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Vent Debout : une Scop dans l'Education Populaire

©Emmanuel Grimault

« J’enrageais de voir qu’en politique, ça manquait d’éducation populaire et qu’en éducation populaire, ça manquait de politique. D’où l’envie d’accoucher d’un truc ». Le bébé s’appelle Vent debout, une Scop née à Toulouse en août 2011, dans la lignée de sa grande sœur rennaise Le Pavé. Tout comme L’Engrenage à Tours et L’Orage à Grenoble. Il est materné par six animateurs – comédiens, chercheurs, professeurs. Depuis dix mois, les six jeunes s’affairent donc à mûrir leur projet et à préparer leurs actions.

par Ludo Simbille sur www.frituremag.info

 

Tout a commencé par un ras-le bol dans leur boulot. En se lançant il y a quelques années dans les métiers de l’éducation en Midi-Pyrénées, Katia et Julie ne pensaient pas devoir appliquer et adapter à un public des « programmes » ou des « dispositifs » institutionnels. « Un animateur fait avaler les politiques publiques que l’élite pense pour les autres. Quand tu travailles dans un quartier, tu sers à garantir la paix sociale. Tu aides à avoir des aides, tu permets que ça n’explose pas », déplore Katia, animatrice socio-culturelle. Julie, professeure dans des collèges classés ZEP, établit le même constat : « Tu es dans un truc complètement hypocrite, de langue de bois. Tu fais miroiter aux élèves des choses qu’ils n’auront pas. Il faut les faire réussir, faire du chiffre. Les encourager à faire un choix qui peut coller avec les compétences des grilles d’évaluation. Ils ne peuvent pas vraiment s’approprier leur vie.  »
Pas vraiment le genre d’éducation populaire qu’elles s’attendaient à promouvoir. Indissociable, selon elles, de l’éducation politique : impliquer les habitants, qu’ils se sentent légitimes à prendre la parole, penser leurs conditions de vie. La neutralité ? C’est toujours dans le sens du pouvoir, répondent Katia et Julie, fortes de leur expérience. Les marges de manœuvre, les pédagogies alternatives existent, mais reposent sur les individus qui les mettent en œuvre. Dans les dernières décennies, les structures d’éducation populaire, les centres d’animation, les MJC se sont transformés ou se sont adaptés au marché, regrettent-elles. Les luttes débouchent sur des « victoires en pointillés ».

« Co-expertiser ses conditions de vie »

Lassées par une perte de sens, de temps et d’énergie, elles préfèrent mettre les voiles. « J’enrageais de voir qu’en politique, ça manquait d’éducation populaire et qu’en éducation populaire, ça manquait de politique. D’où l’envie d’accoucher d’un truc  », résume Katia, militante par ailleurs. Le bébé s’appelle Vent debout, né à Toulouse en août 2011, dans la lignée de sa grande sœur rennaise Le Pavé. Tout comme L’Engrenage à Tours et L’Orage à Grenoble. Il est materné par six animateurs – comédiens, chercheurs, professeurs. Depuis dix mois, les six jeunes dans le vent s’affairent donc à mûrir leur projet et à préparer leurs actions.

Du théâtre-forum aux stages, un socle commun : susciter la participation, la prise de parole, toujours partir de son histoire de vie, de son propre parcours. La consigne autobiographique, par exemple, permet de se présenter dans une assemblée sans avancer son statut. En mettant plutôt en avant la raison de sa présence, son intérêt pour le sujet : « Si tu as un mec qui dit "moi je suis le président, je suis diplômé en doctorat", tous les autres ferment leur gueule parce qu’ils ne se sentent pas légitimes », précise Katia. De simples astuces que Vent debout décline dans ses divers ateliers. Les « Enquêtes » – dites « sensibles » pour ne pas dire « conscientisantes » – se déploient à travers des témoignages, des discussions et des actions collectives autour des réalités d’un métier, d’un habitat. L’idée est de « co-analyser », « co-expertiser » ses conditions de vie. Une démarche dans la lignée de l’« enquête ouvrière » utilisée au 19ème siècle par Karl Marx, et qui reprend aussi vie dans le monde du travail avec les « recherches actions » menées conjointement par des syndicalistes, des salariés et des chercheurs (comme à Renault).

Des « permetteurs », pas des « inculqueurs »

Idem pour leur « produit d’appel », les fameuses conférences gesticulées, popularisées par Franck Lepage (membre de la Scop Le Pavé) lors du mouvement contre la réforme des retraites. Une personne met en scène une anecdote, un moment de vie et s’ouvre aux autres en le problématisant. Le principe : « Mêler les savoirs chauds et les savoirs froids », c’est-à-dire relier l’expérience personnelle à une connaissance plus universitaire. « Chacun peut faire son truc, on le porte d’autant plus que c’est lié à chaque personne, raconte Julie, qui prépare sa « conférence gesticulée » sur le rapport entre la CAF et l’assistanat. Ce qui m’a politisée, c’est d’être mère seule à 19 ans, de travailler à plein temps et de faire mes études à côté. Comment se fait-il que je n’arrive pas à payer mon loyer ? On joue sur l’assistanat en culpabilisant, en divisant les gens.  »

Si la conf’ de Julie est actuellement en chantier comme celle sur les inégalités Nord-Sud, d’autres thèmes sont dans les starting-block. « Mes identités nationales » et « Engagez-vous qu’ils disaient » sont déjà en tournée. D’autres d’envies et d’idées émergent. Par exemple, celle de créer avec les autres Scop des sortes de « laboratoires sociaux ». Encore au stade embryonnaire, ces recherche-actions serviraient de relais du savoir académique dans des ateliers en vue d’actions communes. Et vice versa.
Au fil des ateliers, l’objectif reste le même : fournir des méthodes et des outils pour créer une intelligence collective, susciter une envie d’agir. « On n’est pas des inculqueurs, on est des permetteurs », résume Julie. Un travail que les six coopérateurs développent auprès des collectivités territoriales et des associations. A l’image du récent le diagnostic opéré auprès du conseil général des jeunes landais.

  • L’intégralité du reportage sera à découvrir dans le magazine papier, sortie semaine du 20 février.



L’actualité de la Coopérative du Vent Debout

- Des formations (de 3 à 12 jours) 
des outils d’éducation populaire, de la réflexion, de la construction d’actions collectives pour : pratiquer la démocratie, faire participer et interroger la notion de « participation », la fonction d’animation.
Exemples de stage : « susciter la participation », « animer/faire participer : et si on pratiquait la démocratie ? », « Enquêtes sensibles (et sociologie critique) », « Histoires de vies et postures professionnelles », « intervenir dans l’espace public », « Sud/Nord - Repenser la coopération internationale », « Le théâtre forum comme outil de transformation sociale ».

- Des ateliers : résister aux médias de masse, désintoxication de la langue de bois, économie -comprendre pour agir -, déconstruire les dominations (les nôtres et celles des autres), les préjugés racistes etc.

- Des accompagnements auprès d’associations ou de collectifs (sur demande) pour mobiliser, travailler l’autogestion, animer autrement (c’est à dire de façon pas ennuyante et antidémocratique) des assemblées générales, prendre du recul sur le sens de l’action et nos désirs politiques dans tout ça, se former à des outils etc.

- L’événement de « lancement » de la Coopérative (avec la SCOP le Pavé)
« Le Vent se lève... ou un Pavé à toutes les sauces »
à Toulouse du 18 au 25 mars 2012
Une rafale de conférences, une bourrasque de stages, un tourbillon d’expérimentations et d’ateliers...
… pour une éducation populaire politique dans le Sud Ouest, pour outiller nos résistances, partager de l’analyse et construire de l’action collective

- Le programme en quelques lignes :
Les stages :
Susciter la participation (ou comment pratiquer la démocratie) - du lundi 19 au mercredi 21 mars
Le théâtre forum, un outil pour combattre les dominations - du mardi 20 au jeudi 22 mars
Résister et combattre les médias de masse - jeudi 22 et vendredi 23 mars

Les conférences  :
Inculture(s) 3 : Bourdieu ni maître... ou comment je suis devenu un bâtard social par Joackim Rebecca de la SCOP le Pavé - Dimanche 18 mars à 17h

Inculture(s) 1 : L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu... (une autre histoire de la culture) par Franck Lepage de la SCOP le Pavé - Jeudi 22 mars à 19h

Inculture(s) 9 : Exploiter mieux pour gagner plus... une autre histoire du manageMENT (et de la démarche qualité) par Alexia MORVAN et Annaïg MESNIL de la SCOP le Pavé - Mercredi 21 mars à 20h

Engagez vous qu’y disaient, ou comment et pourquoi on milite ou pas... par Antoine SOUEF, Diane KACHOUR, Chico BOISSINOT et Pablo SEBAN de la Coopérative du Vent Debout - Vendredi 23 mars à 19h

Mes identités nationales par Pablo SEBAN de la Coopérative du Vent Debout - Vendredi 23 mars à 21h30

"A l’aide !" - HumaniTAIRE et aide au développeMENT... et si on arrêtait d’aider l’Afrique ? par Antoine SOUEF de la Coopérative du Vent Debout - Samedi 24 mars à 19h

La critique des Médias est un sport de combat (ou comment se battre contre des moulins à vent) par Filipe MARQUES de L’engrenage - Un pavé à Tours - Samedi 24 mars à 21h30

- Nos coordonnées
www.vent-debout.org
05 31 15 09 91
cooperative@vent-debout.org

Tous les commentaires

02/02/2012, 09:25 | Par 403

Hier, en survolant les acteurs principaux de la III et IV république, du haut de mes 54 ans, pour étayer la lecture d'une bio sur Bourdieu, je songeais au décalage entre les enseignements fondamentaux infligés trop tôt pour le plus grand nombre même si la petite musique des acquis résonne encore un peu dans les têtes. Je me suis mise à rêver d'un apprentissage tout au long de la vie, pas seulement réservé"aux héritiers". La question est de savoir quel citoyen veut-on pour demain?

En tout cas, votre démarche va dans le sens d'un citoyen responsable de ses choix et on ne peut que vous y encourager.

Il me semble qu'internet contribue au partage des savoirs et des expériences individuelles, avez-vous pensé à des enregistrements au minimun radiophoniques pour ceux qui n'ont pas la chance de participer in live à vos" co-conférences" dont les thèmes sont particulièrement alléchants.

Bien à vous.

02/02/2012, 09:46 | Par Centide Aiphix

En parlant de Bourdieu, il y a un deux cours jamais publiés dans le monde diplomatique du mois de Janvier.

Pour ce qui est de ces messieurs-dames de l'éducation populaire, je ne leur dirais qu'un mot...Attendez-moi, le temps d'avoir mon doctorat et j'arrive pour vous filer un coup de main!

Aiphix, chronicoeur haineux.

02/02/2012, 10:22 | Par d proia

Quel citoyen pour demain ?

Questions démarches et expérimentations  passionnantes, et à partager.

 

Je voudrais redire le souhait d'accéder à vos co-conférences et expérimentations. Par le biais d'enregistrements, radiophoniques ou autres. Pourquoi pas par Médiapart ?

Cordialement

 

02/02/2012, 14:05 | Par POJ

La multiplication de ces initiatives propose une alternative à l'école confessionnelle et l'embrigadement de l'éducation nationale par les rectorats.

02/02/2012, 17:03 | Par point barre

Initiative réjouissante. Travaillez-vous en relation ou partenariat avec la FOEVEN/AROEVEN

http://communicationfoeven.free.fr/

02/02/2012, 18:26 | Par Luciole Camay

Merci de demander à l'Université Permanente de Nantes de venir présenter votre approche par une conférence, soit spontanément si possible cette année, soit à la prochaine rentrée universitaire ! Il est clair que nombre d'étudiants "mûrs" de tous cursus aspirent à un enseignement de permetteurs plus que d'inculqueurs !

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