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Maison....

Meuliere-Triel-sur-Seine.jpgSi la mémoire avait une forme, elle aurait la forme d’une maison. Un pavillon de meulière, encastré dans une rue étroite, dans le quartier pavillonnaire d’une proche banlieue de Paris qui aurait beaucoup changé depuis. Une façade comme un visage, avec une porte-bouche, ourlée de courbes très années 1930, deux fenêtres principales, comme des yeux un peu étonnés, grand ouverts mais pudiquement voilés, et deux chiens-assis en circonflexes comme sourcils.

 

Il y aurait la sonnette en bas à gauche : deux coups brefs et rapprochés pour la famille et pour les proches, rien de particulier pour les autres, un tapis-brosse encastré dans un carrelage d’un autre temps, sur le côté, un chemin dérobé qui court vers la buanderie et le jardin à l’arrière et tout de suite, à la droite, plaintive et magistrale, la volée de marches du premier escalier. C’est là que ça commence. Une maison pleine de courants d’air et d’escaliers. Une maison où quoiqu’il arrive on ne peut jamais se sentir de plain-pied. Mais on sait d’emblée que c’est là que ça va se passer. Que tout va se passer.

 

Si la mémoire avait un parfum, elle aurait celui des voilages de Tergal chauffé aux fenêtres des mansardes et des heures passées là, accoudée, à guetter le monde. Celui de la poussière légèrement douçâtre et sucrée qui s’accumule au grenier, parmi les vieux cahiers de classe et les jouets cassés. Celui de la cuisine où mijote encore une confiture d’oranges un peu amères à la cassonade ou un lapin aux olives. Celui de l’encaustique ou de l’eau de Javel qui régnaient en maîtres absolus sur les lundis, à l’époque où les seules semaines qui faisaient vraiment rêver étaient celles des quatre-jeudis.

 

 

pe25_meuliere.jpg

Si la mémoire était une musique, ce serait celle de ces planchers qui craquent, des tiroirs qui grincent, des radiateurs qui gargouillent, du vent qui souffle sur les tuiles de la mansarde, des ampoules qui grésillent dans le soir, des chats qui miaulent d’amour dans les jardins alentour, d’un froissement d’ailes qui a heurté les vitres, d'une gouttière qui fuit. Elle aurait la musique de cette respiration sourde et vivante, habitée. Une symphonie de bruits effrayants mais quotidiens. La cantate immortelle de l’intimité. Une chauve-souris, tu crois ? Ecoute, l’orage gronde au loin…. Ce n’est rien.

 

Si la mémoire était une ligne, un chemin, un dessin, alors ce serait quelque chose de biscornu et tarabiscoté, avec plein de détours, d’arabesques, de recoins. Le motif sinueux d’un papier peint qu’on connaît par cœur et dans lesquel on a secrètement tracé des visages buissonniers. L’imprimé multicolore et tacheté du linoléum de la chambre. La couleur mi-rouge mi-ocre des balustrades et des contre-marches de l’escalier. Les itinéraires compliqués pour aller d’un point à un autre : cagibi, premier palier, puis à gauche et au bout à droite toute en descendant quelques marches, là, ça y est, on y est… Tu as trouvé ? La clé est à gauche, sur la première étagère…. Ah bon ? L'ampoule est grillée ?

 

Si la mémoire était un jardin, il pousserait des herbes folles et des cerisiers et de la menthe, quelques poiriers, les framboisiers, les cages d’amour, la rhubarbe, l'églantine et le chiendent. Du muguet, aussi, planté chaque premier mai. Parfois, au printemps, on y ferait fleurir des gueules-de-loup ou des lupins. On reverrait soudain la clématite ressusciter sur les vieux murs tandis que dans la resserre de l’ancien poulailler, les anciens outils continueraient de rouiller parmi les mangeoires oubliées et les squelettes des vieilles balançoires démantibulées.

 

Si la mémoire avait un âge, elle aurait celui de la façade désormais irrémédiablement assombrie, celui de ces plafonds ridés, des papiers peints d’époque qui se desquament, des cicatrices dans ses murs ou ses planchers. Celui des voilages toujours propres mais comme fossilisés dans l’oubli, de l’humidité qui gagne, des revêtements de sol démodés. L'âge des boiseries qui se lézardent. Ou du salpêtre qui envahit le rez-de-chaussée. Elle aurait celui des voix, des chants, des cris, qui y ont résonné mais se sont depuis trop longtemps tus, étouffés par les années.

Si la mémoire avait un âge, elle serait plus vieille que moi-même. Elle aurait l’âge de ces vieux herbiers qu’on ouvre un beau jour au grenier, faisant tomber en poussière les fragiles pétales patiemment accumulés. Et la tonalité aigrelette du vieux Pleyel maintenant désaccordé sur lequel on a vainement tenté de faire ses gammes.

 

La maison. Le vieux pavillon de tous les elfes et toutes les fées. Le château dont les princesses avaient transformé en camp retranché, en théâtre ou en salle de bal le moindre mètre carré de palier. Un palais décrépit devenu masure. Un royaume rouillé et chaque jour un peu plus encerclé d’immeubles récents lui bouffant l’oxygène et la lumière du ciel. Le point de convergence de tous les souvenirs, croulant sous une poussière invisible accumulée, les fissures de l’âme, la lèpre des années.

 

meuliere.jpg

Toutes les maisons d’enfance ont-elles ce parfum de lieux du crime ? Toutes les maisons sont-elles ces implacables maisons-témoins, lourdes de reproches à murmurer de toute la force de leurs vieux murs trop familiers ? Les maisons sont-elles toutes hantées, cliquetant sans cesse en cachette, dès qu'on a le dos tourné, les lourdes chaînes des secrets qu'elles ne parviennent plus à garder ? Les maisons vous font-elles toujours tôt ou tard payer le fait de vous être éloigné et de les avoir abandonnées ? Sont-elles si rancunières ? Ne parviennent-elles jamais à pardonner ?

 

Je ne t’aime plus, maison. Tu m’oppresses. Tu es trop douloureuse. Trop chargée.Je ne veux plus t’aimer. Mais la meulière, c’est comme la mémoire, ça peut durer des années. La matière dont les souvenirs sont faits.

 

 

La mémoire est une roche sédimentaire siliceuse. Beaucoup trop spongieuse à mon gré.


 

 

 

 

© Immobilière "Côté acheteur" (photo du haut)

© Volkovitch. La belle Meulière. Photo Michel Lamoureux (au centre)

© Pierre de meulière, Fossilis (en bas)

 

 

 

Tous les commentaires

Mettre les voiles, alors...

votre texte est un pur délice!

C'est quoi, Nola, "mettre les voiles" ?

Un de ces lieux où le temps passé est sans avenir? et c'est son privilège, et c'est son sortilège...

Je n'aime pas "privilège". Mais j'aime beaucoup "sortilège"....

Je m'octroie tout de même ce "privilège" : revisiter...

Et j'aime bien aussi "florilège"...

"Ce parfum de lieux du crime" aurait-il aussi celui d'un sacrilège ?

Les maisons ne sont pas rancunières, les souvenirs eux..................... c'est une autre diapason ! Ton texte est vraiment magnifique. Il me fait penser á un de ces romans fleuves qu'on lit en ayant envie que cela ne finisse jamais !

Joli ;))

Quel joli texte Grain!

G.D.S. ... téléphone ... maison...

Per-du-ton-té-lé-phone, Lemur... Toi, m'ap-pel-er ?

C'est bizarre mais j'ai bien l'impression que je tiens dans ce texte, une des plus fortes raisons, peut-être la plus forte, pour lesquelles je n'aime vraiment que les maisons en bois?

 

De mémoire, le bois en a pourtant, mais vive plus probablement, en tous cas pas spongieuse, ou sinon pour mourir d'une vraie et belle mort.

Oui, le bois. Dont on fait les flûtes. Les flèches. Ou même les parquets.

Du même bois, Axel, je veux dire dont on doit être faits....

J'aime cette maison. Merci.

C'est presque ma maison que vous évoquez là grain de sel, pas la photo - ma maison est mosane - mais l'atmosphère oui, le jardin, les escaliers, le grenier, les rires et les cris d'enfants qui jouent dans l'été ou s'éclaboussent dans la salle de bain, les bruits de la nuit aussi...

Maman, y a un bruit ! - C'est le vent ma chérie, ou la branche du cerisier sur la fenêtre, ou une souris dans le grenier, ton imagination parfois. Mais ce soir quand je me recouche, voilà que j'entends distinctement un bruit de pas. Dans le couloir, une tourterelle arpente le plancher, j'ouvre la fenêtre, allez hop, allez zou : elle a mis une bonne demi-heure à sortir, elle se plaisait bien là. Tu vois maman, y avait un bruit. - Oui Lisa, y a toujours des bruits dans les maisons qui vivent, allez dors, ...dessous la fenêtre, y a un oiselet, toute la nuit chante, chante sa chanson, se canto que canto... - Et les chats ? souffle une petite voix endormie. - T'inquiètes pas, les tourterelles volent plus vite que les chats.

 

Et les reproches aussi parfois quand il faudrait y faire quelques travaux que je repousse à plus tard. Mais celle qui fait le plus de reproches, c'est la maison de ma grand-mère. Volets hermétiquement clos depuis longtemps, elle n'a plus jamais été habitée depuis que la famille l'a laissée en vente mortuaire à un négociant qui ne s'intéressait qu'à l'immense cour pavée qu'elle abritait derrière sa façade sur les quais. Quand je passe sur ce quai, je l'entends presque me dire : Tu aurais au moins pu emporter mes vitraux dont ce commerçant se moque !

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Le petit jardin© Jacques Dutronc

Un peu de ça... Sauf qu'elle est toujours debout, celle-là ! Cerclée par les parkings, vieillie, usée, mais debout !

Tant qu'elles restent debout, c'est déjà ça !

La maison où j'ai grandi...© Françoise Hardy

Décidément !

*** C'était doux et parfumé ce chemin à rebrousse-temps avec vos souvenirs partagés... Merci!

.

"La nostalgie, c'est le désir d'on ne sait quoi"... St Exupéry

 

St Ex' a raison, sûrement, Capucine. Mais j'ai surtout l'impression que c'est le sentiment d'avoir perdu qqch ou d'être passé à côté de qqch, sans savoir exactement quoi....

Décidément, sans les incursions de Grain de Sel, désolé pour les autres même les plus sympathiques, ces fils ne seraient que des flux vaseux (grrr !). Tenez, juste une petite suggestion à toutes et à tous, pour vous rendre utile, sinon concrets : et si vous vous mettiez à écrire (mais en vue d'une publication collective, et je suis sérieux) chacun son texte sur la base de la première phrase de GDS , Hein ? En commençant par ce qui peut être un titre, d'ailleurs : "Si la mémoire avait une forme..."

Détrompez vous, Apatridem, il y a ici bas plein de petits endroits cachés et presque secrets où l'on ne parle ni politique, ni voile, ni religion, ni modération et où l'on a coutume de dialoguer sans s'étriper... Le problème est qu'il faut souvent une boussole pour les trouver !

Au fait, "Apatridem", c'est bien l'anagramme de Mediapart ?

Il y a deux éditions participatives pour jouer à ça: Ateliers d'écriture et Boulevard des Mots-Dits...Maintenant, ce que j'en dis !

Magnifique, ce texte, grain de sel. Et qui m'emplit de nostalgie pour la maison que je n'ai pas eu, une maison révée remplie de rires d'enfants et d'odeur de confiture, qui aurait résumé l'enfance et le temps passé. A la place, pour moi, une succession d'habitations diverses, qu'il me fallait quitter dès qu'elles commençaient à m'apprivoiser.

Le regret peut être un sentiment doux et poignant, une façon de se souvenir qu'on a aimé vivre là, comme ça. Ce poids nous leste pour la vie, et nous sert d'ancrage, même s'il semble parfois lourd.

Ceux qui n'ont pas eu une maison en forme de mémoire, viennent parfois dérober les regrets que les autres acceptent généreusement de leur faire partager.

La porte grince un peu sur ses gonds, mais elle vous est ouverte, Liliane !

très joli texte sur l'habitat

Un vrai délice Grain !

Ce texte est très beau.

Je n'aime plus ma maison d'enfance depuis la fin de mon enfance, mais je ne l'ai su que bien plus tard.

Refrain:}
Une maison tranquille
Dans un jardin
Près des bruits de la ville
Et pourtant loin


Il n'y a qu'un étage
Avec un toit
Où glissent les orages
Les vents, les mois,
Sur la rampe une boule
Lisse à la main
Un vieux tapis déroule
Son doux chemin
{au Refrain}
Une odeur de tendresse
Et de pain frais
Secrètement nous presse
À dire vrai
À écouter sans peine
Un cœur qui bat
Alors que se démènent
Les gens là-bas
{au Refrain}
La nuit, de ma fenêtre
Parfois, j'entends
Des sons venant peut-être
Du fond des temps
C'est un train de campagne
Tout démodé
Mon piano l'accompagne
Désaccordé
{au Refrain}
Et ce chat qui ronronne
Inquiétant
C'est mon vieux téléphone
Qui grelottant
M'apporte un peu tes rires
Tes pleurs aussi
Mon amour en délire
Si loin d'ici

 

Guy Béart - la maison tranquille

C'est curieux parfois la vie....ma fille a un devoir de français à rendre pour lundi, sujet "les odeurs de mon enfance"....et voilà ma mini qui se met à me causer....de la maison de Bretagne, de l'odeur du bois, de la cire, de l'humidité dans la cave, des vieux livres....de cette maison qui change d'odeur dès qu'elle est habitée....

Je viens de lui imprimer ton texte....

Merci pour ce joli moment....

Merci grain', ça transporte et ça transmu(r)e !

Est-ce une maison bleue ? (adossée ou pas à la colline)

"maison" - ton texte m'a amenée à réécouter le mot lui même : mai-son. Sans rien de plus que de faire sonner le mot en même temps que les questions que tu "me fais" par tes lignes.

Le mot "maison" amène toujours à la file, pour moi, le refrain d'une comptine de Jean Tardieu, Choeur d'enfants, qui commence ainsi :

Tout ça qui a commencé

il faut bien que ça finisse

Refrain :

 

la maison zon sous l'orage

le bateau dans le naufrage

le voyageur chez les sauvages

 

Tardieu, Marielle ! Quel beau cadeau nous apportes-tu là !

Tu ne te collerais pas à un billet sur Tardieu, chère Amie-Qui-Aime-tant-Jouer-à-Saute-Mouton Avec les Mots dans l'édition Boulevard des Mots-dits ?

Ce serait très bienvenu et tu nous mitonnerais ça très bien ! Kestendis ?

eh bien, voici un autre lieu où nous nous rencontrerons, pour poursuivre notre dialogue sur la mémoire. J'aime infiniment votre texte et j'ai eu un très grand plaisir à le trouver, de retour chez moi, en cette fin de weekend gelé où j'ai beaucoup marché dans les rues de Bordeaux et les ruelles de Saint-Emilion.

A une autre occasion.

Entre votre rue des Oubliés et mes pavillons désertés, que de lieux, Patrick, où nous avons désormais l'habitude de nous croiser !

Croiser nos mémoires, comme on croise nots mots...

Bien à vous !

« à propos... »

Très beau texte qui résonne bien dans nos/ma mémoire.

Et récemment j'ai beaucoup apprécié un petit livre savoureux sur la mémoire du quartier de son enfance.

Il s'agit de Marie Sizun, dans « éclats d'enfance » (éd. Arléa) qui nous promène dans les rues du haut de Paris près de la Porte des Lilas, qui fait découvrir la ville d'hier, aujourd'hui autrement!

Une autre façon de partager le plaisir des rues, des places … même « s'ils » ont défiguré la Place des Fêtes.

(Pour MediaPart la mise en page est parfois curieuse ...)

Merci, Arthur. Je vais me ruer sur ces "Eclats d'Enfance", ça a l'air tout à fait pour moi ! Et je connais bien, moi aussi, cette Porte des Lilas, dont le poinçonneur a depuis longtemps disparu... et je ne parle même pas des Lilas !

La Place des Fêtes, oui, un massacre, vraiment !

Je relaie volontiers cette constatation de Moël Jartin

"Place des Fêtes"

Contrepèterie...

Je relaie volontiers ce commentaire de Moël Jartin:

Très joli texte.

A garder dans sa mémoire pour garder la forme.

Cela me rappelle un truc que j'ai un peu étudié dans le temps:

"Les alliages à mémoire de forme (AMF) sont des alliages possédant plusieurs propriétés inédites parmi les matériaux métalliques : la capacité de "garder en mémoire" une forme initiale et d'y retourner même après une déformation..."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alliage_%C3%A0_m%C3%A9moire_de_forme

Ce serait chouette une maison faite de matériaux à mémoire de forme.

On pourrait la déformer en isba, en yourte, en maison de Dame Tartine, en paillote, en Palais de la Découverte, en Hôtel de Bourgogne où joua Meulière, pardon, Molière.


Ou encore en abri côtier, pour nourrir le Raton-laveur de ce bref inventaire...

Un rêve.

Et puis la nostalgie du passé nous titillant de temps à autre, revenir à notre bonne vieille maison de molière, pardon, de meulières (pas si spongieuses que ça : avez-vous déjà fait une saignée pour conduite électrique dans un mur de meulières?)

La meulière, c'est quand même plus sympa que le parpaing...

Mais d'accord avec Axel : le bois, c'est chouette.

Ah, la chaise de bois...

 

Ah ! j'ai un faible pour la yourte ...

 

Un texte qui me restera... en mémoire.

Merci GdS.

Toujours aussi bien écrit, Grain, la même nostalgie que votre billet aux jeunes filles sautant à la corde... Ci-après les paroles d'une chanson de Marie-José Vilar que je vous recommande d'écouter à l'occasion (belle voix claire, guitare sentant le bois) :

 

L'ORTIE ET LE LIERRE (1978)

 

Au profond du marais

La maison se perd à demi

Dedans l'ortie et dans le lierre

Les flancs du bateau frappent l'eau

Les chapeaux-feutre se soulèvent

En revenant des cimetières

Les amis mourront bien un jour

Et entre deux chagrins je cours

Dans le vieux vent et la bruyère

Le ventre de ma mère est tel

J'y retournerais bien dedans

Redevenir le planisphère

Où elle posait ses mains souvent

 

Je voudrais du bleu tout autour

De nos abominables jours

Et que nos rêves aient encore cours

Au moment où la mort maraude

Te recouvrira de terre chaude

À moins qu'avant ce soit mon tour

 

En attendant voilà

Toute ma maison est en fête

Chaque fois que tu viens me voir

L'eau chante dessous les bateaux

Les chapeaux-feutre se soulèvent

En rentrant des anniversaires

Nous avons souvent titubé

À l'orée des poubelles pleines

Puis tu es partie faire pousser

Tes petits dans la marjolaine

 

Bien des amis se sont perdus

Et depuis d'autres sont venus

I! y a ceux qu'on ne croit plus

Mais nous boirons encore le genièvre

Toi et moi près des cathédrales

Ou au sommet des réverbères

 

Pour toi je veux le clair du jour

Et que les oiseaux l'accompagnent

Et qu'on se dise tu, toujours

Mon amie je vais tricoter

Notre restant d'adolescence

Au fil de nos vieilles années

Qui paresseusement commencent

Puisque tu fais mes souvenirs

Avec de ta dentelle autour

Ceux de ma boutique aux amours.

Polychromes

Très BEAU texte grain de sel... Bravo ! ;)

Mémoire trop spongieuse ? Et tu oses t'en plaindre, alors qu'il t'a fallu à peine l'effleurer pour en tirer, scherzando, ces glissandos entre passé et présent qui nous font tous si bien voyager…

Merci, Graine de fleur de sel. Je ne regarderai plus les maisons en meulière de la même manière.

C'est toi qui me connais, le mieux, je crois, Anne ! Il aura suffi que j'apprenne qu'un architecte devait venir pour ausculter l'humidité au rez-de-chaussée de ce (cher) vieux corps malade (et délaissé) pour que "ça" recrache ça, quasi d'une seule giclée !

Ma mémoire est une éponge, et je me sers aussi de ce blog pour y venir de temps en temps l'essorer. Ça empêche les moisissures, dit-on, et ça permet d'être prêt à absorber de nouvelles choses, une fois bien dégorgée !

De plus, les maisons et leur âme, je sais, ô combien, que ça te connaît !

Je relaie bien volontiers ces lignes de Moël Jartin.

Maisons de cigales

Saisons de mygales

Des maisons d'anges

Ont des mésanges

Saison mouillée

Maison souillée

Joli logis,

Grain de sel,

Ceint de grêle...

Joli ! Jerci Moël, contrepoète des jartins...

Je relaie volontiers cette réponse de Moël jartin

Merci surtout à vous, Grain.

Et bravissimo.

 

"Joli"... L'adjectif est faiblard pour commenter ce merveilleux texte. Grain de sel se fait rare dans ses billets, elle se réserve pour nous livrer la quintessence de sa poésie.xxx

Je relaie volontiers cette contrition de Moël Jartin

Salut Fred !

Oui, "joli" est faiblard, je trouve ce texte délicieusement poétique et superbement écrit.

Mais "joli", c'est la contrepèterie de "logis", cher Fred.

On a tous ses petites faiblesses...

Tranquile Je me référais à des commentaires précédents... mais j'assume volontiers ma contrepétante faiblesse !

Je relaie volontiers cette réponse de Joël Martin

Pour vous entraîner à la contrepèterie, cher M. Oberson : "Salut Fred", c'est est une...

Mais l'important, ici, c'est que nous soyons d'accord sur la beauté du texte de Grain.

Et voilà, une nouvelle lecture de ce texte magnifique.

Un peu de douceur et de poésie, cela fait du bien par les temps qui courent.

Je relaie volontiers cette remarque de Joël Martin :

Villepin, poète autoproclamé, devrait en prendre de la graine (de sel)...

Beau texte. Merci. Sujet sensible.

Une maison, c'est parfois comme une bogue de châtaigne : hérissée par endroit et duveteuse à d'autres.

Ce que je connais de ta maison ce sont tes lignes, très douces, sinueuses, faites de pas légers, de sons lointains, de parfums ; alors je me dis que cette maison t'a à la fois piquée et dorlottée, comme la châtaigne.

Ce qu'on n'aime pas de la maison, parfois, c'est le silence...

Ce qu'on déteste de la maison, parfois c'est l'absence...

Une air froid, un volet qui grince, l'air qui s'engouffre, et on peut s'asseoir, pensif.

Reprendre un à un les fils, un jour arrachés à la maison vide.

Vide de ces victoires conquises ailleurs, et pleine de ces regrets à jamais prisonniers.

Puis, dans l'escalier, ou près de la cheminée, une idée, dans un motif, inscrit par le temps dans la poussière, qui vous rappelle le contour d'un profil, la silhouette penchée sur l'ouvrage.

Un bruit. Grincement d'une porte voilée, ou craquement d'un meuble irrité, vous fait sonner à nouveau, celui du choc d'une assiette dans l'évier, le tintement d'un verre...Et peut-être, un fredonnement... Adoré.

Alors soudain l'absence vous fait une porte à toutes les présences, et tout à coup la lumière des chaleurs disparues vous éclaire.

Alors soudain le silence, s'ouvre à toutes les musiques, les cris, les rires et aussi les sanglots, de tous ceux qui vous ont portés, et dit les mots.

Ceux qu'il faut.

Une maison vide, quatre murs, le froid, la pierre.

L'herbe folle, et le carreau.

Une cheminée qui ne sait plus fumer.

Et les clés, qu'on ne sait plus où on les avait laissées...

GDS aime ou n'aime pas la maison.

Mais si tu m'en crois, chéris en les souvenirs, observe, regarde, pense, comme à un ami qui a vieilli, comme à une aventure qui n'est jamais finie, et qui t' a ouvert un jour la porte à la vie...

On finit même par aimer nos chagrins, quand on les a compris.

Merci pour la visite de l'âme, GDS, quand tu te promènes tranquillement chez toi, c'est chez moi où j'aimais, qu'à nouveau tu m'amènes...

"On finit même par aimer nos chagrins, quand on les a compris"

Je ne sais pas. Peut-être. Il faut que j'y réfléchisse. Comme si on se berçait dedans ? Ou comme si on avait appris à voyager ensemble, bon gré mal gré ?

...

Recommandu, Grain.

Mais je fuis les souvenirs comme la sueur noire de la mélancolie depuis que j'ai pu "contempler trois gouttes de sang sur la neige".

"Mais je fuis les souvenirs..." Et jamais ilsne te rattrapent, l'ami Pierre ? Je ne dois pas courir assez vite, quant à moi !

... bien sûr que si, ils me rattrapent. Et souvent. Mais ce que je voulais dire -très maladroitement- c'est que les "souvenirs de maison" sont pour moi si lointains et si fugitifs que ce sont eux, en fait, qui me fuient. Dans mon enfance allemande (et algérienne), nous n'habitions jamais plus de deux ans au même endroit, et jamais "chez nous". Quant à mon adolescence poitevine... j'ai fui la maison dès que je l'ai pu. J'habitais plutôt dehors.

Cela n'enléve rien à la qualité de ton billet, Grain. C'était juste pour dire que ta "maison" si bien évoquée (avec ses nuances, ses fantômes, sa vérité) est pour moi une sorte de ... "souvenir inconnu". (A peine entrevu chez mon oncle, à côté de Corbeil-Essonne (il était fonctionnaire "mutable", et fut -au sens propre- limogé à Limoges, dans une barre HlM) que j'aurais pu rêver. C'est à dire qu'il me met mal à l'aise, et je crois savoir pourquoi : un passé que j'aurais pu connaître ; il me semble que ma mére rêvait de "vie cossue" et stable. Sans doute, surtout stable.

 

Et tu peux voir, à mon malaise, que ton texte touche juste. Comme d'habitude, d'ailleurs, chére Grain de Ciel.

(Et puis j'ai souvent rêvé que mes enfants puissent connaître "une maison de famille", avec un grenier où s'entassent les souvenirs (vieux livres, vieux journaux, vieux objets, pommes et coings) et une cave où rôdent des fantômes (tonneaux, pommes de terre, charbon, vinaigrier et cornichons). Et des placards pleins de cadavres. ;-)

T'inquiète, Pierre, je n'avais pas mal interprété ta remarque, bien au contraire ! Mais parfois j'aimerais être de ceux que les souvenirs fuient....

A bientôt, l'ami Pierrot ! Prête moi ta plume, pour écrire un mot... ma chandelle, bref, tu connais la suite !

J'adore ton saut du loup que j'ai dégusté hier au saut du lit !

.

Vraiment ?

Plongée dans les archives photographiques et les souvenirs jaunis.... Voici donc un portait de la vraie (beaucoup plus modeste que celle qui figure en haut du billet !)

© GdS

Mes parents " partis " .

Je fais un detour pour ne pas revoir ce qui fut NOTRE maison !

Fuite !

Et pourtant ,malgré les difficultés, nous y fûmes heureux !

trop peut etre ?

 

Merci pour ce tres beau texte .

Découverte. (à lire demain, je vais rêver de maisons - peut-être - ou de mer - ou de grève !).

Pour faire un peu le clair dans tes rêves, Fantie (et ne pas te raconter d'histoires): celle-ci n'était vraiment pas au bord de la mer ! Mais de la grève, oui, toujours !

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