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Pour la destruction créatrice

La crise actuelle est une étape douloureuse mais nécessaire . Telle est la position en particulier de certains à la rédaction des Publications Agora dont l’opinion paraît particulièrement importante à citer. Bill Bonner écrit :"Les commentateurs se trompent tous. Regardez le bon côté des choses", nous disait-il il y a une dizaine de jours. "L'économie mondiale ne vit pas une période de croissance négative. Elle vit une période d'effondrement positif ! Qu'a-t-elle de positif ? Elle nous débarrasse d'une génération d'erreurs, de mauvaise allocation des ressources et de confiance mal placée".Les plans de relance et autres renflouages ne font que retarder -- et aggraver -- une purge nécessaire du système, selon Bill ; Simone Wapler, rédactrice en chef de MoneyWeek est bien de son avis : "Beaucoup de commentateurs invoquent le New Deal de Roosevelt", remarque-t-elle. "Pourtant, son efficacité n'a jamais été prouvée. Pis, l'économiste Ed Yardeni pense que ce plan a aggravé la crise. Il est impossible de dérouler le film de l'Histoire selon un autre scénario pour en voir les résultats, donc de statuer sur le fait que le New Deal, à défaut d'être efficace, a eu en effet adoucissant"."Cependant, les faits sont têtus. Le monde est réellement sorti de la dépression grâce à la Seconde Guerre mondiale. La longue période de croissance qui a suivi, les Trente Glorieuses, est essentiellement due à la reconstruction d'une Europe en ruines".Alors quoi ? Faisons confiance à la destruction créatrice et tout finira bien ? Philippe Béchade n'est pas de cet avis, qui critique depuis longtemps la position européenne (et la BCE, notamment) -- parfaitement résumée cette semaine par Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe (forum des ministres des Finances de la Zone euro), cité sur Investir.fr : "je suis tout à fait opposé à ce que nous, Européens suivions le souhait américain d'avoir des programmes de relance encore plus massifs", a-t-il déclaré jeudi dernier.Selon Philippe, une telle position est littéralement criminelle ; les autorités européennes font preuve d'un aveuglement et d'une arrogance qui provoquent -- et continueront de provoquer -- chômage, misère sociale et pauvreté... et tout ça pour de simples "principes" qui oublient le facteur humain pour se concentrer uniquement sur les rouages théoriques de l'économie.

Ces opinions sont une contribution importante au débat sur la crise.

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Tous les commentaires

Merci, Georges, de cette mise au point qui fait quelque peu frémir. Autrement dit, la crise est bonne, l'effondrement est positif, on va purger les canalisations pour mieux gérer le monde... de la façon optimale, évidemment, pour ceux qui le gouvernent et en bénéficient. Les autres n'auront (et encore !) que leurs yeux pour pleurer. Heureusement qu'il est des Philippe Béchade pour tenir des discours en contrepoint.

kairos C'est la grande idée de Schumpeter, non? Et la chirurgie, avec Ambroise Paré, doit beaucoup de s'être expérimentée sur les champs de bataille... Ne parlons pas du radar ni du miracle de l'atome... Pour les économistes aussi, il y aurait cette torsade des pulsions de mort et de vie? Eros et Thanatos? Bernard Maris ne vient-il pas d'ailleurs, d'écrire un livre sur ce sujet?

Surtout que "les rouages théoriques de l'économie" ne sont pas quelque chose de monolithique, il existe plusieurs théories économiques, le problème est de choisir celle qui correspond à la réalité du moment. Ou d'en inventer une qui corresponde à cette réalité. Comme le disait Marx lui-même dans Grundrisse, notre méthode doit être adaptée au contexte social du moment, et donc changer au cours de l'Histoire: la méthode et la substance, la forme et le contenu doivent correspondre. Quelle est la direction du présent?

L'autorégulation des marchés, solution à la crise financière et économique, due en partie à la croyance aveugle en l'autorégulation par les marchés. la démarche est originale, mais fortement minoritaire. ce qui ne veut bien évidemment pas dire qu'elle n'est pas intéressante, voire pertinente. Il y a un point à propos duquel on ne peut qu'acquiescer : c'est bien la seconde guerre mondiale qui a permis de sortir de la dépression et qui est à l'origine des "30 glorieuses ". Cela étant, nous ne sommes pas actuellement en dépression. c'est ce que les pouvoirs publics tentent d'éviter par les plans de relance. Mais y arriveront-ils ?

Les français les allemands et les anglais sont sortis terriblement appauvris de la seconde guerre mondiale, une bonne partie du bien être ressenti était tout simplement d'être en vie ....

La capacité des marchés à s'autoréguler est loin d'être un mythe : c'est même une réalité trés tangible... Aussi tangible que le crise que nous traversons. Là, en ce moment, le marché s'autorégule : il corrige les erreurs du passé et se remet à flot. La grande erreur que commettent beaucoup de commentateurs c'est de croire qu'autorégulation signifie "autorégulation en douceur" ! Le marché c'est un mécanisme qui parfois se grippe ou s'emballe provisoirement. Le retour à la normale est alors parfois trés violent et potentiellement douloureux : c'est ce qui se passe avec la crise que nous traversons mais c'est aussi ce à quoi nous assistons quand la Chine et l'Inde reprennent progressivement leur place dans l'économie mondiale. Le marché c'est un mécanisme. Il n'est ni gentil, ni méchant, ni moral, ni immoral et il n'est pas non plus infaillible. J'ajoute que la position de Jean-Claude Juncker est beaucoup moins stupide qu'il n'y parait. Si les États-Unis réclament une grande relance Européenne c'est parce qu'ils espèrent en profiter. C'est la grande limite des politiques de relance par la demande que tout le monde réclame à corps et à cris : redistribuer de l'argent aux ménages pour relancer la consommation et donc l'économie c'est une grande et belle idée à condition que ce soit [notre] économie que cela relance. En d'autres termes, les contribuables français ne doivent pas être mis à contribution pour financer le rétablissement de l'économie américaine (d'où - rappelons le - vient la crise)... Ne jugeons pas trop vite...

Certes, mais la relance américaine profite aussi aux autres pays. Un pays qui relance seul n'est pas incité à le faire, dans la mesure où il en assure les coûts seuls et que les autres pays en profitent. Cela étant, on se demande qui finance la relance américaine : les chinois ?

Vous avez tout à fait raison ! Jean-Claude Juncker adopte une attitude de free-rider : "puisque les États-Unis sont obligé de relancer, autant se mettre tranquillement dans leur sillon"... Ca n'est pas trés élégant, mais ça n'est pas idiot non plus :) Pour ce qui est du financement de la relance US, je dirais les contribuables américains et une bonne grosse couche de dette (donc les Chinois en effet).

rappelons aussi que cette attitude européenne est soutenue par toute une clique d'économistes "experts" qui soutiennent que la politique budgétaire a des effets antikeynésiens : une hausse des dépenses budgétaires entrainerait une baisse du PIB car les individus auraient un comportement ricardien : ils diminueraient dès aujourd'hui consommation et investissement en prévision des hausses futures d'impôts. Seul hic, cette théorie n'est vérifiée que sous certaines conditions très éloignées de la réalité : par exemple, qui peut soutenir aujourd'hui que les ménages ne subissent aucune contrainte de liquidité en europe ? remercions nos "experts" de nous conduire droit dans la dépression si le scénario de reprise en V ne se réalise pas (et qui peut croire qu'il se réalisera sachant que traditionnellement, ce scénario de reprise rapide s'observe aux USA lors des sorties de crise de ces 40 dernières années, et que bizarrement c'est ce même pays qui met en oeuvre des politiques très actives de soutien à l'activité lorsque la récession est là...) En Europe, la sortie de crise se fera (si on en sort) lentement, scénario en U, car nos chers experts ne croient pas aux politiques de soutien en cas d'insuffisance de la demande, quel dogmatisme!!

Le problème principal des ,plans de relances c'est qu'ils jouent de façon brutale sur une allocation des actifs qui est déjà en cours de réorganisation et particulièrement fragile. L'exemple type est la prime à la casse qui nous coûte à tous pour entretenir des structures de production et des produits dont le marché (vous et moi), ne voulons tout simplement pas. Il serait plus économique et honnête de se servir de ses sommes pour reformer les victimes et leur offrir des indemnités adaptées à la gravité et à la pénibilité de leur situation. Mais il ne faut oublier qu'une telle démarche est déjà assez inégalitaire et sanctionne de Facto ceux qui sont déjà au chômage et dans la pauvreté et qui n'auront que difficilement accès aux luxueux plans sociaux de l'industrie automobile.

On ne fera pas l'économie d'une redéfinition du droit de propriété. Ni d'une mise en place des solidarités entre régions du monde.

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