10. Charlotte, plus d’un mois sans une ligne !

Depuis une vingtaine d’années que je séjourne en Provence au printemps, je n’ai jamais connu une météo aussi pourrie. Cinq jours de bruine, de pluie, pour un jour de soleil palôt et ainsi de suite depuis deux mois, de quoi attraper une sinistrose chronique. Déjà qu’à cette période de l’année le vague à l’âme, la morosité me rendent visite sans que je sache pourquoi. C’est cyclique pour ne pas dire cyclothymique !
Impossible d’organiser ma journée comme je l’entends, procéder à la taille des oliviers à raison de deux heures le matin et autant l’après-midi, entrecoupée, c’est le cas de le dire, de pauses vouées à la lecture et à l’écriture. Parfois, au réveil, je me réjouis du sale temps, parce qui’il me permet de paresser sous la couette puis de rejoindre cette table à écrire qui m’attire comme un aimant.
Ne devrais-je pas entreprendre un livre de nouvelles, comme vient de le faire Eric-Emmanuel Schmitt ?Des histoires apparemment toutes simples mais ciselées dans un style d’orfèvre. Je crois déceler les qualités qui l’ont rendu célèbre. Un récit concis dont le rythme n’est pas ralenti par des digressions futiles, des descriptions précises, un petit nombre de personnages. Toutes ces qualités maintiennent en éveil l’attention du lecteur. Parfois Schmitt s’inspire d’un fait divers autrefois célèbre, mais l’épilogue de « L’Empoisonneuse » sort vraiment de l’ordinaire. Du grand art ! En revanche le « Concerto pour un ange » est assez déconcertant : Il nous raconte une histoire pour le moins tarabiscotée qui prétend traiter de la rédemption mais n’est pas crédible. De la fiction pure qui lui a valu le prix Goncourt de la nouvelle !
Ses quatre textes ont d’ailleurs pour dénominateur commun sainte Rita, la patronne des désespérées. Pas étonnant qu’il s’intéresse à la foi de cette femme devenue moniale après avoir été épouse et mère de famille. Lors d’une conférence qu’il donnait à Genève à la docte Société de Lecture, Schmitt raconta comment survint sa conversion : il fut sauvé in extremis d’une mort certaine alors qu’il s’était égaré aux confins du Sahara.
Dans son journal d’écriture qu’il insère à la fin du livre, Schmitt avoue passer plus de temps à la relecture, à la correction qu’à la rédaction proprement dite. L’écrivain de la concision dénonce les pavés de cinq cents pages où l’auteur fait du remplissage. Lorsqu’il écrit, la trame de l’histoire, les personnages s’emparent de lui et ne le quittent plus, le temps que son œuvre aboutisse. Il vit comme un zombie, sa vie familiale et sociale mise entre parenthèses, dût son entourage en souffrir !
Je devrais en prendre de la graine, mais comme je l’ai dit à Charlotte, en ce moment je tourne en rond, je cherche un sujet, une histoire qui ne serait pas banale. Ce n’est pas la page blanche, mais il y a comme un blanc dans mon esprit ! Cela ne me gêne pas outre mesure, ça ne m’empêche pas d’écrire les élucubrations qui me passent par la tête. Chez moi, l’écriture, c’est viscéral, je ne peux m’en passer. Mon propos n’est pas destiné à être publié. Je fais mes pompes, comme un sportif ! Il en serait tout autrement si j’étais un personnage célèbre écrivant ses états d’âme… Imaginons qu’un homme politique, un président, tienne son journal à bâtons rompus, qu’il y écrive l’inverse de ce qu’il dit à ses citoyens, qu’il oublie son manuscrit dans le métro et qu’un fouille-merde le découvre. Quel délire, quel succès, quel scandale ! Je suis barge… un président, ça ne prend pas le métro.
… à suivre…

Tous les commentaires
Au moins 3 bonnes raisons à ton absence de créativité:
-ce sale temps ininterrompu qui vous fout le moral dans les talons et paralyse le cerveau,
-cette fin d'hiver qui nous laisse toujours un peu vide dans la tête (c'est à cette période que l'on trouve le plus de décès de vieux, dont par suicide),
-somme de gravités des évènements dans le monde (Japon, Libye, ici) qui nous affecte aussi...
Une solution, cueillir un bouquet de jonquilles et les offrir à Charlotte!