continuons la danse ...
Nous sommes vivants ; c'est quoi, çà ?
Une minuscule partie de l'Univers, très spéciale, de matière organisée et active téléonomiquement. Chimie du carbone, grosses molécules complexes, structures particulières auto-reproductives et "inventives" (avec innovations par "erreurs de copie"). Energie puisée "néguentropiquement" dans son environnement (imposant son ordre en augmentant le désordre alentour.
La matière vivante agit pour continuer d'être, pour se répandre et s'inventer. Son action s'opère par choix et rejets ; je vois là l'assise de nos familiers "oui/non" et "bon/mauvais". Et, plus indirectement encore , l'origine de nos formes sophistiquées de choix et rejets, les coopérations et conflits, souvent masqués, entrecroisés en réseaux contradictoires.
Merci à Michel Bouet (Signification du sport, Presses Universitaires, 1968) pour son néologisme "avec-contre". Une rencontre sportive, nous dit-il, c'est un duel, en temps et lieu convenu, et avec des règles explicites, entre deux individus ou deux équipes, qui sont d'accord pour se combattre de toutes leurs forces dans ce cadre commun. Après quoi, chacun repart chez soi, ayant été déclaré vainqueur ou vaincu du jour, sans autre suite. Jeu et effort, pour le plaisir, et pour essayer de devenir plus fort, plus adroit, plus malin, plus courageux, ce qu'on devra à l'adversaire qui vous aura poussé à faire plus et mieux.
Bien sûr, cette idée est partout masquée, dévoyée, récupérée, reniée. Triches, corruptions, irruption d'intérêts financiers ou politiques, sont là, comme ils sont partout. Mais mediapart m'apparaît comme une sorte de stade pour des rencontres peut-être moins corrompues qu'ailleurs. Alors, chers membres du Club, rencontrons-nous, défions-nous, combattons et coopérons, non pour la gloire, le profit ou le pouvoir, mais pour être un peu plus vivants...


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Oui, Gilbert, je vais reprendre ce fameux néologisme sportif que vous citez, du avec-contre, et, même, le modifier légèrement en avec/contre. Le jeu, voilà l'enjeu des relations sociales. Nous l'oublions trop souvent.
Merci.
Jean-Jacques M’µ
D'accord avec vous deux sur le avec/contre, mais nous sommes pas des électrons ni des particules matérielles;
Nos interactions ne sont pas régies par de seules lois physiques.
Et la métaphore du sport ne me semble pas indiquée car elle est déjà biaisée par la compétition.
Il y a d'autres finalités possibles aux relations humaines que la compétition ou même que la coopération compétitive (à but individualiste).
(voir par ex. la discussion sur le "soin" engagée sur le fil de l'interview de T Todorov).
.
Les sociologues ont montré que les interactions humaines sont régies aussi par des lois sociales, l'une, très importante : garder la face, ne pas faire perdre la face. Les psychologues parleront eux de la nécessité de préserver l'estime de soi.
Combattre sur Mediapart peut être un plaisir, mais la discussion entendue seulement sous cet angle peut aussi écarter pas mal de monde. De façon plus ou moins invisible.
Si chacun de nous nous ne prend pas "soin" de la relation dans une discussion, eh bien, on aura les commentateurs habituels.
Ce qui a des implications politiques et citoyennes.
Assez juste, cette affaire de "ne pas perdre la face". Il me semble que le sport (je ne suis pas sportif) ou que le jeu pourraient très justement permettre les conditions de cette équité. Sinon, nous tombons dans ces horribles considérations des codes de l'honneur, qui permettent tout, hélas, y compris le crime de sang au nom du père, par exemple. Une des particularités de l'année 2011 que j'ai vécue, c'est que j'ai eu à fréquenter des Albanais, des Chinois, des Marocains aux prises avec la pression sociale, et tenus de garder une forme de "dignité"... En ces premiers jours de 2012, je suis en train de me demander si nous non plus, ici, à Mediapart, nous ne fonctionnerions pas à la même façon que ces fumeuses et fameuses crispations où l'on est prétendu traître ou lâche très facilement face à un groupe d'origine ou quand on veut accéder aux faveurs d'un groupe extérieur à nos habitus.
Mon expérience avec les Indignés difficiles d'accès et avec les pages d'information me le confirment chaque jour : mais quelle fa(r)ce veut-on sauver, en laissant vide une information pourtant nécessaire à la société entière ?... Quel groupe soutient-on par ces négligences où je me refuse à voir de l'ostracisme ?.. ("on"?... si je savais qui il serait : mes interlocuteurs directs ? comme Antoine Perrault ou Géraldine Delacroix ?... l'anonyme et très élastique comité de rédaction ?... une voix supérieure au nom d'intérêts supérieurs ignorés ?...). Si les Indignés prennent si mal, c'est aussi, qu'on les prend bien mal, sans doute, non ?... Quand on a tout perdu : peut-on encore perdre la face ?..
Jean-Jacques M’µ
Vous soulevez le néologisme "avec-contre" (Michel Bouet, Signification du sport, Presses Universitaires, 1968) et les règles qui sont mises en place pour mettre en mouvement deux corps en présence, c'est vrai que la danse est dans ce processus là. Vous m'aidez à aller plus loin dans ma pensée par rapport à mon travail.
Finalement notre culture vient de notre art de mettre en présence les corps. Chaque culture a ses façons, j'ai travaillé sur la culture autoritaire que nous connaissons encore et si vous regardez les corps ils ont très peu en mouvements, pratiquement tout passe par les mots, seul exutoire, ou alors la guerre, et aujourd'hui l'achat compulsif !!!
Voici les règles sur lesquelles elle repose, mais je me demande si elles viennent vraiment de la culture chrétienne, n'étaient elles pas déjà là avant ?
"Napoléon a voulu placer les esprits sous l’emprise de l’Etat (Godechot p733). Il était “indispensable de développer l’enseignement supérieur afin d’instruire les multiples fonctionnaires qui devaient former les cadres de la nouvelle administration” (Godechot p745), “l’Université avait été conçue sur le modèle des congrégations” (Godechot p735). Il sera suivi par Guizot qui préconisait “le gouvernement des esprits” (Lelièvre p62) après avoir évincé l’enseignement mutuel qui risquait de “transformer chaque établissement en république” (Lelièvre p75). « La pédagogie appliquée réellement, celle des frères des écoles chrétiennes, correspondait à une conception théocratique de la société dans laquelle l’enfant est une terre vierge qu’il faut défricher à grand effort et dont les valeurs sont : vertus d’obéissance, régularité, mortification de l’esprit, des sens, humilité, modestie, pauvreté » (Lelièvre, 1990, p75).
C'est la mortification de l'esprit et des sens qui répond à ce néologisme "avec-contre", j'ai émis une hypothèse qui vaut ce qu'elle vaut : "En d’autres termes : dans le rapport aux autres, apprendre à vivre ensemble (sexualité/attirance et agressivité/rejet), autonome, en se faisant confiance. Nous sommes au coeur de la démarche d’un apprentissage particulièrement enrichissant qui sera mis à jour par la recherche. Il a été renié par l’homme pour se punir de vouloir ressembler à Dieu et a conduit à la solitude de la personne dans le système institutionnel (Eglise ou Ecole)."
http://josiane.blanc.pagesperso-orange.fr/fichiers_pdf/la_pedagogie_autoritaire.pdf
Qu'en pensez-vous ?
C'est assez lumineux, comme ça. On voit se profiler des systèmes.
Je n'ai fait que lire, une fois. Comme je me méfie de moi quand j'adhère si vite, je me promets de revenir plus tard, ce soir, pour y aller avec un regard plus critique, histoire de mesurer si les arguments tiennent.
Jean-Jacques M’µ
OK
J'y reviens donc. Et je vous donne raison sur tout.
J'apprends avec vous l'idée que l'on pourrait avoir un enseignement mutuel plutôt que sous la forme des congrégations. Cette conception me séduirait presque et j'irais consulter Lelièvre pour mieux savoir de près ce qu'il en serait, si l'expérience aura eu pu prendre en quelque région du monde.
Quant aux "avec-contre" où vous conduisez le raisonnement du côté de la confiance entre les êtres, c'est un des dadas de ma réflexion, je marche.
Je suis davantage attristé quand je lis que l'École conduirait à la solitude comme l'Église ou n'importe quelle autre institution. Si ce que vous dites est vrai, nous sommes nombreux à avoir participé à une immense machine à broyer les êtres en devenir.
Brrrrrr !
Jean-Jacques M’µ
Avec/contre : pour M.Bouet, ce sont des partenaires/adversaires qui se rencontrent en temps et lieu convenus, pour s'affronter selon des règles connues et acceptées par les deux camps. A mon avis, l'absence d'arbitre institutionnel, le self-arbitrage (comme dans l'Ultimate, ou le randori du Judo), l'absence d'enjeu (ni "titre", ni gain pécunier ou médiatique), la préoccupation de s'obliger/obliger l'autre à se dépasser, signent les formes les plus éducatives de compétition.
Dans la vie quotidienne, toutes les interactions humaines peuvent se déchiffrer comme des complexes de coopérations/oppositions. Il existe des attirances non sexuelles ; par exemple, celle que je ressens pour votre pensée. Il y a des rejets non agressifs : si je crois que vous vous trompez, je le dis, non pour vous contraindre à me reconnaître supérieur, mais pour vous pousser à préciser, nuancer, modifier ce que vous dites, et en retour me signaler mes manques, erreurs, illusions. Sur le terrain de la pensée, donc, partenaires et adversaires, indissociablement, avec l'objectif de progresser l'un et l'autre.
Quant aux contraintes socio-historiques que vous évoquez, découvrir les racines des nôtres est instructif. Par exemple, l'évocation du bonapartisme est pertinente, et je crois que nous n'en avons pas fini avec cette manière de vivre ensemble, hélas. L'analyse du hic et nunc doit à mon sens s'accompagner de la réflexion sur les terrains, moyens et objectifs de lutte les plus pertinents. S'indigner, c'est bien ; se révolter, c'est parfois inévitable, avec la "casse" que cela comporte ; combattre sans relâche, c'est le mieux (comme, quand on peut...)
Votre texte m'a inspiré une réflexion sur la docimologie que je vais taper et transmettre. Un avant-goût : on me commande de "noter sur vingt", et je trouve cela stupide. Je refuse (révolte), ou j'invente des façons de rendre les notes moins stupides, des débats sur ce que c'est que "noter" (combat) ? J'ai connu une révolte : des élèves de Collège brûlant dans la cour leurs bulletins de notes. Heureusement, ce n'étaient pâs des "trublions", mais tous les présents . il en est résulté une "révolution" : un changement dans les règles qui gouvernaient la notation, les explicites comme les cachées. Tant mieux : élèves, profs, administration y ont gagné en compétence.
Il est vrai que les deux approches ne sont pas totalement comparables, c’est le rapport à l’autre que j’interroge ici, je n’étais pas allée jusqu’au but. En disant cela je pense à un schéma réalisé dans lequel je croise « le juste et la loi » et ce que propose M.Bouet est de cet ordre, les partenaires/adversaires se donnent une règle, et c’est l’axe de la loi, l’axe horizontal qui travaille le savoir faire et le vivre ensemble, on pourrait ici dire l’être ensemble, la raison pour laquelle cette rencontre se produit est de l’ordre du juste de la justesse, l’axe vertical qui travaille le savoir être et la connaissance.
Je ne peux pas vous renvoyer sur mon site vers ce schéma, depuis que j’ai téléchargé adobe reader X je ne parviens plus à le mettre en ligne. Vous pouvez le voir ici mais il n’est pas complet http://www.epedrome.org/telechargements/schema_josiane.pdf
Je suis totalement d’accord avec vous lorsque vous dites qu’il existe des attirances qui ne sont pas de l’ordre du sexuel. Je crois que la confusion vient du fait que l’on mélange sexe et genre, je crois profondément que ce n’est pas du tout la même chose. Vous verrez sur le schéma ce que j’associe à la loi (féminin, groupe, sédentaire…) et ce que j’associe au juste (masculin, individu, nomade...) ce n’est pas anodin.
Je suis aussi en accord avec vous lorsque vous dites que l’autre peut m’aider à avancer dans ma réflexion, c’est bien parce que les autres, par leurs questions, m’ont obligée à creuser des points de détail que je n’avais pas vu que je suis allée si loin. Cet objectif de progresser l'un et l'autre je le revendique totalement aussi.
Lorsque j’étais dans ma recherche et dans la découverte de ce système et de ses conséquences, c’est vrai que j’avais l’impression qu’il n’y avait qu’une solution, détruire. Par trois fois je me suis opposée à l’un de mes directeurs de recherche, ce que je raconte dans notre livre collectif. C’est ainsi que je conclus le résumé de ces trois épisodes :
« ces trois épisodes me permettent de comprendre aujourd’hui que ma recherche m’a mise en contact avec un savoir “ agressif ” et le besoin de “ me défendre ” a été très fort ; la fuite et l’attaque sont des moyens de défense, “ faire le mort ” aussi. Comment adopter la bonne attitude, pour construire ? Il faut du temps… et peut-être d’abord déconstruire ! ». Je crois qu’avec mon livre personnel je suis parvenue à déconstruire ces systèmes.
Parlant de Napoléon, je poste un autre message avec le passage qui m’a mise sur la piste de cette recherche, c’est cela qui l’a orientée. Je n’avais jamais rien lu de la sorte sur cet homme, je l’ai regardé d’un autre œil.
L’épisode que vous racontez montre que dans ce cas là jeunes et adultes ont pu se parler et que les adultes ont su se remettre en cause pour construire d’autres manières de faire, ailleurs cela aurait pu se terminer par un résultat beaucoup moins coopératif. Je vous remercie de me le faire connaître.
l’enfance de Napoléon
Max Gallo dans “Napoléon, Le chant du départ” (1997) nous fait un tableau terrible de sa condition. Mais la description la plus dure c’est chez Frédéric Masson que je l’ai lu. Charles-Napoléon emmène Joseph et Napoléon à Autun, départ de Corse en décembre 1778. “Ce n’est donc point une brisure de coeur la
première fois qu’il quitte sa mère et son pays. Le compagnon de son enfance part avec lui. Ils vont tous deux vers le nouveau, l’aventure et la fortune, sous la conduite de ce père, aimable, beau, lettré, spirituel... Le père reparti, tous deux ensemble à Autun, c’est assez encore pour leur coeur : ils se distraient, se consolent, s’épaulent l’un l’autre : où est la cassure véritable, c’est, après les cinq mois d’Autun, quand les deux frères sont séparés et que Napoléon entre à l’école de Brienne ; alors, pour lui surtout qui n’est point liant, ni aimable, c’est l’isolement définitif, absolu, sans un compatriote de qui se faire entendre, à qui parler du pays natal qui, rendu plus cher et plus attrayant, occupe désormais toute sa pensée. Cet enfant de neuf ans commence là la lutte pour la vie. Sous un ciel inclément, au milieu de maîtres ignares et de condisciples ennemis, soumis à une discipline qui révolte son esprit et à des habitudes qui révoltent son corps, il faut qu’à lui seul il s’instruise, s’élève, s’éduque, trace sa carrière et marque la route qu’il prétend parcourir. De secours du dehors nul à attendre ; il n’a pour le soutenir que le sentiment du devoir, que l’ambition d’arriver, que la conviction de sa fortune. Il se replie sur lui-même, s’enferme en ses souvenirs, s’isole en son rêve. A la claustration forcée, il ajoute si l’on peut dire une claustration volontaire et, seul avec sa pensée, il la martèle et la trempe. Même après des années de séjour, il ne semble point familiarisé : sans doute pour tous ceux de ses maîtres, tous ceux de ses camarades qui firent, par la suite, appel à sa mémoire, il eut des bontés singulières, mais il ne semble point que, sauf peut être avec Bourienne, il ait eu une sorte d’intimité et un semblant d’ouverture de coeur” (1913, p.27-28).
La découverte de cette enfance blessée m’a fait regarder le personnage d’une manière totalement nouvelle. J’ai cherché depuis à réunir des informations sur les traces de cette souffrance. Ce qui va suivre reconstitue, de manière très raccourcie, le parcours d’un homme que je tente de comprendre.“...parce que les sentiments de l’enfant sont si intenses, ils ne peuvent être réprimés sans lourdes conséquences. Plus le prisonnier est vigoureux, plus devront être épais les murs de la prison qui va freiner, voire bloquer, le développement émotionnel ultérieur” (Miller, p 54). (Mémoire de maîtrise p.23 - http://josiane.blanc.pagesperso-orange.fr/fichiers_pdf/memoire_maitrise.pdf)
L’inquiétude qui m’habitait depuis cette mise en recherche s’est évanouie le jour où j’ai compris ce qui s’était passé pour moi. J’ai beaucoup aimé votre approche par la danse, c’est un peu cela la vie mais notre partenaire c’est nous même et comme dit Daniel Sibony :
« Nous avons dit le rapport de la violence à l’origine. Or la vie, dans ses détours marquants, dépend de votre façon de rencontrer votre origine, surtout quand elle vous rattrape. Il peut s’ensuivre un mouvement d’entre-deux, une suite de traversées où l’on est rattrapé-relâché ; et il faut esquiver le coup fatal où l’origine vous rattrape une fois pour toutes. Il y va donc d’un certain enjeu, d’une liberté à conquérir pour franchir l’épreuve : l a brisure du cadre. Là se profile un certain choix : va-t-on rejouer autrement ? rejouer la même chose ? ou afficher “fin de partie” ? Toute la broderie du symptôme en tient compte. Là, une exigence éthique minimale : veiller à ne pas choisir une position malheureuse ; ne pas choisir de se faire mal au moyen des autres ; résister au plaisir de les mettre en faute...
Il ne s’agit pas de faire que le mal n’ait pas lieu - il a lieu, il fait partie du jeu de l’être -, mais de passer l’épreuve où ça a lieu ; ça, la brusque rupture où s’ouvrent d’autres niveaux de l’être, quand l’interprétation révèle des ouvertures” (p 336-337). » (Violences, 1998).
Bonjour,
Je ne vais pas vous dire que je suis ravie que nous soyons d’accord car je préfèrerais que nous nous retrouvions sur d’autres bases mais tout n’est pas si noir, je vais essayer de le montrer.
Il existe une autre pédagogie, un peu à la marge dans l’école mais qui a le mérite d’exister -http://www.pedagopsy.eu/livre_formation_reciproque.htm - les échanges réciproques de savoirs et c’est une institutrice qui l’a mise en place, Claire Héber-Suffrin, depuis plus de 30 ans.
Pour ce qui est de la confiance à faire vivre entre les personnes, je fais cette proposition à la suite de ma recherche (2001) mais surtout pour l’avoir mise en pratique dans le groupe d’étudiants que nous formions. Nous avons fait un livre collectif après notre expérience « Quand l’université et la formation réciproque se croisent, histoire collective et histoires individuelles de formation » chez l’harmattan en 2004.
Plus tard à l’occasion de mon livre (en 2007) j’ai un peu évolué et j’ai parlé plutôt d’isolement. Si dans la famille la place de l’enfant a évolué parce que les parents avaient l’autorité partagée plutôt que le Pater familias, il y a quelque chose qui se joue aussi dans la relation famille – école. Si les parents et les enseignants ne font pas front commun devant l’enfant, il peut avoir un espace où il va pouvoir évoluer plus librement, s’il se retrouve devant un mur d’Autorité il n’a plus aucun échappatoire possible.
Et ce n’est pas forcément sur l’instruction que cela se joue mais plutôt sur l’éducation. J’ai fait parti de commissions d’appel lorsque j’étais encore déléguée, et je me souviens de l’exemple du fils d’un couple d’enseignants, en 3e il faisait parti d’un groupe d’élèves plutôt férus d’informatique mais dont les résultats scolaires n’étaient pas au top. Suffisamment pour qu’il passe en commission d’appel. Alors que la fille d’un autre parent, dont la situation était la même, a dû redoublé, la maman de ce jeune homme a dit à la commission que son père, enseignant, serait l’année suivante dans l’établissement où il serait inscrit. Alors que le jeune a dit à la commission qu’il préférait redoublé, la maman a eu gain de cause et l’enfant a été autorisé à passé en 2de. C’est un exemple caricatural, mais je pense qu’il montre bien la situation de certains jeunes face à ces deux institutions qui peuvent parfois se liguer contre lui. J’ai connu cela, à l'âge de 15 ans et mes parents n’étaient pas enseignants, cela s’est terminé par une TS. C'est cet isolement là qui est redoutable, les jeunes n'ont pas d'avocat pour les défendre dans un établissement scolaire. Si cela venait à se produire, observez ce qui se passe dans un conseil de discipline.
Pour ce qui est de cette éducation je pense, en dehors des abus, qu’il n’y a rien à regretter car elle permet à ceux qui font partis d’un groupe (y compris familial) de se désolidariser de lui lorsqu’il devient oppressant. C’est ce « capital intérieur » qui permet à l’enfant de se « séparer » de sa famille, ou autre, sans être soumis au « capital hérité ». L'école a perdu son capital humaniste et c'est peut-être cela le plus regrettable. Pour cette émancipation vous pouvez regarder ce document http://www.psychasoc.com/Textes/les-trois-temps-de-la-loi
Côté famille, le fait de ne pas faire front commun, permet aux parents parfois de se positionner face à l’école lorsqu’elle abuse de son pouvoir. Les institutions sont redoutables si elles ne sont pas indépendantes, je me demande si la loi Jospin qui a fait entrer les parents dans les écoles est une bonne loi, et c’est un parent qui le dit avec son histoire conflictuelle avec l’école… Mais si elle n’a plus sa place « dans » l’école, il faut lui donner toute sa place face à elle et ne pas soumettre les parents à l’école ce qui se fait aujourd’hui. Les parents qui instruisent leurs enfants à la maison en savent quelque chose par la pression que met l’éducation nationale sur eux. L’école ne doit plus être juge et partie et le droit doit pouvoir s’appliquer ici aussi, l’abus de pouvoir contre lequel j’ai combattu m’a démontré qu’il n’en était rien.
Tout se joue dans les interstices et ils ne sont pas faciles à voir, cela suppose un changement de regard.
Je pourrais affiner, mais c'est déjà bien long...
Si je vous disais que c'est passionnant, tout ce que vous dites et qui me renvoie à des positions en lesquelles je n'ai pas toujours cru suffisamment fort pour y tenir longtemps, bien qu'elles m'aient eu séduit un temps, chacune à sa façon.
Là encore, je manque de temps. Mais vous me rendez mon énergie. Ce que je viens de lire plus haut sur la formation réciproque (dont j'ignorais l'existence) ranime mon intérêt, hélas bien retombé, pour la pédagogie.
Quant à vos anecdotes comparées sur les commissions institutionnelles ou sur le rôle des parents, il y a tant et tant à raconter !...
Je vais essayer de réfléchir à la partie enseignement et culture dans ces réflexions qui naisent autour d'une constituante. Vos lectures vont me guider, je le sens.
Bonne journée.
Je cours à mes activités.
Jean-Jacques M’µ
www.abceditions.net
merci pour votre lien. Je comprends que cette démarche des échanges de savoirs puisse vous intéresser.
Claire Héber-Suffrin a théorisé cette démarche aussi bien avec les adultes qu'avec les enfants. Elle est aujourd'hui docteur en sciences de l'éducation et vient de recréer un nouveau réseau après la disparition du premier pour cause finances. Voici leur nouveau lien. Elle se rend toujours disponible pour les personnes intéressées http://www.rers-asso.org/
Ce fil pourrait vous intéresser http://blogs.mediapart.fr/blog/josiane-blanc/010212/de-la-force-de-la-pedagogie-autoritaire