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La loi des milices règne sur la Libye
La loi des milices règne sur la Libye
La guerre est-elle finie en Libye ? Officiellement, oui. Elle a pris fin le 23 octobre, trois jours après la capture et le lynchage de Mouammar Kadhafi, lorsque le Conseil national de Transition (CNT) a annoncé la "libération totale du pays" au terme de huit mois de révolte armée contre la dictature. Quatre jours plus tard, l'ONU confirmait la fin des hostilités en mettant un terme - contre l'avis du CNT - au mandat donné le 31 mars à l'Otan pour "protéger les populations civiles". Après avoir effectué 26.323 sorties, dont 9.658 raids de bombardement, les avions et les hélicoptères de l'Alliance atlantique et de ses alliés sont rentrés à leurs bases. Mission accomplie ?
L'autorité du CNT mise à mal
C'est une autre question. Le dictateur est mort, sa Jamahiriya n'est plus - ce dont personne ne se plaindra - mais la fin de la guerre n'est pas la paix en Libye, où le sort des civils est loin d'être enviable. Deux mois après la prise par les rebelles des derniers bastions kadhafistes, le chantier de l'Etat de droit et des institutions démocratiques est à peine entamé. La tâche s'annonce d'autant plus ardue que plusieurs pouvoirs rivaux - voire hostiles - s'opposent.
Tenu à l'étranger pour le représentant légitime du peuple libyen, le CNT, entité autoproclamée où se croisent opposants de longue date et kadhafistes recyclés, n'a pu imposer son autorité aux multiples milices locales qui ont vaincu la dictature et réclament leur part du pouvoir.
Prolifération des armes
En proie à une militarisation quasi "somalienne", à un retour inquiétant vers des identités claniques, tribales ou religieuses, la société libyenne est aussi exposée à des influences étrangères rarement désintéressées. Selon le rapport remis le 22 novembre au Conseil de Sécurité par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, le défi majeur auquel est confrontée la Libye est "la consolidation de la sécurité, notamment à Tripoli où se trouvent de nombreuses brigades armées révolutionnaires". Défi d'autant plus périlleux que, comme le relève Ban Ki-moon, le pays regorge d'armes, depuis les missiles sol-air portables jusqu'aux gaz de combat.
La semaine dernière, le Conseil local de Tripoli, exaspéré, a demandé aux milices de quitter la capitale avant le 20 décembre. Ultimatum que le Premier ministre a refusé d'endosser. "La question du désarmement des milices, a-t-il admis, est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît." Résignation alarmante mais lucide. Samedi, deux groupes armés s'affrontaient encore au canon près de l'aéroport de Tripoli.
Verbatim : Ban Ki-moon et la Libye
Voici des extraits du rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la Libye, remis au Conseil de sécurité le 22 novembre 2011.
Sécurité
[…] L’un des défis majeurs qu’affronte le Conseil national de transition est la consolidation de la sécurité, en particulier à Tripoli où se trouvent un grand nombre de « brigades » révolutionnaires armées. L’importance de ce défi a été soulignée par les nombreux affrontements qui ont éclaté, parmi les diverses « brigades » au cours de la dernière semaine d’octobre et au début du mois de novembre (*) provoquant plusieurs morts parmi les combattants et des blessés parmi les policiers. […]
[…] Bien qu’il soit dans l’intention des autorités libyennes de rendre la responsabilité du maintien de la sécurité et de l’ordre au ministère de l’Intérieur dès que possible, la police libyenne n’a pas été en mesure d’assumer cette responsabilité. Elle a été largement assumée, dans l’ensemble du pays par les groupes armés révolutionnaires qui ne disposent pas de la formation requise et agissent hors de tout cadre légal.[…]
(*) Ce document a été établi après le voyage de Ban Ki-moon en Libye, le 2 novembre. Depuis cette date de nombreux autres accrochages, parfois meurtriers ont eu lieu, surtout dans la région et la ville de Tripoli. (NDLR)
Droits de l’homme
[…] Alors que les prisonniers politiques détenus par le régime de Kadhafi ont été libérés, on estime que près de 7000 personnes sont actuellement détenues dans des prisons et des centres de détention improvisés, pour la plupart sous le contrôle des brigades révolutionnaires. En l’absence d’une police et d’une justice en état de marche, ces personnes sont dépourvues de tous accès à une procédure équitable. Des Africains originaires de la région sub-saharienne, accusés ou soupçonnés, dans certains cas, d’avoir été des mercenaires [au service de Kadhafi, NDLR] représentent une bonne partie de ces détenus. Certains ont indiqué avoir été tortures ou victimes de mauvais traitements. Des cas d’individus pris pour cible en raison de la couleur de leur peau ont été constatés. Il a été rapporté également que des femmes sont détenues dans des centres qui ne disposent pas de gardiennes et que des enfants sont détenus avec des adultes.[…]
Armes
[…] Le 3 novembre, une équipe de l’Organisation pour la prohibition des armes chimiques (OPCC) a procédé à une inspection du dépôt de Ruwagha, au sud-est du pays ; C’était la première depuis février 2011. Elle a confirmé que le dépôt contenait toujours des réserves de gaz moutarde et d’autres agents chimiques et pris des mesures pour sécuriser l’ensemble des réserves jusqu’à ce que des opérations de destruction puissent être reprises sous la vérification de l’OPCC. Information importante : deux autres sites, à ce jour non déclarés, ont été identifiés et sécurisés ces dernières semaines par nos interlocuteurs libyens.[…]
[…] La Libye a accumulé le plus grand stock connu de systèmes de défense portables, hors des pays qui produisent ces systèmes. Alors que des milliers de ces armes ont été détruites au cours des sept mois d’opérations de l’Otan, le pillage et la possible prolifération de ces armes suscitent des inquiétudes croissantes, tout comme les munitions et les mines, en raison du risque potentiel qu’elles représentent pour la stabilité régionale. […]
Observations
[…] Aussi profonde que soit la colère provoquée par les crimes de guerre de l’ancien régime, Le Conseil national de transition doit poursuivre ses appels à éviter les actes vengeance et doit enquêter sur les abus perpétrés par ses propres combattants.[…] Je suis convaincu que les dirigeants de la Libye nouvelle sont sincèrement résolus à construire une société fondée sur de respect des droits de l’homme. Aussi difficiles que soient les circonstances, il est essentiel d’agir au plus vite pour mettre un terme aux détentions arbitraires et empêcher les abus et discriminations contre les ressortissants de pays tiers et contre tout groupe de citoyens libyens. […]
René Backmann - Le Nouvel Observateur


Tous les commentaires
Quand on donne des armes à tout le monde, il leur vient l'idée de s'en servir, étonnant n'est ce pas ?
Curieux que Mediapart ne s'intéresse plus à la Libye, et quasiment jamais à l'Iraq. Sans doute trop occupés à sonner la charge contre la Syrie.
Je trouve qu'il y a surtout un manque d'articles de fond, type stratégies géo-politiques, il ne semble pas y avoir de grands spécialistes parmi les journalistes.
La loi des milices ou celles des tribus Giuletta ? Pour comprendre la Libye de demain, il faut revenir sur sa mosaïque tribale, sur leur rôle et emprise sur le terrain :
¤ Kadhafas : tribu du Guide forte de deux cents milles individus. Les Kadhafas habitent principalement à Syrte (dernière ville à être tombée entre les mains des rebelles) et à Sebha dans le Centre-Sud du pays. Certains ont soutenu la rébellion (à titre personnel), à l’instar du responsable sécuritaire de Bab el Azzizia qui, en appelant ses hommes à déposer les armes, a accéléré la chute du complexe.
¤ Warfallas : la plus grande tribu libyenne avec plus d’un million d’individus. Principalement à Bani Walid et très présente au sein des forces armées. Néanmoins, plusieurs de ses officiers ont été exécutés suite au coup d’Etat raté de 1993. Néanmoins, Bani Walid demeurera loyale au Guide jusqu’au dernier moment, avant qu’elle ne soit investie par des rebelles eux aussi Warfallas.
¤ Megarhas : parmi les plus influentes au temps de Kadhafi, malgré le petit nombre d’individus qui la composent. Abdallah Sanoussi, chef des renseignements et n°2 officieux du régime, appartient à cette tribu.
¤ Tarhounis : les trois quarts des habitants de Tripoli sont des Tarhounis. Ils se trouvent essentiellement au Sud-Ouest de la capitale. Un grand nombre est resté fidèle à Kadhafi.
¤ Oubeïdates : habitent l’Est libyen. C’est la tribu de l’ancien ministre de l’Intérieur (sous Kadhafi), ultérieurement chef militaire des rebelles, Abdel Fatah Younès. Accusé de trahison, il fut assassiné dans les faubourgs de Benghazi lors de son transfert devant un juge militaire du CNT. Les combattants du « mouvement du 17 février » sont soupçonnés d’être les exécuteurs, au vu du rôle que Younès a joué dans la répression des islamistes. Youssef el Aseifer, procureur militaire de Tripoli, a désigné sept suspects dans ce meurtre, parmi lesquels Ali Issawï, ancien vice-président (n°2) du CNT en charge des Affaires étrangères.
¤ Misratis : la plus virulente dans son opposition, ayant toujours subi la répression du régime. Les Misratis n’ont reconnu l’autorité du CNT que suite à d’importantes pressions politiques occidentales ; « Le cas échéant, l’approvisionnement de Misrata par la mer aurait été coupé ». C’est aussi par la mer (opération Sirène) que les Misratis ont participé à la conquête de Tripoli, avant qu’ils ne capturent et exécutent Kadhafi le 20 octobre dernier. Contrôlant la majorité des états-majors à l’Est du pays, ils ont à leur tour exercé une grande pression sur le CNT pour avoir des ministères « importants ».
¤ Les Zinatas : ils étaient parmi les plus virulents dans la contestation du régime dès les premières heures de la révolution, tout en maintenant des « bonnes et respectueuses » relations avec les tribus loyales à Kadhafi.
¤ Les Berbères (Amazighs) : représentent 3% de la population libyenne, ils habitent Djebel Neffoussa et Djebel el Gharbi (Montagne Ouest). Ils ont activement participé à l’investiture de la capitale libyenne par le sud ; néanmoins ils n’ont aucun représentant dans le nouveau gouvernement. Ce qui a valu le retrait de leurs représentants du CNT.
¤Tebous (Touaregs) : Ils habitent en petit nombre dans le sud du pays. A la différence des autres Touaregs, les Tebous sont libyens de naissance et ont soutenu la rébellion. Certains Touaregs ont soutenu Kadhafi, surtout ceux qui ont fui la sécheresse des années 1980 et à qui le Guide a donné la nationalité libyenne tout en les enrôlant dans l’armée. Ils étaient majoritairement originaires de pays frontaliers comme le Mali et le Niger ; un certain nombre est retourné au Mali - avec armes, véhicules, munitions - en coordination avec les autorités maliennes.
¤ Braassa, Massamirs, Awakirs : petites tribus de l’Est habitant aux alentours de Benghazi et du Djebel el Akhdar (la Montagne Verte). Elles ont joué un grand rôle dans la révolution mais n’ont finalement obtenu que sept ministères dans le nouveau gouvernement.
La structure tribale et traditionnelle est la seule structure « opérationnelle » qui ait eu cours en Libye.
Il est vrai que c'est le chaos en Libye, la structure tribale hier encore fédérée et pacifiée sous la férule de Kadhafi, a depuis voler en éclat, du fait de l'intervention étrangère de l'OTAN. Alain Juppé a beau gesticuler et proclamer qu'il appartient au peuple libyen et à lui seul de décider de son avenir, c'est quoi le peuple en Libye, depuis que les tribus partent dans tous les sens, vu l'excitation et l'odeur des pétrodollars que les firmes agitent sous leur nez ?
Une grande quantité d’armes reste en circulation sur le territoire libyen et les initiatives de collectes initiées par le Conseil National de Transition (CNT) ont toutes échoué. Le nouveau gouvernement a donné aux différentes milices un ultimatum de deux semaines (jusqu’au 20 décembre 2011) pour évacuer la capitale. Le ministre de l’Intérieur, Faouzi Abdelaali, a annoncé un plan d’intégration de cinquante mille combattants dans les forces armées et dans celles du ministère de l’Intérieur. .
Selon différentes sources, AQMI a mis la main sur un arsenal non négligeable d’armes modernes dont des missiles sol-air Sam-7, missiles qui seraient aussi parvenus au Hamas palestinien via les tunnels qui relient la bande de Gaza au Sinaï. Il y a donc beaucoup de spéculation, mais toujours sur fond de vérité, différentes ONG assurant que les casernes et dépôts de l’armée libyenne sont ouverts à tous, donnant accès à des armes allant de la simple Kalachnikov, aux roquettes antichars Crotale (de fabrication française), jusqu’aux missiles sol-air Sam-7.
Enfin, il faut savoir que le Conseil national de transition libyen (CNT) réclame régulièrement que les milliards de dollars d'avoirs libyens gelés à l'étranger soient débloqués afin de reconstruire le pays.
Koszayr
Cet article, contient trois notes des services secrets sur Kadhafi et ses deux fils.
Cliquez sous les visages pour télécharger les notes
C'est Kadhafini
Mort de Kadhafi : la CPI soupçonne un crime de guerre
e procureur de la Cour pénale internationale estime qu'il y a de sérieuses suspicions sur les circonstances de la mort du dictateur libyen.
La communauté internationale veut savoir. Luis Moreno Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a déclaré, jeudi, que la mort de Mouammar Kadhafi, le 20 octobre dernier à Syrte, pourrait être un crime de guerre*. Le flou qui entoure le décès de l'ancien dirigeant libyen inquiète et Moreno Ocampo a indiqué que «la mort de Kadhafi est une des questions qui doit être éclaircie». «Il existe de sérieuses suspicions sur le fait que c'était un crime de guerre», a déclaré Moreno Ocampo.
Dès le lendemain de l'arrestation et de la mort du dictateur, l'idée d'une exécution sommaire avait été évoquée et la famille Kadhafi avait porté plainte pour «crime de guerre» auprès de la CPI, le 26 octobre. «Aucun révolutionnaire n'a tiré sur Mouammar Kadhafi après son arrestation», avait indiqué de son côté Ibrahim Dabbashi, ambassadeur adjoint de la Libye auprès de l'ONU. S'appuyant sur l'enquête en cours, Dabbashi avait affirmé que Kadhafi avait perdu la vie au cours d'un échange de tirs et ajouté que «si nous (la commission d'enquête, ndlr) apprenons quelque écart dans le respect des droits de Kadhafi (…), les auteurs de tels actes seront punis».
La thèse du crime appuyé par InternetRien ne permet d'établir avec certitude que la mort de Mouammar Kadhafi soit le fruit d'une exécution sommaire, réalisée après son arrestation. Néanmoins, les vidéos diffusées sur le Net dans lesquelles on aperçoit des combattants du CNT qui revendiquent l'exécution du dictateur donnent du crédit aux soupçons.
La Russie, par la voix de Vladimir Poutine, a accusé jeudi les Etats-Unis d'être impliqués dans la mort de Kadhafi. «Des drones, notamment américains, ont attaqué la colonne (de voitures de Kadhafi). Puis avec leurs radios, via des forces spéciales qui n'avaient rien à faire là-bas, ils ont fait venir la soi-disant opposition et des combattants qui l'ont éliminé sans jugement et sans enquête», a-t-il déclaré lors d'une séance de questions-réponses en direct à la télévision russe. Une accusation qualifiée de «ridicule» par les Etats-Unis qui a rappelé ne pas avoir eu de soldats sur le terrain de l'opération libyenne, ajoutant que tout le soutien apporté par son pays s'était fait «par les airs ou par la mer».
La colonne de véhicules dans laquelle se trouvait Mouammar Kadhafi a été repérée et stoppée par des avions français, soutenu par un drone américain. Au lendemain de la mort du dictateur, l'Otan avait justifié cette frappe, expliquant que «ces véhicules armés transportaient une quantité substantielle d'armes et de munitions qui représentaient une menace sérieuse pour la population locale», ajoutant avoir appris «par la suite» que Kadhafi se trouvait dans l'un d'entre eux.
*Est qualifiée de «crime de guerre» une violation des conventions internationales de la guerre, notamment régies par les Conventions de Genève et le Statut de Rome. Il peut, par exemple, s'agir d'attaques contre les civils. La mort de Mouammar Kadhafi pourrait être considérée comme un crime de guerre s'il est établi que l'ancien dirigeant libyen a été exécuté après son arrestation.
Et si la Libye devenait le nouveau sanctuaire d'al-Qaïda
http://www.slateafrique.com/80173/libye-nouvelle-base-al-qaida
D’après le Guardian,
qui cite des sources proches de mouvements islamistes en Afrique du
Nord, Al-Qaida serait progressivement en train de migrer des zones
tribales du Pakistan vers l’Afrique du Nord. Derrière cette nouvelle
stratégie se cache notamment un homme, Abu Yahya al-Libi, numéro 2
officieux d’Al-Qaida qui semble suivre les événements libyens de très
près. Deux membres très expérimentés d’Al-Qaida
auraient déjà rejoint la Libye et plusieurs autres djihadistes ont
récemment été arrêtés en chemin. Sous les coups des forces de l’OTAN en
Afghanistan et au Pakistan, les militants d’Al-Qaida chercheraient à
trouver refuge en Afrique du Nord et dans le Sahel, des régions qui leur
offrent actuellement des conditions optimales pour prospérer.
Nébuleuse djihadiste en Afrique
L’influence d’Al-Qaida au Maghreb Islamique s'accroît en Afrique. Au Nigeria, la secte Boko Haram
qui a revendiqué les attentats sanglants contre la communauté
chrétienne, a vu plusieurs de ses combattants nouer des liens avec AQMI
et les Shebabs en Somalie. «Les liens entre l’AQMI et Boko Haram
étaient très faibles au départ, mais depuis deux ans environ on peut
penser qu’il y a davantage de ramifications, notamment sur le plan
logistique» explique Philippe Hugon, directeur de recherche à l'IRIS.
Les enlèvements de plus en plus fréquents de ressortissants occidentaux
au Mali et au Niger, ainsi que les combats en Somalie entre les milices
shebab et les soldats kenyans et éthiopiens, confirment que les
combattants islamistes n’ont jamais été aussi puissants dans cette partie du monde.
L’Afrique du Nord et plus précisément l’Algérie et la Libye pourraient être les prochaines destinations des djihadistes. Dans une récente vidéo datée du 5 décembre,
Abu Yahya al-Libi a expliqué que la révolution libyenne ne sera
réellement achevée que lorsque la charia aura été proclamée. S’adressant
aux combattants libyens, il leur a ordonné de ne pas rendre leurs
armes, sous peine d’être à nouveau «réduits en esclavage» comme
sous le régime du colonel Kadhafi. Cette vidéo n’est pas la première.
Le 29 octobre dernier, il avait exprimé le même message aux combattants
libyens.
Des armes françaises aux mains d'al-Qaïda?
La question des armes apparaît primordiale. Depuis plusieurs semaines, les autorités libyennes peinent à désarmer les katibas ayant combattu les troupes de Mouammar Kadhafi.
De nombreux pays, dont la France, ont fourni des armes aux combattants
rebelles. Sauf que ces armes circulent rapidement via un trafic d'armes
organisé en Libye et au nord du Sahel. Mokhtar Belmokhtar, l’un des
leaders d’Aqmi, a d’ailleurs affirmé en avoir «tout naturellement» récupéré une partie.
Alors que «deux membres très expérimentés d’Al-Qaida»
seraient actuellement en Libye, on peut soupçonner Abu Yahya al-Libi,
ressortissant libyen, d’être très attentif à leurs prochaines actions.
Celui-ci (dont le vrai nom est Mohamed Hassan Qaïd) est souvent présenté
comme le réel successeur d’Oussama Ben Laden.
Aussi
bon théologien que grand communiquant (entre 2001 et 2002, à Karachi,
au Pakistan, il occupa le poste de webmaster pour le site Internet des
talibans Al-Imarah al-Islamiyah), il était à la fin des années
1980 parmi les premiers membres du Groupe de combat islamique libyen
(GCIL) avant de faire l’essentiel de sa «carrière» en Afghanistan et au
Pakistan. Arrêté par les services de renseignements pakistanais le
28 mai 2002 et incarcéré à la prison de Bagram en Afghanistan, il
réussit à s’échapper le 10 juillet 2005, construisant ainsi une grande
partie de sa légende auprès des aspirants djihadistes. Abu Yahya
al-Libi, officiellement directeur du comité de droit d'al-Qaida, serait
le véritable numéro 2 de l’organisation, selon Jarret Brachman, expert
américain en contre-terrorisme, qui estime qu’il a l'aura et les
compétences pour être le nouveau maître à penser d’Al-Qaida. «Je ne parle pas de chef au sens propre, mais d'un pouvoir bien plus important et imprévisible: le pouvoir d'inspirer.»
Des membres d'al-Qaïda parmi les combattants anti-Kadhafi?
En
juillet, certains, citant la division «intelligence» de l’Otan,
estimaient à 200 à 300 hommes le nombre de membres d’Al-Qaïda parmi les
combattants libyens anti-Kadhafi. Ces djihadistes avaient été recrutés
au début des années 1990 par deux lieutenants d’Oussama Ben Laden: Abu
Laith al-Libi (sans lien de parenté), aujourd’hui décédé, et Abu Yahya
al-Libi.
Plus nombreux, les anciens miliciens du GICL
d’Abdelhakim Belhadj auraient rompu définitivement avec Al-Qaida en 2007
(bien que Belhadj affirme n’avoir jamais eu de lien avec Oussama Ben
Laden).
«Le nouveau maître de Tripoli» et ses troupes semblent
avoir joué le jeu de la coopération avec les occidentaux et le Qatar
lors de la guerre civile libyenne jusqu’à devenir «l’islamiste fréquentable aux yeux des occidentaux».
Une arrivée massive de combattants d’Al-Qaida et de djihadistes
internationalistes dans la région pourrait donc clairement changer la
donne.
Arnaud Castaignet