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Waiting for Irene

Les Kennedy ont une belle vue sur la mer. Leur propriété, le Kennedy Coumpound, s'observe depuis la plage, à Hyannis, sur la côte sud de Cape Cod, péninsule qui se jette dans l'Atlantique depuis le Massachusetts, entre New York et Boston. Irene y est attendue ce dimanche. Obama a quitté Martha's Vineyard, juste à côté, vendredi.

 

Nous avons quitté Cape Cod vendredi. La chaleur était torride et nous allions à Mystic (Connecticut), sur la Mystic River du film, visiter une reconstitution d'un port baleinier du 19e siècle et l'aquarium local. A quinze heures, à l'entrée de l'aquarium où l'on vend des billets combinés pour les deux attractions, on nous annonce la fermeture du Seaport samedi: «You know, we have a hurricane!» Soit. Nous filons au Seaport et repoussons la visite de l'aquarium à samedi.

L'ambiance est au rangement, on accroche, on amarre, on décroche, le site se prépare à l'arrivée des vents violents le lendemain. Un million de visiteurs par an, nous dit-on, mais personne ou presque cet après-midi là. En revanche, des méduses remontent la rivière par bancs. (Si vous passez par Mystic, vous pouvez économiser la visite, ou savoir que son principal intérêt est la visite d'un baleinier en cours de rénovation).

C'est en rentrant de Stonington, à quelques miles de là, où nous avons diné sur une terrasse au bord de l'eau qui nous a tellement réjouis, que l'on apprend l'annulation de notre avion. Il devait partir dimanche soir de JFK. On pensait que ça irait, on avait encore la tête aux vacances… Mais Irene a traîné, c'est un ouragan qui avance lentement. D'abord prévue samedi après-midi à New York, la voilà seulement dimanche.

En attendant, nous passons la soirée à essayer de résoudre ce problème d'avion. Le site de la compagnie propose à ses clients de se débrouiller en ligne pour changer de vol, mais notre tarif ne nous le permet pas. Personne ne répond au téléphone, ni en Europe ni aux Etats-Unis. Nous nous ruinons sans doute. Finalement, c'est sur Twitter que l'on attrape @klm qui propose son aide aux voyageurs. Nous envoyons un tweet déprimé avant d'aller dormir.

Samedi matin, l'atmosphère a changé. Il fait uniformément gris. Les nuages sont encore hauts mais on comprend qu'on ne reverra pas le soleil de sitôt. Il fait toujours chaud, ce qui surprend nos réflexes européens, habitués à du gris synonyme de froid. Nous sommes les premiers à l'aquarium où quelques gouttes de pluie font leur apparition. On s'étonne auprès du bassin des bélugas, en découvrant que l'eau doit être refroidie en été.

Nous avons appris par Twitter, n'est-ce pas stupéfiant, qu'on était "rebookés" dans un avion partant… jeudi soir. Quatre jours de vacances en plus, est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle? Je perds encore du temps et de l'argent au téléphone. Mais rien à faire, aucun vol avant le 1er septembre, même en partant de Boston, même en changeant de destination en Europe. Les sites d'info tiennent le décompte des milliers de vols annulés depuis la Floride jusqu'à New York.

Avec cette histoire d'avion, nous avons oublié de vérifier si le ferry qui doit nous conduire des rives du Connecticut à Long Island, dans l'Etat de New York, est maintenu. C'était le cas la veille. Ouf, sur place le bateau est toujours partant, et nous pouvons même prendre celui d'avant. C'est tant mieux car Irene remonte…

A bord du ferry, dans le détroit de Long Island.A bord du ferry, dans le détroit de Long Island. © G. Dx

A midi nous sommes à bord. Tout est calme dans le détroit, c'est même la purée de pois, une atmosphère cotonneuse, une visibilité zéro. Il pleut un peu. On regarde la télévision, les chaînes d'infos font du live 24/24 et 100%. Pas la moindre trace d'une autre information que «Tracking Irene» et ses cortèges de reporters en direct, de la Caroline du Nord où l'ouragan touche terre dans la matinée, à New York où, pour la première fois de l'histoire de la ville, un ordre d'évacuation est donné aux habitants des zones les plus basses. A l'arrivée, l'eau clapote un peu.

Notre hôtel est à une heure de voiture de JFK, sans pont à traverser -les ponts de New York seront fermés si les vents dépassent 60 à 65 miles par heure. L'urgence est de trouver une chambre pour le lendemain, dimanche soir. Une première recherche rapide ne donne rien à moins de 300 dollars mais je me divertis avec les chambres hors de prix du Trump-je-ne-sais-quoi à Manhattan. On prend la dernière, dans un motel tout près. Les chaînes d'actualité se préparent à leur deuxième nuit de live coverage. Irene fait ses premières victimes, dont le nombre passe de trois vers 19 heures à neuf à 22 heures... Un surfer imprudent, une crise cardiaque, un enfant tué par un arbre...

Samedi dans une station service de Long Island, Etat de New York.Samedi dans une station service de Long Island, Etat de New York. © G. Dx

Un peu avant 19 heures, nous tentons une sortie pour aller dîner. Le temps est franchement mauvais mais toujours avec cette chaleur qui atténue l'impression de tempête. Beaucoup de pluie mais pas tout le temps; et pas encore beaucoup de vent. Le temps de dépanner une famille sans voiture et sans provisions, les restaurants ferment. Il est 20 heures, la nuit est tombée et les clients ne sont plus acceptés. On rentre avec des sandwiches et le plein d'essence –en constatant que plusieurs stations étaient à cours, nous contribuons à installer la pénurie dès que l'occasion se présente.

Vers 22h30, Michael Bloomberg, le maire de New York est en direct à la télévision. Le temps de l'évacuation est terminé, explique-t-il aux habitants. Il faut rester chez soi et désormais faire avec ce qui vient de “Mother Nature”. Sur la highway en bas de l'hôtel, la circulation se poursuit. Vers 23 heures, quelques éclairs. A minuit je m'endors sur le début de ce billet. A deux heures, le bruit de la pluie sur les fenêtres me réveille.

Tous les commentaires

28/08/2011, 11:10 | Par Jean-Louis Legalery

Tout le monde ne réagit pas de la meme manière. En une du NYT une vidéo sur une party de bienvenue à Irene dans un célèbre bar new-yorkais...

28/08/2011, 11:27 | Par Géraldine Delacroix

Bonjour Jean-Louis

En effet, on ne sent pas de panique autour de nous. Et le pire étant encore à venir, les newyorkais ont pu sortir samedi soir. Mais sans doute en bas de chez eux: les transports en commun sont à l'arrêt et sans voiture, difficile d'aller bien loin.

Dans notre hôtel, il y a du personnel absent. Mais je vois toujours du monde passer sur la highway...

Je vais dormir, rendez-vous dans quelques heures.

28/08/2011, 11:34 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Géraldine Delacroix le 28/08/2011 à 11:27

Alors bonne nuit, chère Géraldine. Vous nous direz, à votre réveil, si, vu de là-bas, vous partagez le point de vue d'un éditorialiste du NYT qui pense que les autorités ont délibérément noirci le tableau en prévision du big hurricane, annoncé depuis des années, comme le big quake en Californie.

28/08/2011, 17:46 | Par Géraldine Delacroix en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 28/08/2011 à 11:34

Bonjour

En effet, les prévisions les plus catastrophiques ne se sont pas réalisées... Il y a eu la mise en place d'un principe de précaution à une immense échelle, et la fermeture des transports en commun, plus les évacuations, ont eu un double effet: celui d'éviter des problèmes, effectivement; et un effet pédago-effrayant, voulu ou non, qui a convaincu la population de ne pas prendre de risques.

La caisse de résonance produite par les télévisions est de ce point de vue à questionner... Sans oublier un syndrome Katrina, et la peur de la part des autorités de n'en faire pas assez, de laisser la tempête en liberté, d'être trop passifs... Ils ont préféré anticiper une désorganisation annoncée des métros, par exemple (il y a quinze jours, il y avait de gros orages, et déjà des problèmes dans le métro). La mesure est radicale mais efficace.

Demain, New York reprendra sans doute une vie tout à fait normale.

28/08/2011, 14:42 | Par Laurent Loty

Bon réveil, chère Géraldine !

Je vous lis et Irène devient encore davantage une réalité, bien concrète. Bon courage pour toutes les aventures qui surgissent quand Mother Nature s'en mêle (d'autant qu'il faut veiller sur les proches, et même sur les familles sans provisons).

Waiting for Géraldine

28/08/2011, 15:00 | Par pierre guerrini

 

 

A l'heure où the hurricane vrombit au-dessus de la ville, - et quelle ville ! ... La grande ville, et quelle grande ville ! ...La cité des attentes de combien de générations venues en découdre et forcer le destin, la plus européenne des américaines, au moins par son cinéma, l'indépendant, et aussi la plus prisée, la plus fascinante de cette partie de ce continent, avec ses auteurs, ses écrivains, ses polars, la nuits, la pluie, les phares de voitures et leurs halos de lumières mouvantes et chancelantes, l'attente, le temps en suspend, les baies vitrées battues par les vents, les rafales et l'eau en mitraille - , et s'en empare rageusement, racontez ...Racontez-nous ...Comment c'est ? ... Under the Hurricane !!! ...

 

 

28/08/2011, 17:04 | Par Mithra-Nomadeblues_

Chère Géraldine, votre billet nous fairait presque ressentir le vent jusqu'ici... Mais qui donc choisit les prénoms des ouragans ?... Ici, c'est le calme plat..., avant, (mais je ne l'espère pas), la prochaine tempête Marine ?..........

28/08/2011, 16:50 | Par elisa13

En dehors des problèmes que ça génère, et des catastrophes, votre récit fait un peu rêver. On aimerait presque y être ! (mais à l'abri)

Et que deviennent dans ce cas-là tous ceux qui n'ont pas de toit ?

28/08/2011, 20:38 | Par Oliv92

Tiens, ca me rappelle un billet que j'avais commencé il y a quelques années http://blogs.mediapart.fr/blog/oliv92/010908/les-ouragans-sont-vraiment-de-bons-clients-mediatiques

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