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Un budget de la culture en trompe-l'œil

Merci à Monsieur Bichon qui a attiré mon attention sur ce passionnant rapport présenté par le député socialiste Marcel Rogemont sur le budget 2010 du ministère de la Culture.

 

La première partie apporte assez classiquement des précisions sur la répartition de ce budget qui affiche comme toujours une hausse globale mais des disparités assez remarquables dans le détail des programmes. On peut ainsi constater à travers de nombreux tableaux très précis une hausse importante des ressources pour le programme Patrimoine et une quasi stagnation des ressources pour les programmes Création et Transmission des savoirs. On apprend par exemple au détour de ces pages une baisse de 39% entre 2009 et 2010 des crédits consacrés aux pratiques amateurs et une baisse de 8% des crédits consacrés à la diversité culturelle. Crédits pourtant déjà très faibles....Le rapport consacre par ailleurs plusieurs pages très sévères au Conseil de la création artistique : "le rapporteur pour avis dénonce vigoureusement la création et l'objet même de cette structure ad hoc, comme s'il fallait compenser l'indigence des crédits alloués à la démocratisation culturelle par des initiatives complètement déconnectées de l'action menée sur le terrain". Il démonte un à un les 10 "projets" déjà présentés par le Conseil et prouve que les crédits de cette structure ont bien été pris sur le budget du ministère de la Culture et que des projets ont été bloqués du fait de sommes destinées à ce Conseil et mis en réserve. De quoi sans doute donner du grain à moudre aux organisations professionnelles qui tirent à boulet rouge sur le Conseil depuis sa création y compris via des encarts dans la presse.


La seconde partie du rapport est plus originale. Est souligné tout d'abord  le déséquilibre territorial du ministère de la Culture et notamment la faiblesse de la déconcentration (c'est-à-dire pour les non-initiés que la part des crédits du ministère à disposition de ses Directions régionales(DRAC) pour mener des actions en région reste faible). Le déséquilibre Paris / Province sur le spectacle vivant est nette. 45% des crédits consacrés au spectacle vivant concernent des lieux ou équipes installés à Paris ! Enfin, le rapport apporte un éclairage rafraichissant sur la situation dans d'autres pays européens et notamment en Italie. C'est un peu à la manière de Frédéric Martel mais en nettement plus raccourci : De la Culture en Italie. Ce type de comparaisons permet de nuancer la qualité du modèle culturel français, de mieux cerner ses forces et ses faiblesses.Parmi les faiblesses, le rapport soulève, avec raison il me semble, le faible soutien aux structures qu'on appelle parfois socioculturelles (associations locales, maisons de quartier, écoles). L'étude menée par l'Observatoire des politiques culturelles sur les pratiques culturelles des Grenoblois, qui est citée dans le rapport, est à ce titre extrêmement éclairante. En dehors de la dualité Paris / Province existe dans chaque ville une dualité Centre / Périphérie et une dualité publics des institutions culturelles / non-publics de ces institutions. Existent par ailleurs des pratiques amateurs qui peuvent être complètement dissociées de pratiques de fréquentation. Ainsi, pour être efficace, une politique culturelle devrait s'appuyer davantage sur les structures de proximité non spécifiquement dédiées à la culture (écoles, centres sociaux, MJC...) conçues comme des espaces transitionnels d'accès à la culture. Je reviendrai peut-être sur cette passionnante étude dont on peut trouver des éléments ici : http://sites.google.com/site/bozonnet2/sociologiedespratiquesculturelles. En attendant, l'analyse du budget actuel du Ministère permet de dire qu'on ne se dirige pas vers un tel chemin... Pour paraphraser un ancien premier ministre : non seulement la pente est forte mais la route n'est pas droite !

Tous les commentaires

Merci de l'info. je suis allée lire le rapport en question, très intéressant en effet. Pour ce qui concerne un sujet que je connais bien, celui de l'éducation artistique et culturelle, on voit clairement que les priorités dont le pouvoir se gargarise sont uniquement du domaine de l'incantation: les crédits baissent.

Plaisir aussi de voir confirmé ce que bien des gens pensent du comité Théodule dirigé par Karmitz, un truc inutile et cher.

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