bien à cause du format réduit, et ça fait plus mal aux yeux ou à la tête, et parfois au dos.

Vive l'informatique, mais quand elle rend vraiment service et ne se substitue pas à d'autre médias mieux adaptés à telle ou telle activité.

Un MP3 ouï de sa console  n'a pas grand chose à voir avec un bon CD écouté sur une bonne chaîne.

Ne tuons pas trop tôt les bonnes vieilles techniques qui ont fait la preuve de leur qualité.

10/01/2013, 18:41 | Par françois périgny en réponse au commentaire de JoëlMartin le 10/01/2013 à 14:12

Un "bon CD" écouté sur une bonne chaîne n'a pas grand chose à voir avec un bon vinyl écouté sur une bonne chaîne, lequel n'a pas grand chose à voir avec l'artiste, les artistes jouant, vivant, devant vous, dans une bonne petite salle. Vivants, ils sont vivants.

11/01/2013, 20:26 | Par poppie en réponse au commentaire de françois périgny le 10/01/2013 à 18:41

En musique c'est vrai, rien ne vaut la présence de l'artiste et l'ambiance d'un concert (qui est unique et pas "mis en boîte" après bricolage)

Oui mais...   qui peut aller assister à autant de concerts qu'il le souhaiterait?   Moi, je ne le peux pas et écouter un bon disque sur une bonne chaîne, j'apprécie.    Si un jour un artiste que j'apprécie tout spécialement vient à se produire là où je peux aller l'écouter, si je peux m'offrir l'entrée j'irai l'écouter. 

Pour les livres, c'est heureusement un peu plus abordable.  Restent aussi les bibliothèques mais c'est vrai  que l'on n' y trouve pas forcément ce que l'on cherche.

Quand on considèrera que l'art ne doit pas être écrasé par la TVA... (mais on l'applique bien sur l'alimentation de base!  et c'est un vrai scandale)

10/01/2013, 14:30 | Par louis rougnon glasson

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Voici une présentation d'ensemble qui arrive à propos pour faire le tour de la révolution de l'information-communication à laquelle nous assistons.

Cette révolution abolit le fossé qui existait entre ceux qui produisaient et ceux qui ne produisaient pas, entre ceux qui lisaient et ceux qui ne lisaient pas, entre ceux qui manipulaient et ceux qui étaient manipulés.

Elle a déjà heureusement commencé de transformer les mentalités. Il était temps.

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10/01/2013, 14:48 | Par JJMU

Bonjour François. D'accord avec tout ce que vous dites, et, notamment votre fin, refusant l'alternative entre papier et électronique. Et je ne crois pas non plus être dans le déni quand je propose à la fois une langue en mouvement grâce aux interfaces d'Internet pour un lexique de la réelle démocratie maintenant, et à la fois un stade de la pensée grâce à l'édition sur papier d'un dictionnaire multilingue de la réelle démocratie maintenant. Les deux approches sont complémentaires, à la fois dissemblables dans leurs supports et dans leurs méthodes, et à la fois mues par le besoin de se comprendre au mieux.

J'espère que vous serez présent aux entretiens sur les métiers du livres qui se tiennent à Montreuil ce week-end ?...

Bien à vous.

Jean-Jacques M’µ

Fondateur d'ABC’éditions, Ah, Bienvenus Clandestins !

10/01/2013, 17:20 | Par fiche_doublon_253435

Au début des années 80 s'est répandue l'idée, ou plutôt le slogan, que "le livre n'est pas une marchandise comme les autres".

Dans un monde régi par la logique de la marchandise, tous les biens produits sont des marchandises, mises sur le marché, non pas pour leur valeur d'usage mais pour leur valeur d'échange, c'est-à-dire pour l'argent qu'elles peuvent rapporter à ceux qui les produisent et qui les vendent.
Bien entendu, de toutes ces marchandises, il est possible de faire un usage, limité et falsifié, tout comme des fraises ou des tomates fabriquées en plein hiver.

Il existe bien quelques bons livres mais, dans le domaine des sciences sociales comme dans les autres, l'essentiel a déjà été écrit et l'actuelle surproduction ne fait que rajouter à la confusion en dissimulant le bon livre dans la forêt des mauvais, qui, comble du système, sont ceux qui sont le plus vendus, pour deux raisons principales : les éditeurs indépendants et lucides ont de très faibles moyens à l'opposé des groupes,  tous uniquement préoccupés par leurs résultats financiers, qui tiennent le marché et les lecteurs intelligents sont rares.

« La catastrophe historique la plus profonde et la plus vraie, celle qui en dernier recours détermine l’importance de toutes les autres, réside dans le persistant aveuglement de l’immense majorité, dans la démission de toute volonté d’agir sur les causes de tant de souffrances, dans l’incapacité à seulement les considérer lucidement. Cette apathie va, au cours des prochaines années, être de plus en plus violemment ébranlée par l’effondrement de toute survie garantie. Et ceux qui la représentent et l’entretiennent, en berçant un précaire statu quo d’illusions tranquillisantes, seront balayés. L’urgence s’imposera à tous, et la domination devra parler au moins aussi haut et fort que les faits eux-mêmes. Elle adoptera d’autant plus aisément le ton terroriste qui lui convient si bien qu’elle sera justifiée par des réalités effectivement terrorisantes. Un homme atteint de la gangrène n’est guère disposé à disputer les causes du mal, ni à s’opposer à l’autoritarisme de l’amputation. » (Encyclopédie des Nuisances, n° 13, juillet 1988) Cité dans Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, aux Editions du même nom.

10/01/2013, 23:47 | Par papyscha

Ces interventions, ici, autant de témoignages personnels, montrant l’infinie diversité des approches et comportements humains et valident ainsi la neurologie contemporaine, l’homme, à chaque instant, dispose d’une infinie variété de possibilités d’opinion et d’action, en use et se renouvelle continuellement.

J’apporterais mon histoire de lecteur, à la limite et qui, par cette limite, ouvre un témoignage original.

Le numérique, j’y suis tombé voici quarante ans. Par hasard et sans volonté déterminée. Devenu informaticien, standard, les business machines de l’époque, je me suis trouvé en contact, en 76-77 avec le WEB et l’écran-clavier d’une VT100. Pas de souris ni de jolies pages html, mais déjà les fonds de doc de toutes les universités US. Depuis, je lis 5 à 10 heures par jour sur un écran, n’ouvre plus aucun livre et la presse quotidienne, depuis ADSL, environ 2002-2003, n’est plus dans mon salon non plus.

Une consommation d’écrit phénoménale et depuis la retraite, exponentielle, gratuite le plus souvent ou de coût marginaux, à l'exeption d’abonnements de soutiens aux grands organes de presse parisienne voir New Yorkaise depuis peu.

Que les cartes économiques se redistribuent, très vite et une tradition de production, livre, journal, photo, cinéma, théâtre, peinture voir sculpture voient leurs supports s’évanouir et leur modèle commercial s’effondrer, se recréer furtivement, sans modèle sûr et durable.

Des perspectives énormes, cependant, ce texte que quelques Médiapart-men liront, 2 milliards d’hommes peuvent le trouver, le lire, et bientôt, 2015, 5 milliards.

Le numérique, la tablette tactile, le WEB, la culture mondiale dans le creux de la main, ma petite fille, 4 ans, elle sait déjà qu’elle ne pourra s’en passer. Deuxième cerveau, deuxième regard, première mémoire ? Wells… dans dix ans, il y aura plus de tablettes que d’hommes, connectés, nous échangerons à la vitesse de la lumière, Pékin dans mon jardin, la NASA dans le salon…

11/01/2013, 11:02 | Par Jacques Bolo en réponse au commentaire de papyscha le 10/01/2013 à 23:47

Un petit détail: le Web, c'est en 1990, avant c'était seulement Arpanet ou Compuserve, puis usenet (79), AOL.

11/01/2013, 13:03 | Par FranckD en réponse au commentaire de papyscha le 10/01/2013 à 23:47

Le problème  n'est pas le le support. Après tout la fabrication de  l'objet livre n'est le boulot de l'éditeur mais de l'imprimeur... Le travail de l'éditeur est un travail de marchandisation qui s'est appuyé sur la vente de produits livres, disques, etc, dont ils maitrisaient la chaine de fabrication ce qui permet de :

  • Maitriser les couts en organisant la rareté: non réédition des originaux, compilations, coffrets, "intégrales"...
  • Décliner un cycle  d'édition: cinéma, télévision, DVD, livre de poche, édition illustrées ...

La possibilité de fabrication bon marché par le particulier est assez récente : la fameuse "cassette audio"  vite suivie de magnétoscopes VHS abordables. La réplique à été la taxe sur les support vierges, car c'est bien l'objet disque ou film qu'il s'agissait de défendre, mission impossible, si l'utilisateur peut produire lui même le produit... c'est le grand retour du "droit d'auteur" et son total retournement puisqu'il a été créé pour protéger les auteurs des éditeurs! L'éditeur est devenu alors le comptable des droits d'auteur, ajoutant à sa maitrise de la distribution, la perception de taxes.

Restait quand même les fonctions de tri en amont*, d'investissement,  d'aide à la production**,  de diffusion initiale et de promotion de l’œuvre qu'internet est en train de faire exploser...

 

 

* En 1970  Les Who (dans la pochette de "Live at Leeds") s'amusaient à publier un fac-simile de la  lettre de refus d'EMI  aujourd'hui, forts de leur succès scénique,  ils tenteraient sans doute l'auto-production et la diffusion directe sur YouTube...

** l'importance du soutient technique et de l'investissement est très variable en fonction du domaine artistique, musique, écriture, théâtre, ou cinéma...

 

12/01/2013, 13:00 | Par Jacques Bolo en réponse au commentaire de FranckD le 11/01/2013 à 13:03

"L'éditeur est devenu alors le comptable des droits d'auteur, ajoutant à sa maitrise de la distribution, la perception de taxes"

Oui, le fondement du modèle économiques dépend de celui qui contrôle la perception des revenus des acteurs. D'où le pouvoir des financiers (et de l'Etat).

11/01/2013, 12:14 | Par jean-pierre olivier

Je suis passionné par ces débats sur le livre. Grand lecteur je suis et je resterai. Je mélange  les supports en fonction des contenus. Les romans : j'ai du mal à ne pas les lire sur un support livre, j'ai bien écrit livre, c'est-à-dire un support complet : couverture, papier, mise en page, typographie, etc, tous choisis par l'éditeur, la collection et/ou l'auteur. Je ne peux pas me contenter comme  FEDOR ALIOUSLOWENSKO le suggère d'un tirage d'une page sur un papier a4. Il y a longtemps que je pense comme François Gèze que la production à l'unité peut nous sauver nous livrivores.

Je suis comme ANNIE STASSE pour moi le choix d'un livre se fait dans une librairie : conseils du libraire (pas du marchand de livres), discussions avec des clients, odeurs, titres, couvertures, qualité du touché, mise en page, qualité de l'impression, et enfin grappillage dans la lecture (quelques paragraphes en fin, dans le corps, les premières pages), pendant un temps pour ça. Je vie en province mais j'ai la chance de trouver encore une librairie à une vingtaine de kms de mon domicile, une librairie ce n'est pas assez mais c'est mieux que rien et j'en suis reconnaissant à ce libraire. J'ai du mal à me déplacer aussi je suis aussi obligé de commander des livres par internet et sur ce support je perds les subtilités corporelles de mes choix, qui m'ont souvent permis des découvertes remarquables. 

J'ai essayé de lire des romans sur des tablettes, je n'y suis pas arrivé, trop de poids, de rigidité, à lire sur un support. Mais aussi typographie minable, les formats epub et cie produisent des rendus illisibles pour moi quand il s'agit de romans. En fait le dernier roman que j'ai acheté un des titres de Stenger en Américains, non pas pour le lire mais en comparer le texte original à la traduction française. Quant au format des eLivres d'autres formats plus compatibles avec les habitudes typographiques du français sot en cours de développement, le format  « tea » par exemple (http://www.tea-ebook.com/open-source) ou alors des lecteurs LaTeX comme iTeX (http://itex.cheswick.com), c'est déjà un espoir.

Je voudrais parler de mes lectures dans domaine des sciences humaines et sociales. Souvent des lectures de curiosité. Pourquoi en achetai-je moins ? Parce que je trouve que la qualité de l'écriture me navre souvent. Je vais vous conter une aventure récente qui met en scène un éditeur en qui j'avais grande confiance, CNRS Éditions, un livre « La grande histoire du latin Des origines à nos jours », l'auteur Jürgen Leonhardt. Le sujet pique ma curiosité, j'en lis une bonne critique dans un des journaux papier que je reçois, je l'achète sur la toile. Le livre a failli me tomber des mains : première de couv repoussant. Je n'ai pas pu m'empêcher de manisfester bientôt ma mauvaise humeur à l'éditeur  « Je viens de dépasser la page 164, soit à peu de chose près le milieu du corps du livre. Je vais en finir la lecture tant le contenu m’intéresse, et ce malgré ce qui en rend la lecture désagréable : les errements typographiques, les fautes de frappe, des anachronismes, la mauvaise qualité du français, tout ça dans un livre édité par le CNRS, tout ça dans un livre dans lequel on disserte du fond et de la forme, d’auteurs comme Cicéron et d’autres. » Parmi les fautes typographiques des jamais vues comme des majuscules au milieu des mots par exemple « interprÉtation ». Le contenu de ce livre est passionnant mais l'effort de lecture que le manque de professionnalisme de cette production m'a imposé était disproportionné. C'est pourquoi je découvre avec grand intérêt l'initiative de La Découverte, avec les livres de son « label » Zones. Ces livres de sciences mériteraient d'être commercialisés sous deux formes : livre pour la lecture et virtuelle pour le travail sur le contenu, recherches, liens, enrichissements.

Je ne lis les documentations techniques uniquement sur ordinateur et depuis peu sur une tablette. Sur ces supports je lis aussi des livres comme ceux de Michelet, Karr, Henri Fabre etc, ces auteurs introuvables sur papier ou alors à des prix prohibitifs.

 

12/01/2013, 18:50 | Par Annie Stasse en réponse au commentaire de jean-pierre olivier le 11/01/2013 à 12:14

je me trouve en accord avec vous sur la qualité indispensable des fonts (caractères typographiques). L'anglais étant très différent du français dans son besoin et pourtant le caractère le plus employé (sur le net en particulier, et sur les ordinateurs pour le courrier) est New Times qui comme son nom l'indique…

Et votre expérience montre combien on a besoin d'avoir le livre en main avant de l'acheter, c'est aussi un affaire physique.

11/01/2013, 19:18 | Par Serge ULESKI

Est-ce le livre qui se porte mal ou bien les éditeurs qui n’ont pas vraiment les moyens de faire connaître les livres et/ou les auteurs qu'ils éditent ?

Sans vouloir être pessimiste...

Les éditeurs qui ne seront pas capables de "rapporter" des lecteurs aux auteurs ont du souci à se faire car, Internet y pourvoira et l'impression de livres à la commande aussi : édition à compte de lecteur ; droits entre 40 et 60% pour l’auteur qui n’a pas (ou plus) à débourser un euro.

D'ici peu, le seul intermédiaire "toléré" entre un auteur et son lecteur sera l'imprimeur, et seulement l'imprimeur ; car ce dont un auteur a besoin c'est de "lecteurs payants" et certainement pas d'un éditeur qui n'aurait pas les moyens de faire connaître les livres qu'il édite, et par voie de conséquence, un éditeur qui n'aurait pas les moyens de "rapporter" des lecteurs à ses auteurs qui auront désormais la possibilité d'aller chercher leurs lecteurs sur Internet... blogs, sites, plateformes communautaires… en appui, pour y développer, jour après jour, une notoriété.

A suivre donc... (même si la course s’annonce bien plus courte qu'elle n'en a l'air ! D'ici dix ans, ce sera plié).

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11/01/2013, 19:24 | Par Serge ULESKI

Un auteur c'est une voix...

Dans un avenir proche, il y a fort à parier que les auteurs choisiront d'autres supports que le livre et le papier... pour se faire entendre.

Voyez ces tablettes de lecture numérique !

 

ebook.jpeg

Même si... le contenu étant indissociable du support, la lecture sur écran concernera très certainement une autre lecture pour une autre littérature.

Faut-il dès maintenant s'en plaindre ?

 

Pour prolonger cliquez...http://blogs.mediapart.fr/blog/serge-uleski/220911/internet-transmission-et-heritage

13/01/2013, 14:44 | Par FranckD en réponse au commentaire de Serge ULESKI le 11/01/2013 à 19:24

 S'en plaindre pas forcement, garder les yeux ouverts certainement!  Si, comme le dit Jacques,  et je le crois  " le fondement du modèle économiques dépend de celui qui contrôle la perception des revenus des acteurs" , les éditeurs vont  être remplacé par Amazon et Google (entre autres) , sans que rien ne soit fondamentalement remis en question... Ça peut même être pire: L'informatique permet un "révisionniste" à la nano-seconde grâce aux DRM et au "cloud";  Google vit de la pub, donc du nombre passage, la "massification" est au cœur de son système (page-rank)... Marc Lévy et Danielle Steel n'ont pas trop à s'en faire Clin d'œil 

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