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Eloge de la rêverie
Des études américaines réhabilitent le rôle de la rêverie dans la réalisation de certaines tâches.

Ceux qui ont gardé en tête leurs cours de philosophie se souviennent peut être de cette anecdote. Dans le Théétète, Platon rapporte que le philosophe Thalès serait tombé dans un puit ouvert, incapable qu'il était de rester concentré sur son trajet. Le pauvre Tahlès aurait eu a subir les railleries de ses domestiques, moquant son esprit rêveur.
Les rêveries, ce sont toutes les pensées déconnectées des tâches qu'un individu est en train d'accomplir. De récentes études américaines ont montré que les rêveries étaient courantes, et parfois même extrêmement utiles. Allant donc à l'encontre du préjugé tenace selon lequel «rêvasser» représenterait une pure perte de temps.
Un esprit vagabondant sans but libère la créativité et permet de résoudre certains problèmes. Les chercheurs Jonathan Smallwood et Jonathan W. Schooler consacrent un long article aux bénéfices du "mind wandering" (rêverie). Ils montrent que la rêverie, bien qu'elle mène un individu à abandonner sa tâche principale, lui permet de réaliser d'autres tâches dont il n'a pas conscience. Les rêveries permettent donc, à l'insu du rêveur, de permettre de régler certains problèmes laissés irrésolus par une réflexion consciente. Si les valets de Thalès avaient su...
Gaspard Dhellemmes
Pour plus de détails, un article très complet du New York Times sur le sujet, avec notamment en ligne l'intégralité de l'étude de Smallwood et Schooler.


Tous les commentaires
Le vagabondage de l'esprit ("the mind wandering"), c'est l'exercice de notre liberté intime et individuelle. Sans rêverie, l'être humain devient machine.
Rêvasser ou ne pas être, telle est l'alternative. Vive la rêverie, donc !
Il y a des moments délicieux, parfois angoissants, où on ne sait pas si le rêve est réel ou le réel est rêve.
Vous connaissez certainemnt cette histoire dans Tchouang-Tseu (Zhuangzi):
"Zhuangzi et le papillon
Un jour, le philosophe Zhuangzi s’endormit dans un jardin fleuri, et fit un rêve. Il rêva qu’il était un très beau papillon. Le papillon vola çà et là jusqu’à l’épuisement ; puis, il s’endormit à son tour. Le papillon fit un rêve aussi. Il rêva qu’il était Zhuangzi. À cet instant, Zhuangzi se réveilla. Il ne savait point s’il était, maintenant, le véritable Zhuangzi ou bien le Zhuangzi du rêve du papillon. Il ne savait pas non plus si c’était lui qui avait rêvé du papillon, ou le papillon qui avait rêvé de lui."
@yvonico
et nous , avons -nous rêvé , dis moi?
Jack London a fait un trés beau livre, sur le sujet, traduit en "Le vagabond des étoiles".
Et puis on peut faire aussi l'éloge de Gaspard Dhellemmes, pour ce billet d'humeur salutaire, et trois fois sain.
En ville il faut éviter de trop rêver de la sorte, sinon ça peut porter chance assez rapidement.
Il paraîtait même que l'absence de rêves soit léthale....
Merci pour ce billet, qui nous a également permis de savourer la parabole de Zhuangzi.
Excellent !
Il paraîtait même que l'absence de rêves soit léthale....
Sans entrer dans trop de détails, interdire à quelqu'un de rêver (ce qui est possible moyennant un suivi electro-physiologique de son activité cérébrale durant son sommeil) provoque de graves troubles physiologiques et neurologiques pouvant entraîner la mort. Ce n'est pas à proprement parler l'absence de rêve qui est létale, mais les conséquences physiologiques induites. Dit autrement, tout se passe comme si la période dite de rêve était une période de restauration de l'intégrité, une sorte de "remise à zéro" (ou presque) d'un compteur kilomètrique.
C'est une des méthodes de "torture sans trace" qui a été abondamment utilisée (et l'est sans doute encore). A ce que je sais, il est quasi impossible de "tenir" en restant conscient plus de trois à quatre jours. Au-delà d'une semaine, les séquelles physiologiques et neurologiques sont irréversibles.
Pardonnez moi, mais votre illustration paraît très mal choisi: un penseur n'est pas un rêveur.