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May

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spécialité : non-spécialiste

T'es qui, toi? T'es quoi?

On ne peut pas répondre d'un mot... sauf si on répond sans réfléchir. parce qu'être électricien, pêcheur à la ligne, amateur de belote, c'est déjà bien plus compliqué que ça n'en a l'air. mais on est aussi fils (ou fille), parent; voisin, copain,collègue ;  catholique, ou musulman, ou bouddhiste ou athée, ou va savoir ; plutôt de droite, ou de gauche, ou "apolitique"; et tant de choses encore qu'on ne peut pas en finir d'essayer de faire le portrait de 'un humain, quel qu'il soit.Et ça, au milieu d'autres humains dont chacun est encore beaucoup d'autres choses, quelques-unes "comme moi" , ou "que je connais", ou "dont j'ai entendu parler ", ou "que je ne savais pas que ça existait". Pas de doute : chaque "je" est plusieurs, comme me l'a dit  un Mediaparticole.

Plus grave : être parent, c'est un métier, qu'on est obligé de pratiquer sans l'avoir appris, et dans des conditions sociales et techniques qui ne sont plus celles qu'on a pu observer chez nos parents. Enfant, on a appris à l'être à la grouille, et puis ce métier-là change tout le temps. Voisin, ami, c'est aussi des métiers si l'on veut, et pas faciles... Citoyen...Oh misère!

Comment on fait, là ? Si on continue à réfléchir, une avalanche de "spécialités" croule sur votre pauvre tête. Tiens, "époux" : voilà soixante deux ans que je m'évertue à être le compagnon de vie d'une femme, et je me sens trop souvent encore incompétent. Et j'avais déjà essayé d'apprendre le métier avec une autre... J'ai pas d'excuse.

J'ai cru un moment qu'Axel Kahn m'avait fourni un truc : il raconte que son père lui avait recommandé de s'appliquer à être "raisonnable et humain". Oh oui! Mais comment on fait ?

 Autre vacherie : chaque minute nous met en présence de "spécialistes" qui savent mieux que nous le métier qu'on s'efforce de faire le moins mal possible. Pour m'occuper de mes enfants, des législateurs, des psychologues, des pédiâtres, des professeurs, des prêtres m'assènent tant de savoirs étrangers que je ne sais plus comment je m'appelle. Comme citoyen, des juristes, des sociologues, des psychologues, des économistes, des urbanistes, des industriels, des policiers, des politiques, en plus de mes voisins, amis et connaissances, paraissent savoir mieux que moi ce que je devrais faire. Et souvent, ils me semblent bien avoir raison, au moins "de leur poinbt de vue". Raccorder tous ces poiçnts de vue autorisés, ou même autoritaires, je m'y perds.

Au secours, mes frères non-spécialistes obligés!

 

Tous les commentaires

Bonjour Gilbert Pouillard,

Votre billet est une mine de questionnements Sourire. J'espère de nombreuses contributions.

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Juste quelques commentaires en vrac :

1) Tout animal social (vivant dans une organisation sexuée) dépérit (physiologiquement parlant) s'il n'est pas au contact de congénères. Toute identité se construit dans le regard des autres.

2) Il n'y a pas d'identité sans Histoire, l'instant d'une rencontre (aussi petit que soit le "r") est l'instant où se croisent le fruit de deux histoires. La morale se charge de mettre des mots sur ce qui est bien et ce qui l'est moins.

3) Dans une société qui se dit être celle du Savoir (ce qui reste à prouver), être spécialiste c'est être "sachant". C'est à dire être dans la caste de ceux qui détiennent un pouvoir. Cette présumée société du savoir est donc celle des illusions, parce qu'un spécialiste est quelqu'un qui sait beaucoup de choses sur très peu de sujets, au point de ne rien savoir du tout. Le spécialiste spécialisé étant l'Expert, dont on peut dire qu'il est celui qui saura nous expliquer demain pourquoi ce qu'il a prévu hier n'est pas arrivé aujourd'hui.

J'en viens à  regretter d'être autant d'accord avec vous, samines... Parce que ce sont ceux qui ne sont "pas d'accord" (pensent que je me trompe, ou voient depuis un autre "point de vue" ou avec d'autres lunettes) qui me font progresser. Ceux qui opinent me font "juste" plaisir (eh,oh, on crache pas dessus)

Une ou deux idées : 1/ biologiquement, nous sommes des primates "sociaux" de groupes analogues à ceux de nos plus proches cousins connus, chimpanzés et bonobos. Disons, maxi une centaine d'individus. Cette identité, on la retrouve chez ceux qui disent : "J'aime mieux mes enfants que ceux du voisin ; ceux du voisin que ceux de l'autre village ; ceux de l'autre village que ceux d'au-delà du fleuve, etc..." On ne peut renier cette identité, mais parce qu'on est espèce mondialisée écologiquement, il faut la dépasser, inventer autre chose que "j'aime mieux"

2/ notre initiative de l'évolution culturelle, née de nos potentiels de faber, sapiens, loquens, nous a vus inventer des "ethos" multiples : langues, civilisations, religions et philosophies, éthiques, techniques et sciences. Nous sommes individuellement plus diversifiés que toute autre espèce; nous occupons la totalité de notre planète, en groupes non permanents géographiquement, qui échangent sans relâche sur des modes indéfiniment variés. Nous sommes même en relation avec des congénères jamais rencontrés, ou morts depuis longtemps (par les souvenirs et les "oeuvres" qu'ils ont laissées, ne serait-ce qu'un silex taillé)

3/ nous sommes tous des "sachants", et nul humain n'existe qui ne pourrait m'apprendre quelque chose que j'ignore. Ca, je l'ai appris tout au long de ma vie. Il y a Quelques mots là-dessus dans mon blog posté aujourd'hui.

A bientôt, amitiés.

Sourire

Nous sommes individuellement plus diversifiés que toute autre espèce; nous occupons la totalité de notre planète, en groupes non permanents géographiquement, qui échangent sans relâche sur des modes indéfiniment variés.

Et en plus, il est ultra-probable que nous ne soyons pas seuls dans l'univers.

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Le nombre d'étoiles dans notre galaxie est estimé à cent milliards, il y a donc plusieurs dizaines de centaines de milliards de planètes dans notre seule galaxie. On ne compte pas le nombre de galaxies. A raison d'une chance sur 10 milliards pour qu'une planète héberge la vie, il y a donc plusieurs centaines de planètes habitées dans notre galaxie. Cette carte recense celles où la probabilité est raisonnable. Les termes de ce calcul de probabilité sont explicités sur le site.

Samines, la vue large : tant mieux! je rétrécis cependant : pour le moment, la seule vie que nous connaissions, et vis-à-vis de laquelle nous devions nous sentir responsables, c'est celle dont nous sommes une fraction, celle qui a pris naissance sur nore terre. Et nous nous montrons bien négligents et bien incompétents... nous avons "inventé demain", mais nous ne sommes pas capables de le projeter correctement, ce demain qui va s'imposer à nous. Et pas capables non plus de corriger la trajectoire, quand nous voyons que ça n'ira pas. Nous fabriquons, utilisons et instrumentons, imaginons, inventons à tout va, sans nous être donné les moyens de piloter notre énorme vaisseau à accélération toujours plus grande. C'est pour cela que je pense que notre tâche première est de nous éduquer : e ducare, conduire hors de (l'impuissance, l'incompétence, les perversions clandestines). Chacun, en ce qui le concerne, parmi, grâce à, avec et parfois contre les autres. Et vers quoi, je vous prie? Nous ne pouvons nous assigner de but ultime : demain nous serons plus nombreux, plus puissants, confrontés à des problèmes nouveaux. Et, à la fin des fins, nous disparaîtrons en tant qu'espèce, comme chacun de nous disparaît en tant que personne unique et irremplaçable. Notre seule ambition peut être de déployer, le plus possible et le plus longtemps possible, les potentiels encore inexploités dont nous ont fait cadeau les deux évolutions, biologique et culturelle. Y a encore du temps, et tant à faire...

Ce que je dis à toute jeune maman, dont la compétence est confisquée dès la grossesse, accablée de conseils, de prescriptions, d'interdits, dès qu'elle a mis au monde sa progéniture : "C'EST VOUS QUI SAVEZ !".

N'écouter aucun conseil, descendre en soi-même, forger ses propres repères, en fonction de ce qu'on a à transmettre, apprendre à connaître ses enfants qui ne sont pas ceux des autres, identifier, dans ce long travail d'éducation, qui l'on est vraiment... voilà la seule manière de faire bien. La parentalité est d'abord une expérience, elle est irréductible à un savoir.

N'écoutez que vous-même, avec soin, c'est déjà très difficile.

Chère Hélène, bien sûr que c'est la maman qui doit savoir (et tous ceux de l'entourage proche du tout-petit), mais elle peut se sentir écrasée par cette responsabilité énorme, de protéger, aider, une future personne sans maladresse ni manque de vigilance. Toutes les contributions seront les bienvenues, si elles ne sont pas imposées brutalement ou avec arrogance. La phrase juste, je crois, serait "Cest vous, maman,  qui savez ; mais vous ne saurez jamais trop, et on est avec vous." et je suis sûr que c'est cela que vous vous évertuez à faire.

"La parenté est irréductible à un savoir" : comment ne pas opiner ? Mais la parenté peut aussi s'enrichir de tous les savoirs. Ceux forgés dans et par les tâches quotidiennes, et l'affrontement des inévitables obstacles, accidents ou même drames. Et, de plus, ceux accessibles par des livres, des discussions, des demandes d'opinions, des recours à des compétences extérieures ( on n'opèrera pas son enfant de l'appendicite, on ne sera pas son maître à l'école). Il faut coopérer, rien n'est plus important qu'un humain en devenir, et provisoirement dépendant.

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