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Un appel de Khaled Khalifa, écrivain syrien

Chers amis, écrivains et journalistes du monde entier, notamment en Chine et en Russie, je tiens à vous informer que mon peuple est exposé à un génocide.

 

Depuis une semaine les forces du régime syrien intensifient les attaques contre les villes rebelles en particulier Homs, Zabadani, les banlieues de Damas, Rastan, Madaya, Wadi Barada, Figeh, Idlib et dans les villages de la montagne de Zawiya. Depuis une semaine et jusqu'au moment où j'écris ces lignes, plus de mille martyrs sont tombés, dont beaucoup d'enfants, et des centaines de maisons ont été détruites sur les têtes de leurs habitants.

 

La cécité qui a frappé le monde a encouragé le régime à tenter une élimination de la révolution pacifique en Syrie, avec une force répressive inégalée. Le soutien de la Russie, la Chine, l'Iran et le silence du monde face aux crimes commis en plein jour, a permis le meurtre de mon peuple par le régime depuis onze mois. Mais dans la dernière semaine, du 2 février à aujourd'hui, les signes du massacre se sont clarifiés. La scène de centaines de milliers de Syriens descendus dans les rues de leurs villes et villages la nuit du massacre de Khalidiya, dans la nuit du vendredi au samedi dernier, les mains levées en prières et en larmes, brise le cœur, et place la tragédie humanitaire syrienne au centre du monde. C'est une expression claire de notre sentiment d'être des orphelins, abandonnés par le monde et par les politiciens satisfait par les paroles vaines et les sanctions économiques, qui n'empêchent pas les assassins et ne retiennent pas les chars baignés de sang.

 

Mon peuple, qui a fait face à la mort le torse nu et en chansons est en ce moment même assujetti à une campagne de génocide. Nos villes rebelles sont dans un état de siège sans précédent dans l'histoire mondiale des

 

révolutions. Le personnel médical est empêché de secourir les blessés, les hôpitaux de campagne sont bombardés de sang-froid et détruits, l'entrée est interdite aux organisations de secours, les lignes téléphoniques sont coupées, et la nourriture et les médicaments sont bloqués, si bien que la contrebande d'un sac de sang ou d'une tablette de Setamol dans les zones touchées est considéré comme un crime digne d'emprisonnement dans des camps de détention, dont les détails vous horrifieront un jour.

 

Dans toute son histoire moderne, le monde n'a pas connu de tels vaillance et courage, que ceux manifestés par les révolutionnaires Syriens dans toutes nos villes et villages. Le monde n'a pas non plus connu un tel silence, et une connivence dans le silence qui est dès à présent considéré comme une complicité dans le crime et l'extermination de mon peuple.

 

Mon peuple est un peuple de paix, de café, de musique que j'espère vous savourerez un jour, de roses, dont j'espère qu'un jour le parfum vous parviendra, afin que vous sachiez que le cœur du monde est aujourd'hui exposé au génocide et que le monde entier est complice dans le versement de notre sang.

 

Je ne peux rien dire de plus dans ces moments difficiles, mais j'espère que vous agirez par solidarité avec mon peuple de la façon que vous jugerez appropriée. Je sais que l'écriture est impuissante et nue devant les canons, les tanks et les missiles russes qui bombardent nos villes et nos civils, mais je n'ai aucune envie que votre silence aussi, soit complice du meurtre de mon peuple.

 

KHALED KHALIFA

 

DAMAS                 

 

Tous les commentaires

Je suis de tout coeur avec votre appel à sauver le peuple syrien dans toutes ses composantes. Je souhaite que l'Algérie qui a des liens anciens et profonds avec la Syrie puisse faire quelque chose pour rendre à votre peuple la paix et peut-être la fraternité. Comme l'ont fait Ibn Khaldoun et l'Emir Abdelkader, le premier pour empêcher Tamerlan de raser Damas; l'autre en protégeant de son seul prestige, la communauté chrétienne.

Publié le 3 février par l'orientlejour.com

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Le chef du Conseil national syrien (CNS), principal mouvement d'opposition syrienne, Burhan Ghalioun, a déclaré aujourd’hui au quotidien panarabe al-Hayat que les Alaouites doivent participer à la révolution syrienne pour être protégés.

 


Le 20 janvier dernier, des intellectuels alaouites syriens, dont des écrivains et des journalistes, avaient lancé dans un communiqué un appel "aux Syriens alaouites et aux minorités religieuses et ethniques qui redoutent les conséquences d’un éventuel effondrement du régime, à participer au renversement de ce pouvoir oppressif et à l’édification d’une nouvelle république basée sur l’État de droit et la citoyenneté". Parmi les signataires figurent la poétesse Racha Omrane, l’écrivain Rosa Yassine Hassan, l’actrice Louise Abdel Karim Ali, l’écrivain Samar Yazbek, le journaliste Yamen Hussein, ainsi que Hassan al-Khatib, Khawla Dounia et Firas Saad.

 


Le leader du principal mouvement d’opposition syrienne a également dit que le CNS accepterait d’entamer un dialogue avec les Iraniens "à condition que ces derniers publient un communiqué dans lequel ils reconnaissent les droits du peuple syrien, (la nécessité) d'un régime démocratique à Damas, et (la nécessité) de se débarrasser de l’actuelle dictature (syrienne)".

 


Cité par le quotidien panarabe, M. Ghalioun a enfin estimé qu’il s'attend à ce que le Hezbollah adopte, après la chute du régime de Bachar el-Assad, une position "complètement différente" de celle qu’il adopte aujourd'hui vis-à-vis de la situation en Syrie. "Le Hezbollah n'a qu'une option, celle de coopérer avec la Syrie (même après la chute du régime d’Assad) s'il veut devenir une force positive et non un groupe cherchant à saboter les régimes de la région", a affirmé l’opposant syrien.

 


Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait, lors d'une intervention télévisée en décembre dernier, déclaré son soutien sans équivoque au régime de Bachar el-Assad, un régime qu’il avait qualifié alors de "régime de la résistance" contre Israël. Il avait également critiqué le chef de l’opposition syrienne, Burhan Ghalioun, qui avait déclaré qu’en cas de chute du régime d’Assad, le nouveau pouvoir syrien reverrait drastiquement ses relations avec l’Iran et le Hezbollah. "Le soi-disant Conseil national syrien, formé à Istanbul, et son leader Burhan Ghalioun (...) se font concurrence pour présenter leurs lettres de créance aux Etats-Unis et à Israël", avait lancé Hassan Nasralllah à l’intention de M. Ghalioun.

 


Sur le plan de sortie de crise défendu par la Ligue arabe prévoyant la fin des violences et le transfert des pouvoirs de M. Assad à son vice-président, Farouk el-Chareh avant l'ouverture de négociations avec l'opposition, M. Ghalioun a affirmé que "Farouk el-Chareh ne sera pas le président du régime, mais plutôt une couverture pour le transfert de pouvoir". 

 


Mercredi soir, les négociations au Conseil de sécurité de l'ONU en vue d’adopter le plan de sortie de crise de la Ligue arabe se sont encore heurtées à l'intransigeance de la Russie, fidèle alliée du régime syrien.

 

Publié par Babel Med

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Méditerranée / Appel des écrivains syriens 

Nous, écrivains syriens, adoptons l’appel lancé par nos amis cinéastes à leurs homologues dans le monde, l’adressons aux écrivains, poètes et critiques du monde entier et les exhortons à le signer.


Les citoyens syriens qui manifestent pacifiquement, sont assassinés aujourd’hui parce qu’ils revendiquent leurs droits les plus élémentaires de citoyens libres.


C'est le même régime despotique et corrompu qui a longtemps emprisonné les Syriens et les a privés de leur dignité et de leur liberté qui détruit aujourd’hui leurs vies et leurs rêves.

Nous, écrivains syriens signataires de l’appel, considérons qu’une réforme qui ne met pas immédiatement fin à la mainmise des forces de sécurité sur la vie des citoyens, à l’immunité dont elles jouissent, et qui n'abolit pas la prison politique, ne peut être qu’une réforme mort-née.

Nous appelons tous les écrivains du monde à dénoncer ces assassinats et à proclamer leur solidarité avec le peuple syrien, avec ses rêves de justice, d’égalité et de liberté.


Rejoignez-nous en envoyant un courriel avec votre nom, profession et pays à l'adresse suivante:

syrianwriters2011@gmail.com 
First Syrian signatories:
Aref Dalila, Khaled Khalifa, Samar Yazbek, Basma Kodmani, Hazem al-Azmeh, Hassan Abbas, Rosa Hassan, Aïcha Arnaout, Rania Samara, Jamal Chehayed, Hala Mohammad, Fawaz Haddad, Louai Hussein, Michel Kilo, Yassin Hajj Saleh, Mounzer Misri, Ghalia Kabbani, Salam Kawakibi, Burhan Ghalioun, Farouk Mardam Bey, etc.

Le 19 janvier (AFP)

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Syrie: des alaouites mettent en garde contre le confessionnalisme36251.jpg

 Des intellectuels alaouites syriens ont déploré les "tentatives" du pouvoir et de certains groupes de l'opposition de confondre leur communauté avec le régime de Bachar al-Assad, mettant en garde contre le risque de dérive confessionnelle du soulèvement populaire.

Dans un communiqué parvenu jeudi à l'AFP, les signataires, dont des écrivains et des journalistes, ont dénoncé "les tentatives du pouvoir de lier la communauté alaouite et les minorités religieuses au régime à travers des manipulations sécuritaires et médiatiques".

La communauté alaouite, à laquelle appartient M. Assad, est une branche de l'islam chiite dont les membres détiennent les postes-clés du pouvoir en Syrie.

Elle compte quelque deux millions de fidèles, environ 10% de la population, qui est en majorité musulmane sunnite. Les druzes et chrétiens sont aussi minoritaires en Syrie.

Les signataires ont également rejeté "le comportement et les déclarations de certaines parties de l'opposition qui tentent d'attribuer à notre soulèvement une coloration sectaire alors qu'il est un soulèvement pour la dignité, aux revendications civiles".

Ils les accusent d'être "l'autre visage du régime despote", qui réprime dans le sang le mouvement de contestation lancé il y a dix mois.

Le communiqué lance un appel "aux Syriens alaouites et aux minorités religieuses et ethniques qui redoutent les conséquences d'un éventuel effondrement du régime, à participer au renversement de ce pouvoir oppressif et à l'édification d'une nouvelle République basée sur l'Etat de droit et la citoyenneté".

Il souligne "l'unité du peuple syrien dans toutes ses composantes religieuses et ethniques et la nécessité de bâtir un Etat libre et démocratique qui garantisse l'égalité et les droits de ses citoyens".

Le texte appelle aussi l'armée syrienne à "ne plus obéir aux ordres de tuer les manifestants pacifistes".

 

Parmi les signataires figurent la poétesse Racha Omrane, l'écrivain Rosa Yassine Hassan, l'actrice Louise Abdel Karim Ali, l'écrivain Samar Yazbek, le journaliste Yamen Hussein, Hassan al-Khatib, Khawla Dounia, et Firas Saad.

Info de décembre.

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 Un observateur de la Ligue arabe a déclaré devant une foule de Syriens en colère que son équipe était seulement en mission d'observation et qu'elle n'avait pas pour objectif de renverser le président Bachar al Assad, a révélé une vidéo d'Al Djazira.

Rassemblés en masse dans une mosquée de Douma, dans les faubourgs de Damas, les opposants ont paru se méfier des observateurs. Un orateur a tenté de les calmer, les suppliant d'écouter l'observateur, mais un homme a immédiatement brisé le silence en criant: "Mon fils est un martyr, ils l'ont tué".

L'observateur a demandé à ne pas être filmé, mais son discours a été retransmis en direct sur Al Djazira. "Nous avons pour mission d'observer (...) et non de renverser le président. Notre objectif est de ramener la Syrie à la paix et la sécurité", a t-il déclaré par haut-parleur, juché sur un podium dans la mosquée.

"En tant qu'observateurs, nous ne sommes pas tenus de parler, mais la situation me pousse à dire quelque chose: notre mission est d'observer les éléments du protocole signé entre la Ligue arabe et le gouvernement (...). C'est une mission humanitaire qui vise à faire connaître les problèmes actuels et à résoudre la crise."

Sans donner son nom, il a ajouté qu'il promettait de faire état des souffrances des manifestants. "D'après ce que j'ai entendu, il y a du sang qui est versé, c'est certain."

Une équipe de 60 observateurs de la Ligue arabe, membres d'une délégation qui devrait en comprendre 150 et rester un mois dans le pays, est déjà en place sur le terrain.

Le 24 octobre, des Syriens pro-Assad avaient manifesté à Paris.

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La communauté syrienne de la région parisienne entretient vaille que vaille la flamme de la résistance à la désinformation et la diffamation géopolitique en organisant des manifestations de protestation dans des lieux symboliques. Voici trois semaines, les patriotes syriens scandaient le nom de Bachar sous les fenêtres de l’ambassade de Turquie, dans le XVIe arrondissement de Paris. Et samedi 22 octobre, c’était au tour de l’ambassade du Qatar, à l’Etoile, de se voir assiégée par des dizaines de Syriens conspuant la désinformation véhiculée depuis le début des événements par Al-Jazeera. Et réaffirmant leur soutien au gouvernement en place, à grand renfort de slogans et de drapeaux. Il y avait quelque chose d’éminement symbolique à voir ces Syriens animés de leur foi patriotique venir défier une puissance, certes plus économique que géopolitique, symbolisée par cet énorme et prestigieux immeuble haussmanien dressé dans un des quartiers les plus prestigieux de la capitale. Tout ça vous avait des airs de David provocant Goliath, lequel Goliath, comme les autres monarchies du Golfe d’ailleurs, est un colosse aux pieds d’argile.

La manifestation a été filmée par Independenza Web TV et notamment mise en ligne par le site de contre-information Agora Vox. On constatera la résolution des manifestants, et la pertinence des propos retenus par ceux qui ont été interrogées. Parmi ceux-ci, mention spéciale à cette charmante jeune fille qui à un moment – 3’30″ de la vidéo – cite Infosyrie parmi les moyens de contre-information disponibles sur la toile. De tels hommages nous confortent dans notre mission !

En parlant de mission, le combat continue et les patriotes syriens organisent dimanche 30 octobre à partir de 13 heures une marche du Panthéon jusqu’à la place Saint-Michel, dans le Ve arrondissement de Paris. C’est, jusqu’à présent, la manifestation la plus ambitieuse organisée par les Syriens de Paris pour protester contre la désinformation et l’ingérence étrangère. Il est donc utile que tous ceux qui se sentent concernés par la question, et heurtés par le manichéisme et les falsifications politico-médiatiques, fassent l’effort de se mobiliser pour la circonstance. Nous le devons à la Syrie, à son peuple. Ou encore à la paix de la région. Ou tout simplement à une exigence de vérité !

Ci-dessous, le lien sur la manifestation contre l’ambassade du Qatar

http://www.agoravox.tv/actualites/international/article/les-syriens-manifestent-devant-l-32238

 

Reuters, 9 février

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Une délégation de l'opposition syrienne s'est rendue en Chine cette semaine où elle a rencontré le vice-ministre des Affaires étrangères Zhai Jun, rapporte jeudi le ministère chinois des Affaires étrangères. "La Chine souhaite maintenir le contact et le dialogue avec les groupes d'opposition syriens", a déclaré le porte-parole du ministère Liu Weimin, lors du point presse quotidien.

Pékin, tout comme Moscou, ont opposé samedi leur veto à une résolution au Conseil de sécurité de l'Onu soutenant le projet de paix de la Ligue arabe qui prévoit la mise à l'écart du président syrien Bachar al Assad.

Ce double veto a suscité l'indignation des pays arabes et occidentaux et le Conseil national syrien, qui regroupe la plupart des courants de l'opposition, a estimé que cette décision revenait à donner à Damas un "permis de tuer." La répression des manifestations antigouvernementales en Syrie a fait plus de 5.000 morts depuis mi-mars 2011 selon les Nations unies qui n'ont pas fourni de nouveau bilan depuis plusieurs semaines.

Le Monde diplomatique

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Syrie : un officier supérieur parlepar Zénobie, mercredi 7 septembre 2011

« L’armée de la Syrie n’est que l’armée des services de sécurité syriens (jaych amni). » Mon interlocuteur a prononcé ces mots gravement. On l’appellera Mohammed, c’est un officier supérieur sunnite.

Comment en est-on arrivé là ?

Il faut remonter aux années 1960 où, en quatre coups d’Etat, se mettent en place les cadres de l’actuel système politique syrien : la ruralisation des villes et du régime, l’arrivée au pouvoir de la minorité alaouite et la domination du parti et des civils par l’armée. Le dernier putsch, celui de Hafez Al-Assad, père de l’actuel président, en 1970, va parachever la construction du système autoritaire. Il instaure un maillage complet de la société syrienne autour de l’armée et des organes de la Sûreté, du parti et de la bureaucratie. Le régime utilise aussi les liens de solidarité familiaux, claniques, communautaires et régionaux pour se constituer une clientèle (qui est évidemment rémunérée par les postes de la fonction publique). Le croisement des liens communautaires et de l’obsession du contrôle sécuritaire produit la prédominance alaouite dans les hautes charges de l’armée et des organes de sécurité. Le ciment de l’édifice sécuritaire, c’est la culture de la peur que la révolte vient de mettre à bas. Sous M. Bachar Al-Assad (depuis 2000), le parti, la bureaucratie et l’armée sont passés directement sous le contrôle des services de sécurité, eux-mêmes entièrement aux mains de la famille Assad. Les Syriens considèrent même que le parti est le sixième service de sécurité.

- Z. : « Combien d’hommes travaillent dans l’armée et les services de sécurité ? »

- M. : « Leur nombre total dépasserait 700 000 personnes : 400 000 hommes dans les forces armées régulières, 100 000 hommes dans la police et les services de renseignement, et plusieurs dizaines de milliers employés à temps partiel par les organes de la Sûreté. »

Ce sont ces derniers qui forment les bataillons de chabbiha et de francs-tireurs. Les chabbiha sont des ruraux et sans doute des prisonniers de droit commun libérés au début de la révolte. On estime à plus de 100 000 le nombre d’Alaouites dans les services de sécurité, sans compter l’armée et la Garde présidentielle, forte de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, qui est totalement alaouite. Les Alaouites représenteraient en 2011 quelque 10 % de la population. La moitié des fonctionnaires serait employée dans l’appareil de sécurité.

A ces hommes, il faut ajouter plus de 60 000 civils employés par le ministère de la défense (notamment dans l’établissement du logement militaire, mouassassat al-iskan al-askari, dirigé par un cousin d’Al-Assad). Ces hommes, comme d’autres agents de l’Etat, sont obligés, sous peine de perdre leur poste, de venir assister le pouvoir dans la répression : ce sont eux qu’on voit munis de bâtons électriques ou de barres de fer, souvent placés à la sortie des mosquées. Ils sont aussi mobilisés dans les manifestations de soutien au régime...

- Z. : « Mais cette armée est bien chargée de la défense du territoire ? »

Mohammed sourit, sa main qui allait prendre la tasse de café s’arrête, comme suspendue. Il la pose sur la table et me regarde.

- M. : « Certes, mais on peut s’interroger depuis les années 1990 : une grande partie du budget national est affectée à l’armée. Or, il n’y a plus de réel renouvellement de matériel pour la majorité des divisions et unités militaires. Alors, où va l’argent ? De plus, une brigade a été créée à la frontière avec Israël (liwa nitaq al-hita) mais elle n’est dotée d’aucune capacité militaire, elle n’a même pas de chars… Enfin, la direction militaire semble très occupée ailleurs comme, par exemple, écarter de l’armée et du service militaire les Damascènes : ainsi, un jeune Sunnite damascène peut payer une sorte de salaire mensuel à un officier responsable pour valider son service en restant chez lui ou en travaillant à Damas »…

- Z. : « En ce qui concerne les appartenances confessionnelles au sein de l’armée ? »

- M. : « On est arrivé à cette situation hautement symbolique où il n’y a plus que deux appartenances réelles : l’alaouite et la sunnite (fi alawi wa fi sunni) mais par sunnite, il faut entendre toutes les autres communautés » [sunnite, druze, chrétiennes, etc., soit 90% de la population, NDLR]. « En principe, poursuit mon interlocuteur, quand un commandant de division, de brigade ou autre unité militaire est sunnite, son adjoint est alaouite et vice-versa. »

C’est d’ailleurs le même principe qui dirige l’attribution des postes de ministres dans le gouvernement, chaque ministre non-alaouite étant chapeauté d’un adjoint alaouite qui détient la réalité de la décision politique. On notera que la récente nomination d’un chrétien à la tête du ministère de la défense, vise sans doute à impliquer plus encore les chrétiens du côté du régime.

- M. : « La décision dans l’armée (comme dans la Sûreté) revient toujours aux officiers alaouites, les sunnites n’ont pas de poids. Un lieutenant alaouite pistonné par la Sûreté peut exercer un pouvoir complet (kamel al-sulta) dans son secteur et avoir plus d’importance que son supérieur sunnite. Par exemple, ces officiers alaouites pistonnés, quelle que soit leur ancienneté dans l’armée, auront à leur disposition une belle voiture neuve et les officiers supérieurs sunnites poursuivront leurs déplacements à bord de vieilles Jeep… Les sanctions prévues pour les officiers en cas de faute grave ne sont pas appliquées avec la même sévérité aux uns et aux autres… De plus, les officiers sunnites peuvent faire l’objet d’enquêtes ou de surveillances internes pour s’assurer de leur loyauté au régime. D’ailleurs, il est très difficile pour un sunnite de s’élever au grade de général [amid], il est généralement mis à la retraite avant… »

- Z. : « Le principe confessionnel apparaît-il sous d’autres formes dans l’armée ? »

Mohammed prend sa tasse de café avant de répondre.

- M. : « Le principe confessionnel est généralisé mais relève du non-dit. L’armée syrienne est composée de sept divisions (firaq), chacune dirigée par un général de division (liwa). La quatrième division, commandée par Maher, frère de Bachar Al-Assad [et qui dirige aussi la Garde présidentielle], est la plus importante, elle compterait de 40 000 à 50 000 hommes, tous alaouites, et c’est la section qui reçoit l’équipement militaire le plus sophistiqué. C’est cette division qui a été impliquée dès le début dans la répression à Deraa. »

Mohammed boit une gorgée de café et ajoute :

-  « Tous les officiers des services de sécurité viennent de l’armée. Dans la nomination des officiers, et leur promotion, c’est la Sûreté (amn) qui donne à l’Etat-major les noms des officiers à promouvoir... D’ailleurs, dans la répression de la révolte, toutes les décisions sont prises par les officiers de la Sûreté. Même lorsqu’il s’agit de déplacer un tank... L’armée syrienne incarne, si on veut, le pouvoir exécutif (al-sultat al-tanfiziyya) de la sûreté et pas de l’Etat-major. »

- Z. : « Et les officiers et soldats tués pendant la révolte ? »

- M. : « Il est difficile de savoir ce qui se passe exactement. Aucun militaire syrien ne doute de la capacité de la Sûreté à liquider ceux qui refuseraient d’exécuter un ordre. Dans la logique sécuritaire du régime, la Sûreté préfèrerait certainement abattre quelques alaouites pour pousser ou faire croire à un conflit confessionnel, c’est bien plus rentable pour le régime que d’abattre un sunnite ! Ceci dit, il n’est pas impossible que les militaires envoyés sur le terrain de la répression soient tous alaouites, on peut même penser que ce sont des éléments alaouites des quelque 100 000 agents de police et de la Sûreté que l’on a habillés en soldats pour les envoyer abattre du « sunnite ». Ce serait bien dans la logique de ce régime confessionnel qui ne dit pas son nom. Mais la mort de militaires ou de membres des services de sécurité peut aussi être liée à des actes de vengeance individuels, à des initiatives locales. Ainsi à Deraa en mars dernier, les gens ont repéré un sniper sur le toit d’un immeuble, ils ont brûlé l’immeuble pour se débarrasser du sniper… A Jisr al-Choghour, des habitants ont attaqué le poste de police avec un bulldozer. La répression est si violente, si barbare, qu’elle peut produire des réactions inattendues ! »

Il reste tout de même que l’on n’a aucune image de la mort de ces militaires alors que pour ce qui est des manifestants, on les voit tomber quasiment en direct…

J’ai dû penser tout haut, Mohammed me regarde avec un air ironique cette fois-ci.

- Z. : « Que faut-il penser de “l’armée syrienne libre” (al-jaych al-suri al-hurr) et peut-on envisager une éventuelle fracture au sein de l’armée ? »

- M. : « Il s’agit de dissidences individuelles et pas de la scission d’une unité militaire complète ! Ces dissidences isolées ne peuvent pas délivrer un quelconque message fort au pouvoir. La composition communautaire de chaque unité militaire empêche toute homogénéité pour les sunnites (mais pas pour les alaouites comme la quatrième division le prouve). La répartition des postes de commandement dans l’armée est organisée de telle sorte que même si un ordre dissident venait d’un officier du groupe sunnite, il serait bloqué à divers niveaux par des officiers et sous-officiers alaouites ou alliés du régime. Il ne faut pas attendre de cette armée le moindre soutien aux manifestants. Je le répète c’est une armée de barbouzes, jaych amni », dit-il en prononçant distinctement chaque syllabe…

- Z. : « Alors, quelles sont les perspectives de la révolte ? »

- M. : « Difficile à dire sinon qu’elles sont sombres. En même temps, le régime s’est perdu lui-même. Si les manifestants sont bien décidés à ne pas se soumettre, le régime n’est pas prêt non plus à céder quoi que ce soit. Les Assad n’arrivent pas à imaginer qu’un jour ils ne seront plus là ! C’est pourquoi la répression est allée en s’aggravant. Aujourd’hui, l’armée et le régime ont déclaré une véritable guerre aux manifestants pacifiques et aux civils syriens en lançant contre eux les hélicoptères, les blindés et la marine de guerre… La seule possibilité du côté militaire ne pourrait venir que d’une scission, peu probable, au sein de la direction des services de sécurité, qui pourrait alors entraîner d’autres secteurs de l’armée... »

Mohammed pose sa tasse de café, son regard se perd dans le vague.

En attendant, le régime diffuse un numéro de téléphone pour que les citoyens puissent dénoncer ceux qui le critiquent. Délation de triste mémoire...

Un site d'opposition syrienne analyse le pouvoir de El Assad:

 

http://syrianfacts.wordpress.com/

 

Selon Amnesty International la situation à Homs «se transforme en une crise humanitaire majeure». Des rebelles syriens ont déclaré mercredi qu'ils avaient besoin d'armes, et non de soldats étrangers, pour renverser le régime de Bachar al-Assad, au cours d'une conférence organisée dans un lieu proche de Damas et diffusée à Washington via internet. Mais le pouvoir, qui se refuse à reconnaître le mouvement de contestation lancé en mars 2011, a affirmé que ses forces pourchassaient à Homs les «groupes terroristes» qu'il accuse d'être à l'origine des violences contre les civils.

Les observateurs de la Ligue arabe vont revenir en Syrie

La Ligue arabe va renvoyer sa mission controversée d'observateurs en Syrie. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a annoncé mercredi que le chef de la Ligue arabe Nabil Al-Arabi lui avait fait part mardi de son intention par téléphone, lui demandant une coopération de l'ONU à cette nouvelle mission. «Il a suggéré une mission conjointe en Syrie, avec un émissaire spécial commun», a-t-il ajouté, précisant que cette question serait soumise au Conseil de sécurité dans les jours à venir.

«La brutalité effarante dont nous sommes témoins à Homs, avec des armes lourdes tirant sur des quartiers résidentiels, laisse à penser malheureusement que la situation va encore s'aggraver», a affirmé M. Ban pour qui Bachar al-Assad «doit être tenu pour responsable». M. Ban a par ailleurs jugé «catastrophique» pour le peuple syrien le veto des Russes et des Chinois samedi à une résolution du Conseil de sécurité, estimant qu'il avait encouragé Damas à «accentuer sa guerre contre son propre peuple».

Un article de Charles-André Udry qui envisage tous les rapports de force et conclut à

"l’importance d’apporter son soutien politique à la lutte de ce peuple en révolte qui compte sur ses propres forces ainsi que sur la solidarité ; et aussi de s’opposer à toutes interventions militaires étrangères". 

http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=1262

Nous sommes totalement d'accord .. 

Les aider à se réunir .. éventuellement avec deux médiations complémentaires qui opèrent ensembles  et qui de ce fait soient acceptées par les deux partis d'opposition , le temps de renverser le pouvoir et d'organiser des élections honnêtes .. 

Je pense même qu'il partirait assez rapidement de lui même si il a la certitude de ne pas être soumis à un traitement identique à celui fait à Khadafi 

 

Paroles de Syriens (Journal du Liban):

Sur mes chemins entre Beyrouth et Saïda, Byblos, Douma et Megdouché, 
il m'est arrivé de rencontrer des Syriens.
Ils étaient cadres, étudiants et ouvriers ou «touristes» de passage.
À l’heure où la répression du régime de Damas avait déjà provoqué des milliers
de morts dans leur pays, que pensaient-ils des «événements» ? 
Quelle était leur opinion sur la famille des el-Assad, issue de la minorité alaouite* ?
Comment jugeaient-ils cette étrange et cruelle dynastie héréditaire,
régnant sur leur pays comme si elle en était propriétaire,
depuis quarante ans, et qui avait aussi occupé le Liban durant trente ans? 
Le Liban, où beaucoup d'entre eux avaient trouvé leur gagne-pain.
Toutes questions qui m'intéressaient...
À quelques exceptions près, mes interlocuteurs syriens firent preuve de discrétion.
Certains se réfugièrent même dans un déni total ou le silence.

D'autres** s’exprimèrent en dépit de l'omniprésence des suppôts de Bachar.
Voici leurs
 propos.

Ghassan : Le temps d’un week-end prolongé, il est venu passer quelques jours de repos au Liban avec sa femme et son fils. Spontanément, dans la rue, comme je lui demande d’où il vient, il m’adresse la parole en anglais. «Je suis ingénieur et j’habite le pays où il ne se passe soi-disant rien… Croyez-moi, nous sommes très nombreux là-bas à vouloir que ce régime sanguinaire et corrompu tombe. Mais certains, les chrétiens surtout, imaginent que les successeurs de Bachar seront forcément des islamistes et qu’ils perdront leurs privilèges. Comme s’il n’y avait pas d’autre alternative… Je suis chrétien mais je peux vous assurer que les musulmans ne sont de loin pas tous des fous furieux islamistes…»

Marie : Francophone, universitaire, au chômage, divorcée, fille d’un médecin fortuné, mère d’une fillette de douze ans, chrétienne, réfugiée au Liban pour fuir un mari violent installé dans les émirats arabes.
«De quoi me parlez-vous ? Mais il ne se passe rien en Syrie! J’y étais le week-end passé. Tout y est parfait !
Ne regardez surtout pas El Djzazirah ni El Arabya ni les médias occidentaux. Notre pays est très évolué. Nous y bénéficions de la sécurité sociale, ce que le Liban ne connaît pas. En fait, il y a une conspiration internationale contre nous. Même s’il y a embargo, nous nous débrouillerons. Nous avons des terres, des fruits et des légumes en suffisance. Nous avons même du pétrole. Nous nous contenterons de ce que nous avons et nous n’avons besoin de personne».

Joseph : Ce joyeux octogénaire, membre d'un groupe de pèlerins chrétiens, se fait ironique : «Que voulez-vous, si votre voiture est très vieille et que vous changez de conducteur, pensez-vous que la voiture marchera mieux ? Alors, Bachar ou un autre, nous devrons bien le supporter… Depuis quarante ans, on ne nous a d’ailleurs jamais demandé notre avis. Nous n’avons fait que subir. Comme vous devez le savoir, les moukhabarats (ndla: services secrets) sont omniprésents et tout-puissants chez nous. Cela dit, des changements sont nécessaires dans notre pays qui n’a rien à voir avec la démocratie suisse. Bienheureux ceux qui y vivent! Ils ne savent pas leur bonheur...»

Amal : Musulmane, en formation complémentaire dans une Université beyrouthine. «Dans le quartier de Damas où nous habitons, la situation est encore tenable… mais jusqu’à quand ? J’ai des cousins à Homs et à Hama qui ne font pas de politique. Ils ont vu et vécu des choses affreuses. L’un d’eux a été arrêté et torturé. Pourquoi ? Pour rien! Oui, nous avons peur. Nous ne savons pas où tout cela nous conduira !...»

Mohamed et Rima : «Nous avions quelques jours de vacances. En Syrie, nous n’en pouvions plus. Nous sommes en permanence sur nos nerfs. Nous sommes venus au Liban pour nous reposer un peu et pour que les enfants puissent sortir. Là-bas, ils vivaient reclus dans l’appartement. Il y a partout des snippers et des enfants sont morts. Allah seul sait ce qu’il adviendra de notre pays… Si ce sera la guerre civile ou pas. Si Bachar finira comme Ben Ali, Moubarak et Khadafi... Nous vivons au jour le jour car nous n'avons pas le choix. Nous avons tous de la peine à dormir...»

Hussein : «Il ne se passe rien, là-bas. Tout est normal. Ce sont les journaux qui inventent des choses. Les responsables de ces mensonges sont Israël et l’Amérique».

Michel : « Si Bachar el-Assad s'en va, nous aurons les Frères musulmans et la Charia. Pensez-vous que ce sera mieux pour nous, chrétiens ?»

Elias : « Croyez-moi, c’est un plan de la Turquie. Erdogan joue un rôle très dangereux au Moyen-Orient. Les Turcs aimeraient redevenir une grande puissance comme au temps de l’Empire ottoman et dominer le Moyen-Orient».

 

* Secte dérivée de l’islam chiite (12% de la population syrienne).

**Pour des raisons de sécurité, leurs prénoms ont été modifiés.

 

La voix de la romancière Samar Yazbek*

De France, où elle s’est réfugiée avec sa fille, après avoir connu l’emprisonnement dans son pays, la romancière syrienne (alaouite) Samar Yazbek dénonce inlassablement le régime baasiste de Damas.
Elle est l’auteur de quatre romans (en arabe) et l’un de ses scénarios a été primé par l'UNICEF. LeJournal
 qu’elle a écrit durant les révoltes populaires sera publié en mars à Paris. Lors d’une manifestation dans la capitale française, elle a déclaré :

«La Syrie n'a pas beaucoup de pétrole. Alors, le prix des morts a moins de valeur pour l'Occident. Il laisse faire...»

Mais encore :

«Tout Syrien a grandi dans la peur. Elle pèse sans cesse sur nous, nous la connaissons bien... Mais il existe comme un plafond de la peur. D'abord, il nous écrase. Quand on apprend l'horreur de la répression, la peur décuple. Ensuite, les manifestants ont compris que, s'ils s'arrêtaient maintenant, le pire les attendait. Le régime se vengerait d'eux. Ils ne pouvaient plus revenir en arrière, comme en Tunisie,
en Egypte. Alors le plafond de la peur s'est relevé…».

(source: LE MONDE 7 janvier 2012)

 

REPERES

Depuis mars 2011, selon les Nations Unies, la répression syrienne a causé la mort de plus de cinq mille personnes dont 300 enfants.
En outre, plus de 14 000 personnes ont été arrêtées, 12 400 se sont réfugiées dans les pays voisins, des milliers d’autres ont «disparu».
Le régime de Damas est aussi responsable d’exécutions sommaires, de tortures et de violences sexuelles.

Le 90 % des Syriens sont musulmans et 10 % des chrétiens. Près de 80% des musulmans sont sunnites.
On compte aussi les alaouites (12%), les Druzes (10%) ainsi que des ismaéliens et des chiites.


http://itineraires.blog.24heures.ch/archive/2012/01/09/journal-du-liban-4-paroles-de-syriens.html

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