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A Copenhague, des arrestations en nombre
Mardi 8 décembre, le sommet n'en est encore qu'à son deuxième jour mais déjà, remarque Denis Baupin, «la police danoise est très présente (mais encore assez discrète, les hauts dirigeants de ce monde ne sont attendus que dans 10 jours), les portiques de sécurité, badges, etc. filtrent les participants, et on se doute qu'il y aura une toute autre sélection dans les derniers jours de la conférence». Une intuition qui se confirme dès la fin de la semaine. Récit avec l'équipe du live-blog de Mediapart.
C'est à partir de la grande manifestation du 12 décembre que la police danoise se livre aux arrestations en nombre. En grand nombre. Jade Lindgaard, envoyée spécial de Mediapart, live-blogue: «17h29: Sur les écrans du Bella Center, images de policiers arrêtant tirant par le bras des manifestants assis en file indienne.» Puis l'information tombe: «Selon un communiqué officiel, la police a arrêté 400 personnes, décrites comme appartenant aux "Black blocs".» Il est 17h41. Premières mises en cause: «17h47. entre 50 et 200 personnes ont été bloquées par la police. Parmi elles, des manifestants portant des drapeaux d'organisations (Amis de la terre...). Mais la police soupçonne que des black blocks se trouvent parmi elles. Du coup ils les retiennent, et ne permettent aux personnes ainsi retenues que de sortir au compte goutte. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour demander leur libération. Les organisateurs de la manifstation sont mécontents: d'après eux, la police ne respecte pas les accords passés avec elle».
La parole à Maxime, toujours sur le live-blog: «J'étais chargé, comme d'autres, de la mise en place du bloc "Change System, not the climate", et notamment d'aider à ce que les cortèges français et Attac Europe soient bien derrière celui de la Via Campesina. Tout allait bien, était bon enfant - certes quelques échos de minuscules tentatives de groupes autonomes nous revenaient. Nous prenions des photos de nos cortèges... C'est en revenant vers le cortège Attac, en voulant prendre en photo la banderole des Attac Europe ... que les flics ont déboulé de deux rues adjacentes, avec camions pénétrant dans le cortège à bonne vitesse, etc...découpant le cortège en trois : la majeure partie de la manif déjà passée, 800 à 1000 manifestants bloqués entre deux lignes de flics, et le reste de la manif derrière...»
«Non habitués à ce type d'interventions, nous sommes quelques Français à ne pas savoir comment interpréter cette intervention rude, certes sans violence physique, mais d'une rare énergie et détermination...»
Il est plus de minuit, samedi soir, et Nicolas Haeringer donne des nouvelles: «960 militants arrêtés (sources policières : 700), plusieurs centaines étaient encore enfermées, retenues dans une vaste salle pleine de cages, moitié gymnase, moitié chenil. Un officier de police vient d'annoncer aux quelques dizaines de militants présents devant, en soutien, que tout le monde allait être libéré, et ramené sur le lieu d'arrestation.»
Dimanche matin Copenhague se réveille ainsi: «Ce matin la police danoise annonce avoir libéré presque toutes les personnes arrêtées hier soir: seules 13 des 968 personnes interpellées restent en détention. Trois d'entre elles -deux Danois et un Français- doivent être mises en examen pour violences sur policier. » (Jade Lindgaard). Nicolas Haeringer cite Morten, d'Attac Danemark : «En tant que citoyen de ce pays, je suis vraiment désolé que tant d'entre vous aient dû vivre ce que vous avez vécu hier, être bloqué par la police dans le froid. J'ai pris conscience de la limite de la liberté de parole dans ce pays, et j'en suis désolé. »
«Suite aux arrestations de samedi et dimanche, les groupes Danois de défense des droits de l'Homme réclament du gouvernement qu'il lance immédiatement une enquête sur ces pratiques visant à arrêter masisvement des manifestants sans raison apparente. Laissés plusiurs heures dans le froid, sans manger et sans boire, menotté-e-s et sans possibilité d'éccèder à des toilettes, centre de détention ressemblant à des cages... les manifestatant-e-s multiplient leurs témoignages... Officiellement, la police a le droit d'arrêter massivement si elle peut justifier que c'est nécessaire pour la sécurité et la démoratie. Avec 968 arrestations samedi soir et 955 libérations 6 heures plus tard...il y a peu de chances qu'elle convainque», explique Maxime, de ClimateJusticeNow, dans le live-blog.
Lundi, les manifestations reprennent. Un photographe du collectif d'à-vif(s) témoigne: «Manif de No Border : des militants déterminés et solidaires, des flics en panique mais pas d'arrestations.»
Mardi, Jade relève que «Tadzio Muller a été arrêté aujourd'hui à Copenhague. C'est l'un des piliers de Climate justice action (CJA), l'un des principaux mouvements derrière le "reclaim power day", journée d'action pour faire pression sur la Cop 15 qui se tient demain mercredi 16 décembre.» Nicolas apporte quelques précisions et donne son avis: «Tadzio serait accusé de trouble majeur à l'ordre public et violence envers agent de police. Hier, il avait été d'une clarté totale sur le sens des actions : non violence active, pas d'affrontements avec la police. Mais ces inculpations permettent de le maintenir en garde à vue 24 heures, un moyen de s'assurer qu'il ne prendra pas part à l'action de demain. Sachant que Tadzio est l'un des organisateurs de l'action et du Climate Justice Action... Il a été arrêté par trois policiers en civils, alors qu'il quittait le bella center. Bref : une arrestation ciblée.»
Jean, photographe: «Une opération de police est en cours à la Candy Factory lieu de préparation du bike bloc. Pas plus d'informations pour l'instant». Le bike block, ce sont des manifestant à vélos.
Nicolas: «Il y a eu une arrestation à la candy factory, d'un activiste en possession d'un petit couteau. Les autres activistes sont autorisés à partir. La police a saisi les "double double trouble". La police est également repartie avec un sac de matériel, à la contenance inconnue. La crainte des activistes : qu'elle contienne des outils, boulons et autres, utilisés pour bricoler les vélos, et soit présentée à la presse comme un arsenal d'armes par destination.»
Mardi soir, dernier message de Nicolas vers minuit: «La dernière info de la soirée, c'est une descente à la Folkest Hus, là où Via Campesina, entre autres, organisait une soirée festive.
Et parmi les 20 personnes arrêtés hier à Christiania, on compte des membres de Ya Basta!, bien formés à l'action non-violente, et qui devaient jouer un rôle clef dans la manif de demain. L'accusation contre l'un de leurs animateurs (qui est un militant non-violent de longue date) ? Jet de cocktail molotov. Pas très crédible... mais efficace : en comparution immédiate cet après-midi, il ne sera bien sûr pas sorti pour la manif de demain.»
Mercredi, Nicolas est arrêté à son tour puis libéré des heures après. A 17h25, Jade: «Notre liveblogueur Nicolas Haeringer vient d'être libéré. Aucune poursuite contre lui. Juste qqs heures de perdues ds les geoles de Copenhague.» La manifestation Reclaim Power se déroule sous haute surveillance.
Jeudi 16 décembre, des manifestants du réseau Climate justice action sont stoppés devant le Bella Center par un impressionnant déploiement policier. Vidéo ci-dessous:
Vendredi, une manifestation demande la libération des 90 prisonniers du climat. A l'appel de Climate Justice Now et de Climate Justice Action, elle rassemblerait environ 1500 personnes. Nicolas Hearinger: «l'ambassade de France au Danemark confirme qu'un français, arrêté le 12 décembre, est en détention préventive pour violence contre policiers. Il sera jugé le 4 janvier».


Tous les commentaires
Excellente initiative que de rappeler combien le "klimatforum" extérieur a été l'objet de violents assauts policiers incessants quelles que soient les manifestations qui se sont succédées.
Tous mes amis présents à Copenhague (Attac, NPA, écolos radicaux) sont unanimes pour dénoncer le "climat" que les forces de l'ordre danoises - auxquelles s'ajoutaient des "brigades" allemandes, françaises et belges - ont fait régner.
"Changer le système, pas le climat" s'époumonnaient-ils.
Un jour, "Reclaim the power", il faudra bien !
Extraordinaire concentration de troupes pour museler des manifestants non-violents. Pendant ce temps-là, tous les dictateurs de la planète défilaient pour défendre l'environnement. Ce serait à mourir de rire si ce n'était si tragique.
La présidente de séance, épuisée, a bissé ses remerciements à Sassou N'Guesso, au grand dam de celui avec qui elle l'a confondu... Puis elle a été remplacée : c'était bien le moins avant qu'elle ne s'effondre de fatigue. Une litanie de propos redondants et creux. Un grand festival du rien. Ça méritait bien en effet une vigilance totale, au cas où des idées auraient filtré jusqu'au centre de conférences... Il s'agissait de n'en laisser entrer aucune.
Les images de rafles, ici de centaines de jeunes menottés et alignés, deviennent des images banales de l'Europe forteresse.
Merci pour votre billet Géraldine Delacroix.
J'avais eu un rapide échange à propos de ces arrestations avec Claude-Marie Vadrot qui trouvait les forces de police danoises correctes et traitait de fictions les informations du Soir (journal belge) - et ne parlons donc même pas d'indy.dk
Je n'avais trouvé à ponctuer cet échange que d'un ironique pas 'bien grave', dans la mesure où CMV opposait son 'je suis sur place' au fait que je citais mes sources journalistiques. Argumenter dans ce cas ne sert en effet à rien.
Mais ici, je puis laisser le commentaire modéré que m'ont transmis les jeunes belges et européens qui sont arrivés à Copenhague samedi dernier : C'est frustrant quand même. On a à peine eu le temps de rejoindre la manifestation que nous étions déjà coffrés. Il paraît qu'il y a eu des bris de vitrines ailleurs mais là où nous étions tout était calme. Des heures ainsi dans un froid de canard, c'est disuasif. Ici, ils appellent ça des arrestations préventives.
Mêmes les jeunes finissent parfois par considérer comme un risque banal - quoique nettement désagréable - le fait d'être arrêtés sans avoir commis de délits - sinon d'opinion !
Mais que dire quand un journaliste de Mediapart - bien au chaud dans son camping-car - semble aussi trouver banales ces arrestations préventives ?