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Former les enseignants, un puissant moyen de contrôle social.
Les contre-réformes qui se succèdent aggravent chaque jour la situation de notre système éducatif. L’une d’entre elles aura peut-être des conséquences plus catastrophiques encore que les autres parce qu’elle engage l’avenir sur le long terme : il s’agit des changements annoncés dans le recrutement et la formation des jeunes enseignants.
L’allongement de la durée de formation universitaire écartera un peu plus encore des fonctions enseignantes les jeunes issus de milieux modestes. Or, on sait que le corps enseignant sera profondément renouvelé dans les années qui viennent du fait des départs en retraite massifs des professeurs recrutés à la fin des années 60 et durant les années 70. L’écart social entre professeurs et élèves sera d’autant plus important que nombre de ceux-là seront appelés à « enseigner à des jeunes de toutes les couches sociales », comme le remarque Florence Soriano-Gafiuk, Professeure des Universités à l’IUFM de Lorraine, …et, accessoirement, élue UMP.
Elle ajoute d’ailleurs que « L’universitarisation de l’IUFM est … un processus politique et politisé ». Elle rappelle « que la formation des maîtres a toujours semblé idéologiquement suspecte, et (que) les IUFM (sont) considérés comme des nids autour de gauchistes. »[1] Peut-être est-ce le moment de rappeler que ce sont les mêmes considérations qui ont amené le gouvernement de Vichy à fermer les Ecoles normales d’Institutrices et d’Instituteurs dès le 23 septembre 1940.
Mais la mastérisation de la formation de tous les enseignants (de la maternelle au lycée), sous le prétexte de se mettre en conformité avec les directives européennes, a un autre objectif : celui d’accentuer encore la part du disciplinaire au détriment de la formation pédagogique. Les étudiants devraient passer deux concours de recrutement, l’un disciplinaire, en janvier, le second « pédagogique[2] » en mai ou juin de la cinquième année (Master 2). Ils n’auront même plus droit à l’année de stage rémunérée[3] qui suivait l’obtention du CAPES, mais seront immédiatement titularisés et donc affectés à des postes d’enseignement.
Des résistances s’organisent ici et là (voir par exemple :
Georges HERVE, décembre 2008.
[1] http://www.florence-soriano-gafiuk.fr/blog/education/ Ces gauchistes sont, à l’évidence, les enseignants en sciences humaines, psychologues, sociologues et autres pédagogues… que le Ministre et son entourage s’appliquent à « mettre hors d’état de nuire ».
[2] En fait, la pédagogie n’a plus de place dans la formation. Tout au plus, pourrait-il y avoir un « volet » didactique portant sur la « transmission des savoirs ».
[3] Ce qui entraînera, pour l’Etat, l’économie de 18 000 postes de stagiaires rémunérés – 10 000 équivalents temps plein.
[4] Cf. le billet de Claude Lelièvre du 11 décembre 2008 : http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/111208/un-ministre-de-l-hesitation-nationale
[5] Cf. Edgar Morin : « Les sept savoirs pour l’éducation du futur » et « Eduquer pour l’ère planétaire »


Tous les commentaires
Bravo pour ton analyse des manoeuvres politiques qui se trament derrière des décisions qui paraissent, à première vue, ne concerner qu'une catégorie professionnelle. Par contre, je pense qu'il faut étendre la réflexion au niveau de l'Europe car ce gouvernement appuie sa politique nationale agressive sur la politique libérale européenne qui sous couvert d'uniformisation installe des "normes" liberticides. On constate, en effet, dans chaque secteur traitant de l'humain (éducation, santé, justice) que l'on est en train de dissoudre tous les lieux de débats locaux et de les remplacer par des instances de transmissions et d'exécution de procédures formatées à l'échelon européen en tant que "bonnes théories" et "bonnes pratiques". Si le changement d'échelle est une nécessité pour de nombreuses raisons, il ne doit pas se réaliser au prix de la dégradation des liens sociaux. C'est pourtant ce qui est en train de se réaliser sous nos yeux car, en supprimant les lieux de débats où la culture prend naissance et se renouvelle, on prive la majorité des citoyens de leur droit d'y tenir une place active. Bien cordialement Philippe Lemercier
Oui, cher Philippe Lemercier, vous avez totalement raison de dire qu'il faut étendre la réflexion au niveau de l'Europe. Les normes liberticides édictées par l'Europe sont le résultat de lobbyings intensifs mais elles sont aussi issues des réunions des ministres des différents pays qui, après ont beau jeu de s'abriter derrière des directives européennes qu'ils ne peuvent qu'appliquer ! C'est une négation pure et simple de la démocratie qui exige des débats citoyens à la base et donc d'abord locaux. Vous évoquez des lieux de débats locaux : le problème est sans doute que ces lieux sont trop rares. Je ne sais pas si on peut considérer, par exemple, que les IUFM en soient vraiment ! et quant aux syndicats, ils sont trop souvent absorbés par les revendications corporatistes et les concurrences pour pouvoir réfléchir à des questions pourtant essentielles de façon vraiment constructives. Les seuls lieux que je connaisse dans le domaine de l'éducation sont des mouvements pédagogiques et quelques réseaux - j'essaie d'en animer un, REVEIL, (http://assoreveil.org) - qui ne touchent malheureusement guère les "non-spécialistes". Nous avons, naguère, milité pour que s'organise un grand débat national sur l'éducation. C'était, pour nous, un moyen pour que les citoyens dans leur ensemble, puisse se saisir des questions touchant l'école, mais aussi, d'une façon plus générale l'éducation dans toutes ses dimensions. Mais la mayonnaise n'a pas pris et le gouvernement de l'époque s'en est saisi et a saboté l'idée. Le problème est que la démocratie ne se décrète pas : ce sont les démocrates qui la font émerger et vivre. Or on ne naît pas démocrate, on le devient grâce à une éducation à la démocratie menée dès la petite enfance dans différents lieux et d'abord à l'école... Notre école actuelle ne forme que rarement des démocrates, mais plutôt des sujets soumis qui répètent les paroles du maître (ce titre n'est pas innocent !). Ce qui est grave dans la réforme Darcos, c'est qu'elles vont renforcer les défauts de notre école de façon durable. Très cordialement, Georges HERVE