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Et si nous parlions du travail

«Travailler plus pour gagner plus» a été un slogan très efficace de Nicolas Sarkozy pendant la campagne des présidentielles. Très efficace auprès des électeurs un peu éloignés du travail. Mais pas du tout auprès des salariés concernés . Car jamais, je n'ai rencontré au cours de mon activité professionnelle (je suis médecin du travail), un ouvrier ou un employé convaincu par ce slogan. Et pour cause, comme l'avait justement remarqué un salarié "travailler plus, mais on est déja au taquet !! ..." . La suite , vous la connaissez, beaucoup travaillent plus mais peu gagnent plus. Et la santé des salariés continuent de se dégrader de plus belle : stress au travail , accidents du travail , maladies professionnelles...

 

Néammoins, si ce slogan a fait mouche , et c'est toute l'habileté de Nicolas Sarkosy, c'est qu'il a remis sur la table la question du travail dans le débat public . Et qu'il a été le seul à en parler. Même s'il n'a tenu aucune promesse. Et que ce sujet est essentiel pour une majorité d'entre nous. Depuis des années , le Parti Socialiste est d'un silence assourdissant sur la question du travail . Alors que ce serait à lui de porter ce sujet . Alors que son slogan devrait être "Travailler mieux pour gagner mieux" . Mais rien . Le vide.

 

Ségolène Royal a été la seule responsable politique à prendre la mesure de la gravité des "désordres du travail " comme le dit fort justement P. Askénazy, un économiste . La Région Poitou-Charentes mène un certain nombre d'actions dans les domaines de la santé au travail et du dialogue social : forum participatifs, financement d'une étude sur les maladies à caractère professionnel, cofinancement d'une étude sur la santé mentale au travail à partir de l'ouverture d'une consultation "souffrance au travail , cofinancement de l'étude EVREST, opération cinéma à 1 euro dans toute la région du 1 au 15 février 2009 avec le film de Jean Michel Carré "j'ai très mal au travail" , cofinancement de l'ARACT Poitou-Charentes, financement d'actions menées dans le cadre du dialogue social autour des conditions de travail.

 

Mais aujourd'hui, il reste encore beaucoup à faire car c'est tous ensemble, que nous devons faire de cette question du travail un des chantiers prioritaires du progrès social .

 

Santé au travail , cogestion, organisation participative du travail, régles de métier, bel ouvrage, limites de productivité ... le "droit à être heureux au travail " pourrait être la prochaine utopie de la gauche car le travail reste - et je le dis haut et fort - le principal moteur d'intégration , et de réalisation de soi.

 

En ce début d'année, j'ai pris la résolution de mettre sur le papier quelques unes de mes réflexions après plus de 20 années d'expérience professionnelle dans le monde du travail . Pour que cela change.

 

 

 

 

Tous les commentaires

04/01/2009, 20:00 | Par Marie Lavin

Absolument d'accord avec vous. Il me semble qu'une des façons d'être heureux au travail c'est d'être responsabilisé. Dans tous les postes que j'ai pu occuper j'ai constaté qu'impliquer les personnes, les écouter réfléchir sur leur travail, ses contraintes, les améliorations possibles, était le meilleur moyen de les voir réussir. A contrario les ordres tombés d'en haut, sans concertation, sans respect des personnes, de leurs contraintes familiales, de leur goûts aussi, ont des conséquences catstrophiques. Oui il y a beaucoup à faire mais c'est un beau chantier.

05/01/2009, 17:12 | Par Axel J

Merci pour cet article. Dommage que votre billet ne provoque pas plus de réactions, mais peut-être est-ce là précisément le problème de ceux qui travaillent, par rapport à ce qu'ils se sentent autorisés à discuter publiquement, et à ce qu'ils se sentent obligés de taire par peur, ces peurs sciemment créées et travaillées pour entretenir leur sentiment de précarité?
Je vais vous dire ici quelque-chose que je n'ai jamais osé dire à mes médecins du travail, en espérant que ça provoquera, sinon des réactions extérieures, du moins une prise de conscience pour vous et vos collègues:
Je n'ai jamais osé avouer mes maux, mes "états d'âme" et les problèmes pourtant très pesants psychologiquement, que me causaient mon quotidien, pour des raisons pourtant complètement liées à ma profession et techniquement, au poste que j'occupais concrètement. Je cachais mon mal et mon malêtre, tout simplement par peur d'être catalogué "fragile" et d'ainsi passer pour un "mauvais élément", susceptible de figurer dans les premiers sur d'éventuelles listes de licenciement économiques. Pire: Je faisais la même chose, même pour mes problèmes purement physiques; j'occultais systématiquement tous mes problèmes de dos liés à l'exercice de mon métier.
Bref, je participais à fond, à la manière de ces journalistes qui s'autocensurent et qui ainsi participent au lavage de cerveaux général, à l'augmentation de l'ambiance générale de peur et de précarité au travail, mais aussi, là c'est pour votre gouverne, le médecin du travail n'avait absolument pas ma confiance, bien au contraire, je le considérais comme un des "rouages du système" qui pouvait "me dénoncer", à la manière de ce qui se serait fait en Union Soviétique par exemple.

05/01/2009, 18:55 | Par Monfort en réponse au commentaire de Axel J le 05/01/2009 à 17:12

Le statut du médecin du travail est ambigu : il est lui-même payé par l'entreprise. Il peut subir des pressions. Lorsqu'en plus, il participe à l'affichage de l'entreprise ("regardez comme on traite bien nos employés"), c'est totalement destructeur parce que les gens ne sont pas dupes. Je pense à des questionnaires sur le stress faits très sérieusement... mais restant au stade de constat, alors même que des aménagements organisationnels s'avèrent nécessaires, que les personnels seraient prêts et auraient des tas d'idées pour participer (après tout, c'est de leur quotidien qu'il s'agit: nouveau système informatique, autonomie professionnelle...). Ou encore, où l'on cherche à culpabiliser la personne : vous n'avez pas mis en place vous-même vos propres réducteurs de stress... Je suis tout à fait d'accord: c'est une démarche collective: salariés en tout premier lieu, ils sont directement concernés; médecins du travail, syndicats, CMHS, RH, responsables de secteurs...

05/01/2009, 20:25 | Par Thierry T. d'Ouville

Question cruciale effectivement. Mais votre conclusion me parait très, trop, rapide du fait de l'absence d'indication sur ce que vous entendez par travail. J'ai, pour ma part, à partir de cette question entrepris de travailler la pensée de Hannah Arendt . Sa distinction, au sein de la vie active (pour ne pas utiliser de Latin) entre travail, oeuvre et action est fondamentale par rapport aux problèmes que nous affrontons et aux confusions dont nous souffrons dans une société qui fait du travail la condition de survie individuelle et sa valeur centrale. J'ai écrit dans mon blog quelques billets sur ce thème. Si vous voulez engager le débat....Par ailleurs la motion F du dernier congrès du PS (Utopia) posait de bonnes questions et ouvrait des pistes.

05/01/2009, 18:46 | Par Georges de Furfande

Vous avez raison de parler "d'utopie de la gauche" . L'utopie de la droite c'est travailler plus pour gagner plus, l'utopie de la gauche travailler mieux pour gagner mieux La réalité de la situation c'est travailler plus ... pour travailler. Quant à certaines questions que vous soulevez, comme le stress, une part fondamentale de ce stress est le fait qu'il est évident que la réduction du temps de travail a largement accentué ce stress, qui se combine avec la peur de perdre l'emploi. Les "génies de la finance" ont été utilisés pour masquer les conséquences des délocalisations et de la concurrence au niveau du travail que la mondialisation a développé, la solidarité de "ltinernational socialisme" s'est dissipée devant les délocalisations et la gauche est tentée par le protectionnisme, arrêtons de tromper les citoyens. J'avoue être quelque peu rêveur en lisant le commentaire de Thierry Ternissien qui évoque "une société qui fait du travail la condition de survie individuelle" . Est ce le rêve d'une société qui permettrait à tous de survivre sans travail ? Flemmard et hédoniste je serai ravi de l'avènement de cette société. Les socialistes après 1981 avait prétendu amener une civilisation de loisir, la France gigantesque Club Méditerrannée avec Trigano, je vois qu'il évoque une motion d'Utopia , je crains qu'en ces périodes de crise tout ceci relève de la fumette.

05/01/2009, 20:49 | Par Francoise Mesnard

Merci de la qualité de vos commentaires qui me font chaud au coeur car ils évoquent chacun des aspects de la question du travail que je vais aborder à partir de mon expérience . Pour répondre à la définition du travail, je témoignerais simplement des dégats considérables observés lors des dysfonctionnements de la situation de travail en terme de souffrance psychique . Mais aussi des satisfactions extremement fortes de salariés quand le collectif de travail est uni, le dialogue possible , la reconnaissance du travail présente, le souci de la belle ouvrage respecté. Pour répondre à Axel , il n'y a pas de profil type dans les décompensations psychologiques . Tout au plus , on peut noter que le salariés les premiers touchés sont ceux qui font leur travail avec une forte conscience professionnelle . Mais , pas plus tard, qu'il y a 15 jours , j'ai passé 2 heures à calmer un chauffeur livreur qui ne supportait plus la surveillance minute par minute de son exploitant .Cet exploitant lui reprochait même de ne pas rouler assez vite sur la 4 voies (controle GPS ) . C'est un chauffeur qui a 20 ans d'ancienneté et qui n'a jamais eu aucune remarque sur son travail , ni aucun problème dépressif...mais son entreprise a été racheté .

05/01/2009, 21:36 | Par Daniel Carré

Le travail peut démolir : c'est un constat trivial (surtout pour un médecin du W). Le chômage peut détruire : c'est une réalité à laquelle des millions de Françaises et Français sont confrontés. Le travail est parfois une drogue et le chômage, une opportunité! Ces deux paradoxes démontrent que la question posée est d'une grande complexité. Le travail est en même temps l'accomplissement de l'œuvre jusqu'à son paroxysme et l'asservissement sordide de l'esclave, du tâcheron, de l'opérateur. La réduction la plus extraordinaire qui a été effectuée dans un récent passé sur ce qu'est le travail, ce sont les trente cinq heures. Comme le dit Ternizien, revenir à d'autres concepts est indispensable : opera, praxis, poesis. Mais il faut aussi l'assortir de le relation entre "travail" et richesse, donc partage de cette dernière : dépassée ou presque pour les besoins primaires (encore que les SDF...) mais à la fois primordiale et irrationnelle lorsqu'il s'agit de notre confort physique, intellectuel ou émotionnel, pour ne pas dire sensuel. Des questions???? que des questions!!!!

05/01/2009, 22:28 | Par Epaminondât

Je suppose qu'il faut prendre ici travail au sens de: ce qui fait l'objet du contrat de travail (ou assimilé, pour les fonctionnaires), occupe l'emploi, donne droit à rémunération. . Remettre les choses dans leur contexte, voire leur déconstruction, philosophique, est très utile - et nécessaire -, mais ne doit pas nous éloigner du vécu présent des "actifs"(*): pouvoir d'achat qui s'étrécit, statut social menacé, et aspiration d'épanouissement au travail qui tourne au cauchemar du stress et de la frustration. . (*)(dont je ne suis plus, et je ne le regrette pas du tout)

06/01/2009, 00:41 | Par Francoise Mesnard

Le monde du travail souffre depuis trop longtemps d'être passé sous silence pour cause du chomage.. "Mais comment donc, de quoi vous plaignez-vous , vous avez un travail !!!" et cela n'a que trop duré ... bien évidemment que le chomage est destructeur , terriblement destructeur .. Avez vous remarqué que le Ministère du travail est devenu le Ministère de l'Emploi ?

06/01/2009, 08:57 | Par Axel J

“Le monde du travail souffre depuis trop longtemps d'être passé sous silence pour cause de chomage... "Mais comment donc, de quoi vous plaignez-vous, vous avez un travail!!!"”
C'est un des aspects du "diviser pour régner", déjà ancien, profondément et complètement intégré dans la conscience de chacun, comme quoi "si je suis chômeur, je suis hors du système, je suis différent, quoi" et "les chômeurs sont différents, ils ne sont pas comme moi, moi au moins je travaille"...
Nous en tenons des signes clairs, et d'autant plus dangereux qu'ils nous viennent de nos meilleurs amis et médiamis, qui sont eux aussi complètement perdus dans cette manière de pensée faite, plus que pour "exclure", avant tout pour "diviser" (je pense à ceux qui, dans leur brève présentation de leur région et profession, mettent innocemment sous leur pseudo un "ex-secrétaire de direction" par exemple, ou un "cadre associatif au chômage").
Ainsi pour cette matière, j'aime beaucoup le vocabulaire que la LCR, NPA, besancenniens choisissent soigneusement pour parler des travailleurs: Ils sont "tous travailleurs", et ils vont jusqu'à prendre la peine de contredire quelqu'un qui se qualifie de "chômeur": - "Tu n'es pas chômeur, tu es travailleur, c'est tout, car le chômage doit être vu comme un désagrément momentané, qui fait partie intégrante d'une carrière, et qui ne peut servir pour diviser, pour instiller l'idée que nous serions différents, avec des inclus et des exclus.
Ainsi pour moi, notre chère Corinne N puique je la prends en exemple, et bien n'est pas "ex-secrétaire de direction", mais bien secrétaire de direction tout court. Qu'elle soit en congé maladie en ce moment, ou qu'elle ait été licenciée économique ou je ne sais quoi encore, ne signifie pas qu'elle soit "passée dans une autre catégorie exclue".

06/01/2009, 10:11 | Par Oliv92

Une des premières choses à faire dans cette réflexion est de bien faire attention à son vocabulaire. En particulier, il faut absolument distinguer, au moins : * travail * emploi salarié Cela n'a pas grand chose à voir !! Ensuite, passer à des distinctions plus riches mais plus complexes telles que proposées par Thierry Ternisien. Olivier

06/01/2009, 12:37 | Par Stéphane Léger

"car le travail reste - et je le dis haut et fort - le principal moteur d'intégration , et de réalisation de soi."
Ah bon ?
Zut, j'ai du louper un truc alors !
hum ! ... allons, allons... il doit bien y avoir une subtilité là-dedans ! ... mmm... non ?
"J'avoue être quelque peu rêveur en lisant le commentaire de Thierry Ternissien qui évoque une société qui fait du travail la condition de survie individuelle" . Est ce le rêve d'une société qui permettrait à tous de survivre sans travail ? Flemmard et hédoniste je serai ravi de l'avènement de cette société. Les socialistes après 1981 avait prétendu amener une civilisation de loisir, la France gigantesque Club Méditerrannée avec Trigano, je vois qu'il évoque une motion d'Utopia , je crains qu'en ces périodes de crise tout ceci relève de la fumette." Georges de Furfande
Bien joué G de F... dans la chaîne de production médiapartienne du commentaire vous avez parfaitement intégré votre rôle ! Vous êtes un bon élève... vous aurrez une image, promis !... par contre pour la compréhension du texte vous repasserez votre examen, svp... vous n'avez pas bien "travaillé" le vocobalaire ! ... petit feignant va ! bou !
... et entre ces deux extrêmes, le travail et le loisir ? Personne n'aurait pensé par hasard à apporter un peu de diversité, voir de nouveauté (heu... gros mot ! désolé !) dans le nuancier ?

06/01/2009, 12:40 | Par Francoise Mesnard

a vous l'honneur , cher Stéphane , nous sommes tout ouies !!!

06/01/2009, 14:50 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Francoise Mesnard le 06/01/2009 à 12:40

Je m'inclus dans cet appel ! ;-)

06/01/2009, 13:02 | Par Oliv92

Devoirs pour lundi prochain : vous lirez "le travail" de Dominique Méda Présentation de l'éditeur (copier / coller depuis Amazon.fr) Le développement du chômage l'a montré : travailler est une norme. Dans nos sociétés occidentales, le travail est le principal moyen de subsistance mais aussi une part essentielle des occupations de chacun. L'ordre social s'organise autour de lui. En a-t-il toujours été ainsi ? Assiste-t-on, aujourd'hui, avec la réduction du temps de travail, à une remise en cause de sa valeur ? Va-t-on vers de nouvelles formes de travail ? En croisant les regards historiques et philosophiques avec les résultats des enquêtes sociologiques et économiques les plus récentes, cet ouvrage interroge notre rapport au travail et, battant en brèche les idées reçues, nous invite à repenser sa nature ainsi que la place qu'il prend dans nos vies. Olivier

06/01/2009, 14:45 | Par Stéphane Léger

bug

06/01/2009, 15:04 | Par Stéphane Léger

Une petite recherche rapide dans Wiki : De l’ancien français travail « tourment, souffrance » (XIIe siècle), du bas latin (VIe siècle) tripálĭus du latin tripálĭum, « instrument de torture à trois poutres ». La racine trav provient de trab, trabis : « poutre ».
Réjouissant... ;-)
Pour moi la réalité du travail reste proche de sa référence latine aussi, le "labeur" que l'on retrouve dans l'italien "lavoro", de la peine et de son sens économique du facteur de production, mais aussi juridique (le contrat de travail).
Quant au loisir, n'en parlons pas, sa définition se construit à partir de là, il est donc un temps attribué en dehors de toute tâche considérée comme habituelle ou contraignante (travail, maison, éducation, etc...) et non productif. Etant donné qu'aujourd'hui le loisir est devenu un élément participant du capitale comme un autre (un élément produisant de la consommation), en dehors du travail nous travaillons au loisir. En étant consommateur de mon loisir, consommateur de culture, de sport, etc... je deviens un travailleur du loisir et non pas un créateur libre de toute contrainte productive. En instaurant la société du loisir, on "légifère" sur le loisir et on le capitalise comme facteur de production (on n'aurait pas déjà vu ça dans le biopolitique ?).
Si mes souvenirs sont bons Sénèque en faisait un temps libre pour le politique dans sa Vie Heureuse.
A partir de là, "le droit à être heureux au travail", je veux bien, mais cela positionne encore et toujours, le travail (facteur de production) comme centre de l'activité humaine. Comment penser la possibilité d'être heureux dans ce qui n'en est pas le lieu, si ce n'est sous la condition d'un rapport de production ou d'un rapport juridique. Est-ce qu'on ne conduit pas avec cette question à vouloir plutôt changer la notion même de "l'être heureux", à vouloir comme le loisir en faire un produit de consommation et un facteur de production plutôt que de vouloir changer le travail en soi ?
C'est une vraie question !

06/01/2009, 14:58 | Par Axel J

Personnellement, pour entrevoir ce qu'est le travail dans son sens le plus beau, pour comprendre ce que c'est que d'être heureux au travail, bref, pour définir ce que devrait être le travail par rapport à ce qu'il est la plupart du temps dans ses perversions diverses et variées, je me réfère au travail des animaux. J'observe comment les animaux qui ont la chance de se voir confier des métiers, avec une formation initiale, un déroulement de carrière et une retraite bien méritée, sont si évidemment heureux, épanouis, plus intelligents que les autres etc. Parallèlement, l'exploitation d'autres animaux, ceux qui n'ont pas eu de chance et sont voués à des vies d'esclave et de souffrance, qui au contraire des premiers, sont dégradés, malheureux et tristes, et semblent se voir interdire les capacités de bonne volonté, d'amour de l'action etc, qu'on observe chez les premiers.
Olivier parlait de deux choses bien différentes, travail et emploi, moi j'aurais envie de distinguer surtout travail et exploitation, mais les deux oppositions ne sont pas incompatibles: plutôt deux sujets complémentaires.

06/01/2009, 14:58 | Par Thierry T. d'Ouville

Lecture essentielle sur ce thème : les chapitres consacrés au travail, à l'oeuvre et à l'action dans Condition de l'homme moderne. J'en ai donné quelques éléments sur mes blogues. Je suis en train de les travailler et d'en extraire quelques éléments particulièrement pertinents. Travail un peu difficile tant l'approche de Arendt est originale et tant sa prose est riche est complexe. Pour ceux qui le souhaitent j'ai scanné, sans les notes, le chapitre sur le travail. Je peux vous l'envoyer sous forme d'un fichier pdf (pour des questions droits il me parait difficile de le joindre à un billet ?).

06/01/2009, 15:18 | Par Georges de Furfande

entre ces deux extrêmes, le travail et le loisir ? Personne n'aurait pensé par hasard à apporter un peu de diversité, voir de nouveauté (heu... gros mot ! désolé !) dans le nuancier ? (Stéphane Léger) La notion de "travail" et la valorisation du travail, non seulement sur le plan "marchand" mais aussi sur le plan réalisation de soi, peuvent être associée à la révolution industrielle . Dans le système féodal il est dégradant d'avoir une activité rémunératrice, les nobles et le clergé ne travaillent pas ( v. le développement du contrat de commande, et bien entendu le servage ....notion qui entache encore le "service" en France) et le commerçant est méprisé. Dans la civilisation agricole, les récoltes sont des "fruits de la nature" et non des fruits du travail. Le labeur de celui qui sème et récolte n'est pas conçu comme un élément de production. La révolution industrielle repose juridiquement au départ sur le "contrat de louage d'ouvrage", c'est le développement de notions sociales qui va faire naitre la notion de "travail" comme valeur économique de production. C'est ainsi dans le cadre de l'économie de production, par opposition au capital que le travail va devenir une notion économique, et le droit du travail consacre la reconnaissance du rôle économique du travailleur. Cette protection du travailleur, qui est une notion de fait, va être accordé sur la base du salariat, rapport juridique défini par le lien de subordination entre l'employeur et le travailleur. Dans une société où la subsistance n'est pas conçue comme le simple fruit de la nature, et où la subsistance ne vient pas de l'autoconsommation comme elle pouvait l'être dans une polyculture d'élevage, et pour ceux qui n'héritent pas d'une fortune suffisante pour vivre comme rentier, ou qui ne veuelent pas vivre du RMI/RSA, le travail (pas forcément salarié) parait inéluctablement au centre de l'activité humaine. Comme le dit une sagesse populaire, il faut gagner sa vie, même s'il faut pas la perdre à la gagner.

06/01/2009, 15:40 | Par Georges de Furfande

Une observation concernant la notion de travail . Thierry Ternisien cite sur son blog un passage d'Hannah Arendt " C'est l'avènement de l'automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l'humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l'asservissement à la nécessité. Là, encore, c'est un aspect fondamental de la condition humaine qui est en jeu, mais la révolte, le désir d'être délivré des peines du labeur, ne sont pas modernes, ils sont aussi vieux que l'histoire. Le fait même d'être affranchi du travail n'est pas nouveau non plus; il comptait jadis parmi les privilèges les plus solidement établis de la minorité.". Ce passage parait réduire la notion de travail au labeur de l'ouvrier sur les chaines d'usine. L'automatisation a partiellement vidé les usines, les délocalisations faisant le reste. Ces deux phénomènes n'ont en rien "libéré de la nécessité" . Le travail, ce n'est pas uniquement les emplois du secteur secondaire, le travailleur n'est pas simplement l'ouvrier. Une observation par ailleurs concernant le couple "production/consommation" : ce n'est pas la conséquence du capitalisme, mais un caractère inhérent à la nature. La "société de consommation" (qui n'est pas forcément capitaliste) utilise le terme de consommation pour traduire le fait que la consommation serait privilégiée par rapport à la production, elle répond à une évolution qui reflète une évolution de la production vers des biens peu durables et jetables, mais en dehors d'une économie de ceuillette, pour consommer il faut produire, et la production n'a de sens que si elle débouche sur une consommation . Dans les économies collectivistes c'était l'était qui décidait ce qui allait être produit (avec les résultats que l'on connait), la production dictait la consommation, mais il y avait un couple production/consommation.

06/01/2009, 15:59 | Par Stéphane Léger

Merci G de F pour ce bref rappel historique.
C'est bien ce que je craignais voir se profiler ici. Le fait même qu'il ne serait pas question de s'affranchir du travail, dont l'idée n'est pas nouvelle je vous l'accorde... ce n'est pas penser l'affranchissement qui à mon sens doit être l'axe, mais chercher un nouvel axe justement... si justement on ne cherche pas déjà une approche singuliaire, on ne s'en sort pas... donc ensuite ? ... faisons le tour peut-être pour se débarasser des épreuves historiques déjà existentes... quid de la société post-industrielle ?
La "société de consommation" (qui n'est pas forcément capitaliste) ???? ... un autre exemple de société de consommation ?

06/01/2009, 16:03 | Par Georges de Furfande

@Stephane Léger Autres exemples de société de consommation : la Chine, le Vietnam par exemple

06/01/2009, 16:44 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Georges de Furfande le 06/01/2009 à 16:03

Mais à ce que je sache, la Chine est le meilleur exemple de société capitaliste actuellement... une entrée dans le système économique capitaliste avec un système politique totalitaire. On ne pouvait pas rêver mieux non ?

06/01/2009, 16:23 | Par Etoile66

Eh bien, comme d'habitude, je vais écrire quelque chose qui ne va pas plaire à tout le monde. . Certes, la démarche d'Hannah Ahrendt est intéressante concernant le travail et notamment : "le travail doit rester dans le domaine privé, sous peine que la vie de l'homme devienne une quête d'abondance sans fin." Cette critique de la société de consommation et cette invitation à l'auto-limitation du travail préfigure l'écologie politique et les notions de simplicité volontaire (que je partage) et de décroissance (que je ne partage pas). . Car le "travail" sert à couvrir les besoins essentiels - dans toutes les cultures. . Dans la Bible il y a la phrase: "si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus!... Bien sûr, on peut lui opposer Marx, mais cette vision du "travail pour se nourrir" a toujours existé dans toutes les cultures. Le phénomène de "chômage" tel que nous le connaissons avec l'assurance chômage est quelque chose de récent dans l'Histoire de l'humanité. . Personnellement, ce qui me stupéfait, c'est que dans l'Education Nationale, la notion de travail est véhiculée par les enseignants et tout le système d'une manière totalement biaisée. . La France éduque ses citoyens à devenir des SERVITEURS. Ce qui y est appelé "classes d'excellences" ou "Grandes Ecoles" préparent à devenir "serviteur de l'Etat" et les gens le disent comme si cela était normal !!! . L'Etat a remplacé le Roi, duquel on attend tous les bienfaits et qu'il convient de "servir"!!! Et quand on a des problèmes, on se retourne vers LUI et lui demande de l'aide comme à un Papa... . Cette conception est tragique, infantilisante et paralysante. . Où est la CREATION ??? Celle qui permet à une société d'avancer... . On n'en parle jamais à l'Ecole de la République française. On ne dit pas aux enfants quand ils sont tout petits qu'un jour ils pourront créer leur entreprise, inventer quelque chose pour faire avancer l'Humanité, etc... Jamais ! . J'ai eu des débats très "houleux" sur un autre site de débats avec des enseignants sur la notion du "travail" et de "l'orientation" qui est très tardive en France. L'un d'eux m'a même écrit: . "Leur métier occupera leurs bras mais c'est leur boulot de citoyen qui devrait occuper leur conscience pour le reste de leur vie (y compris à la retraite)!!!" Il voit dans le travail quelque chose pour "occuper leurs bras". Cet enseignant refuse de confronter les enfants et adolescents au monde du travail en commençant "l'orientation" dès la 6ème, sous forme ludique et informative, et préfère les laisser dans la totale ignorance, il poursuit: . "Je suis persuadé que les jeunes adultes ont besoin d'insouciance pour accepter le changement de leur statut, s'investir dans ce qui les passionne... Et pour garder cette insouciance, il faut rester éloigner des problèmes spécifiques de l'âge adulte." . Voilà toute la philosophie du "travail" par l'Education nationale. Il n'est pas le seul à penser ainsi, tous me sont tombés dessus avec un peu les mêmes arguments. . Le "travail" est considéré comme un "problème d'adultes". Il ne faut surtout pas le regarder en face avant d'avoir quitté l'école... . Et les pauvres jeunes qui quittent le système scolaire sans rien savoir de ce qui les attend se retrouvent à quelque 500.000 chaque année à quitter l'Ecole sans aucune formation professionnelle ni savoir ce qui leur plairaît de faire. . C'est un crime, c'est gâcher des vies par pure idéologie. . C'est mettre tous ces jeunes, la plupart issus de familles défavorisées - car les autres ont leurs "filières" et les "relations" - à la merci des chefs d'entreprises qui les exploiteront. Ils n'ont aucune formation ni information en ce qui concerne le "travail". . Non, dès la maternelle, au lieu d'en faire des "singes savants" qui savent "déjà" lire à 5 ou 6 ans - comme si c'était le plus important - il faudrait les laisser jouer, à des jeux libres et guidés. . Pour asseoir leur CREATIVITE, leur faire expérimenter la démocratie dans sa pratique quotidienne et non en théorie, élargir leur vocabulaire et donc leur compréhension du monde qui les entoure, etc... Il faudrait donner dans les manuels scolaires l'envie de CREER sa propre existence et non de la subir. . Souvent quand je suis en déplacement, il m'arrive de discuter avec les chauffeurs de taxis, les serveurs de restaurant, notamment quand ils sont jeunes, et de les encourager à se mettre à leur compte, à trouver une idée pour ne plus être "au service" d'un employeur, tel des "serviteurs". . Récemment, près de la gare Montparnasse, une fille d'environ 20 ans, servait dans un restaurant. Elle était ravissante, mais je voyais bien qu'elle était exploitée. Je lui ai demandé si elle n'avait pas envie de se former et de créer son entreprise plutôt que de rester dépendante d'un employeur. Sa réponse est celle de presque tous ceux avec lesquels j'ai parlé. "Je ne sais pas quoi faire, et puis je n'ai pas d'argent pour monter une entreprise" D'autres répondent: "Je ne veux pas d'ennuis, je veux juste mon salaire à la fin du mois."" . S'ils avaient eu des exemples et des incitations depuis toujours, ils ne penseraient pas ainsi, et la société française serait tout autre... . Au niveau "création", je vous invite à jeter un coup d'oeil sur le fil que j'ai lancé, concernant la CREATION de FONDATIONS: . http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/040109/la-france-et-les-fondations-triste-constat . Enfin, comme le prédisait Hannah Ahrendt, je pense que la "société de consommation" et la "publicité" - dont on n'apprend pas assez la critique à l'Ecole - créent des "besoins" dont on pourrait tout aussi bien se passer pour vivre plus heureux. . Tout étant imbriqué, ces "besoins", ainsi suscités, entraînent les délocalisations, car les consommateurs achètent des produits "bon marché" dont ils pensent "avoir besoin" qui sont produits en Chine ou ailleurs, plutôt que de se passer de ces achats et de renoncer en faveur d'autres choix. . Un exemple. Aujourd'hui, on achète des chaussettes à faible prix en supermarché. Quand elles sont trouées, on les jette... puisqu'elles sont si bon marché. Et avec elles, les emplois qui vont en Chine. . Il y a quelques années en France - et aujourd'hui dans d'autres pays - on les reprisait, car proportionnellement aux revenus, elles coûtaient cher, mais elles étaient de meilleure qualité. . Je pense que nous reviendrons à une consommation plus raisonnée. . Ici dans la région où je vis, les gens recommencent à cultiver leur jardin en potager, vu le prix des fruits et légumes pleins de pesticides. Le petit commerce revit quand il est de qualité, au détriment des hyper-marchés. . Tout cela se tient avec la notion de "travail", "besoins", etc... . Les travaux de Hans Rosling m'ont interpellée, notamment concernant son pays, la Suède et l'espoir qu'il a pour l'Afrique, il mesure le niveau d'évolution des pays dans l'Histoire, par la mortalité infantile. Toute cette évolution est le fuit du "travail" de ces sociétés... . L'exemple est clair pour la Suède, pays qui est le plus évolué à ce niveau et au niveau de l'Education: http://video.google.com/videoplay?docid=-6098327687280648301 (300 ans de développement en 6 minutes) http://www.gapminder.org/videos/ted-talks/hans-rosling-ted-talk-2007-seemingly-impossible-is-possible/ . Au niveau individuel, je poserais ces questions: 1) Quelle est la place du travail dans notre société ? 2) Est-ce un mal nécessaire ? 3) Est-ce un "problème" auquel il faut se confronter tôt ou tard? 4) Quelle place lui accorder dans la vie de chacun ? 5) Doit-on parler de ce sujet, des différents métiers, avec nos enfants ou non ? . Sorry, j'ai été un peu longue... comme d'habitude... car le sujet m'intéresse et je ne peux le traiter en deux mots...

06/01/2009, 20:23 | Par Marie Lavin en réponse au commentaire de Etoile66 le 06/01/2009 à 16:23

Chère Etoile 66 j'ai lu avec grand intérêt votre post et il y aurait matière à multiples débats. Juste quelques observations sur les points qui m'ont le plus frappée ou que je connais un peu. Vous semblez considérer comme une catastrophe le fait qu'en France certains soient serviteurs de l'Etat, mais acceptez qu'on puisse envisager que se mettre au service de l'Etat c'est, le plus souvent, mettre ses compétences, ses intérêts au service de ses concitoyens...Un professeur, un infirmier, un bibliothécaire, un postier (avant la réforme) sont entrés dans la fonction publique et sont donc au service du public et c'est pour ce service rendu que l'Etat les paie. Vous demandez où est la création et semblez penser qu'on n'en parle jamais aux enfants et aux adolescents à l'Ecole. Et pourtant si on leur parle de création, quand un enseignant fait découvrir un poème il parle de création, les cours d'arts plastiques n'ont pour seul objectif que de susciter la création et d'en faire découvrir des exemples. Plus que vous ne semblez le croire on fait créer dans notre système éducatif: dès la maternelle les enfants sont incités à construire des textes d'imagination (à l'oral bien sûr, car, pour l'instant, heureusement, on ne lit pas en maternelle, on s'y prépare à lire et c'est très différent et on s'y prépare justement par des créations) à peindre de façon spontanée et leurs productions sont valorisées. Et bien sûr on joue en maternelle. Plus tard dans leurs scolarité, les jeunes auront l'occasion de participer à des ateliers (de théâtre, d'écriture, de vidéo etc..) où leur créativité sera suscitée et mise en valeur. Mais on dirait que dans votre texte la créativité ne concerne que l'entreprise n'est-ce pas un peu réducteur face à l'immense champ des possibles? Il me semble aussi que vous considérezque l'Ecole est "hors de la vie"? Bien des activités scolaires font référence de façon plus ou moins implicite au monde du travail (des exemples parmi cent possibles, en géographie les références y sont fréquentes, en Histoire il en est de même et nombre de textes étudiés en Français s'y réfèrent aussi), et c'est heureux, mais ce n'est pas, me semble-t-il, le rôle de l'Ecole de présenter l'un après l'autre tous les métiers possibles (quoique cela se fasse au collège de façon plutpot intelligente depuis quelques années). Quand à savoir si on doit parler des métiers à nos enfants, j'aurais tendance à répondre oui, bien sûr, en famille on évoque tous les sujets, celui là comme les autres. D'ailleurs déjà tous petits les enfants parlent "métier " et se projettent dans un travail futur.... J'arrête là mais il y aurait encore tant de choses à débattre. Merci de ces questions.

06/01/2009, 16:27 | Par Stéphane Léger

...

06/01/2009, 16:52 | Par Georges de Furfande

Pour faire suite aux commentaires d'Etoile66 il convient de souligner que le système français, que ce soit le système politique de façon général ou son expression au niveau de l'enseignement, est marqué par la défiance à l'égard de l'initiative individuelle, par la peur du risque et par une organisation qui se veut toujours hiérarchisée. Il y a un dogmatisme fondé sur la volonté de maintien de concepts, tels que la "subordination" , qui sont considérées comme nécessairement associées au travail. La gauche est attachée à cette conception, qui est l'héritage de la lutte des classes, la droite aussi, car elle est synonyme d'ordre et d'autorité. Il en résulte des attitudes contradictoires et incohérentes : l'emploi est synonyme de dignité, mais pas le travail, qui est subi. La dépendance qui est dénoncée, mais acceptée car elle est vue comme une protection contre le risque de l'indépendance. L'amour du travail , avec le travail bien fait, le "chef d'oeuvre" démontrant la maitrise du métier, a disparu : oublié, cet aspect symbolique du nom des écoles des "Arts et métiers", avec la grandeur des "Métiers" mis au niveau des "Arts". Il est certain que le passage à une production de "produits jetables" caractérisant la société de consommation, à des produits alimentaires industriels accompagnés d'une perte du goût et d'une recherche de l'insipide ne peut que contribuer à transformer le "travail" en une corvée. Par ailleurs il est évident que les fusions acquisitions comme les restructurations ont rompu la fidélité entre l'entreprise et son personnel, y compris, sinon à commencer, par les cadres même supérieurs. A partir de ce moment, la seule préoccupation est la rémunération. Adieu l'éthique, adieu la conscience professionnelle.

06/01/2009, 16:59 | Par Thierry T. d'Ouville en réponse au commentaire de Georges de Furfande le 06/01/2009 à 16:52

Au niveau individuel, l'oeuvre a disparu, seul subsiste le travail (labour) comme gagne-pain, moyen de subsistance. Au niveau collectif c'est la pluralité de l'action, et avec elle le politique, qui a disparu.Règne seul le processus vital ....d'accumulation infinie...et de destruction infinie...

06/01/2009, 17:09 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Georges de Furfande le 06/01/2009 à 16:52

@ Georges: Absolument. Vous avez si bien formulé les réalités : Il y a un dogmatisme fondé sur la volonté de maintien de concepts, tels que la "subordination" , qui sont considérées comme nécessairement associées au travail. . La gauche est attachée à cette conception, qui est l'héritage de la lutte des classes, la droite aussi, car elle est synonyme d'ordre et d'autorité. . Il en résulte des attitudes contradictoires et incohérentes : . l'emploi est synonyme de dignité, mais pas le travail, qui est subi. . La dépendance qui est dénoncée, mais acceptée car elle est vue comme une protection contre le risque de l'indépendance. . Excellente analyse... j'attends les commentaires avec intérêt...

06/01/2009, 17:48 | Par Stéphane Léger

Il faudrait aussi voir la nature et la qualité du travail qui est demandé actuellement dans les grandes entreprises par exemple. On ne nous demande pas de créer, de réaliser, de faire oeuvre, ça c'est le discours du marketing manageriale, mais dans la réalité des faits, il faut faire vite et moins cher. A côté de cela les services DRH développent ce que j'appelle du marketing ressources humaines, avec des magazines par exemple où l'on peut trouver des entretiens (avec le salarié du mois par exemple) et dont les questions mélangeant vie professionnelle et vie privée sont calquées sur celles que l'on pose dans les magazines poeple et les réponses (réécrites) y sont similaires aussi, donc stéréotypées et produisent alors du flux sémiologique conçu comme des modes d'emploi type non pas de ce qu'il faut être, mais de l'image que l'on doit avoir et "performer".
Le sens du mot "création" en entreprise ?

06/01/2009, 19:45 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Stéphane Léger le 06/01/2009 à 17:48

Personne n'est obligé d'être "serviteur", mais comment faire autrement quand on y a été "conditionné" depuis l'enfance? Personne n'est obligé de suivre les "modes" inventées par les DRH. Mais que faire d'autre quand on n'a pas été formé à CREER ? Quant on a été formé à "servir"...

07/01/2009, 10:50 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Etoile66 le 06/01/2009 à 19:45

Je repose donc la question. Que donnez-vous comme sens au mot "création" quand de toute façon en entreprise, pour une grande partie, le travail est conditioné dans une logique utilitaire et productive.
Pour ma part, l'entreprise ne pourra jamais être le lieu de la création ou du bonheur à moins de revoir complètement l'ensemble de la société et donc d'évacuer l'existence même du "corporate". Tenter d'apporter le bonheur et la création dans le travail en entreprise à l'heure actuel ne peut se faire que de manière juridique, contractuelle au profit non pas de soi et du politique mais de l'entité corporate. Pour ma part c'est un point que je refuse. Je refuse de désacraliser ces notions dans un processus utilitaire et producteur de valeurs boursières.
Comme on a dit, "truth lies beyond". Ma capacité créative et ma propension au bonheur, je les vis ailleurs.
Parce que j'ai fais, en travaillant en entreprise, un choix pragmatique temporaire en contradiction avec mon éthique, j'ai choisis, pour contrer la pression, de fonctionner selon un processus "virologique benin" plutôt que d'adopter une position cynique et martiale, comme beaucoup, mais qui au bout du compte nuit aux autres. Je n'y cherche pas pour autant le bonheur et la créativité. C'est autre chose.

07/01/2009, 11:23 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Stéphane Léger le 07/01/2009 à 10:50

Stéphane, . Quand je parle CREATION, je parle création de son emploi. Et non pas soumission à un employeur. . Il y a beaucoup de personnes qui auraient pu créer leur entreprise et auraient été bien plus heureux, mais on ne les y a jamais encouragés. Je sais bien qu'il y en a d'autres qui refuseront toujours de prendre des responsabilités, je l'ai souvent vécu en entreprise. . Mais je souhaiterais que l'Education Nationale présente la création d'entreprise comme une richesse et non comme un domaine réservé aux "escrocs en puissance". Car il y a beaucoup de TPE et PME qui ont une grande éthique et qui n'ont rien à voir avec les gens des grandes entreprises. La vision du "travail" comme un "mal nécessaire" fait partie des valeurs transmises par la majorité des enseignants. Ne me dites surtout pas que je n'y connais rien, j'ai été enseignante, mon frère est proviseur et une grande partie de ma famille et de ses amis est dans l'Education Nationale... . Quand je parle CREATION, je parle aussi de la Recherche, de l'Art sous toutes ses formes. Le système des "intermittents du spectacle" typiquement français lui aussi est une catastrophe, une exploitation de la richesse créatrice et une mise sous dépendance qui empêche la vraie création. Mais c'est un autre sujet... je vais encore me faire taper dessus, car le sujet des "intermittents du spectacle" est tabou en France, tout comme tout ce qui touche à la sphère juive ou musulmane, ou à l'homosexualité, ou à la colonisation, la torture en Algérie, la collaboration sous l'occupation (c'était toujours "les autres", dans sa famille on ne connaît que des Résistants, etc. etc...) . Pas touche! . Dès que l'on évoque ces sujets, une armée de "bien-pensants" se lèvent, et avancent leurs boucliers... Je l'ai expérimenté sur bien des forums. Il faut penser suivant des normes bien définies, sinon on se fait "descendre" par la pensée unique: http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/301208/la-formation-de-la-pensee-francaise-et-ses-consequences

07/01/2009, 12:14 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Etoile66 le 07/01/2009 à 11:23

Je comprends mieux.
Jusqu'à présent j'avais travaillé en free-lance... à défaut de trouver ce que que je désirais sur le marché du travail. Je n'ai pas été "formé" à cela, je pense que c'est mon caractère indépendant qui m'y a poussé. Lorsque j'étais free-lance, j'ai créée des méthodologies de travail avec mes clients qui nous ont permis de travailler, malgré les fortes contraintes imposées, dans la bonne humeur et nous avons réussi à dépasser de manière significatives les rapports de pouvoir qui peuvent s'instaurer entre client et prestataire. Par contre, impossible d'importer ces méthodologhies là où je suis en grande entreprise. J'ai tenté mais il y a vraiment un habitus très fort à débloquer et des conditions matérielles trop grandes à contourner. Donc je vous rejoins sur le fait que les formes PME et TPE sont plus propices au terrain de l'humanité dans le travail.
Donc, je dirais et je maintiens qu'il y a un travail de fond à faire sur le type de société à construire pour pouvoir repenser le travail. Regarder du côté des PME et TPE peut être un bon exemple effectivement. Mais j'ai plutôt l'impression que c'est le modèle de la grande entreprise qui prévaut et dont la réalité tend à s'étendre de plus en plus en avalant les PME soit par rachat, soit en les vampirisant sous forme de prestataires des grandes entreprises. Ce qui donne une "corporatisation" du travail même dans les petites structures. Voir par exmple les petits commerces qui calquent leur fonctionnement sur les grandes chaînes.
Pas de soucis sur vos manières Etoile66... je connais assez bien "l'esprit germanique" pour ne pas m'en offusquer ! (ça c'est pour vous faire rire de colère sur l'aspect stéréotype !! ;-))

07/01/2009, 12:25 | Par Dominique Wittorski en réponse au commentaire de Etoile66 le 07/01/2009 à 11:23

Le système des "intermittents du spectacle" typiquement français lui aussi est une catastrophe, une exploitation de la richesse créatrice et une mise sous dépendance qui empêche la vraie création.
le sujet des "intermittents du spectacle" est tabou en France, tout comme tout ce qui touche à la sphère juive ou musulmane, ou à l'homosexualité, ou à la colonisation, la torture en Algérie, la collaboration sous l'occupation

Une perle par jour, c'est un minimum. C'est pas une étoile, c'est une huître.

07/01/2009, 13:42 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Dominique Wittorski le 07/01/2009 à 12:25

Et vos arguments ? Puisque vous semblez faire partie de la "classe"...

07/01/2009, 13:59 | Par Dominique Wittorski en réponse au commentaire de Etoile66 le 07/01/2009 à 13:42

Désolé d'avoir à vous recadrer une fois encore, mais mes "arguments" s'étalent déjà beaucoup sur mon blog et sur mon site. Par contre votre affirmation péremptoire n'est adjointe d'aucun argumentaire, d'aucune expérience, d'aucune étude, d'aucun détail. Elle s'agglomère à ce qu'il convient de décrire comme un point goldwin. Une fois de plus vous êtes péremptoire, et stigmatisante. Je vous laisse l'honneur de présenter des arguments... Et d'aller lire les miens.

07/01/2009, 14:10 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Dominique Wittorski le 07/01/2009 à 13:59

Désolée, je suis ici sur le fil de Françoise et non sur votre blog ou site que je ne connais pas ;-(

07/01/2009, 14:19 | Par Dominique Wittorski en réponse au commentaire de Etoile66 le 07/01/2009 à 14:10

Votre courage de recherche, votre ouverture d'esprit et votre infatigable curiosité s'arrête donc à la faculté de cliquer sur mon nom en bleu, pour arriver sur mon blog ?

07/01/2009, 14:31 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Dominique Wittorski le 07/01/2009 à 14:19

Ah ! je sens que ça chauffe !

07/01/2009, 15:29 | Par .. en réponse au commentaire de Stéphane Léger le 07/01/2009 à 14:31

Merci Dominique W. Ave Vent cru !

06/01/2009, 17:55 | Par Francoise Mesnard

Ethique et conscience professionnelle , Georges a cité les deux valeurs les plus importantes pour les salariés que je vois en visite médicale Lorsque ces valeurs sont bafouées , les salariés sont placés dans des situations intenables . J'ai récemment vu un jeune salarié de 24 ans qui avait démissionné d'un banque parce qu'il ne supportait pas la facon dont on leur demandait "d'arnaquer " les clients coute que coute , certains employés allant meme jusqu'à antidater les papiers .. il m'a expliqué que sa vision du travail de conseiller était était au contraire de de proposer les meilleurs produits en fonction de la situation du client Je trouve au contraire extremement novateur d'affirmer le "droit d'être heureux au travail " , et de proner la cogestion ou l'initiative individuelle .

06/01/2009, 18:08 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Francoise Mesnard le 06/01/2009 à 17:55

Si l'être humain perd le sens de ce qu'il fait, il ne tarde pas à somatiser, non ?

06/01/2009, 19:57 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Francoise Mesnard le 06/01/2009 à 17:55

Françoise, vous touchez là le fond du vrai problème: Ethique et conscience professionnelle . Et bravo à cet employé qui a démissionné car il n'acceptait pas les méthodes employées. Mais combien d'employés ont le courage de le faire ??? On se plie et accepte l'inacceptable. . Mais je me souviens combien les amis français se moquaient de moi lorsque je leur disais que nous avions des cours d'éthique en Allemagne, dès le collège et plus tard en post-bac. Et dans l'Ecole de commerce que je co-dirigeais, nous avions 2 h de cours par semaine de "Business Ethics" et nous enseignions à nos étudiants que les valeurs au travail c'était comme un boomerang, celui qui maintenait son éthique trouverait toujours la récompense de son action, et celui qui la bafouerait, son anti-éthique lui reviendrait sur le coin de la figure. . Les Français se moquaient, et me disaient que dans les affaires, il n'y avait pas d'éthique. Des gens qui travaillaient un peu à tous les niveaux. . Ce que vous écrivez, je le trouve donc très intéressant. . Mais ne faudrait-il pas enseigner l'éthique à l'école, dès le plus jeune âge ? . J'ai l'impression qu'en France, la "pensée unique" ambiante s'en moque pas mal et considère comme des "imbéciles" ceux qui pensent ainsi. . Voici l'emploi du temps d'enfants en 9ème et 10ème classe (ce qui correspond à la 3ème et Seconde): . ae0a2865c57b674499d330c18f7ba9b7.jpg . Votre avis sur l'Education m'intéresse, car il n'y a pas d'adultes ayant une éthique s'ils ne l'ont pas apprise ni expérimentée à l'Ecole.

06/01/2009, 21:54 | Par Francoise Mesnard en réponse au commentaire de Etoile66 le 06/01/2009 à 19:57

je crois qu'il est grand temps de reparler d'éthique; Je ne savais pas que cela était enseigné en Allemagne. Je sais que les allemands ont une pratique de la cogestion dans les entreprises et pratiquent la démocratie participative depuis de nombreuses années

06/01/2009, 23:46 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de Etoile66 le 06/01/2009 à 19:57

doublon. Entschuldigung. Olivier

06/01/2009, 23:45 | Par Oliv92 en réponse au commentaire de Etoile66 le 06/01/2009 à 19:57

Et voilà, c'est reparti... tous les français sont des fainéants et des truands, tous les allemands sont vertueux et courageux. Avec ça, on est bien avancé. Évidemment il faut de l'éthique ma pauvre Etoile, mais vous n'avez pas compris que les Elites francaises comme allemandes sont les premières à truander? Les Paradis fiscaux, le Lichtenstein, c'est utile à qui? Olivier

06/01/2009, 23:55 | Par Dominique Wittorski en réponse au commentaire de Oliv92 le 06/01/2009 à 23:45

Eh bien, cher Oliv92, je suppose que vous n'avez pas oublié qu'Helmut Kohl a payé 150.000 € pour échapper à un procès ? Parce qu'il était plus qu'éthique, je suppose.

07/01/2009, 13:48 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Dominique Wittorski le 06/01/2009 à 23:55

Cher Olivier qui me suit à la trace pour me contredire, mais que j'apprécie :-) Vous avez des bribes d'information et en tirez des conclusions hâtives. Dommage. Vous oubliez de mentionner que c'est justement l'affaire Leuna qui a fait chuter Helmut Kohl, justement à cause de l'éthique du pays. Angela Merkel soutenu par l'ensemble du pays a déclaré qu'elle ne pouvait le soutenir et ce fut son départ. Informez-vous ! . Pour vous "aider", voici les évènements: http://de.wikipedia.org/wiki/Angela_Merkel#CDU-Spendenaff.C3.A4re_.281999.29 . Im November 1999 gelangte die CDU-Spendenaffäre in die Medien. Nach einem Interview Helmut Kohls im ZDF am 16. Dezember 1999 war öffentlich, dass der Ex-Kanzler und amtierende CDU-Ehrenvorsitzende während seiner Kanzlerschaft am Parteispendengesetz vorbei Millionenbeträge entgegengenommen hatte. Kohl weigerte sich, den oder die Geldgeber zu nennen und verwies auf sein „Ehrenwort“. Generalsekretärin Merkel veröffentlichte am 22. Dezember 1999 einen Gastbeitrag in der FAZ, in der sie Helmut Kohls Haltung kritisierte und die Partei zur Abnabelung aufforderte: . „Die Partei muss also laufen lernen, muss sich zutrauen, in Zukunft auch ohne ihr altes Schlachtross, wie Helmut Kohl sich oft selbst gerne genannt hat, den Kampf mit dem politischen Gegner aufzunehmen. Sie muss sich wie jemand in der Pubertät von zu Hause lösen, eigene Wege gehen.“ . Am 18. Januar 2000 wurde Helmut Kohl vom CDU-Präsidium und Bundesvorstand aufgefordert, seinen Ehrenvorsitz bis zur Nennung der Spender ruhen zu lassen. Kohl reagierte mit seinem Rücktritt vom Ehrenvorsitz . Kohl a donc dû être obligé de quitter son poste à la CDU... et a démissionné. . Alors qu'en France on voit des repris de justice réélus, sans aucune difficulté. D'autres à qui on fait les honneurs du soir de Noel sur France2... . C'est l'éthique "élastique"...

07/01/2009, 15:27 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Etoile66 le 06/01/2009 à 19:57

"car il n'y a pas d'adultes ayant une éthique s'ils ne l'ont pas apprise ni expérimentée à l'Ecole."
Je ne serais pas aussi généraliste que vous à ce propos. On peut se construire une éthique à propos du travail sans avoir eu de cours d'éthique appliquée pour cela, c'est mon cas et le cas de beaucoup de gens que je connais. Je dirais que cela peut aussi être une question d'éthique plus générale de la vie. On peut se construire une éthique par l'expérience, une confrontation à des lectures philosophiques, romanesques, etc.

07/01/2009, 18:38 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Stéphane Léger le 07/01/2009 à 15:27

Cher Stéphane, Je n'ai pas juste parlé de "cours d'éthique" mais de l'éthique dans la pratique depuis la maternelle... . "Si tout le monde faisait ce que je vais faire, comment serait le monde ?" . C'est ce qui sous-tend l'éducation à partir de la philosophie de Kant... . Et je ne pense pas que la masse de la population d'un pays puisse se construire par une une confrontation à des lectures philosophiques, romanesques. Ce que vous décrivez là, c'est le propre d'une petite couche sociale qui lit et qui est éduquée. . Je parlais de l'Education nationale, et non pas de ceux qui lisent des romans et des livres de philosophie. La majorité des habitants d'un pays ne le fait pas. Et ils ont pourtant le droit d'avoir une éducation qui inclut l'éthique dans sa pratique quotidienne. . C'était ma question

08/01/2009, 14:37 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Etoile66 le 07/01/2009 à 18:38

Comme il y a des gens qui lisent de la philosophie, des romans et ont du mal avec l'éthique.
Ce que je voulais dire c'est que je ne pense pas que cela soit si simple. Une éthique sans outils critiques de la pensée pour moi cela revient à faire de l'éthique une pure praxis qui peut se transformer une forme de modélisation fermée de la pensée au même titre que la religion ou l'éducation civique par exemple peuvent devenir des ordres idéologiques ou des formes de politesse sans contenu. N'oublions pas qu'à la base l'éthique est la partie pratique de la philosophie.
"Et je ne pense pas que la masse de la population d'un pays puisse se construire par une une confrontation à des lectures philosophiques, romanesques. Ce que vous décrivez là, c'est le propre d'une petite couche sociale qui lit et qui est éduquée." Le but de l'éducation étant d'éduquer donc.
"Je parlais de l'Education nationale, et non pas de ceux qui lisent des romans et des livres de philosophie. La majorité des habitants d'un pays ne le fait pas. Et ils ont pourtant le droit d'avoir une éducation qui inclut l'éthique dans sa pratique quotidienne." Le but de l'éducation étant d'éduquer (j'y reviens donc) peut être qu'une rencontre entre la pratique et la philosophie, du moins une approche de la pensée critique, devrait être un chemin à suivre dans l'éducation. A mon sens, toute forme de cursus scolaire (celles dites intellectuelles et celles dites appliquées, déjà ces distinctions sont bidons à mon sens) devrait introduire aussi la philosophie et sa forme pratique. De toute façon j'ai du mal à penser l'éthique sans la philosophie.

09/01/2009, 07:05 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Stéphane Léger le 08/01/2009 à 14:37

OK, je suis d'accord avec vous. Mais si vous regardez la partie de la population qui fait vraiment de la philosophie, elle est INFIME... Enseigner quelques règles d'éthique et surtout montrer son influence sur les relations humaines, même si cela ne peut se faire que comme une éducation sur les règles de "politesse" ou plutôt de "respect de l'autre", c'est déjà mieux que de ne rien faire. Cela contribue à une meilleure cohésion sociale. C'est en tout cas ce que je constate en comparant les deux pays où je vis et l'Education à partir de la maternelle.

06/01/2009, 18:26 | Par Epaminondât

J'aimerais rapprocher l'idée d'une femme politique française: "Il faut réhabiliter la valeur "travail"." et le préambule de la Constitution: "Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi".

06/01/2009, 19:44 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Epaminondât le 06/01/2009 à 18:26

Puisque vous parlez politique, au niveau de l'éthique en politique, un candidat à la présidentielle en avait maintes fois parlé, combien n'a-t-il pas été raillé justement à cause de cela qui, selon certains "bien-pensants" n'aurait pas sa place en politique: Promouvoir une économie écologiquement et socialement responsable Social-économie

06/01/2009, 21:50 | Par Francoise Mesnard en réponse au commentaire de Etoile66 le 06/01/2009 à 19:44

Je suis plus novatrice que je le pensais en revendiquant le droit à être heureux au travail !! je ne me souvenais plus de cet exrait de la constitution. Mais à l'époque , on sortait du quasi exclavage. Je suis certainement pragmatique mais j'ai observé que toutes les propositions d'une société sans travail (D Méda) ont fait long feu car la réalité est tetue ; alors inversons la proposition et soyons heureux au travail .: Développons nos capacités créatrices, réalisons des oeuvres collectives, paticipons à la gestion, pour une économie qui retrouve son sens premier ,celui de produire pour satisfaire les besoins et cessons de faire fructifier l'argent pour l'argent dont Aristote disait que c'est une perversion

06/01/2009, 22:33 | Par Ivan Villa

Ecolos de l'espoir dans créativité précaire avec « Cigales et fouRMIs » ou le refus et la difficulté de se soumettre aux critères imposés par une société libérale qui classe les jeunes fouRMIstes aujourd'hui parmi les inutiles ou les improductifs. …

07/01/2009, 07:53 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Ivan Villa le 06/01/2009 à 22:33

M'sieur, c'est quoi une société libérale ? Ce serait quoi une société pas libérale ?

06/01/2009, 22:55 | Par Dominique Wittorski

C'est marrant, parce que, moi, le mot "travail", ça me renvoie à tripalium, bien sûr, comme Stéphane l'a mentionné, mais aussi à Travail Famille Patrie et aussi Arbeit macht frei. C'est certainement un tropisme, mâtiné de mauvaises intentions, lié au fait que quand je "travaille" tout le monde considère que je "m'amuse" (suis de cette engeance d'intermittents). Que le salaire est donc très superflu. D'ailleurs mon "travail" n'en est pas un : Quand je vais en prison, on ne dit pas que j'y "travaille" on dit que j'y "passe"... et que cela ne vaut guère pour une expérience. Travailler c'est donc souffrir. Et faire souffrir. "Travailler plus pour gagner plus" c'est donc une affaire de purgatoire. "Travailler mieux pour gagner mieux" c'est une affaire de lutte des classes. "Travailler moins pour vivre mieux" c'est même pas la solution, puisque que quand je travaille, je ne travaille pas !

07/01/2009, 07:57 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Dominique Wittorski le 06/01/2009 à 22:55

"les rois de la mine et du rail/ Ont-ils jamais fait autre chose/ Que dévaliser le ...(hum !) / C'est la lutteu finaaaleu...

07/01/2009, 08:41 | Par Francoise Mesnard

Et pourquoi les salariés ne connaitraient pas ce bonheur de "travailler sans travailler" ? de libérer leurs forces créatrices, de contribuer à une oeuvre collective ? pourquoi cette vision réductrice du travail ? vision propre à ceux qui veulent pousser les cadences et choisir le meilleur ... chaque travail demande sa part d'intelligence, d'adaptation, de créativité .. de toute façon, c'est vital pour chaque etre humain

07/01/2009, 09:25 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Francoise Mesnard le 07/01/2009 à 08:41

Vous avez raison, mais ce devrait être l'objet de l'Education de tout le pays depuis la maternelle... Or ce n'est pas le cas. On éduque à "respecter l'autorité". Je pourrais en écrire des fils entiers d'exemples pratiques issus de l'Education nationale.

07/01/2009, 09:26 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Francoise Mesnard le 07/01/2009 à 08:41

Ici Thierry Ternisien répondra (à juste titre) que le productivisme, en poussant la division du travail au-delà du raisonnable, a déshumanisé le travail et qu'il est temps de corriger cela. A quoi j'ajouterai qu'il faut moins de productivisme mais plus de productivité (ce qui nous ramènera tôt ou tard à nous occuper de la manière la plus pertinente possible des chaussettes trouées d'Etoile66, qui ne peuvent rester en souffrance trop longtemps). Qui veut faire un billet là-dessus ?

07/01/2009, 10:50 | Par Vincent Verschoore

Dans cette discussion, il serait intéressant de mettre en rapport les perceptions (sur la question du travail) avec les conditions de travail des intervenants, car je ne serais pas surpris qu'il y ait une corrélation entre la perception et le statut que l'on occupe (public, privé, bas, milieu ou haut de l'échelle...). Mais il faudrait un échantillon plus large que les quelques personnes qui commentent ici. Stéphane Léger posait la question du nuancier entre travail et loisir. Je pense qu'une position intermédiaire existe, de manière plutôt abondante en France: les 8 millions de bénévoles, qui "travaillent" sans rémunération, par choix, à temps partiel, dans le milieu associatif. Ils créent de la valeur, notamment sociale, même si cette valeur n'est pas directement quantifiable économiquement parlant. Travaillent-ils? Peut-on envisager une société dans laquelle chacun passe une partie de son temps à créer de la valeur marchande (il faut bien labourer les champs, construire les maisons, fabriquer le matériel et les biens de consommation,etc...) avec une productivité élevée (donc très automatisée pour ce qui est de la production pure et dure) suffisante pour garantir ainsi à chacun un revenu "matériel" correct, et passe une autre partie de son temps à créer (et donc également à bénéficier) de la valeur sociale et personnelle notamment via le tissu associatif, ces deux activités considérées comme du Travail? Si par exemple la majorité des enseignants n'étaient plus des enseignants à 100%, mais des "productifs" à 50% et des enseignants à 50%, et en même temps de nombreux travailleurs en entreprises, qu'ils soient ouvriers ou cadres, n'y travaillaient qu'à 50% et mettaient leur savoir-faire au service de l'éducation et de la formation, n'aurions nous pas déjà fait un grand pas vers une réhumanisation du Travail?

07/01/2009, 11:21 | Par Thierry T. d'Ouville

Débattre du travail n'est pas possible sans poser des distinctions et des liens. C'est ce qu'a fait Arendt dans Condition de l'homme moderne en donnant une vision à la fois historique et transhistorique de la vita activa (vie active). Elle y distingue trois modalités. Le travail qui a pour seul objet la survie de l'individu et de l'espèce et qui apparente l'homme à l'animal laborans. L'oeuvre qui a pour objet de construire le monde dans lequel l'homme vit et fait de lui l'homo faber, le créateur, le constructeur. Autant le travail s'épuise dans la consommation autant l'oeuvre laisse une trace plus durable que l'individu. L'action, enfin, par laquelle l'homme se révèle aux autres au sein du monde qu'il contribue à construire. En trois chapitres Arendt détaille ces trois modalités, les distingue et les relie. Elle termine son livre par une vision de ce que la vita activa est devue avec l'époque moderne. Elle note le renversement de hiérarchie qui s'est produit avec le développement de sociétés de travailleurs, qu'elle oppose aux sociétés de producteurs qui les ont précédées. Le mot oeuvre (work) existe toujours mais c'est le terme travail (labor) qui a pris le dessus. Toute activité est devenue un gagne-pain qui, par le processus de la marchandisation généralisée et la consommation), a perdu progressivement toute capacité de créer quelque chose de durable, d'habitable, pour entrainer les individus dans le processus infini de la vie. Difficile en quelques mots de traduire toutes les perspectives ouvertes par Arendt. Pour ceux qui le souhaitent je peux envoyer en pdf les deux chapitres, sans les notes, sur le travail et sur l'oeuvre. Je prépare un article court pour mon blogue mais cela demande pas mal de travail.

07/01/2009, 11:29 | Par Etoile66 en réponse au commentaire de Thierry T. d'Ouville le 07/01/2009 à 11:21

Hannah Ahrendt a fait une longue analyse du "travail", de "l'oeuvre" et de "l'action". Elle se place pour son analyse dans une sphère socio-économique qu'il convient cependant aussi de prendre en compte dans son analyse. . Comme je l'écrivais plus haut: "Cette critique de la société de consommation et cette invitation à l'auto-limitation du travail préfigure l'écologie politique et les notions de simplicité volontaire (que je partage) et de décroissance (que je ne partage pas)." . Votre avis ?

07/01/2009, 12:48 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Thierry T. d'Ouville le 07/01/2009 à 11:21

"Toute activité est devenue un gagne-pain qui, par le processus de la marchandisation généralisée et la consommation), a perdu progressivement toute capacité de créer quelque chose de durable, d'habitable, pour entrainer les individus dans le processus infini de la vie." Je suis tout à fait d'accord avec vous Thierry et votre remarque sur les mots "work" et "labor" est significative. C'est ce que j'appelle aussi la "corporatisation" de la vie.
Tout cela et votre précédente remarque qui disait que "règne seul le processus vital", me fait penser à la vie nue, au biopolitique, à la vie réduite à son caractère biologique et au pouvoir du souverain sur cette vie. "Tout comportement et toute forme du vivre humain ne sont jamais prescrits par une vocation biologique spécifique, ni assignés par une nécessité quelconque, mais bien qu’habituels, répétés et socialement obligatoires, ils conservent toujours le caractère d’une possibilité, autrement dit, ils mettent toujours en jeu le vivre même. C’est pourquoi, en tant qu’il est un être de puissance, qui peut faire et ne pas faire, réussir ou échouer, se perdre ou se retrouver, l’homme est le seul être dans la vie duquel il en va toujours du bonheur, le seul être dont la vie est irrémédiablement et douloureusement assignée au bonheur. Mais cela constitue d’emblée la forme-de-vie comme vie politique. ("Civitatem... communitatem esse institutam propter vivere et bene vivere hominum in ea", Marsile, Def. Pacis, V, 2)." "Forme-de-vie", par Giorgio Agamben, revue Multitudes, 1993.

07/01/2009, 17:15 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Thierry T. d'Ouville le 07/01/2009 à 11:21

à Thierry Ternisien . "cela demande pas mal de travail" . Cela demande pas mal d'oeuvre et d'action, dont nous vous remercions par avance. . Nous sommes tous pour le dépassement du travail au sens d'Arendt, cela passe, sans concession au productivisme, par d'énormes gains de productivité (si je puis me permettre cette innocente provocation). .

07/01/2009, 16:57 | Par Francoise Mesnard

pour continuer à mettre en perspective la réflexion et la réalité .. je témoigne que ceux qui affirment pouvoir séparer la sphère professionnelle de la sphère privée sont dans l'illusion la plus totale car on y met toujours quelque chose de soi et d'intime dans le travail même le plus rébarbatif . C'est d'ailleurs une posture extrémement périlleuse car le salarié reste dans le non dit et j'ai vu des salariés s'enfoncer dans la maladie sans pouvoir exprimer un mot de leur souffrance au travail que je pressentais par ailleurs Stéphane a fait une remarque fort juste .. le système grande entreprise est extremement déstructeur pour l'individu et le systeme TPE/PME beaucoup plus humaniste... dans mon service de santé au travail , mes confrères qui s'occupent des grandes entreprises (1000 à 2000 salariés ) sont confrontés à beaucoup plus de problèmes de souffrance au travail que moi qui m'occupe de PME/TPE . Pour reprendre l'analyse de Thierry, si nous renversons les choses en partant de l'individu et de la nécessité de lié travail /créativité/action, n'y a t il pas un modèle à construire ? n'est ce pas un vrai modèle alternatif au capitalisme ou le travail est devenu instrument au lieu d'etre une finalité ?

08/01/2009, 14:41 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Francoise Mesnard le 07/01/2009 à 16:57

"Pour reprendre l'analyse de Thierry, si nous renversons les choses en partant de l'individu et de la nécessité de lié travail /créativité/action, n'y a t il pas un modèle à construire ?"
Votre conclusion rejoint ce qui me faisait douter au départ de votre billet. A mon sens, penser le travail c'est avant tout penser un forme de vie de l'être comme subjectivité dans un être-ensemble (le politique), il faut donc changer l'axe centrale, car continuer à penser le travail en soi c'est le persuader dans son abstraction au risque de l'être et dans sa réalité inhumaine.
"n'est ce pas un vrai modèle alternatif au capitalisme ou le travail est devenu instrument au lieu d'etre une finalité ?" Là je ne vous suis plus. Le travail une finalité ? C'est encore le séparer de l'être et de la vie, non ? Plutôt que parler d'instrument ou de finalité, ne pourrions-nous pas reprendre la formule théorique d'Agamben qui me parait plus juste pour penser le travail. Le travail (plus proche du "work" que du "labor") comme une des FORMES possibles de la vie ? ce qui rejoint cette idée que la forme ne peut être séparée de la vie, qu'effectivement séparer totalement professionnel et privé dans le sens de ce que dit Agamben où la vie et sa forme ne peuvent être séparées au risque de rendre la vie nue aux mains de n'importe quel pouvoir me parrait une formule plus proche de ce qui semble se tramer ici.

09/01/2009, 11:46 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de Stéphane Léger le 08/01/2009 à 14:41

Cher Stéphane, Cette distinction entre "work" et "labour" me semble essentielle et il faudrait définir leurs équivalent en français, ca simplifierai la discussion. Certes "labeur" existe, mais c'est pas très sexy! Le "labour" implique par définition une distinction entre sphère privée et sphère professionnelle, vue que cette forme est contractuelle, on se "loue" à son employeur, qui décide des tâches que l'on va mener. Le "work" rend cette distinction très floue car d'une part il intègre une identification de la personne à son travail (je suis boucher, je suis fermier, etc..) et surtout son existence n'est pas dépendante d'un contrat de subordination avec autrui. Pour moi c'est la notion de subordination qui pose problème, car c'est un mode de fonctionnement parfaitement contre-nature, hérité de la révolution industrielle qui avait besoin de main d'oeuvre, peu importe sa qualification. Certes les "itinérants" qui louent leurs bras à qui veut bien les payer ont toujours existé, mais ils ont toujours été une variable d'ajustement dans un système ou le "work" était prédominant. Aujourd'hui, cette variable d'ajustement (et donc la subordination contractuelle) est devenue le mode de fonctionnement principal du système.

09/01/2009, 22:12 | Par Stéphane Léger en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 09/01/2009 à 11:46

Merci pour cette précision Vincent. J'avais repris cette nuance qu'avait introduit Thierry Ternissien dans son commentaire plus haut sans la préciser car il me semblait qu'il en avait donné une brève définition pour chaque terme. Pour "labor", il fait référence à la racine latine que je mentionnais aussi plus haut en référence au mot italien "lavoro".
Vous avez raison de synthétiser, car si on doit refaire tout le file, on risque de s'y perdre...

07/01/2009, 17:28 | Par Epaminondât

Il me semble que tout travailleur (indépendant ou salarié) poursuit potentiellement une double finalité: gagner sa vie (et par extension celle de sa famille) sans l'abimer ou la perdre, et se rendre utile aux autres à travers une réalisation personnelle. S'il n'atteint pas ce double but il est malheureux, et si son malheur est trop dur et trop long, il déprime, tombe malade, voire se tue.

07/01/2009, 17:45 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de Epaminondât le 07/01/2009 à 17:28

Je dirais, cher Melchior, que là se situe très précisément la vrai lutte des classes d'aujourd'hui, entre ceux qui bossent par nécessité, et ceux qui bossent par intérêt.

09/01/2009, 06:33 | Par Marielle Billy

Après avoir tout lu, je me dis aussi, modestement, que le travail, la manière de le vivre, dépend aussi beaucoup du type de société où il s'inscrit : * si mon travail et son salaire doivent couvrir tous mes besoins, je me trouve en bataille constante, en souci, pour tout assurer seul : sorte de guerre intériorisée, "je me bats pour m'en sortir" et je me bats seul. * si une part de mes besoins est assurée par la collectivité, mon lien au travail s'en trouve allégé, mon lien aux autres est valorisé. Je me trouve producteur de beaucoup plus que pour moi seul. * mais là se pose la question de la responsabilité, de ma conscience de satisfaire mes besoins de 2 façons : individuelle et collective. Doit donc se développer par le travail politique, cette conscience que je reçois et que je donne, que je reçois car je donne, que le sens que je confère à mon action s'arrime au sens qui se construit au-delà de moi, avec moi et en dehors de moi, au sens que prend peu à peu la société. Mais aussi nécessité à mes yeux, de prendre en compte que tout est potentiellement conflictuel, donc nécessité de travailler le lien social, sa conflictualité, sa capacité de reprendre ça pour en faire un moyen d'avancer et non de le rabattre sur le seul terrain de la crainte, de l'âpreté du conflit. Ce qui rejoint aussi l'éthique : tenir ensemble le souci de soi et celui des autres, de ce qu'on fait ensemble, du conflit producteur d'idées nouvelles, de son dépassement permanent. On sent bien alors que la voie, s'il en existe une, se situe dans une imagination politique et économique qui dépasse le lien duel production / consommation, pris dans un sens ou dans l'autre (cf : une des interventions de G de Furlande) et qui vient y glisser le "pour quoi faire", peut être avec cette idée de redéfinir le PIB par exemple .... Il me semble que ces grandes réunions qui s'ouvrent sur "la moralisation" du capitalisme (et on voit le souci obsessionnel à dire haut et fort, qu'il s'agit bien de "capitalisme"), pourraient être l'occasion pour des partis politiques soucieux du changement, de faire entendre des idées bousculantes, sous peine de se faire une fois de plus voler le débat, ou d'être à la traîne, comme des pense-petit.

10/01/2009, 09:43 | Par Francoise Mesnard

c'est tout à fait cela ... une crise est aussi le moment propice pour faire autrement La centralité du travail pour une majorité d'entre nous est une réalité qu' on le veuille ou non. A partir de ce constat, comment redéfinit on le travail ? comme le dit Melchior, c'est tout à la fois gagner sa vie, se rendre utile à travers une réalisation collective, se réaliser à travers la mise en oeuvre de son intelligence et de sa créativité dans cette oeuvre , exister par le regard des autres Donc a partir de cette finalité, comment redéfinit on l'organisation de notre société car évidemment cela implique la fin du productivisme et de l'exploitation, cela implique une gestion participative, cela implique une formation continue, cela implique la possibilité de changer dans la sécurité, cela implique de mettre les conditions de travail et l'organisation du travail au premier plan bref cela aboutit à un véritable renversement des valeurs mais n'est ce pas de cette facon que l'on construit un projet politique alternatif ?

10/01/2009, 16:37 | Par Stéphane Léger

"La centralité du travail pour une majorité d'entre nous est une réalité qu' on le veuille ou non." Très bonne nuance le fait de parler de "centralité" plutôt que de "centre". Il n'y a pas de centre mais peut être un processus avec des nœuds, un rhizome, c'est-à-dire un réseau de flux, de circulation de singularités dans une multitude où il n'y a plus d'objet produit, propriété du privé ou du public, mais, dans la circulation des savoirs, l'immatérialité du travail, une nouvelle valeur, l'immanence de la production du "commun" des subjectivités qui appartient à tous.
En tant qu'élue chère Françoise, j'apporte à votre connaissance un texte paru dans la revue Multitudes (mais peut être connaissez-vous déjà ce travail et cette pensée) qui peut éclairer ce dont il est question ici, et surtout aborde la question du politique comme tente aussi de le faire Thierry Ternissien dans son approche avec Hannah Arendt : http://xwords.fr/blog/axis2/46#more-46
Un renvoi sur cette question politique me semblerait plus que nécessaire.
Je souligne aussi que les formules "travailler mieux pour gagner mieux" ou "le droit à être heureux au travail", me semblent toujours problématiques. Sans vouloir vous vexer, ils ressemblent à mon sens à des produits éditoriaux qui voudraient nous livrer quelques recettes. Nous serons d'accord, j'espère, que sur le bonheur, point de recette. "gagner mieux", je ne vois toujours pas ce que cela veut dire. En clair, pour moi le bonheur n'a pas à être la question de LA politique, mais, je dirais l'une des puissances DU politique, de notre être-ensemble. Quant à une certaine finalité du travail (si tant est qu'il y en ait une définissable, si ce n'est à produire ce commun "sans cesse recommencé"), si elle doit en rester à une qualité de la propriété pécuniaire, c'est encore définir la valeur en ces termes d'individus séparés et mis en série dans la chaîne de production des catégories "consommateurs" et "consommation", encore vouloir identifier et calculer notre "bonheur", traduit en "morale des ménages" sur notre capacité à pouvoir consommer. Alors nous ne nous risquons pas dans ce sens vers l'alternatif. Le mot même tente de vouloir déjà complimenter un projet qui n'est pas un projet de LA politique mais notre devenir politique à tous. Il ne suffit pas de prétendre à l'alternatif pour y être. La prétention même échoue à l'effectivité du sens.
Bien cordialement.
Stéphane léger

10/01/2009, 19:02 | Par Francoise Mesnard

Je ne connais pas la revue Multitudes et j'y vais donc de ce pas . Merci

10/01/2009, 19:32 | Par Epaminondât

N'empêche, skikoz ben ! Mais "de quoi est-ce que cela guérit ?" L'autre jour dans un champ près d'ici (c'était l'automne dernier) une jument très sérieuse de ma connaissance tirait la charrue et se laissait aller à des réflexions sur le labour, sa place dans l'existence, comment on pourrait l'améliorer, la quantité et la qualité du fourrage, le temps pour vivre aussi: éduquer les poulains, pratiquer l'équitation, tout ça...). Et perché sur la branche, un oiseau chantait, chantait, pour l'encourager.

11/01/2009, 02:51 | Par Liliane Baie

Je vais essayer d'envisager cette question, que je découvre ce soir, sous un autre angle. Ici, je ne raisonne pas en terme de "travail". Je pense plutôt aux hommes et aux femmes qui travaillent. De tellement de façon différentes. Salariés, indépendants, en bas de l'échelle, chefs d'entreprise, bénévoles, bien rémunérés, fonctionnaires, dans le secteur privé, en période d'emploi, au chômage, jeunes, âgés, hommes, femmes, ayant choisi leur métier, l'ayant subi, etc. Comment généraliser ? Et pourtant je partage la vision de Françoise Mesnard, qui est en accord avec ce que présente le psychiatre et psychanalyste Christophe Dejours : il y a une évolution du rapport des personnes à leur travail. Et cette évolution, pour n'être pas générale, n'en est pas moins répandue. Cette évolution pourrait se décrire dans une sorte de rapport de plus en plus difficile du travailleur avec son travail, et ce, à quelque niveau que ce soit. Les commentaires plus haut évoquent, dans les causes, un déficit de l'enseignement qui ne présenterait pas bien le travail. Je ne pense pas que ce soit l'essentiel, même si, parfois, le fait que la notion d'effort soit présenté par certains, non comme une nécessité pour obtenir une satisfaction ultérieure, mais comme quelque chose de négatif dont il faut protéger les enfants pour ne pas leur voler leur enfance, me semble mal les préparer à leur vie adulte. Mais, nécessité faisant loi, à l'âge adulte, on comprend vite qu'il faut se mettre "au travail". L'essentiel me semble surtout résider dans deux éléments qui se sont développé en parallèle : les techniques de management "modernes" et la recherche de la rentabilité à court terme pour les entreprises. Le nouveau management, ou plutôt les dérives du nouveau management, instrumentalisent les employés, trouvent des systèmes ( participation illusoire aux prises de décision, responsabilisation sans marge de manoeuvre, évaluation sur des critères contestables que l'on ne peut pourtant pas contester, compétition mise en scène entre les employés, licenciements, etc.) pour mettre ceux-ci dans une situation de stress où les managers pensent que les salariés vont donner le meilleur d'eux-mêmes, alors qu'en fait un certain nombre de ceux-ci tombent malades, deviennent insomniaques, déprimés, etc. En revanche, il n'y a plus de contestation dans les entreprises... Quant au but de rentabilité à court terme, via la vente à des fonds de pension par exemple, il augmente le phénomène par une augmentation de la pression mise sur les salariés, avec une perte de la valorisation du travail bien fait, remplacée par la notion du travail le plus rentable. Là se met en route la perte du sens : par exemple quelqu'un qui a misé dans sa vie professionnelle sur un développement de ses compétences professionnelles va se voir disqualifié parce qu'il est moins rapide qu'un débutant qui, pourtant, ne fait pas de "la belle ouvrage". C'est pourquoi la souffrance au travail actuellement, quand on dit qu'elle dépend des conditions de travail, évoque moins des lieux désagréables, bruyants, des gestes stéréotypés (cela existe encore, mais un effort a été fait grâce à l'application de principes d'ergonomie et aux contrôles effectués), que les conditions psychologiques que l'on fait vivre aux salariés actuellement. J'ai entendu les auteurs Alexandre Des Isnards et Thomas Zuber parler à propos de leur livre "L'openspace m'a tuer"( un résumé ici :http//www.nonfiction.fr/article-1550-au_bonheur_des_cadres.htm) de cette pression psychologique dissimulée, même chez des cadres vivant dans un milieu professionnel apparemment très privilégié. Ce que l'on peut constater, c'est que les salariés vivant des situations similaires, et se sentant en situation instable, ou carrément stressés, ne sont plus en position de contester. Et s'ils commencent à le faire, ils s'entendent dire "Si vous n'êtes pas contents, vous partez".

11/01/2009, 08:18 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Liliane Baie le 11/01/2009 à 02:51

Très bon début de plaidoyer pour la régulation à gauche. . Je retiens trois choses, d'une première lecture: . les dérives du management moderne (quand il se met au service du profit pour le profit) concomitantes de l'affaiblissement de la chose syndicale, . la préparation inadéquate des jeunes générations à l'effort productif (je suis conscient que cette formulation peut être mal interprétée), . la notion de pression psychologique dissimulée.

11/01/2009, 09:51 | Par Francoise Mesnard

l'évolution de la relation santé -travail tient a plusieurs facteurs - une exigence accrue de la réalisation de soi lié à une évolution de la relation entre l'individu et notre société. Quand à l' inadéquation de la préparation"des jeunes générations a entrer dans le monde du travail", quand j'observe la vitesse avec laquelle les anciens s'enfuient prendre leur retraite , je me dis qu'il faudrait aussi voir les conditions d'accueil et de travail dans les entreprises - une rentabilité à court terme lié a la financiarisation de l'économie avec une intensification de la production - une complexification majeure de la production (diversification des modèles) avec des méthodes de management délètères - un controle permanent et inhumain rendu possible par l'informatique avec individualisation des performances - un accroissement des responsabilités mais une diminution des pouvoirs de décisions - a noter les résultats de la dernière "enquete SUMER" montrant que les risques physiques et chimiques s'accroissent pour les ouvriers et les employés

11/01/2009, 10:39 | Par Epaminondât

"un controle permanent et inhumain rendu possible par l'informatique avec individualisation des performances" . Ce que l'informatique peut faire, l'informatique peut le défaire. . "un accroissement des responsabilités mais une diminution des pouvoirs de décisions" . Voir SR et l'une des "4 révolutions démocratiques". . "les risques physiques et chimiques s'accroissent pour les ouvriers et les employés" . On est là au point de jonction des "trois urgences": démocratique, sociale, écologique... . "voir les conditions d'accueil et de travail dans les entreprise" (à propos de la préparation par l'école à l'effort productif) . Il y a un malentendu complet entre l'institution éducative et le monde dit "du travail".On n'a pas fini de l'analyser (je ne sais même pas si on a vraiment commencé). Au fait, quels sont les rapports entre les médecins du travail et les médecins scolaires ?

11/01/2009, 13:14 | Par Francoise Mesnard en réponse au commentaire de Epaminondât le 11/01/2009 à 10:39

Les relations entre médecins scolaires et médecins du travail sont inexistantes . Deux mondes étrangers. En revanche , ce sont les médecins du travail qui suivent les apprentis. A noter que le Région Poitou-Charentes à créée en 2007 des poste de CTI "conseiller tuteur en insertion" pour suivre les jeunes en enseignement professionnel et apprentissage. Ils sont chargés de faire le lien entre problèmes familiaux , problemes scolaires et problemes en entreprise. Cela évite a des jeunes de décrocher pour des raisons de transport, de finances , de ruptures familliales , d'adaptation a l'entreprise ..; etc . La Région va proposer une formation des fomateurs CFA aux risques professionnels par l'intermédiaire de l'ARACT (agence régionale d'amélioration des Conditions de Travail) Pour ma part , à titre professionnel, je vois les apprentis de moins de 18 ans tous les 6 mois afin de vérifier que tout se passe bien et s'il y a un probleme , je préviens les parents, l'employeur voir le CFA . En cas de maltraitance, nous sommes tenus de la signaler en tant que médecins. En revanche, il ya quelques stages en entreprise pour les élèves d'enseignement général en 3 ème mais pas dans tous les collèges . A mon avis , il faudrait les développer car il ya un vrai problème de méconnaissance de la réalité et une vraie difficulté pour les jeunes (garcons notamment ) à se construire sans cette confontation à la réalité. Enfin, avez vous remarqué que ce sont les meilleurs élèves qui intégrent les postes les plus sécurisés et pas toujours les plus créatifs et que ce sont les jeunes sans diplomes et sans boulot qui se lancent dans la création d'entreprises.

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