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Quand l'ex-patron de Jérôme Kerviel prévoit l’Apocalypse
Quand l'ex-patron de Jérôme Kerviel prévoit l’Apocalypse 05-12-11 par Irène Inchauspé
Jean-Pierre Mustier n'était pas réapparu en public depuis le procès de l'ex-trader. Lors d'un colloque à l'Ecole des mines, ce haut dirigeant de la Société Générale, aujourd'hui chez Unicredit a stupéfait son auditoire en s'abstenant de toute langue de bois sur la gravité de la crise financière.
C’était une première pour l’Ecole des Mines : une journée consacrée à des débats sur l’innovation financière responsable. La troisième table ronde, en ce début d’après-midi du 30 novembre, portait sur les rémunérations et les bonus dans les banques. A 14 heures, l’auditoire s’endormait un peu alors que Pascal Canfin (député européen) et Nicolas Veyron (économiste) parlaient de régulation. Puis, Jean-Pierre Mustier prit la parole et ce fut comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été : les quatre-vingt personnes présentes ont levé la tête et tendu l’oreille.
Jusque-là, le banquier, ex-patron de Jérôme Kerviel à la Société Générale, s’était contenté de pianoter sur son Blackberry et de revoir sur sa tablette les grandes lignes de son exposé. A peine avait-il maugréé un chiffre lorsque Pascal Canfin avait évoqué l’exposition de la Société Générale à feu l’assureur AIG : 25 milliards d’euros avait dit le député "Non,8" avait corrigé Mustier sans lever la tête. "Non, 25", "Non, 8". L’échange s’était arrêté là.
"Notre monde pourrait disparaître"
Mais pour faire son exposé, cet homme, pourtant glacial et discret, s’est déployé comme un aigle, faisant de grands gestes avec ses bras pour appuyer ses propos. Le public était d’autant plus attentif, que, depuis le procès Kerviel, ce banquier à l’air rogue n’était pas réapparu en public. "Il faudrait peut-être parler des vrais sujets, lance-t-il en anglais, langue obligatoire de la journée. Les bonus, c’est bien gentil, mais je crois que vous ne vous rendez pas compte que d’ici deux jours, ou une semaine, notre monde pourrait disparaître. C’est Armageddon".
Autrement dit, la bataille finale qu’il ne faut pas perdre, sous peine de perdre la guerre. Pas encore la fin du monde donc, mais plus très loin. "Nous sommes tout prês d’une grande révolution sociale", lance encore celui qui est devenu en 2011 patron de l’activité de Banque de Financement et d’Investissement (BFI) d’Unicredit, banque italienne qui a annoncé 10 milliards d’euros de pertes pour le seul troisième trimestre.
"Les banques ont dégagé des taux de rentabilité trop importants"
La responsabilité de la catastrophe incombe d’abord aux Etats, qui se sont surendettés et ont manqué totalement de discipline. Puis ensuite aux régulateurs, qui prennent de mauvaises décisions et ne font qu’aggraver la situation. Et aussi, aux banques, reconnaît Mustier: "J’ai discuté récemment avec Michael Milken qui est un très brillant esprit, même s’il n’a pas fait que des choses bien." Milken est l’inventeur des Junk Bonds, qui fut condamné à dix ans de prison et en fit deux. "Il m’a rappelé que la formule la plus importante d’Albert Einstein n’était pas e=mc2 mais celle des intérêts composés".
Vérification faite, il s’agit bien d’une règle, sinon établie au moins popularisée par Einstein, dite "des 72", soit le nombre qu’il faut diviser par le taux d'intérêt attendu pour obtenir le nombre d'années nécessaire au doublement du capital. Les financiers vivent décidément sur une drôle de planète où l’on affirme sans rire que la théorie de la relativité n’est pas le plus important apport théorique du génie scientifique.
"Les banques ont dégagé des taux de rentabilité trop importants, continue Mustier, sans sourciller.. C’était intenable, sinon il n’y aurait plus eu que des banquiers et des avocats et les autres acteurs de l’économie seraient morts." Une remarque qui ne manque pas de sel, venant de l’ancien patron de la banque de marché de la Société Générale, dont la BFI dégageait des taux de rentabilité de 30% avant la crise.
Moins de crédits en vue pour tous
Cette description apocalyptique terminée, Mustier soumet à l’auditoire médusé le choix qu’il reste aux banquiers: "soit c’est 1789, soit c’est un changement majeur de notre industrie, comme ce qui s’est passé pour internet après 2000." Les banquiers, selon cet oracle, vont donc devoir réviser sérieusement leurs modèles. "Se désendetter, retourner sur leurs marchés domestiques, et faire des produits de plus en plus simples." Et elles auront de plus en plus de difficulté à octroyer des crédits à leurs clients, notamment aux PME.
Quant aux Etats, les marchés ne leur laissent guère le temps de se réformer. Et Jean-Pierre Mustier de citer en exemple la Malaisie qui avait décidé de se refermer sur elle-même en instaurant un très sévère contrôle des changes ce qui lui a permis de s’isoler des marchés et de mener ses réformes à bien. Retour au protectionnisme financier? "Evidemment pour l’Europe, cela sera plus compliqué, reconnaît le banquier. Il n’y a pas de solution facile." Mustier reste aussi persuadé qu’en temps de crise, personne ne joue collectif. "Dans ces cas- là, on n’est plus Européen, c’est plutôt du chacun pour soi", rappelle-t-il. Pour les solutions, on reste un peu sur sa faim. Il faudrait peut-être demander à Michael Milken s’il a une solution.
Irène Inchauspé


Tous les commentaires
"Les banques ont dégagé des taux de rentabilité trop importants, continue Mustier, sans sourciller.. C’était intenable, sinon il n’y aurait plus eu que des banquiers et des avocats et les autres acteurs de l’économie seraient morts."
Mais comme les profits réalisés par la spéculation ne sont que virtuel, qu'ils ne se réalisent que s'ils sont prêtés et réinjecté par d'autres dans la production (les ménages, les entreprises, les Etats), les banquiers et les avocats seraient morts aussitôt après les "autres acteurs de l’économie".
@Democrypte
çà finira mal... rira bien qui rira le dernier !
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*** Charles GAVE - il l’a dit :
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« Les crises financières ont, en pratique, beaucoup à voir avec la pêche à l’explosif. Quand une grenade explose en profondeur, on voit d’abord remonter, le ventre à l’air, les plus petits poissons. C’est seulement au bout d’un certain temps que l’on voit remonter les baleines ! » (Extrait de Libéral mais non coupable, 2009) .
CHARLES GAVE vidéo +++
. http://www.news26.tv/economie/1430-lallemagne-bientot-en-faillite-et-leurope-en-depression.html . .
http://www.news26.tv/economie/1425-un-monde-sans-leuro.html
. http://www.news26.tv/bourse/1422-merkozy-48-h-avant-le-massacre-de-noel.html
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Qui est-il? De Wikiberal:
Charles Gave, né le 14 septembre 1943, spécialiste des marchés financiers, est le fondateur de GaveKal Research, GaveKal Securities et de GaveKal Capital, dont il est aussi le Président. Il a reçu un PhD en économie de l'université de Chicago où il fut l'élève de Milton Friedman.
Après avoir commencé sa carrière comme analyste financier dans une banque d'affaires française, il crée en 1974 une entreprise de recherche économique indépendante, Cecogest. En 1986, il diversifie son activité vers la gestion de portefeuille et devient le cofondateur de Cursitor-Eaton Asset Management, qui est ensuite vendu en 1995 à Alliance Capital.
C'est en 1995 que Charles Gave crée Gavekal Research, Gavekal Capital et Gavekal Securities, trois entreprises dont le siège est aujourd'hui à Hong Kong. Charles Gave est membre de nombreux conseils d'administration, notamment Global Fund Analysis, The Eureka Fund, the Asia Absolute Fund.
Les liens des vidéos ne marchent pas
*** Giulietta, çà marche!
http://www.news26.tv/econmie/1430-lallemagne-bientot-en-faillite-et-leurope-en-depression.html .
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http://www.news26.tv/econmie/1425-un-monde-sans-leuro.html
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Merci pour le lien!
c'est effectivement très intéressant d'écouter BFMbusiness en ce moment...
même l'OCDE critique également la prédominance financière en préconisant des politiques de lutte contre les inégalités, c'est que ça va vraiment mal!
et ce n'est pas rassurant d'entendre Charles Gave dans la vidéo nous dire qu'il ne sait pas non plus ce qu'il faut faire et qu'il ne sait pas ce qui va se passer, à part la dépression...on en est tous là.
flagrant délit d'échec pour les technocrates européens, qui pensaient pouvoir construire l'Europe en se soumettant à la finance;
un beau cru, Noel 2011, cupidité et mégalo, c'est cadeau!
@Capucine M
Merci, le lien fonctionne
Vraiment ,pourquoi nous faudrait il écouter les oiseaux de malheur!!!
tous !ils prédisent ce qu'ils contribuent à créer!
On m'avait transmis cet article de Challenges...
Fait-il un "coming-out" tardif , Mustier?
Veut-il se mettre, in extremis du côté des Révolutionnaires qui se pointent et dont il aperçoit grâce à son Blackberry magique le poudroiement des montures ?
Signifie-t-il ainsi qu'il pourra dire :" Moi, je l'avais prévu!"?
Etonnant, non ? Peut-être un peu de surmenage ...
L'OCDE signale un "ralentissement de l'activité" des grandes économies