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L'ordre juste, la ligne juste, la règle d'or et la République...

Nous avons eu l'ordre juste de Ségolène Royal en 2007; il s'agissait non seulement de remettre de la mesure dans les outrances sécuritaires d'un ministre de l'intérieur devenu candidat à la présidentielle, mais justement de suivre ses traces en terme de dispositifs sécuritaires à l'égard notamment des jeunes... Cette thématique a repointé son nez cette année lors des primaires socialiste avec la proposition de Ségolène Royal de l'encadrement militaire des jeunes délinquants ...

Mediapart nous informe de la nouvelle découverte du staff d'Eva Joly avec les termes de ligne juste . Il s'agirait là d'utiliser le terme juste pour introduire un supplément de morale publique auquel se sur-ajoute des propositions pour la VI éme République...

L'on retrouve encore le terme " justice" dans beaucoup de propos d'admirateurs de la règle d'or. Il s'agit ni plus ni moins d'anéantir la spécificité de la constitution française en y introduisant une règle comptable d'interdiction de déficits publics.

 

La " justice" est à la mode, qualificatif facile pour justifier des mesures, des réformes qui parfois ont tout de l'injustice.. La même déconvenue est arrivée au terme Egalité lorsque l'on a crée l'expression " Egalité des chances ", ce qui veut dre en clair qu'il n'est pas recherché l'égalité dans telle ou telle politique publique mais seulement son apparence en terme de chances..

 

Compte tenu de la situation de la justice dans notre pays, sous dimensionnée, de plus en plus fragile et dépendante de l'éxecutif, il y a tout lieu de s'alarmer lorsque l'on jette aux quatre vents la notion de justice...Il n'en restera plus rien, peut être la volonté de faire moderne et/ ou de laver plus propre sur soi .. Utiliser la lessive qui, comme le déclamait Coluche, nettoie les taches les plus tenaces dans les noeuds du linge ..

 

Laver plus blanc au moment ou la corruption et l'affairisme ont dévoyés la République, ce peut être un remède, ce sont souvent des bonnes accroches sans lendemains...

Car ce qui est novateur ne se résume pas dans une simple expression mais est souvent énoncé dans des chartes de droits fondamentaux , ceux là même que l'on souhaite actuellement transformer en règles comptables...

Au contraire, nous sommes nombreux a penser qu'il s'agit de faire vivre les principes dégagés par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. En voici un exemple et sa déclinaison républicaine;

 

Prenons les articles 13, 14 et 15 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen:

Article XIII.
Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Article XIV.
Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes, ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.

Article XV.
La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

 

Ces articles concernent la nécessité pour les citoyens de savoir où passe leurs impôts.. Sous l'Ancien Régime et sous la férule des fermiers généraux, l'impôt était privatisé immédiatement dès sa perception. Aujourd'hui le parlement doit exercer publiquement le contrôle et l'affectation dans un budget public...La Cour des Comptes y veille notamment à postériori par un contrôle des dépenses publiques de l'Etat et les Chambres régionales des comptes pour les dépenses et budget des collectivités locales...

Or il s'avère que ces contrôles sont peut être trop tatillons....Telle est l'histoire des Chambres Régionales des Comptes ( CRC)

Créées en 1982 avec la décentralisation, les CRC sont des juridictions financières indépendantes, notamment chargées de vérifier la bonne gestion des collectivités locales.

Elles peuvent informer le parquet si elles constatent des infractions.

Malgré des années 1990 particulièrement marquées par des scandales politico financiers, le gouvernement Jospin supprimait une partie des compétences des CRC , celle qui concernait le contrôle de la gestion financière des collectivités locales...

Mais le Président Sarkozy va plus loin dans une réforme en cours de discussion au parlement et a décidé de réduire drastiquement le nombre de Chambres Régionales des Comptes ( on passe de 27 à 20) mais surtout enterrer définitivement le principe de la responsabilité financière des gestionnaires publics, ministres et élus locaux.

Pour faire passer ce projet la majorité gouvernementale a utilisé la procédure d'urgence mais ...grâce au changement de majorité au Sénat, celui-ci vient de rejeter par 175 voix contre 170, le projet de loi relatif à la répartition des contentieux et à l'allègement de certaines procédures juridictionnelles qui était examiné en nouvelle lecture.( http://www.sjf-jurfi.org/)...

La suite méritera une large publicité à ce débat qui arrive au moment où l'on nous explique qu'il va falloir réduire drastiquement les dépenses de l'Etat pour faire face à la dette et la crise financière qu'il faut prioritairement supprimer des pans entiers de l'Etat social...

 

 

Ainsi les adorateurs de la règle d'or ne seraient pas les partisans d'un contrôle juridictionnel et indépendant de la dépense publique.!!!..Voilà qui manque de cohérence..ou bien au contraire est ce très cohérent avec les scandales politico financiers qui sortent actuellement...

La ligne juste ou l'ordre juste seraient simplement la nécessité d'appliquer les règles de la République issues de 1789....;

 

Tous les commentaires

26/10/2011, 23:03 | Par netmamou

 

Très bien vu, le gap entre la règle d'or(déclaration d'intention) et la suppression des CRC !( les actes)

Effets d'annonce, " économies" à la petite semaine qui signent une incapacité à prévoir le long terme... Incompétence ...

 

27/10/2011, 09:35 | Par Silvagni

A vrai dire, il ne s'agit pas d'un "gap" c'est à dire d'un "vide" juridictionnel qui viendrait comme par hasard placer une sorte de cloison étanche entre une règle d'or faisant pièce, comme le dit bien Sainati, de notre Constitution, mais d'un exemple tout à fait remarquable d'une "combinazzione" façon Cosa Nostra qui aurait permis - si la règle d'or avait pu être votée par le Parlement réuni en Congrès et si le Sénat était resté aux mains de Sarkozy - de s'en fourrer jusque là dans les baronnies locales ( pas seulement de droite au fait) - tout en se targuant d'une moralité publique insoupçonnable puisque règle d'or il y aurait eu, interdisant les "dettes" publiques au niveau national.

On aurait pu se croire à l'abri de ce genre d'imbroglio ( prononcez : embrouilles) entre coquins et copains notables de tous bords en place depuis si longtemps, qui sont comme cul et chemise, ce qu'un peu de flair citoyen repère infailliblement, sachant ce qui tient au cul la sus-dite chemise: encore faut-il avoir le courage de le dire clairement, et un lieu où ce qui se dit n'est pas noyé dans le brouhaha...

Faisons donc remonter ce papier au tracker de peur qu'il ne coule trop vite dans les insondables profondeurs d'un médiapart un peu dépassé par son propre succès!

Et je recommande :-)!

27/10/2011, 10:36 | Par netmamou en réponse au commentaire de Silvagni le 27/10/2011 à 09:35

@ Silvagni,

Vous allez plus loin que moi, et vous avez raison de le faire.

Je m'étais contentée de l'acception de " gap", comme écart ou fossé entre les déclarations d'intentions et les actes, sans interpréter plus loin !

Je suis bien d'accord avec vous. Cet article mérite la "une" de Médiapart.

Je l'ai transmis à mes amis.

28/10/2011, 14:26 | Par Silvagni en réponse au commentaire de netmamou le 27/10/2011 à 10:36

+ 1 Sourire !

27/10/2011, 10:21 | Par GILLES WALUSINSKI

Le pouvoir des mots ! JUSTE ?

Juste un peu...

Un peu juste !

Juste au corps ? (ligne juste...)

Un juste.

Une justice...

27/10/2011, 10:27 | Par Silvagni en réponse au commentaire de GILLES WALUSINSKI le 27/10/2011 à 10:21

Tout juste!!

Sans oublier l'abus de "juste" employé pour souligner emphatiquement tel ou tel point de vue: c'est "juste" un crime, une faute etc. On n'entends que ça en ce moment sur les ondes, et c'est juste chiant :-(!

27/10/2011, 11:04 | Par Art Monica

Bien d'accord sur l'arnaque de la règle d'or.

 

En revanche, je suis en désaccord sur la tendance constante de la gauche à rejeter des notions sous le prétexte qu'elles sont utilisées comme enfumage par la droite.

 

A force de leur abandonner des pans entiers du lexique, nous allons devenir mutiques.

 

Les notions de justice et de juste sont aussi très... justes et très belles.

27/10/2011, 12:12 | Par Belange

ce qui ne me plaît pas ,c'est l'association d'un nom et de juste : ordre juste, ligne juste si la droite disait ça ,ça ferait dictature .

27/10/2011, 21:44 | Par jb1575

intéressant, utile... merci pour l'info, je partage ça, forcément.

Quel dommage qu'il y ait si peu d'harmonie dans la manière dont les choses sont organisées et gérées par les "élus" du peuple... ça manque un peu de cohérence et de perspective. Certains "complot-théoriseurs" disent que ce n'est pas complètement involontaire, mais laissons leur le bénéfice du doute... en nous souvenant de (Platon? Aristote?) qui disait que le pouvoir corromp toujours!

28/10/2011, 00:50 | Par POJ

L'ordre n'est pas la justice.

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Là où règne l'ordre en seul maître, il n'y a souvent plus de justice et il ne faut pas reculer à créer quelque désordre pour faire triompher la justice.

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Un ordre juste est donc un oxymore. C'est un monstre politique, une chimère juridique. Avec l'ordre juste, Dreyfus serait mort sur l'île du diable.

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La justice a surtout besoin de moyens humains et de règles claires à la hauteur des défis qui lui sont soumis.

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Cela a-t-il existé une fois en France ? J'en doute.

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Le candidat qui prône sincèrement la justice doit simplement s'engager à doubler les budgets et les effectifs, pour amener la France à un niveau approchant celui de ses voisins. Et replacer les forces de l'ordre sous le contrôle et l'autorité effective de la justice.

28/10/2011, 12:34 | Par Virgil Brill

POJ

 

Un ordre juste est donc un oxymore. C'est un monstre politique, une chimère juridique. Avec l'ordre juste, Dreyfus serait mort sur l'île du diable.

 

C'est mal, un oxymore ? Ou bien ça peut être une tentative d'échapper à la pensée binaire ? Pourquoi ordre serait-il forcément lié indissolublement à injuste ?

En fait ordre juste n'est un oxymore que par référence à l'équation contestable ordre = injustice qui me paraît plus un cliché qu'un énoncé réfléchi. Je pense plutôt que toute injustice est un désordre. Par exemple le fait d'envoyer au bagne un officier innocent pour couvrir les vrais coupables…

28/10/2011, 13:54 | Par POJ en réponse au commentaire de Virgil Brill le 28/10/2011 à 12:34

C'est au nom de l'ordre et de la réputation des gardiens de cet ordre que Dreyfus est allé au bagne et qu'il a eu sa carrière de saccagée. Il a fallu l'affaire Dreyfus et tout son désordre pour faire justice.

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Un oxymore est une faute de langage comme le pléonasme. L'oxymore est la synthèse de la pensée binaire, on ne pense plus, puisqu'on arrive à dire n'importe quoi.

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Une injustice est un désordre pour celui qui fait prévaloir le juste sur l'ordre. C'est la justice pour les autres.

28/10/2011, 14:27 | Par Silvagni en réponse au commentaire de POJ le 28/10/2011 à 13:54

D'accord avec vous sur le rejet catégorique de la maxime de Goethe qui préfère une injustice au désordre, mais attention à ne pas confondre combat et désordre. Le débat et le combat des deyfusards n'était nul désordre, quoiqu'en aient dit les anti-dreyfusards. Mais je pense que nous voyons midi à la même heure.

En revanche, pas d'accord sur l'oxymore comme faute de langage, quand il est si souvent licence poétique cf "l'obscure clarté" la "hâte lente" et tant d'autres. Le hic, c'est que nos politiques sont rien moins que des poêtes...

28/10/2011, 14:57 | Par Virgil Brill en réponse au commentaire de POJ le 28/10/2011 à 13:54

POJ

 

Le fait est qu'il y a une captation abusive de la notion d'ordre par les gardiens de l'ordre établi. Il me semble que la formule ordre juste a pour but de remettre les pendules à l'heure en rappelant que l'injustice est un désordre. A cette aune, la condamnation de Dreyfus était un scandaleux désordre.

Quant à la formule de Goethe qui n'est nullement une maxime mais un énoncé précisément lié à une circonstance, elle est régulièrement citée en contresens de ce que Goethe a voulu exprimer ce jour là : http://www.philomag.com/article,phrasechoc,goethe-je-prefere-commettre-une-injustice-que-de-tolerer-un-desordre,461.php

28/10/2011, 16:11 | Par Silvagni en réponse au commentaire de Virgil Brill le 28/10/2011 à 14:57

Maxime, ou formule, ou énoncé, comme vous voudrez, sans faire le maître d'école: merci de ce lien et de cette pierre ôtée de mon jardin.

29/10/2011, 11:02 | Par Virgil Brill en réponse au commentaire de Silvagni le 28/10/2011 à 16:11

Silvagni

 

Je ne faisais pas le maître d'école, je ne vous corrigeais pas. Je précisais simplement que la phrase de Goethe n'avait pas été mûrement pensée et gravée dans le marbre mais énoncée dans le feu de l'action (ce qui peut expliquer sa relative ambiguïté et les nombreux malentendus qu'elle a engendrés).

28/10/2011, 13:11 | Par LEON et PAULETTE

Merci pour ce billet.

 

Paulette

NB : Souvenir personnel d'un avocat qui me disait "vous confondez le droit et la justice" ... si seulement ...

 

28/10/2011, 16:34 | Par Marielle Billy

Lu et recommandé.

Le problème de la démocratie est et sera, de plus en plus, la difficulté de fonctionner démocratiquement : les mots, par la manière de les utiliser, deviennent de plus en plus des empêcheurs de comprendre.

 

28/10/2011, 16:53 | Par Fantie B.

Juste un petit élément à adjoindre à ce billet.

Leséparges sur un autre fil nous signale que, pendant l'émission d'hier avec N. Sarkozy : "Calvi a posé la question qui tue :

"Certains pensent qu'il faut séparer les banques de dépots et les banques d'affaires..."

Réponse de NS : "alors certaines banques (de dépots) ne prendraient aucun risque et les banques d'affaires tous les risques ? Ce ne serait pas juste ."

28/10/2011, 18:12 | Par netmamou en réponse au commentaire de Fantie B. le 28/10/2011 à 16:53

Oui, Fantie B.

Je l'ai entendue , cette phrase, et elle m'a fait bondir... enfin bondir mollement parce que je ne m'attendais pas à mieux de la part du nabot...

Mais quand même... C'est comme si on demandait justice pour ceux qui ont joué au casino et qui ont perdu !!! Mais personne ne leur demandait de jouer Rire

 

28/10/2011, 17:05 | Par Zacharia SAHA

J'arrête pas de dire à qui veut l'entendre qu'on dispose déjà de lois équitables et justes.

Il s'agit "juste" ( ;) ) de les appliquer...

Sans quoi, je me demande pourquoi on appelle notre régime "République" ou "démocratie"...

Je n'ai jamais eu l'impression de vivre en démocratie, ou en République.

29/10/2011, 02:07 | Par hsyl20

29/10/2011, 13:19 | Par POJ en réponse au commentaire de hsyl20 le 29/10/2011 à 02:07

@ HSYL20

.

Vous avez une culture exceptionnelle pour donner de telles références.

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Le pape affirme que " L’ordre juste de la société et de l’État est le devoir essentiel du politique. Un État qui ne serait pas dirigé selon la justice se réduirait à une grande bande de vauriens, comme l’a dit un jour saint Augustin: «Remota itaque iustitia quid sunt regna nisi magna latrocinia ? »" et " La justice est le but et donc aussi la mesure intrinsèque de toute politique. Le politique est plus qu’une simple technique pour la définition des ordonnancements publics : son origine et sa finalité se trouvent précisément dans la justice, et cela est de nature éthique. Ainsi, l’État se trouve de fait inévitablement confronté à la question : comment réaliser la justice ici et maintenant ? " (§ 28 a).

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Nicolas Sarkozy devrait se faire expliquer ce passage lors de sa prochaine visite au Vatican. Il n'a pas l'air d'avoir tout retenu malgré son assiduité à fréquenter les allées romaines.

29/10/2011, 08:30 | Par lagoya

@HYSL20

«Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun» (Ac 2, 44-45).

Le Christ, communiste?

29/10/2011, 10:22 | Par Belange

sans compter le care, l'espérance : la religion entre en politique

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