THEATRE à STRASBOURG: Au bois lacté
T.N.S
Au bois lacté de Dylan Thomas
L'année 2012 s'est terminée en beauté au T.N.S avec Au bois lactée de Dylan Thomas merveilleusement mis en scène par Stuart Saide. Nous avons été séduits au point que nous sommes aller voir ce petit chef-d'œuvre à trois reprises pour y découvrir chaque fois avec le même plaisir et les mêmes émotions les multiples épisodes des ces vingt quatre heures de la vie des habitants de ce village portuaire du Pays de Galles.
Le rideau s'ouvre sur un espace bien sombre, assis devant une table discrètement éclairée, un homme (Bernard Feirrera) se propose de nous faire partager la vie des gens de ce village portuaire ordinaire. Derrière lui se tient une femme appuyée affectueusement sur son épaule (Caroline Mounier),et qui complète son récit avec pertinence. Tout au long de cette pièce ils vont nous décrire , en reprenant le texte de ce roman de Dylan Thomas savoureux et plein d'ironie, les scènes auxquelles nous assistons fascinés et intrigués par ce travail de mise en perspective de Stuart Seide. Dylan Thomas ,poète du temps qui passe et qui transforme les êtres et les choses, sait allier la trivialité du quotidien à la fine observation des lieux et des êtres pour en souligner l'originalité
Les scènes se succèdent en suivent le rythme d'une journée printanière Pendant la nuit où tout le monde dort sauf les quelques insomniaques. Quand l'aube paraît, le village se réveille au son des cloches de l'église, ou du coucou d'une pendule
Scènes délicieuses que celles du réveil de ces deux vieillards qui sous le regard de la femme sont chargés d'exécuter leur rituel le matin comme le soir en récitant le déroulement de leur habillage ou déshabillage.
Scène de repas plutôt comique que celle de ce couple lubrique où l'homme rêve de se débarrasser de sa mégère.
Scènes de rencontres amoureuses qui s'achèvent par la fuite de la femme, l'homme se retrouvant seul à chaque fois Si celle entre l'institutrice et le tenancier du pub est courte et ridicule, celle du retour de la femme du vieux capitaine, aux yeux de verre, qui rêve à longueur de temps de son passé de marin glorieux, est des plus émouvantes.
Scène de regards bienveillants du pasteur pour la jeune fille qui lave le plancher de la salle des fêtes. Scène sans échange de paroles qui se termine par un beau chant d'amour de la jeune fille qui s'en va apparemment indifférente à cette présence.
Scènes de voisinage faites de petites disputes pour des motifs sans grande importance
Au fond du village en ouvrant ou en fermant ses volets,, la vieille dame présente ses salutations rituelles à la journée qui se lève et au soleil couchant.
La présentation par le guide touristique du village est des plus cocasses, il commente des photos s qui sont censées être sur un écran lumineux où il n'y a vraiment rien à voir
Quant aux scènes d'activités laborieuses, elles sont plutôt a discrètes. Les marins du port profitent de chaque occasion d'annonce de mauvais temps pour se retrouver au pub et écluser quelques pintes de bière en chantant avec entrain des chansons paillardes
.Scène délicieuse avec une institutrice, femme rondelette qui apprend aux enfants à chanter gaiement. Les acteurs, jambes repliées sont gentiment assis autour d'elle et se dispersent gaiement pour aller acheter des bonbons à l'épicerie du coin
Suivent deux scènes entre enfants que le metteur en scène a choisi de représenter par le truchement des marionnettes. Une scène amoureuse émouvante et pleine de tendresse entre un garçon et une fille, sous les regards attendris d'autres enfants. Cette scène est suivie d'une scène cruelle où les enfants pourchassent et battent durement le pauvre garçon dont la mère se prostitue .Les marionnettes sont grandes, expressives et tellement bien manipulées, que nous avons le sentiment de voir ces enfants vivre sous nos regards ébahis (Conception et fabrication des marionnettes: Pascale Blaison, Sébastien Puech).
Après cet intermède avec les marionnettes, nous retournons dans le monde des adultes, avec ces scènes bien typées. Nous nous contenteront d'en citer encore quelques unes parmi ce bouquet de scènes courtes où tout se joue souvent sur les expressions de visages et quelques paroles prononcées par les acteurs alors que les gestes décrits par le narrateur sont à peine esquissés
Scène marine, où le marin bon à rien qui n'a pêché qu'un corset à baleines suit du regard la femme nymphe qui nage somptueusement nue dans l'eau de la mer. Il essaye de la suivre et revient tout essoufflé et bredouille
Scène champêtre avec cette jeune fille amoureuse qui effeuille les pétales d'une fleur en récitant la formule habituelle tout en regardant amoureusement les chèvres brouter l'herbe, pendant que la paysanne caresse ses vaches, alors que son mari invective son cheval rétif
La vie du village est , bien sûr, rythmée par le son des cloches annonçant les offices religieux qui tiennent leur juste place avec ce rassemblement de quelques fidèles silencieux autour du pasteur qui prononce un court sermon
Le soir descend, les vieux vont aller se coucher en respectant, comme des enfants, les rituels quotidiens. Le village se retrouve dans l'obscurité totale.
De courts extraits de choral de Jean Sébastien Bach sont interprétés à l'orgue par le pasteur insomniaque,, alors qu'une vieille femme va se coucher un instant sur la tombe de son mari
Une voix nous parle de ce lieu "Au bois lacté" autrefois habité par les Celtes. Elle évoque le passé lointain où les nuits étaient peuplées d'êtres étranges aujourd'hui disparus. Mais en contrepoint, comme pour évacuer toute nostalgie et nous montrer que la vie continue toujours , sur la place du village les jeunes gens se sont rassemblés pour se rencontrer, sous de lumières blafardes . Ils esquissent quelques pas de danses bucoliques et s'embrassent tendrement au son d'une douce musique comme pour ne pas réveiller les vieux et les enfants qui dorment. Le vent se lève, une immense toile couvre la scène comme la nuit qui tombe. Le public applaudit longuement et chaleureusement
Tout au long de ce spectacle le metteur en scène Stuart Seide sollicite notre imaginaire qui peut se donner libre cours et cette avec délectation. Nous avons eu le sentiment de retrouver certaines scènes vécues au cours de notre dans notre enfance, dans un village alsacien sans éclat touristique, où il ne se passait pas grand-chose, où rien n'était mis en relief mais où tout ce qui se déroulait dans le monde des adultes nous touchait, nous faisait rire, et parfois même un peu pleurer.
Ce spectacle est comme un voyage dans un monde du passé où la dimension poétique, mystérieuse côtoie la trivialité du quotidien et ce grâce au jeu subtil des acteurs. Chacun interprète nombreux rôles avec conviction, mais entrant dans la peau des différents personnages avec une évidente jouissance: Jean Alibert, Lucie Boissonneau, Christophe Carassou, Eric Castex, Noémie Gantier, Jonathan Heckel, KarinPalmieri, Vincent Schmitt, e Hélène Theunissen .Un changement de costume ou de perruque, les voilà t en place pour leur petite aventure scénique toujours expressive 'Costumes Fabienne Varoutsikos Perruque: Catherine Nicolas)
La scénographie, d'une grande sobriété de Philippe Marioge épouse avec sobriété les mouvements du récit. Quelques chaises, une petite table qu'on déplace discrètement, selon les besoins du récit. Un comptoir, c'est l'intérieur d'un pub modulable, et va être aussi l'intérieur de l'église. Quelques trappes soulevées par les acteurs font surgir d'autres espaces évoqués par le narrateur devant lesquelles les acteurs échanger quelques paroles et regards Quant aux lumières de Jean-Pascal Pracht et au son de Marc Bretonnière, non seulement ils suivent le rythme de cette journée mais contribuent bien à mettre en relief les dimensions de cette vie qui chemine, parfois se perd dans le temps qui passe Les chants de Jacques Schab viennent à point pour accentuer cette poésie délicieuse ou trivialité paillarde, qui se laisse voir et entendre tout au long de ce voyage fascinant et enthousiasmant
Francis Grislin



Tous les commentaires
Au bois lacté a en fait inauguré pour nous la mise en scène théâtralisée d'un texte, car depuis nous avons pu voir d'autres pièces construites sur le même principe mais le résultat n'a pas été brillant