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May

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Dans quel monde nous vivons ?

Le monde n'a jamais été aussi en ébullition depuis september eleven : Les révolutions Arabes, Tsunami au Japon, catastrophe nucléaire à Fukushima, Ben Laden vient d'être tué, les informations s'enchaînent à un rythme endiablé. Comme si on n'avait pas droit à une seule pause et voilà le défilé des images et la descente des marches de notre DSK, c'est sûr, nous ne sommes pas à Cannes mais à New York ! Un cataclysme médiatico-politique, celui qui tient la bourse du monde s'est fait prendre par les bourses - scrotum - d'après l'accusation. Comme si notre monde était scandé par d'un côté, la guerre et les catastrophes, et de l'autre côté le sexe et les scandales : guerre en Yougoslavie - l'affaire Clinton - Monica Lewinsky - le 11 septembre, guerre en Afghanistan, en Irak et voilà une nouvelle affaire de sexe qui tient en haleine la presse mondiale. En France tout le monde a été choqué par les images humiliantes. Certes c'est choquant, l'homme parmi les plus puissants du monde, notre Citizen Kane, souvent bienveillant, défenseur des pauvres et de l'orphelin, cloué au pilori par une femme de ménage Africaine. Ce Damné de la Séduction paye lourdement son Karma. Ce qui me semble pertinent dans cette affaire, c'est de voir les faiseurs de justice à l'oeuvre. C'est la première fois que nous nous intéressons de plus prés à la justice Américaine, cette justice qui protège à ses frais, les personnes supposées victimes, chose qui n'existe pas chez nous : les femmes violées ou personnes aggressées, doivent s'assurer une protection toutes seules. Comment les Américains rendent-ils la justice ? Nous avons déjâ vu des bribes du feuilleton Oj Simpson et de Mickael Jackson. Ce n'est pas pareil, cette fois-çi nous sommes touchés dans notre chair. Ca a touché celui qui était désigné ou pressenti comme étant le meilleur d'entre-nous. On a vu en direct la lecture des chefs d'inculpation par le procureur, on a vu la plaidoirie de l'avocat et les conclusions du juge. C'est la justice Américaine, c'est la transparence, c'est comme dans leurs films, on voit tout, on voit l'accusé. le plus intéressant, ce n'est pas l' image d'humiliation, d'abattement de l'accusé menotté (ce n'est pas une image christique, même si en occident, nous sommes toujours fascinés, sidérés par la souffrance des demi dieux). Il me semble que le plus important, c'est surtout la possibilité de voir le travail du juge, du procureur général et de l'avocat. Voir la scène, voir le déroulement de la scène. Ce n'est pas une chambre, c'est une Agora. On est très sérieux, on ne badine pas avec la loi, on ne raconte pas ce qui passe par la tête, les pièces, rien que les pièces à conviction, pas de paroles en l'air, paroles à la volée, pas de jouissance du dire gratuite et maudite. Et après, tout est discutable, tout est négociable, la vraie bataille judiciaire peut commencer ! Nous ne sommes pas en France, ou sous prétexte de protection de la dignité de l'accusé, on l'enferme dans une chambre, dans un huis clos avec le procureur général, le juge et l'avocat. Dans certains cas décrits par des prévenus, le juge et le procureur se permettent de dire ce qui leur passe par la tête, sans être inquiétés, l'avocat n'a qu'une marge de manoeuvre très réduite, il faut surtout pas fâcher Monsieur le président du tribunal. Il criera au scandale et à l'outrage. Ce même président du tribunal, en correctionnelle, est entouré de ses deux assesseurs, une présidence collégiale, qui n'a dans certaines chambres, de collégial, que le nom. Dans certaines chambres de tribunaux, il se passe des choses pas très belles à voir et à entendre, des procureurs qui sortent du cadre de leur fonction égrainant des propos humiliants, déplacés et provocateurs, des éboueurs, des poubellicateurs, aux aguets, la moindre crasse sera exhibée. Le président du tribunal, un demi-dieu descendu de je ne sais quel Olympe, ou plutôt de je ne sais de quelle louve, il a tous les droits sur l'accusé, et ce ne sont pas ses assesseurs, ni l'avocat qui vont l'arrêter dans sa diatribe. Certaines chambres de cours d'appel, n'ont d'Appel que le nom, on a nommé des présidents de ces dites chambres très féroces qui aggravent, presqu'automatiquement, les sentences de premières instances, au nom de convictions intimes personnelles et au nom du sacro saint - le tout sécuritaire - Et bien sûr, afin d'éviter la lenteur et l'engorgement de ces cours d'Appel : On ne rend plus la justice, on n'est plus au service de la vérité, les magistrats sont devenus des comptables. Les prévenus disent que sur les conseils de leurs avocats, ils se désistent afin d'éviter d'aggraver leurs cas et de subir un terrible grenadage. Certains dossiers sont bâclés, non étudiés en profondeur, on se jette comme des morts de faim sur quelques bribes d'éléments à charge, on se base souvent sur sa sainteté " l'intime conviction " du juge. L'affaire d'Outreau est un cas d'école en la matière. C'est une conviction vraiment intime. Le juge est un être humain comme les autres, il est mortel - la crète n'épargne pas au coq le couteau - et il a des convictions, parfois de droite parfois de gauche, parfois d'extrème droite avec des propos qui frisent la xénophobie, propos diffamatoires, condescendants et dégradants pour la dignité humaine. Parfois c'est l'intime conviction d'une loge.. Il a tous les droits In nome del popolo sovrano . On doit respecter la dignité de l'accusé ou du prévenu quel qu'il soit, reconnu coupable ou pas. Et parfois ce sont les autres qui sont dégueulasses .. Les membres de la famille, les amis, la tribu de l'accusé qui laissent exploser la férocité de leur colère à la lecture du verdict, les insultes fusent à l'encontre des magistrats, ce n'est pas juste, c'est scandaleux et abject. C'est en celà que pierre legendre, spécialiste du droit canonique et droit romain dit : " nous assistons à l'escalade de l'obscurantisme... On ne dialogue pas avec la loi, on la fait parler. Et il préfère l'esprit casuiste, pragmatique des anglais et américains contrairement aux français qui pour lui sont des législateurs. On pourrait se demander s'il n' y a pas une volonté de certains magistrats Français de s'organiser en une "caste" d'intellectuels intouchables, des demi-dieux...Romains
Pour ma part, je suis pour l'Agora, je suis pour les caméras, je suis pour les journalistes, je suis pour les colporteurs, je suis pour le jury populaire devant lequel le procureur doit présenter les preuves et les charges - the game is not over.... je ne suis pas pour la chambre des attoucheurs, je ne suis pas pour Rome... Je suis pour la Grèce !
Cette exhibition de DSK aussi choquante qu'elle soit, elle a forcément un aspect pédagogique et doit faire évoluer le mode opératoire de nos instances judiciaires. La justice française devrait s'interroger sur ses mécanismes et ses rouages, elle a toujours été une justice bourgeoise archaique et partiale -de facto - non démocratique, le peuple n'y participe pas. Pas de justice pour le lumpenproletariat, pas de justice pour les immigrés et les français sans souche. Pas de justice pour les gavroches sans pierres et parfois sans coeur. Il faudrait sur beaucoup de points aller regarder du côté de l'Amérique. En France même le jury populaire constitué lors des assises, n'a aucune formation et lors des délibérations il suit à 99, 99% la décision du président de la cour (comme lors des résultats présidentiels d'une république Bananières). Aux USA le jury est réellement indépendant et libre, on a déjà vu des retournements de situation du tout au tout.
Nous n'avons toujours pas réalisé ce qui se passe dans nos tribunaux, dans nos prisons, c'est dix fois plus scandaleux que ces images de DSK qui tournaient en boucle. Des prisons sordides, un nombre de détenus qui bat des records, il dépasse les 126% approchant les 65000 détenus, c'est toute la population d'une ville comme Cannes, Valence ou Colmar, et depuis l'affaire Laetitia, on a durci le ton, tout ceux qui étaient en attente ont très vite été mis à l'ombre ( à tort ou à raison). Sans oublier qu'on a mis en garde à vue presque la moitié de la population Françaises (j'exagère à peine !). Et la détention provisoire, quel fléau, une honte ! On enferme des gens sans preuves, ni pièces, dans la moitié des affaires, elle est injuste, destructrice pour les prévenus et pour leurs familles, c'est une exception Française indétrônable. S'il s'agit de personnes étrangères arrêtées sur notre sol s'exprimant mal dans notre langue, c'est encore pire, les pauvres et les zonards des banlieues, leurs noms ne s'inscrivent pas bien dans les agendas des juges et croupissent longtemps, très longtemps en prison en détention provisoire avant de rencontrer l'instructeur de leur dossier et espérer recouvrir leur liberté avant leur procès. Cependant, les bourgeois, et les hommes politiques impliqués dans des affaires de détournement de l'argent public, ou ceux qui sont incriminés dans d'autres affaires, leurs "casseroles" sont parfois étouffées avant d'arriver au parquet par des officiers de police judiciaire peu scrupuleux, si ce n'est par le parquet qui les enterre. On a vu dans les affaires de ventes illégales d'arme et le cas de ceux qui ont bénéficié des fameuses rétrocommissions, ils n'ont jamais été inquiétés. On fait parfois un simulacre de procès sans conséquences réelles et lourdes au niveau pénal. Je pense que notre démocratie est en danger et que notre justice est à deux vitesses et sa grande faille, c'est qu'elle est très dépendante, le parquet dépend du garde des sceaux, nommé par le président de la république. Quelle avancée !..
La justice Américaine est peut être aussi critiquable, les pauvres ne sont pas bien défendus, mais cette même justice est totalement indépendante, c'est une Agora, un banquet Grec à ciel ouvert. La justice Française c'est Rome, c'est une église catholique, elle dépend d'un pape, on ne sait pas lequel, cette église est un confessionnal clos, secret : messes basses, rumeurs, calomnies, omerta. Les lieux clos privés sont des lieux ou peuvent proliférer toutes sortes de perversions à l'abri du regard. On peut par exemple se permettre de distiller des pseudos vérités et des annonces du style : la plupart des délinquants sont noirs ou arabes !
Quittons Rome et ses églises obscures et réfléchissons à cette question de l'obscurantisme évoquée par Legendre : Nos juges, nos gouvernants, nos législateurs, nos philosophes, nos éducateurs, nos médecins, nos journalistes et nos éboueurs, de quel lieu s'autorisent-ils la parole ?
Nous savons tous par exemple, que les religieux s'autorisent la parole au nom de dieu. Et pas seulement, puisque tout en étant religieux, ils subissent les effets des autres, si on regardait du côté des musulmans, radicaux qui combattent les chrétiens, qui luttent contre l'occident, ils s'autorisent la parole au nom de dieu et comme leur action est totalement axée contre cet occident diabolisé, ils sont occidentalistes sans le savoir, leur référent c'est l'occident. Donc, ces religieux, eux mêmes, s'autorisent la parole au nom de dieu et de quelques autres... au nom de l'occident. Ce lieu dont on s'autorise la parole, qu'on soit religieux ou pas est plus complexe à définir et que je nomme : le référent. Je nomme ce lieu : le père. Et de quel père s'autorise-t-on la parole ce jour le 27 mai 2011 à 20 h 38 GMT ? Cette question peut être posée pour les être humains vivant en occident - et pas seulement - puisque nous savons que malgré le fait que nous sommes 6,5 milliards de terriens, notre monde rétrécit comme une peau de chagrin du fait des moyens de transport de plus en plus rapides et de l'avancée spectaculaire des technologies de communication. Avec Internet nous avons tissé une toile qui relie pas seulement les grandes villes, mais tout point du globe, aussi désolé qu'il soit, aussi mystérieux qu'il soit du pays de Dogan en Afrique, en passant par la banlieue de Kaboul et Ushuaîa en temps réel. Nous savons tout ce qui se passe dans ce monde, nous avons des caméras braquées partout, tout le monde devient reporter le temps d'un clic de souris ou de téléphone portable. Un autre exemple, sur cette question du référent, la révolution française depuis 1789 était devenue un symbole de rupture pour le monde industrialisé - et pas seulement - jusqu'à la seconde guerre mondiale, et sa liquidation dans les années soixantes par les russes en enrôlant l'Intelligenstia français dans le communisme. La télévision et sa généralisation depuis les années cinquante est un autre référent, puisque nous sommes tous des enfants de la télévision. Avec ses programmes, ses émissions, ses informations, elle s'est imposée comme un élément ludique, intrusif, magique et indispensable. C'est une messe des temps modernes, c'est une église, une mosquée, une synagogue, c'est un temple qui rentre dans chaque foyer. Nous nous autorisons la parole au nom de la télévision. Comme si toute la parole du monde était concentrée dans cette boite noire. L'enfant dès sa naissance est gavé, abreuvé, il baigne tout le long de la petite enfance dans le défilé cathodique. Nos enfants et nous mêmes sommes traversés par le défilé cathodique. La télévision constitue le bain langagier comme l'est le choeur familial. Elle contribue à la " fermeture " des écoles qui ne sont plus considérées comme lieux du savoir et de la vérité, puisque nos jeunes, peuvent se permettre aujourd'hui de donner une gifle au professeur. Elle s'impose comme père des temps modernes, un père sur terre diffusé sans discontinuité par les satellites et fibres optiques et qui palabre beaucoup. Un père bavard, qui parle sexe et argent sans retenue et il est parfois pervers, manipulateur, un distributeur de jouissance. Par exemple, en France, dés la privatisation de la première chaîne publique, on a assisté à l'installation du premier distributeur d'argent, une inflation de jeux d'argent, un loto gratuit, déguisé : il suffisait de prononcer un mot sans importance et vous gagnez dix mille francs ! ça annonçait la fin du travail en tant que valeur morale. Donc ce père cathodique est un jouisseur à outrance, gavé d'argent et de sexe, il est de facto amoral. Nous assistons au retour du père de la horde primitive - l'homme preneur de toutes les femelles, femmes de ménage inclues - comme l'avait décrit Freud dans Totem et Tabou. Effectivement, ce père Haute Définition à écran trois D n'est pas muet et se fait voir, contrairement au père de la Rome antique, ou le père des cieux qui a parlé jadis et que sa parole a tari au point de pousser Nietzsche à nous souffler son fameux : dieu est mort. Et que les terroristes radicaux tentent de réanimer à coup de bombes, pain de plastic, clous, bombes volantes et bombes humaines. On ne fait pas la guerre, on fait l'amour, on fait le bouche à bouche à dieu à défaut de faire du bouche à oreille.
Les terroristes sont des réanimateurs de la vérité, des réanimateurs de dieu en sacrifiant les autres ! Ils pensent incarner la vérité, toute la vérité.. Et là on découvre que leur référent c'est la justice, ils s'autorisent la parole au nom de la justice, au nom de la loi suprême, c'est le comble de l'histoire.
Revenons à cet outil révolutionnaire, à ce nouveau langage, à cette écriture en binôme qui est internet, et qui sonne le glas du réel, en célébrant le tout virtuel. Le savoir n'est plus cantonné à l'intérieur des murs, il a quitté l'école, il a quitté l'université, il a quitté l'institution (nous n'avons plus besoin de maître en chair et on os). Le savoir a quitté le monde réel pour sombrer s'égarer dans l'imaginaire. Il est partout et nulle part. Il circule à coup de mégabits, à une vitesse impressionnante. Une pluie de savoir nous tombe du ciel. Tiens ! un retour au savoir biblique. Cette vision n'est pas nécessairement chaotique. Cependant, le sujet avec ce nouveau outil, il s'institue distributeur du savoir à lui tout seul. Il s'est octroyé un self service du savoir et de la vérité. Pour aboutir à un self service normatif comme disait Wim Wenders. A chacun sa norme et sa vérité. Nous assistons à l'implosion du référent, à une implosion du père. Une implosion de l'instance patrocentrique - un terme de Charles Melman. La balle ne sera plus au centre pour commencer la partie. Depuis la nuit des temps, depuis que l'homo-sapiens sapiens a institué le père, la balle de l'humanité a toujours été au centre. Comment débuter la partie de l'humanité, comment humaniser les générations à venir, sans référent, sans balle au centre. Allons nous retourner à l'âge de pierre, à l'âge de l'homo-erectus, bien erectus. Allons-nous se retrouver, chacun de nous, comme un gorille dans sa grotte, dans sa chambre.. Honc, Honc.. Plus de place pour l'autre, plus de rapport à l'autre, l'autre devenu un ennemi, il est hors jeu, il faut le détruire. Et nous risquons de se retrouver dans un désert sidéral.
Et de quel lieu allons-nous s'autoriser la parole ?

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