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Un appel de Khaled Khalifa, écrivain syrien
Chers amis, écrivains et journalistes du monde entier, notamment en Chine et en Russie, je tiens à vous informer que mon peuple est exposé à un génocide.
Depuis une semaine les forces du régime syrien intensifient les attaques contre les villes rebelles en particulier Homs, Zabadani, les banlieues de Damas, Rastan, Madaya, Wadi Barada, Figeh, Idlib et dans les villages de la montagne de Zawiya. Depuis une semaine et jusqu'au moment où j'écris ces lignes, plus de mille martyrs sont tombés, dont beaucoup d'enfants, et des centaines de maisons ont été détruites sur les têtes de leurs habitants.
La cécité qui a frappé le monde a encouragé le régime à tenter une élimination de la révolution pacifique en Syrie, avec une force répressive inégalée. Le soutien de la Russie, la Chine, l'Iran et le silence du monde face aux crimes commis en plein jour, a permis le meurtre de mon peuple par le régime depuis onze mois. Mais dans la dernière semaine, du 2 février à aujourd'hui, les signes du massacre se sont clarifiés. La scène de centaines de milliers de Syriens descendus dans les rues de leurs villes et villages la nuit du massacre de Khalidiya, dans la nuit du vendredi au samedi dernier, les mains levées en prières et en larmes, brise le cœur, et place la tragédie humanitaire syrienne au centre du monde. C'est une expression claire de notre sentiment d'être des orphelins, abandonnés par le monde et par les politiciens satisfait par les paroles vaines et les sanctions économiques, qui n'empêchent pas les assassins et ne retiennent pas les chars baignés de sang.
Mon peuple, qui a fait face à la mort le torse nu et en chansons est en ce moment même assujetti à une campagne de génocide. Nos villes rebelles sont dans un état de siège sans précédent dans l'histoire mondiale des
révolutions. Le personnel médical est empêché de secourir les blessés, les hôpitaux de campagne sont bombardés de sang-froid et détruits, l'entrée est interdite aux organisations de secours, les lignes téléphoniques sont coupées, et la nourriture et les médicaments sont bloqués, si bien que la contrebande d'un sac de sang ou d'une tablette de Setamol dans les zones touchées est considéré comme un crime digne d'emprisonnement dans des camps de détention, dont les détails vous horrifieront un jour.
Dans toute son histoire moderne, le monde n'a pas connu de tels vaillance et courage, que ceux manifestés par les révolutionnaires Syriens dans toutes nos villes et villages. Le monde n'a pas non plus connu un tel silence, et une connivence dans le silence qui est dès à présent considéré comme une complicité dans le crime et l'extermination de mon peuple.
Mon peuple est un peuple de paix, de café, de musique que j'espère vous savourerez un jour, de roses, dont j'espère qu'un jour le parfum vous parviendra, afin que vous sachiez que le cœur du monde est aujourd'hui exposé au génocide et que le monde entier est complice dans le versement de notre sang.
Je ne peux rien dire de plus dans ces moments difficiles, mais j'espère que vous agirez par solidarité avec mon peuple de la façon que vous jugerez appropriée. Je sais que l'écriture est impuissante et nue devant les canons, les tanks et les missiles russes qui bombardent nos villes et nos civils, mais je n'ai aucune envie que votre silence aussi, soit complice du meurtre de mon peuple.
KHALED KHALIFA
DAMAS


Tous les commentaires
Je suis de tout coeur avec votre appel à sauver le peuple syrien dans toutes ses composantes. Je souhaite que l'Algérie qui a des liens anciens et profonds avec la Syrie puisse faire quelque chose pour rendre à votre peuple la paix et peut-être la fraternité. Comme l'ont fait Ibn Khaldoun et l'Emir Abdelkader, le premier pour empêcher Tamerlan de raser Damas; l'autre en protégeant de son seul prestige, la communauté chrétienne.
Publié le 3 février par l'orientlejour.com
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Le chef du Conseil national syrien (CNS), principal mouvement d'opposition syrienne, Burhan Ghalioun, a déclaré aujourd’hui au quotidien panarabe al-Hayat que les Alaouites doivent participer à la révolution syrienne pour être protégés.
Le 20 janvier dernier, des intellectuels alaouites syriens, dont des écrivains et des journalistes, avaient lancé dans un communiqué un appel "aux Syriens alaouites et aux minorités religieuses et ethniques qui redoutent les conséquences d’un éventuel effondrement du régime, à participer au renversement de ce pouvoir oppressif et à l’édification d’une nouvelle république basée sur l’État de droit et la citoyenneté". Parmi les signataires figurent la poétesse Racha Omrane, l’écrivain Rosa Yassine Hassan, l’actrice Louise Abdel Karim Ali, l’écrivain Samar Yazbek, le journaliste Yamen Hussein, ainsi que Hassan al-Khatib, Khawla Dounia et Firas Saad.
Le leader du principal mouvement d’opposition syrienne a également dit que le CNS accepterait d’entamer un dialogue avec les Iraniens "à condition que ces derniers publient un communiqué dans lequel ils reconnaissent les droits du peuple syrien, (la nécessité) d'un régime démocratique à Damas, et (la nécessité) de se débarrasser de l’actuelle dictature (syrienne)".
Cité par le quotidien panarabe, M. Ghalioun a enfin estimé qu’il s'attend à ce que le Hezbollah adopte, après la chute du régime de Bachar el-Assad, une position "complètement différente" de celle qu’il adopte aujourd'hui vis-à-vis de la situation en Syrie. "Le Hezbollah n'a qu'une option, celle de coopérer avec la Syrie (même après la chute du régime d’Assad) s'il veut devenir une force positive et non un groupe cherchant à saboter les régimes de la région", a affirmé l’opposant syrien.
Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait, lors d'une intervention télévisée en décembre dernier, déclaré son soutien sans équivoque au régime de Bachar el-Assad, un régime qu’il avait qualifié alors de "régime de la résistance" contre Israël. Il avait également critiqué le chef de l’opposition syrienne, Burhan Ghalioun, qui avait déclaré qu’en cas de chute du régime d’Assad, le nouveau pouvoir syrien reverrait drastiquement ses relations avec l’Iran et le Hezbollah. "Le soi-disant Conseil national syrien, formé à Istanbul, et son leader Burhan Ghalioun (...) se font concurrence pour présenter leurs lettres de créance aux Etats-Unis et à Israël", avait lancé Hassan Nasralllah à l’intention de M. Ghalioun.
Sur le plan de sortie de crise défendu par la Ligue arabe prévoyant la fin des violences et le transfert des pouvoirs de M. Assad à son vice-président, Farouk el-Chareh avant l'ouverture de négociations avec l'opposition, M. Ghalioun a affirmé que "Farouk el-Chareh ne sera pas le président du régime, mais plutôt une couverture pour le transfert de pouvoir".
Mercredi soir, les négociations au Conseil de sécurité de l'ONU en vue d’adopter le plan de sortie de crise de la Ligue arabe se sont encore heurtées à l'intransigeance de la Russie, fidèle alliée du régime syrien.
Publié par Babel Med
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Méditerranée / Appel des écrivains syriens
Nous, écrivains syriens, adoptons l’appel lancé par nos amis cinéastes à leurs homologues dans le monde, l’adressons aux écrivains, poètes et critiques du monde entier et les exhortons à le signer.
Les citoyens syriens qui manifestent pacifiquement, sont assassinés aujourd’hui parce qu’ils revendiquent leurs droits les plus élémentaires de citoyens libres.
C'est le même régime despotique et corrompu qui a longtemps emprisonné les Syriens et les a privés de leur dignité et de leur liberté qui détruit aujourd’hui leurs vies et leurs rêves.
Nous, écrivains syriens signataires de l’appel, considérons qu’une réforme qui ne met pas immédiatement fin à la mainmise des forces de sécurité sur la vie des citoyens, à l’immunité dont elles jouissent, et qui n'abolit pas la prison politique, ne peut être qu’une réforme mort-née.
Nous appelons tous les écrivains du monde à dénoncer ces assassinats et à proclamer leur solidarité avec le peuple syrien, avec ses rêves de justice, d’égalité et de liberté.
Rejoignez-nous en envoyant un courriel avec votre nom, profession et pays à l'adresse suivante:
syrianwriters2011@gmail.com
First Syrian signatories:
Aref Dalila, Khaled Khalifa, Samar Yazbek, Basma Kodmani, Hazem al-Azmeh, Hassan Abbas, Rosa Hassan, Aïcha Arnaout, Rania Samara, Jamal Chehayed, Hala Mohammad, Fawaz Haddad, Louai Hussein, Michel Kilo, Yassin Hajj Saleh, Mounzer Misri, Ghalia Kabbani, Salam Kawakibi, Burhan Ghalioun, Farouk Mardam Bey, etc.
Le 19 janvier (AFP)
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Syrie: des alaouites mettent en garde contre le confessionnalisme
Des intellectuels alaouites syriens ont déploré les "tentatives" du pouvoir et de certains groupes de l'opposition de confondre leur communauté avec le régime de Bachar al-Assad, mettant en garde contre le risque de dérive confessionnelle du soulèvement populaire.
Dans un communiqué parvenu jeudi à l'AFP, les signataires, dont des écrivains et des journalistes, ont dénoncé "les tentatives du pouvoir de lier la communauté alaouite et les minorités religieuses au régime à travers des manipulations sécuritaires et médiatiques".
La communauté alaouite, à laquelle appartient M. Assad, est une branche de l'islam chiite dont les membres détiennent les postes-clés du pouvoir en Syrie.
Elle compte quelque deux millions de fidèles, environ 10% de la population, qui est en majorité musulmane sunnite. Les druzes et chrétiens sont aussi minoritaires en Syrie.
Les signataires ont également rejeté "le comportement et les déclarations de certaines parties de l'opposition qui tentent d'attribuer à notre soulèvement une coloration sectaire alors qu'il est un soulèvement pour la dignité, aux revendications civiles".
Ils les accusent d'être "l'autre visage du régime despote", qui réprime dans le sang le mouvement de contestation lancé il y a dix mois.
Le communiqué lance un appel "aux Syriens alaouites et aux minorités religieuses et ethniques qui redoutent les conséquences d'un éventuel effondrement du régime, à participer au renversement de ce pouvoir oppressif et à l'édification d'une nouvelle République basée sur l'Etat de droit et la citoyenneté".
Il souligne "l'unité du peuple syrien dans toutes ses composantes religieuses et ethniques et la nécessité de bâtir un Etat libre et démocratique qui garantisse l'égalité et les droits de ses citoyens".
Le texte appelle aussi l'armée syrienne à "ne plus obéir aux ordres de tuer les manifestants pacifistes".
Parmi les signataires figurent la poétesse Racha Omrane, l'écrivain Rosa Yassine Hassan, l'actrice Louise Abdel Karim Ali, l'écrivain Samar Yazbek, le journaliste Yamen Hussein, Hassan al-Khatib, Khawla Dounia, et Firas Saad.
Info de décembre.
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Un observateur de la Ligue arabe a déclaré devant une foule de Syriens en colère que son équipe était seulement en mission d'observation et qu'elle n'avait pas pour objectif de renverser le président Bachar al Assad, a révélé une vidéo d'Al Djazira.
Rassemblés en masse dans une mosquée de Douma, dans les faubourgs de Damas, les opposants ont paru se méfier des observateurs. Un orateur a tenté de les calmer, les suppliant d'écouter l'observateur, mais un homme a immédiatement brisé le silence en criant: "Mon fils est un martyr, ils l'ont tué".
L'observateur a demandé à ne pas être filmé, mais son discours a été retransmis en direct sur Al Djazira. "Nous avons pour mission d'observer (...) et non de renverser le président. Notre objectif est de ramener la Syrie à la paix et la sécurité", a t-il déclaré par haut-parleur, juché sur un podium dans la mosquée.
"En tant qu'observateurs, nous ne sommes pas tenus de parler, mais la situation me pousse à dire quelque chose: notre mission est d'observer les éléments du protocole signé entre la Ligue arabe et le gouvernement (...). C'est une mission humanitaire qui vise à faire connaître les problèmes actuels et à résoudre la crise."
Sans donner son nom, il a ajouté qu'il promettait de faire état des souffrances des manifestants. "D'après ce que j'ai entendu, il y a du sang qui est versé, c'est certain."
Une équipe de 60 observateurs de la Ligue arabe, membres d'une délégation qui devrait en comprendre 150 et rester un mois dans le pays, est déjà en place sur le terrain.
Le 24 octobre, des Syriens pro-Assad avaient manifesté à Paris.
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La communauté syrienne de la région parisienne entretient vaille que vaille la flamme de la résistance à la désinformation et la diffamation géopolitique en organisant des manifestations de protestation dans des lieux symboliques. Voici trois semaines, les patriotes syriens scandaient le nom de Bachar sous les fenêtres de l’ambassade de Turquie, dans le XVIe arrondissement de Paris. Et samedi 22 octobre, c’était au tour de l’ambassade du Qatar, à l’Etoile, de se voir assiégée par des dizaines de Syriens conspuant la désinformation véhiculée depuis le début des événements par Al-Jazeera. Et réaffirmant leur soutien au gouvernement en place, à grand renfort de slogans et de drapeaux. Il y avait quelque chose d’éminement symbolique à voir ces Syriens animés de leur foi patriotique venir défier une puissance, certes plus économique que géopolitique, symbolisée par cet énorme et prestigieux immeuble haussmanien dressé dans un des quartiers les plus prestigieux de la capitale. Tout ça vous avait des airs de David provocant Goliath, lequel Goliath, comme les autres monarchies du Golfe d’ailleurs, est un colosse aux pieds d’argile.
La manifestation a été filmée par Independenza Web TV et notamment mise en ligne par le site de contre-information Agora Vox. On constatera la résolution des manifestants, et la pertinence des propos retenus par ceux qui ont été interrogées. Parmi ceux-ci, mention spéciale à cette charmante jeune fille qui à un moment – 3’30″ de la vidéo – cite Infosyrie parmi les moyens de contre-information disponibles sur la toile. De tels hommages nous confortent dans notre mission !
En parlant de mission, le combat continue et les patriotes syriens organisent dimanche 30 octobre à partir de 13 heures une marche du Panthéon jusqu’à la place Saint-Michel, dans le Ve arrondissement de Paris. C’est, jusqu’à présent, la manifestation la plus ambitieuse organisée par les Syriens de Paris pour protester contre la désinformation et l’ingérence étrangère. Il est donc utile que tous ceux qui se sentent concernés par la question, et heurtés par le manichéisme et les falsifications politico-médiatiques, fassent l’effort de se mobiliser pour la circonstance. Nous le devons à la Syrie, à son peuple. Ou encore à la paix de la région. Ou tout simplement à une exigence de vérité !
Ci-dessous, le lien sur la manifestation contre l’ambassade du Qatar
http://www.agoravox.tv/actualites/international/article/les-syriens-manifestent-devant-l-32238
Reuters, 9 février
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Une délégation de l'opposition syrienne s'est rendue en Chine cette semaine où elle a rencontré le vice-ministre des Affaires étrangères Zhai Jun, rapporte jeudi le ministère chinois des Affaires étrangères. "La Chine souhaite maintenir le contact et le dialogue avec les groupes d'opposition syriens", a déclaré le porte-parole du ministère Liu Weimin, lors du point presse quotidien.
Pékin, tout comme Moscou, ont opposé samedi leur veto à une résolution au Conseil de sécurité de l'Onu soutenant le projet de paix de la Ligue arabe qui prévoit la mise à l'écart du président syrien Bachar al Assad.
Ce double veto a suscité l'indignation des pays arabes et occidentaux et le Conseil national syrien, qui regroupe la plupart des courants de l'opposition, a estimé que cette décision revenait à donner à Damas un "permis de tuer." La répression des manifestations antigouvernementales en Syrie a fait plus de 5.000 morts depuis mi-mars 2011 selon les Nations unies qui n'ont pas fourni de nouveau bilan depuis plusieurs semaines.
Le Monde diplomatique
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Syrie : un officier supérieur parlepar Zénobie, mercredi 7 septembre 2011
« L’armée de la Syrie n’est que l’armée des services de sécurité syriens (jaych amni). » Mon interlocuteur a prononcé ces mots gravement. On l’appellera Mohammed, c’est un officier supérieur sunnite.
Comment en est-on arrivé là ?
Il faut remonter aux années 1960 où, en quatre coups d’Etat, se mettent en place les cadres de l’actuel système politique syrien : la ruralisation des villes et du régime, l’arrivée au pouvoir de la minorité alaouite et la domination du parti et des civils par l’armée. Le dernier putsch, celui de Hafez Al-Assad, père de l’actuel président, en 1970, va parachever la construction du système autoritaire. Il instaure un maillage complet de la société syrienne autour de l’armée et des organes de la Sûreté, du parti et de la bureaucratie. Le régime utilise aussi les liens de solidarité familiaux, claniques, communautaires et régionaux pour se constituer une clientèle (qui est évidemment rémunérée par les postes de la fonction publique). Le croisement des liens communautaires et de l’obsession du contrôle sécuritaire produit la prédominance alaouite dans les hautes charges de l’armée et des organes de sécurité. Le ciment de l’édifice sécuritaire, c’est la culture de la peur que la révolte vient de mettre à bas. Sous M. Bachar Al-Assad (depuis 2000), le parti, la bureaucratie et l’armée sont passés directement sous le contrôle des services de sécurité, eux-mêmes entièrement aux mains de la famille Assad. Les Syriens considèrent même que le parti est le sixième service de sécurité.
Ce sont ces derniers qui forment les bataillons de chabbiha et de francs-tireurs. Les chabbiha sont des ruraux et sans doute des prisonniers de droit commun libérés au début de la révolte. On estime à plus de 100 000 le nombre d’Alaouites dans les services de sécurité, sans compter l’armée et la Garde présidentielle, forte de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, qui est totalement alaouite. Les Alaouites représenteraient en 2011 quelque 10 % de la population. La moitié des fonctionnaires serait employée dans l’appareil de sécurité.
A ces hommes, il faut ajouter plus de 60 000 civils employés par le ministère de la défense (notamment dans l’établissement du logement militaire, mouassassat al-iskan al-askari, dirigé par un cousin d’Al-Assad). Ces hommes, comme d’autres agents de l’Etat, sont obligés, sous peine de perdre leur poste, de venir assister le pouvoir dans la répression : ce sont eux qu’on voit munis de bâtons électriques ou de barres de fer, souvent placés à la sortie des mosquées. Ils sont aussi mobilisés dans les manifestations de soutien au régime...
Mohammed sourit, sa main qui allait prendre la tasse de café s’arrête, comme suspendue. Il la pose sur la table et me regarde.
C’est d’ailleurs le même principe qui dirige l’attribution des postes de ministres dans le gouvernement, chaque ministre non-alaouite étant chapeauté d’un adjoint alaouite qui détient la réalité de la décision politique. On notera que la récente nomination d’un chrétien à la tête du ministère de la défense, vise sans doute à impliquer plus encore les chrétiens du côté du régime.
Mohammed prend sa tasse de café avant de répondre.
Mohammed boit une gorgée de café et ajoute :
Il reste tout de même que l’on n’a aucune image de la mort de ces militaires alors que pour ce qui est des manifestants, on les voit tomber quasiment en direct…
J’ai dû penser tout haut, Mohammed me regarde avec un air ironique cette fois-ci.
Mohammed pose sa tasse de café, son regard se perd dans le vague.
En attendant, le régime diffuse un numéro de téléphone pour que les citoyens puissent dénoncer ceux qui le critiquent. Délation de triste mémoire...
Un site d'opposition syrienne analyse le pouvoir de El Assad:
http://syrianfacts.wordpress.com/
Selon Amnesty International la situation à Homs «se transforme en une crise humanitaire majeure». Des rebelles syriens ont déclaré mercredi qu'ils avaient besoin d'armes, et non de soldats étrangers, pour renverser le régime de Bachar al-Assad, au cours d'une conférence organisée dans un lieu proche de Damas et diffusée à Washington via internet. Mais le pouvoir, qui se refuse à reconnaître le mouvement de contestation lancé en mars 2011, a affirmé que ses forces pourchassaient à Homs les «groupes terroristes» qu'il accuse d'être à l'origine des violences contre les civils.
Les observateurs de la Ligue arabe vont revenir en Syrie
La Ligue arabe va renvoyer sa mission controversée d'observateurs en Syrie. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a annoncé mercredi que le chef de la Ligue arabe Nabil Al-Arabi lui avait fait part mardi de son intention par téléphone, lui demandant une coopération de l'ONU à cette nouvelle mission. «Il a suggéré une mission conjointe en Syrie, avec un émissaire spécial commun», a-t-il ajouté, précisant que cette question serait soumise au Conseil de sécurité dans les jours à venir.
«La brutalité effarante dont nous sommes témoins à Homs, avec des armes lourdes tirant sur des quartiers résidentiels, laisse à penser malheureusement que la situation va encore s'aggraver», a affirmé M. Ban pour qui Bachar al-Assad «doit être tenu pour responsable». M. Ban a par ailleurs jugé «catastrophique» pour le peuple syrien le veto des Russes et des Chinois samedi à une résolution du Conseil de sécurité, estimant qu'il avait encouragé Damas à «accentuer sa guerre contre son propre peuple».
Un article de Charles-André Udry qui envisage tous les rapports de force et conclut à
"l’importance d’apporter son soutien politique à la lutte de ce peuple en révolte qui compte sur ses propres forces ainsi que sur la solidarité ; et aussi de s’opposer à toutes interventions militaires étrangères".
http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=1262
@Art
Je viens de lire le cri de Khaled Khalifa et l'intégralité des informations que vous dispensez à l'appui de ce cri .. avec raison.. Toutes les informations sont nécessaires .
Je dirais que si j'étais journaliste , ce que je ne suis pas ,j'aurais envie de poser deux questions au CNS
1°) Pourquoi refuse-t-il toute tentative de discussion avec le pouvoir pour faire cesser les violences ?? au moins temporairement .. Notion de trêve si vous me permettez cette expression .
2°) Pourquoi refuse-t-il également toute discussion et rassemblement dans un grand mouvement d'opposition à la répression et au Gouvernement en particulier avec le PYD et son leader Salih Mohammad Mislim . Cette attitude un peu contradictoire avec qu'il prétend être ne lui enlève-t-il pas un poids qui pourrait être un véritable atout dans la bataille aujourd'hui menée par le peuple syrien ..
Et la réponse ne serait-elle pas dans cette déclaration de Salih Mohammad Mislim qui se bat également contre la répression :
"Salih Mohammad Mislim est sceptique vis-à-vis d’un axe de suprématie de l’islam modéré depuis le Soudan jusqu’à la Turquie: «Si les Frères musulmans prennent le pouvoir, il existe un risque de guerre civile. Mais notre coordination avec les communistes, la gauche arabe, les chrétiens et les alaouites jouera certainement un rôle positif afin d’empêcher cette guerre fratricide.»
Toutefois, le leader du PYD estime que «le régime restera en place tant que les Frères musulmans ne parviendront pas à représenter une alternative viable au pouvoir». Ceci si «la participation populaire dans la contestation est massive, les organisations politiques ne sont pas présentes sur la terrain». Et «l’opposition fabriquée pas encore à maturité».
Ces déclarations d'opposants à Assad viennent d'un remarquable article cité par Orbazan sur la mosaique des partis d'opposition
Quelle alternative au régime de Bachar El-Assad et aux Frères musulmans?
L’opposition syrienne est le reflet de la mosaïque qui s’est brisée sur le terrain. Il existe une multitude de fronts d’opposition divisée principalement en deux groupes: d’une part, le Conseil national syrien (CNS) dominé par les Frères musulmans, soutenus par les pays membres de l’OTAN ainsi que par l’Arabie Saoudite et, d’autre part, une résistance plutôt traditionnelle et locale, composée de la gauche syrienne, de la communauté chrétienne et des principaux partis kurdes (Coordination Démocratique). La première est surmédiatisée dans la presse occidentale tandis que la seconde se recompose dans le silence.
Aujourd'hui , il semble que la situation se débloque avec une autre composante de l'opposition Syrienne : Le CNCD Cette coalition regroupant des mouvements de gauche, nationalistes et kurdes craint qu’une victoire militaire d’une fraction ne provoque une guerre civile à l’irakienne et ils n'hésitent pas à dire que le CNS n'a cessé de jeter de l'huile sur le feu en réclamant une intervention avant de favoriser une insurrection armée qu'ils réclament d'ailleurs visiblement aujourd'hui d'après les documents que vous citez ..
Et comme le dit l'auteur de l'article citant le CNCD : l'impasse actuelle est réellement meurtrière . Personne ne conteste la répression .. et mais il s'agit désormais aussi d'une guerre civile .. ce qui complexifie encore plus le contexte ..
http://www.lecourrier.ch/impasse_meurtriere_en_syrie
Au vu des résultats précédents (Irak, Lybie) ... les questions humaines sur la suite ne peuvent que se poser , et la raison est bien d'essayer dans la mesure du possible de négocier une trêve qui permettrait à l'opposition de se regrouper et de se mettre d'accord , pour ne pas se retrouver par la suite dans le contexte de guerre civile évoqué ..
Personne ne conteste la répression ... mais le traitement donné par nos médias au cas Syrien , traitement qui a persmis d'occulter la complexité de la mosaique d'opposition syrienne et ses réalités et son refus de prendre le risque de se retrouver dans un contexte similaire à l'Irak ou la Lybie, a rendu les choses encore plus difficiles ...
Et il ressort de manière évidente que ce sont NOS erreurs , et la manière dont nous avons laissé traiter les Irakiens , comme les Lybiens , qui sont les principales causes de ce qui est effectivement devenu une impasse totalement meurtrière .. Nous n'avons pas franchement lieu d'en être fiers.
Merci pour vos informations .
Merci de la qualité de ce dialogue, chère Marie-Caroline. ^^
^^
Une réponse à votre première question dans Le Temps d'aujourd'hui.
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Burhan Ghalioun est le chef du Conseil national syrien (CNS), principale mouvance de l’opposition au régime de Bachar el-Assad. Selon lui, il y a urgence à soutenir financièrement l’opposition syrienne
Le Temps: La diplomatie peut-elle encore quelque chose en Syrie?
Burhan Ghalioun: Sans la diplomatie c’est l’escalade militaire, la spirale destructrice qui emporte Homs, la troisième ville du pays. L’Armée syrienne libre (ASL), tant bien que mal et avec des moyens dérisoires, essaie de sauver des vies. De l’autre côté, celui de la diplomatie, nous nous apprêtons à former, Occidentaux et Arabes réunis, un front commun, les Amis de la Syrie, dont le but est la mise application du plan de la Ligue arabe. Avec des sanctions renforcées et des mesures pour isoler le régime, de sorte que Bachar el-Assad se rende compte qu’il n’y aura pas de relâchement, que la pression ne cessera pas d’augmenter jusqu’à son départ. En attendant aussi que la Russie revienne à la raison.
– Pourquoi les Russes font-ils barrage?
– Les Russes n’imaginent pas qu’une transition politique en Syrie puisse se faire sans eux. Ils sont en compétition avec les Occidentaux et s’alarment de les voir se rapprocher de l’opposition syrienne. Ils redoutent, en cas de chute du régime, que ceux qui viendraient ensuite ne leur soient pas favorables. C’est ce risque de tout perdre qu’ils ne veulent pas prendre; et ils croient encore à la possibilité de réussir là où les autres ont échoué: convaincre Bachar el-Assad. Mais ce dernier peut tout promettre à Sergueï Lavrov [ndlr: le chef de la diplomatie russe], il ne lâchera rien. Il sait qu’il n’a aucune chance de survie s’il abandonne la répression. Selon le plan qu’ils ont annoncé, les Russes veulent organiser sous leur patronage des pourparlers entre le gouvernement et l’opposition. Nous sommes l’opposition et jamais nous ne négocierons avec Bachar el-Assad. Personne, avec un minimum de raison ou de cœur, n’accepterait de négocier avec cet assassin.
– La solution à la crise est-elle militaire?
– La diplomatie n’est jamais inutile, même lorsque d’autres options sont envisagées. Mais il ne faut pas se limiter à elle, ni se priver du recours à la force. Entre une intervention comme en Irak, qui a mené à une catastrophe humanitaire et ne rien faire du tout, il y a de la marge.
Je pense qu’il faut absolument se donner les moyens, y compris militaires, pour soulager le martyre des villes pilonnées comme l’est aujourd’hui Homs. L’appui de forces armées serait nécessaire pour ouvrir des couloirs humanitaires et au moins évacuer les blessés et amener des vivres.
– L’ASL vous reproche de l’avoir abandonnée, est-ce le cas?
– Je comprends les reproches qui nous sont adressés, je les renvoie à la communauté internationale qui nous laisse sans moyens financiers. Les nations occidentales et arabes nous ont promis des moyens financiers mais rien ne vient. Lundi, Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères nous a promis de faire pression auprès de l’Union européenne pour obtenir la création d’un fonds européen d’aide à la Syrie. Le Qatar devrait débloquer de l’argent avant la fin de la semaine. Nous devrions discuter de cela lors d’une réunion conjointe la semaine prochaine, en présence de plusieurs ministres dont Alain Juppé. Pour l’instant, les seules contributions financières que nous avons reçues viennent d’hommes d’affaires syriens.
– Quelles sont les priorités financières?
– L’urgence est humanitaire: il faut impérativement envoyer médecins, vivres et médicaments vers les zones les plus touchées par la répression. Les Comités locaux de coordination (LCC) ont besoin de moyens, ce sont eux qui organisent les réseaux sur place, eux qui pourraient faire passer des médicaments aux blessés. L’ASL a besoin de moyens elle aussi, des armes et des munitions.
– Le CNS représente-t-il encore la rue syrienne? Est-il divisé comme certains l’avancent?
– Les manifestants sont frustrés de ne pas avoir plus de soutien, je comprends leur mécontentement. J’aimerais faire plus, mais les moyens manquent. Aider plus et mieux. Le CNS est une structure ouverte, toutes les tendances y sont représentées et nous défendons le pluralisme. Si des voix dissonantes s’expriment, tant mieux, le CNS n’est pas totalitaire. Les points de désaccord, à l’intérieur et à l’extérieur du CNS, sont minimes par rapport à ce qui nous lie, un objectif commun: la fin du régime.
Merci Art pour ce nouveau document
Ce qui est fascinant , c'est que le discours de Burhan Gahlioun recoupe et confirme très exactement les deux articles de courrier Suisse cités dans mon commentaire .
Le CNS ne veut pas de dialogue avec le Gouvernement et encore moins de médiation sous égide Russe , ce que réclame le CNCD ..
L'opposition syrienne et la guerre civile actuelle représentent très exactement les deux influences géopolitiques qui se heurtent : l'une étant incarnée par le CNS et la tendance Sunnite , l'autre étant incarnée par les mouvements de gauche , le PYD et le CNCD , plus laics dans l'esprit , plus multi confessionnels .. et qui refusent totalement de se voir entrainés dans un scénario comme celui de l'Irak ou de la Lybie .
Je ne suis pas certaine que ce conflit soit vraiment religieux , si ce n'est qu'il en revêt le costume à travers le confessionnalisme voulu par les sunnites , j'ai plutôt l'impression que conflit illustre totalement à l'echelle d'un pays le conflit entre deux blocs qui sont l'OCS et l'OTAN : deux pouvoirs qui s'affrontent et deux manières de voir le monde totalement différentes .
Et à l'echelle d'un pays , ils sont pour l'instant visiblement incapables de s'unir pour se mettre d'accord et pour montrer un front commun en face de ce qui devrait être leur priorté absolue : le combat contre la répression ..
Et dans un tel contexte , connaissant déjà le résultat de nos brillantes interventions ailleurs, avons nous vraiment un jugement à porter sur ces discussions entre franges d'opposition différentes ?? Et surtout , compte tenu de nos erreurs , en avons-nous le droit ????
Quelque part , répondre OUI , c'est donner raison à Guéant dans sa dernière sortie qui fait couler beaucoup d'encre .. Personnellement , je ne me sens pas ce droit . Le cas syrien est désespérant et nous aurons vraiment tout fait pour qu'il le soit encore plus .. Mais là , nous avons tous le droit de répondre selon notre intime conviction et nos propres perceptions et même si j'ai donné ma perception , je ne porterais aucun jugement sur une opinion qui soit contraire à la mienne .. Il faudra simplement qu'il m'explique suivant quel critère moral il préfère un point de vue ou l'autre .. et peut être même en me l'expliquant , me fera-t-il changer d'avis ..
ECLAIRER le débat , c'est commencer déjà par l'accepter .
Merci Art pour toutes ces infos et pour votre réponse .
Chère Marie-Caroline
C'est à cause de la nature de ce clivage que j'évoquais l'autre jour la guerre froide. Deux modèles politiques s'affrontent, dont la religion n'est probablement qu'un élément... même si, nous le savons, il y a un risque potentiel de prise de pouvoir par la religion dans cette région du monde, car certains guettent indéniablement cette opportunité.
Le problème est que si la logique néolibérale ou hyperlibérale est très délétère, les alternatives sociopolitiques sont pour le moment très insatisfaisantes. Les modèles socialo-communistes se sont effondrés, ayant donné lieu à des formes insupportables de totalitarisme. Nous sommes en difficulté pour concevoir des modèles tirant parti de toutes les leçons du passé. Les problèmes actuels de la Syrie en sont le symptôme, comme l'ont été la guerre en Irak, en Libye, et bien avant en Corée...
Je ne suis absolument pas favorable à une ingérence militaire en Syrie, de quelque bord qu'elle soit, mais souhaite une aide pacifique, qui fasse taire le bruit des armes pour leur substituer les palabres de la négociation. Pour cela, il faudrait aider les Syriens, aujourd'hui déchirés, à se réunir autour d'une table et à décider seuls de leur organisation...
Pour le moment, vu l'enfumage contradictoire que nous subissons, je ne peux faire autre chose qu'observer.
Nous sommes totalement d'accord ..
Les aider à se réunir .. éventuellement avec deux médiations complémentaires qui opèrent ensembles et qui de ce fait soient acceptées par les deux partis d'opposition , le temps de renverser le pouvoir et d'organiser des élections honnêtes ..
Je pense même qu'il partirait assez rapidement de lui même si il a la certitude de ne pas être soumis à un traitement identique à celui fait à Khadafi
Paroles de Syriens (Journal du Liban):
Sur mes chemins entre Beyrouth et Saïda, Byblos, Douma et Megdouché,
il m'est arrivé de rencontrer des Syriens.
Ils étaient cadres, étudiants et ouvriers ou «touristes» de passage.
À l’heure où la répression du régime de Damas avait déjà provoqué des milliers
de morts dans leur pays, que pensaient-ils des «événements» ?
Quelle était leur opinion sur la famille des el-Assad, issue de la minorité alaouite* ?
Comment jugeaient-ils cette étrange et cruelle dynastie héréditaire,
régnant sur leur pays comme si elle en était propriétaire,
depuis quarante ans, et qui avait aussi occupé le Liban durant trente ans?
Le Liban, où beaucoup d'entre eux avaient trouvé leur gagne-pain.
Toutes questions qui m'intéressaient...
À quelques exceptions près, mes interlocuteurs syriens firent preuve de discrétion.
Certains se réfugièrent même dans un déni total ou le silence.
D'autres** s’exprimèrent en dépit de l'omniprésence des suppôts de Bachar.
Voici leurs propos.
Ghassan : Le temps d’un week-end prolongé, il est venu passer quelques jours de repos au Liban avec sa femme et son fils. Spontanément, dans la rue, comme je lui demande d’où il vient, il m’adresse la parole en anglais. «Je suis ingénieur et j’habite le pays où il ne se passe soi-disant rien… Croyez-moi, nous sommes très nombreux là-bas à vouloir que ce régime sanguinaire et corrompu tombe. Mais certains, les chrétiens surtout, imaginent que les successeurs de Bachar seront forcément des islamistes et qu’ils perdront leurs privilèges. Comme s’il n’y avait pas d’autre alternative… Je suis chrétien mais je peux vous assurer que les musulmans ne sont de loin pas tous des fous furieux islamistes…»
Marie : Francophone, universitaire, au chômage, divorcée, fille d’un médecin fortuné, mère d’une fillette de douze ans, chrétienne, réfugiée au Liban pour fuir un mari violent installé dans les émirats arabes.
«De quoi me parlez-vous ? Mais il ne se passe rien en Syrie! J’y étais le week-end passé. Tout y est parfait !
Ne regardez surtout pas El Djzazirah ni El Arabya ni les médias occidentaux. Notre pays est très évolué. Nous y bénéficions de la sécurité sociale, ce que le Liban ne connaît pas. En fait, il y a une conspiration internationale contre nous. Même s’il y a embargo, nous nous débrouillerons. Nous avons des terres, des fruits et des légumes en suffisance. Nous avons même du pétrole. Nous nous contenterons de ce que nous avons et nous n’avons besoin de personne».
Joseph : Ce joyeux octogénaire, membre d'un groupe de pèlerins chrétiens, se fait ironique : «Que voulez-vous, si votre voiture est très vieille et que vous changez de conducteur, pensez-vous que la voiture marchera mieux ? Alors, Bachar ou un autre, nous devrons bien le supporter… Depuis quarante ans, on ne nous a d’ailleurs jamais demandé notre avis. Nous n’avons fait que subir. Comme vous devez le savoir, les moukhabarats (ndla: services secrets) sont omniprésents et tout-puissants chez nous. Cela dit, des changements sont nécessaires dans notre pays qui n’a rien à voir avec la démocratie suisse. Bienheureux ceux qui y vivent! Ils ne savent pas leur bonheur...»
Amal : Musulmane, en formation complémentaire dans une Université beyrouthine. «Dans le quartier de Damas où nous habitons, la situation est encore tenable… mais jusqu’à quand ? J’ai des cousins à Homs et à Hama qui ne font pas de politique. Ils ont vu et vécu des choses affreuses. L’un d’eux a été arrêté et torturé. Pourquoi ? Pour rien! Oui, nous avons peur. Nous ne savons pas où tout cela nous conduira !...»
Mohamed et Rima : «Nous avions quelques jours de vacances. En Syrie, nous n’en pouvions plus. Nous sommes en permanence sur nos nerfs. Nous sommes venus au Liban pour nous reposer un peu et pour que les enfants puissent sortir. Là-bas, ils vivaient reclus dans l’appartement. Il y a partout des snippers et des enfants sont morts. Allah seul sait ce qu’il adviendra de notre pays… Si ce sera la guerre civile ou pas. Si Bachar finira comme Ben Ali, Moubarak et Khadafi... Nous vivons au jour le jour car nous n'avons pas le choix. Nous avons tous de la peine à dormir...»
Hussein : «Il ne se passe rien, là-bas. Tout est normal. Ce sont les journaux qui inventent des choses. Les responsables de ces mensonges sont Israël et l’Amérique».
Michel : « Si Bachar el-Assad s'en va, nous aurons les Frères musulmans et la Charia. Pensez-vous que ce sera mieux pour nous, chrétiens ?»
Elias : « Croyez-moi, c’est un plan de la Turquie. Erdogan joue un rôle très dangereux au Moyen-Orient. Les Turcs aimeraient redevenir une grande puissance comme au temps de l’Empire ottoman et dominer le Moyen-Orient».
* Secte dérivée de l’islam chiite (12% de la population syrienne).
**Pour des raisons de sécurité, leurs prénoms ont été modifiés.
La voix de la romancière Samar Yazbek*
De France, où elle s’est réfugiée avec sa fille, après avoir connu l’emprisonnement dans son pays, la romancière syrienne (alaouite) Samar Yazbek dénonce inlassablement le régime baasiste de Damas.
Elle est l’auteur de quatre romans (en arabe) et l’un de ses scénarios a été primé par l'UNICEF. LeJournal qu’elle a écrit durant les révoltes populaires sera publié en mars à Paris. Lors d’une manifestation dans la capitale française, elle a déclaré :
«La Syrie n'a pas beaucoup de pétrole. Alors, le prix des morts a moins de valeur pour l'Occident. Il laisse faire...»
Mais encore :
«Tout Syrien a grandi dans la peur. Elle pèse sans cesse sur nous, nous la connaissons bien... Mais il existe comme un plafond de la peur. D'abord, il nous écrase. Quand on apprend l'horreur de la répression, la peur décuple. Ensuite, les manifestants ont compris que, s'ils s'arrêtaient maintenant, le pire les attendait. Le régime se vengerait d'eux. Ils ne pouvaient plus revenir en arrière, comme en Tunisie,
en Egypte. Alors le plafond de la peur s'est relevé…».
(source: LE MONDE 7 janvier 2012)
REPERES
Depuis mars 2011, selon les Nations Unies, la répression syrienne a causé la mort de plus de cinq mille personnes dont 300 enfants.
En outre, plus de 14 000 personnes ont été arrêtées, 12 400 se sont réfugiées dans les pays voisins, des milliers d’autres ont «disparu».
Le régime de Damas est aussi responsable d’exécutions sommaires, de tortures et de violences sexuelles.
Le 90 % des Syriens sont musulmans et 10 % des chrétiens. Près de 80% des musulmans sont sunnites.
On compte aussi les alaouites (12%), les Druzes (10%) ainsi que des ismaéliens et des chiites.
http://itineraires.blog.24heures.ch/archive/2012/01/09/journal-du-liban-4-paroles-de-syriens.html