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May

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8. Charlotte, la Faucheuse m’a rendu visite…

- Je ne te salue pas ce matin, Faucheuse, car tu as encore pourri mes rêves. Pourquoi me faire mourir la nuit et me faire revivre aux aurores ?

- Plutôt que de m’agresser, Charles, tu devrais me remercier de t’avoir encore accordé un sursis, d’autres n’ont pas eu cette chance, cette nuit. J’aime bien te faire peur, me repaître de tes cauchemars jusqu’au moment où tu te réveilles en sursaut, ta couche trempée de sueur. Le temps de reprendre tes esprits, de sentir ton corps chaud, de constater que tu vis, te voilà en état de profiter de cette vie !

- Tu es perverse de jouer au chat et à la souris, de me torturer. N’as-tu pas autre chose à faire ?

- Bien sûr que si. Tu te crois seul au monde alors que dans mon rayon d’action, j’ai à m'occuper de millions de personnes. Il faut bien que je remplisse mon quota, que je sévisse partout où cela est nécessaire. Je suis seule à exécuter ce travail titanesque. Je dois être partout à la fois, sans une minute de repos.

- Contente-toi, Faucheuse, de faire mourir les gens d’un seul coup, sans les torturer à longueur de vie. Tu te complais à instiller la peur de la mort dans l’esprit des hommes alors qu’ils savent une fois pour toutes qu’ils sont mortels. A quel jeu démoniaque joues-tu ?

- Voilà une bonne question, Charles. Jusqu’à l’échéance ultime il est nécessaire de te rappeler, de temps à autre, que tu es mortel. Ne serait-ce que pour te faire apprécier la vie à sa juste valeur, t’inciter à la mener raisonnablement. Trop de gens se laissent aller à faire n’importe quoi.

- Tu me prends pour qui ? Tu te trompes à mon sujet, je ne suis pas celui que tu crois. J’aime la vie et je m’applique à la rendre la plus agréable possible, la mienne et celle de mes semblables aussi. Tes avertissements, Faucheuse, me sont néfastes, ils me rendent triste, inquiet, me compliquent l’existence. Ils provoquent le contraire de ce que tu prétends, pour te donner bonne conscience, justifier ton comportement infâme. Je te hais !

- Vas-y, laisse-toi aller, déteste-moi, griffe, crache ton fiel si ça te fait du bien. J’en ai l’habitude depuis le temps que l’on me cloue au pilori, que l’on me mortifie comme une vulgaire traînée. Cela ne changera rien à mon plan te concernant, tout est prévu et crois-moi, je ne vais pas t’oublier. Car ta vie, à toi Charles, sous prétexte de passer inaperçu, de rester dans le moule, tu as tendance à te la faire trop belle !

- Oui, j’ai compris, tu auras toujours le dernier mot, quoi qu’on dise ou qu’on fasse. Tu es une mante religieuse qui se délecte en donnant la mort. Tu ferais mieux de t’occuper des êtres malfaisants ou plutôt de leur donner la mort au plus vite, avant qu’ils ne commettent plus de mal. Arrête de harceler les gens de bien avec tes idées noires. Et d’abord, de quel droit te permets-tu d’accomplir cette tâche putride ? Au nom de qui ? De Dieu ? De Satan ?

- Charles, j’ai le pouvoir de donner la mort et je ne me pose pas de questions d’ordre métaphysique. Je suis un éboueur, je rends service à l’humanité, je débarrasse, je nettoie, j'enterre, je brûle, avec une parfaite efficacité, en employant les grands moyens. Veux-tu des exemples de mon utilité ?

Je suis déboussolé, anéanti, je n’en crois pas mes oreilles. Le combat contre cette chipie est inégal, perdu d’avance. Elle est d’une froideur qui me glace le sang avant qu’il ne se coagule définitivement dans mes veines. Bien sûr, c’est un signe avant-coureur de ce qui se produira tôt ou tard. Mais à quoi bon y penser ? Je vais rompre les ponts avec elle, ne plus lui adresser la parole, la dénigrer, l’ignorer, la snober comme si elle n’existait pas. Chasser la Faucheuse de mon esprit chaque fois qu’elle se manifestera.

Cette salope a choisi de m'agresser à nouveau au moment où je ne peux m'empêcher de songer à elle. James ne craint pas la mort. Il me l’a dit. Il a le temps de s’y préparer puisque l’alerte est donnée. Peut-être viendra-elle lui donner le coup de grâce dans le bloc opératoire, se moquant des blouses vertes. Ce serait alors une mort sonore, le bip continu faisant place au bip-bip de la vie, créant la panique parmi les soignants, arrachant un juron au chirurgien : « De Dieu de Dieu, je l’ai encore loupé, celui-là ! » James, endormi par la narcose, ne s’en apercevrait pas. Une belle mort, en quelque sorte. Pas une qui vous fait languir et souffrir de longs mois.

On passe sa vie à défier la mort, à la provoquer, à la mettre en jeu en prenant des risques, en jouant à passe ou casse, et, par hypocrisie, on n’en parle pas. Sujet tabou. De toute façon, c’est la mort des autres qui nous interpelle constamment : la nôtre, quand elle survient, c’est un passage d’une mini-seconde, pfft !

… à suivre… peut-être ?

 

Tous les commentaires

Salut Fred,

Combien je ne partage pas cette façon de voir: imaginer l'existence d'une "faucheuse"! Furieux!

C'est faire intervenir la toute puissance de quelqu'un "d'autre": très déprimant et si loin de la vérité!Pas content!

Allez, Fred, voici ICI , quelques billets, des sortes de contes, pour d'apporter un sommeil paisible, rempli de silhouettes aux hanches larges et aux bustes généreux!Rire!

Bien à toi sous cette toujours si belle lumière des Alpilles en ces jours de frimas!

Cher Michel,

Ma "Faucheuse" n'a pas de connotation spirituelle... ce qui n'empêche pas que parfois des cauchemards habitent mes nuits !

Faute de temps, je me fais rare en ce moment dans mes billets et commentaires pour la bonne raison que je planche depuis deux mois sur un bouquin, plutôt un conte sur les Alpilles qui doit être publié au printemps, quand les frimas nous auront quittés.

Amicalement

Fred

Que les Dieux soient avec toi dans ton travail!

En fait des "dieux"... je ne compte que sur moi !

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