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Lettre ouverte à Jean-François Copé
Monsieur,
J'ai lu avec beaucoup d'attention votre lettre à un ami musulman, et je ne résiste pas à l'envie de vous répondre, bien que n'étant ni votre ami, ni musulman. Je pensais vous poser la question « Avez-vous vraiment des amis musulmans ? », et puis j'ai pensé qu'il fallait d'abord vous poser la question : « Avez-vous des amis ? ».
Parce qu'en politique, on a souvent des partisans, qui parient sur votre réussite comme les turfistes sur un cheval coté, mais on a très rarement des amis. Le premier devoir d'un ami est de vous mettre en garde quand vous êtes dans l'erreur. Vos vrais amis seraient donc tous ceux, musulmans ou pas, qui vous disent : « Arrêtez ce débat casse gueule !»,
Vous déplorez la mauvaise image que les Français auraient de leurs compatriotes musulmans. Certes, cette mauvaise image existe. Mais qui l'a dessinée ?
Qui a expliqué, dans un débat public, officiel, que le jeune musulman parlait le verlan, mettait sa casquette à l'envers et ne se remuait pas trop pour trouver du travail ?
Qui a expliqué que le prototype était de « manger du cochon et boire de l'alcool », et que c'était quand il y avait plusieurs qu'il y avait des problèmes ? Parlait-il des Arabes ou des musulmans, peut-être des deux, mais sûrement pas des Auvergnats.
Qui a fait sa campagne électorale sur le rejet simultané de la burqa, de l'excision et de l'égorgement des moutons dans les baignoires ?
Qui interdit à des mamans portant le voile d'accompagner des enfants lors de sorties scolaires ?
Chaque semaine ou presque, un ministre y va de sa petite phrase, etc.. Ce ne sont plus des dérapages, mais du hors piste délibéré !!
Vous affirmez votre fidélité au « principe de laïcité ». Intention certes louable, mais vous êtes juriste, vous savez que la France est un pays de droit positif. Alors parlons de lois laïques, mais cessez, vous et d'autres, d'opposer un principe de laïcité, érigé en catégorie métaphysique, voire religieuse, aux lois bien concrètes qui font de la France une république laïque.
Vous expliquez ensuite votre conception de la laïcité, sur laquelle il n'y a à première lecture rien à dire. Et c'est ensuite que vous faites le grand saut et sombrez dans ce qu'on appelait au XVIIIème siècle le « joséphisme ». L'empereur Habsbourg Joseph II avait voulu définir une (bonne) pratique du catholicisme dans ses États. Cela lui avait valu le sobriquet de « mon frère le sacristain » de la part du prussien Frédéric II Hohenzollern.
Je plaisante ? Non pas !! Vous écrivez en effet : « la pratique de l'islam dans une République laïque, ce n'est pas la burqa, ni les prières de rue, ni le rejet de la mixité... »
Et vous faites un contresens monumental sur la laïcité et les textes fondateurs de la République, qui garantissent la liberté de conscience et de culte, sous réserve des nécessités de l'ordre public.
Alors, soyons clairs : si une pratique est contraire à l'ordre public, elle doit être interdite, qu'elle soit religieuse ou pas. Ce n'est pas à un responsable politique de juger de la conformité d'une pratique à une religion, et de chercher à définir un islam à la française, nouvelle école juridique qui s'ajouterait à celles qui existent.
Vous parlez de la burqa. Il y a effectivement, ponctuellement, un problème d'ordre public : la nécessité d'identifier les personnes à un guichet de banque, etc.. Y -a-t-il besoin d'une loi pour cela ? Quant à celles qui la portent et que vous voulez libérer, soit elles la portent de leur plein gré (aliénation ou pas, aux spécialistes d'en débattre) et elles resteront chez elles, soit elles la portent sous la contrainte, et « on » leur interdira de sortir. Vous avez d'ailleurs voté une loi pour interdire cette pratique, dont ce sera le seul effet concret. Quand aux sanctions très lourdes contre ceux qui imposent cette pratique, j'aimerais savoir comment sera apportée « la charge de la preuve » ? Et puis, finalement, pourquoi faire un débat sur une loi qui a été votée, qui va s'appliquer après une soi-disant campagne d'explication de six mois ?
Les prières dans la rue ? Il y a entrave à la circulation automobile et piétonnière, et occupation toute temporaire mais certes illicite du domaine public. Est-ce la seule ? Si vous étiez un vrai laïque, c'est-à-dire une personne attachée à l'indépendance de l'État et de l'administration par rapport à toutes les normes religieuses, vous vous inquiéteriez de toutes les occupations illicites du domaine public : terrasses de bistrots sans autorisation, marinas « pieds dans l'eau », c'est-à-dire construite sur le domaine public maritime, etc.. Et, puisque la raison invoquée pour ces prières dans la rue est le manque de lieux de cultes, vous videriez l'abcès en faisant la chasse à tous les élus locaux qui accumulent les prétextes pour ne pas délivrer de permis de construire. Et ensuite, on en reparlera.
Refus de la mixité ? Désolé de vous contredire, mais la mixité n'est pas un principe constitutionnel. L'égalité des droits entre les hommes et les femmes, oui, le refus des discriminations fondées sur le sexe, oui, mais pas la mixité. Mais si ensuite, des femmes veulent se retrouver entre elles, pour n'importe quelle raison, c'est leur droit. Les hommes ont aussi le droit de le faire, tant que cette ségrégation n'entraîne pas de discrimination (travail, logement, accès aux charges publiques). Le Grand-Orient de France, institution ô combien laïque, a très longtemps été réservé aux hommes. Est-ce contraire aux principes de la république ?
Madame Florence Woerth avait créé, avec des amies, une écurie de courses réservée aux femmes. Illégal ? La SNCF a proposé des voitures pour voyageuses dans les train de nuit ? Pas français ? Un candidat de votre parti en Île-de-France a proposé d'entendre cette mesures aux rames de banlieue. Qu'en dites-vous ?
Oserai-je vous rappeler que les clergés catholiques et juifs orthodoxes sont réservés aux hommes ?
Cerise sur le gâteau : si la parité (et donc la mixité des assemblées de la République) a progressé ces dernières années, c'est notamment parce que la loi a imposé la parité absolue pour les scrutins de liste. Aujourd'hui, un conseiller régional sur deux est une conseillère. Sera-ce encore le cas avec les futurs conseillers territoriaux ?
Donc, les trois incompatibilités que vous voyez entre la religion musulmane (qui est aussi diverse que la catholique ou d'autres) soit n'en sont pas, soit ne méritent pas un débat de cette nature.
Ensuite, vous imaginez une société idéale, avec, je cite :
Des lieux de culte « financés dans le respect de la loi de 1905 ». Oubliez-vous qu'il faut pour cela se livrer à pas mal d'acrobaties juridiques et financières, puisque cette loi interdit le financement public des cultes ? Certes, les circonstances historiques ont fait que la loi a bénéficié de fait à l'Église catholique, qui l'avait refusée, et que les cultes (protestants et israélites) qui l'ont appliquée ont été pénalisés. Mais est-il besoin de faire des colloques, là où une mission d'étude (avec des juristes, des financiers, etc.;) suffirait ? Et la laïcité stricte voudrait que, dans un souci d'équité, on traite aussi des besoins des bouddhistes, etc..
« des ministres du culte formés en France et attachés à nos valeurs ». Bigre, que va-ton faire des missionnaires mormons américains, des représentants d'Églises évangéliques anglo-saxonnes, de tous les prêtres africains qui officient dans les paroisses catholiques, sans compter les « indigènes hexagonaux » qui ont fait leurs études de théologie à Rome ou à Écone ? Et vous savez aussi bien que moi qu'on peut avoir suivi tout son cursus d'études religieuses en France et mépriser les valeurs de la République. Ou bien, alors, il faut assumer jusqu'au bout et nommer des commissaires politiques dans tous les séminaires et assimilés.
Un « code de la laïcité ? ». S'il s'agit de compiler et de faire un synthèse grand public de toutes les lois assurant la liberté de conscience et garantissant le libre exercice des cultes en France, il y a deux solutions :
Laisser ce soin aux éditions Dalloz, Sirey ou d'autres dont c'est le métier. Il existe d'ailleurs déjà des ouvrages juridiques très bien faits sur le sujet, mais peut-être n'avez-vous pas eu le temps d'entrer dans une librairie spécialisée ?
Faire comme pour certains codes : confier ce travail à des fonctionnaires dont c'est le métier et le faire valider ensuite. Cela s'appelle un décret de codification. C'est ainsi qu'a été modifié le code de commerce et qu'ont été créés bien des codes.
Je crois d'ailleurs qu'un tel code, s'il se contente de reprendre et faire connaître les textes existants, sera le bienvenu, et que sa lecture et sa compréhension seront utiles d'abord à tous ceux qui ont fait de la laïcité une nouvelle religion ou un prétexte au racisme.
Alors, tout ça pour ça ??
Il reste deux hypothèses :
Celle de nombreux analystes, selon lesquels flatter les passions islamophobes resterait le seul argument électoral crédible de votre parti.
Une autre, pas incompatible avec la première : la tentation gallicane, de subordonner les religions à l'État. C'est-ce que dénonçait le cardinal Lustiger lorsque les pouvoirs publics se sont mêlés d'organiser le culte musulman en France1. Vous vous voyez peut-être, à défaut d'être président de la République, en procureur du Saint-Synode (fonctionnaire nommé par le Tsar pour remplace le patriarche de Moscou) ou en mufti de la République. Vous n'êtes pas musulman ? Et alors, la reine d'Angleterre est bien à la tête de deux églises chrétiennes concurrentes !!
Je vous prie de croire, Monsieur, en mes sentiments laïques et républicains.
1Le Monde 15 avril 2003.


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Excellent!
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http://www.rue89.com/2011/03/31/reponse-dun-ami-musulman-a-la-lettre-de-jean-francois-cope-197764
Magnifique!
j'attendais un tel discours depuis le débat sur l'identité nationale et depuis les différentes lois qui surgissent au grés des coups médiatiques du pouvoir.
C'est simple , efficace et bien dit
Le faux débat
Qu’est-ce que je fais ?
Un peu tout et pour rien par-dessus le marché…
Et comme je ne suis pas rémunérée
Il n’y a personne pour m’empêcher de faire ce que je fais…
Vous n’avez pas idée comme je me sens libre de vivre de ma liberté.
Vous n’avez toujours pas deviné ce que je fais ?
Je défends la veuve et l’orphelin… Il n’y a pas de sot métier.
Hier ou peut-être avant-hier, j’ai eu droit à mon premier client.
Ils étaient deux : une veuve et un orphelin. Deux français de souche.
Le père décédé prématurément, et la mère s’est retrouvée seule pour élever son enfant.
Seulement voilà, la malheureuse habitait au cœur d’une cité d’immigrés dans le Nord pas de Calais.
Son enfant est agressé, insulté et raquetté tous les jours. Pour un oui, pour un non, traité de c.franc, de français en verlan, maltraité pour son faciès et sa mauvaise adresse… pendant que la mère, plus pauvre que jamais, fait du ménage dans les immeubles d’en face pour subvenir à ses besoins. Elle n’a jamais porté plainte et fait tout son possible pour y faire face.
Parce que les menaces sont bien réelles alors que les autorités restent virtuelles.
Pour ne pas être la proie d’une agression sexuelle, et ne pas tomber sous la tutelle des petits caïds, elle a dû se voiler la face, pour passer à travers les mailles du filet.
Quand elle monte les étages de son immeuble délabré, elle prie chaque jour le seigneur pour ne pas tomber dans un guêpier. Et à chaque jour suffit sa peine… comme dit la chanson.
Je lui ai demandé dans la foulée pour qui elle votait ?
Comprenant pour une fois pourquoi les petites gens votaient pour le parti le plus sécurisant.
Et qu’elle fut ma surprise d’apprendre ce que j’ai appris… de la bouche de cette veuve que j’ai crue complètement désarmée. Elle m’a répondu avec une voix assurée qu’elle votait pour le Tout puissant… pour Dieu…
Que ses bourreaux étaient aussi des victimes. Que leur sort était encore pire que le sien… que depuis la mondialisation, ils sont désormais tous logés à la même enseigne : miséreux et misérables… tout juste bons pour fournir leur sueur et le fruit de leur labeur à la puissance de l’argent.
Et le débat sur l’Islam ? Lui dis-je pour changer de sujet
Elle me regarda fixement puis furieusement et me dit : il n’y qu’un seul débat : A QUOI SERT L’ETAT ?
Sinon à aggraver les tensions entre les uns et les autres pour détourner l’attention de l’argent volé aux uns et aux autres.
Le pouvoir de l’argent est entre leurs mains et la merde est dans nos yeux... sans distinction ni de race, ni de nation, ni de religion.
Il n’y a que l’argent… pour nous séparer… alors que nous nous ressemblons plus que jamais !
Vaincre l’ignorance voilà, me dit-elle ce que je ne cesse de dire à mon fils.
Je lui ai demandé dans ce cas ce qu’elle attendait de moi ?
Elle se leva et me claqua la porte au nez.
J’ai aussitôt compris qu’elle était française de souche… mais … de confession musulmane…
Cherchez l’erreur !
http://www.lejournaldepersonne.com/2011/03/le-faux-debat/
Factuel et rien que factuel !
Merci de dépassionner le débat et de renvoyer l'avocat copé à ses études !
Une analyse pertinente d'une situation que certains de nos politic(h)iens se donnent un mal fou à créer et à entretenir pour des raisons qui m'échappent
... En fait, non, elles ne m'échappent pas du tout le jour V approche (V comme vote)
[La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. (James Freeman Clarke)]