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Sahel : Al-Qaïda au Maghreb islamique a d’ores et déjà gagné la guerre

Par Jean-Jacques Louarn, journaliste.« Le ver est dans le fruit », constate un diplomate occidental en poste à Bamako, la capitale du Mali. La voix est lasse. Le ver, c’est Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique. Qui se reproduit, progresse dans l’espace sahélo-saharien avec une « agilité » défiant les armées présentes, au premier rang desquelles les armées malienne, nigérienne, mauritanienne et bien sûr algérienne, mais aussi les étrangères, en avant-poste, stationnées dans un pays ami encore stable, comme les éléments de l’armée française basés au Burkina-Faso.

Assassinats, enlèvements d’occidentaux – touristes, humanitaires, employés de sociétés… Quelques centaines d’hommes – certes très bien armés et déterminés c’est-à-dire prêt à mourir, tiennent en échec plusieurs armées de la sous-région, incapables de coopérer entre elles… Au début des années 90 les choses étaient « simples ». Au nord l’Algérie, au sud le Niger. Ce pays était considéré par les services de renseignement français et nombre d’observateurs comme le « fruit mûr », prêt à tomber dans la nasse des islamistes algériens.

C’est vrai qu’aujourd’hui, dans les mosquées à Niamey, les prêches ne sont plus seulement religieux mais aussi politiques ou, du moins, s’intéressent de très près aux évolutions de la société nigérienne. Ainsi fin novembre, le Festival international de la mode africaine (FIMA) du créateur Alphadi a été copieusement et de façon virulente « commenté » dans les mosquées de la capitale nigérienne. Le Festival s’est tenu sous très haute surveillance policière.

Au début des années 90, les choses étaient « simples ». Certes le nord Niger et le nord Mali étaient secoués par la rébellion touarègue. Cette communauté réclamait légitimement un partage plus juste des richesses et du pouvoir. Les ennemis étaient connus et se connaissaient. Tous Maliens ou tous Nigériens. Ben Laden, Aqmi et la chute de Kadhafi, plus récemment, sont passés par là et ont brouillé les pistes. La pauvreté des populations du Nord aussi. Le développement tant attendu est à peine sensible. Et ce malgré les efforts des autorités locales et des bailleurs de fond étrangers, parmi lesquels l’Agence française du développement (AFD) dont les financements et le suivi des projets se sont heurtés à l’insécurité grandissante. C’est le cas tout particulièrement dans la vaste région de Tombouctou, Gao et Kidal.

Lors d’un déplacement dans le sud-est de Bamako à la fin du mois de novembre, Amadou Toumani Touré n’a pas caché son inquiétude. Le président malien a assuré que le Sahel était en passe de devenir le plus grand centre commercial d’armes au monde. Et de stigmatiser l’effondrement chaotique du régime libyen et la dissémination de matériels militaires dans toute la sous-région. Aqmi se serait bien « servie » dans cet arsenal libyen, des centaines de combattants touaregs pro-Kadhafi aussi… Cette « sortie » très ferme d’ATT intervenait en réaction à l’assassinat et à l’enlèvement d’occidentaux à Hombori et à Tombouctou. Très ferme condamnation de l’«agression terroriste »…

Entre les lignes de ce discours, le doigt accusateur du président malien, qui n’a pas soutenu la communauté internationale dans sa guerre contre le colonel Kadhafi, encombrant mais généreux voisin : la situation dans la sous-région se dégrade à une grande vitesse depuis l’intervention de l’OTAN en Libye, pense Amadou Toumani Touré. Pour comprendre la position du Mali, il faut savoir qu’ATT s’est « caché » derrière la position ambiguë de l’Union africaine et n’a surtout pas malmené l’axe Bamako-Alger lors de l’intervention de l’OTAN contre Kadhafi et jusqu’à ce jour d’ailleurs.

Zone rougeLe 24 novembre 2011, deux Français sont enlevés à Hombori, localité située entre Mopti et Gao dans le nord du Mali. Le lendemain, trois Européens, un Suédois, un Néerlandais et un de double nationalité britannique-sud-africaine, sont enlevés et un quatrième, un Allemand, tué d’une balle dans la tête en tentant de résister à son enlèvement à Tombouctou en plein jour. Le 26 novembre, le Ministère français des Affaires étrangères et européennes s’alarme: « Un risque très élevé d’enlèvement pèse sur les ressortissants français installés au Mali et au Niger. Nos compatriotes doivent plus que jamais faire preuve, en tout temps et en tout lieu, de la plus grande vigilance et de la plus extrême prudence. Au regard de la menace terroriste qui pèse sur la région, aucun endroit ne peut désormais plus être considéré comme sûr. »

Tout le nord-est du Mali est désormais considéré comme « zone rouge ». Le sud-ouest du pays, où est située Bamako, reste en « zone orange », qui n’est que « déconseillée sauf raison impérative » aux voyageurs. Au total, neuf Européens dont six Français sont désormais retenus en otage dans le Sahel. Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui n’a pas revendiqué les derniers enlèvements, avait kidnappé quatre Français en septembre 2010 à Arlit (nord du Niger), sur un site d’extraction d’uranium d’Areva.

Les accords bilatéraux avec le Mali, la Mauritanie, le Niger ou le Burkina Faso permettent à la France de disposer de facilités conséquentes pour intervenir rapidement dans cette partie du monde. Ainsi, après l’enlèvement des deux Français le 24 novembre, plusieurs hélicoptères de l’armée française, au moins cinq, et des dizaines de soldats dont des éléments du COS (Commandement des Opérations Spéciales) qui regroupe des unités spéciales des trois armées se sont pré-positionnés sur l’aéroport de Gao. Mais les preneurs d’otages ont eu plusieurs heures pour remonter en direction du sud-algérien et dissuader toute poursuite. Paris a décidé officiellement de l’arrêt des recherches. Les militaires français sont ‘rentrés’ au Burkina-Faso, là ils sont basés en permanence. C’est désormais l’armée malienne qui va mener les recherches dans le grand nord. Et avec quelle efficacité…

A Tombouctou, les supposés éléments d’Aqmi sont intervenus vers 14 et la « poursuite » des militaires maliens a débuté presque trois heures plus tard. Le gouverneur de la ville a justifié ce délai par la nécessité de recueillir des informations, notamment pour savoir quelle sortie de la ville avaient pris les 4X4 flambant neufs… Déjà, lors de la rébellion touarègue, l’armée du Mali s’était montrée incapable de se déployer et d’agir dans le grand Nord et préférait exercer des représailles sur les populations plutôt que d’affronter un ennemi insaisissable.

Le rayon d’action d’Aqmi s’est élargi…Le président Amadou Toumani Touré a lancé un appel à ses compatriotes afin de préserver l’unité du Mali et ne pas stigmatiser une communauté en particulier, en l’occurrence les communautés du Nord, les Touaregs et les Arabes. Par ces propos, c’est évidemment l’effet inverse qui va se produire, car il s’agit là, en quelques sortes, de la solution « de facilité » pour trouver un bouc-émissaire. A travers les propos du président malien, c’est encore une fois une vision manichéenne du Mali qui s’exprime, car le « corps malade », aujourd’hui, c’est la société malienne dans son ensemble gangrenée par la corruption et le trafic en tout genre. L’Etat lui-même n’est bien épargné.

Depuis 20 ans, le trafic de drogue, de cigarettes, d’armes, d’êtres humains s’est développé dans le Sahel, allant de l’Afrique de l’Ouest en direction de l’Algérie. Les routes du Nord se sont transformées en véritables autoroutes pour les trafiquants. Faisant « nourrir » beaucoup de monde au passage. Le « boulot » d’intermédiaire, petit ou grand, est devenu lucratif et une source de revenus sûre. Inutile pour cela d’être un bandit de grand chemin, mais seulement quelqu’un qui doit faire vivre une famille ou un jeune sans emploi qui considère que son avenir ne passe pas par trois chèvres à garder…

Aqmi a trouvé là un terrain fertile pour s’enraciner et se développer. La capitale malienne ne serait plus épargnée. Interrogé par RFI, le ministre malien des Affaires étrangères, Souleymane Boubeye Maïga n’a pas confirmé ni infirmé la présence, à Bamako, de cellules dormantes d’AQMI. Il s’est contenté de dire : « vous savez, le terrorisme est partout aujourd’hui… ». Si AQMI n’a pas encore gagné les cœurs de la population malienne, cette branche du terrorisme international a gagné la guerre sur plusieurs fronts : armé, économique et symbolique.

« Armé » : parce qu’insaisissable après avoir mené une « opération ». Les terroristes ont même gagné en confiance, ils opèrent de plus en plus loin de leurs bases, Hombori, Tombouctou au Mali, Niamey au Niger…

« Economique » : les projets de développement dans le Nord malien et nigérien sont au point mort pour longtemps. De même le tourisme, source de richesses pour le petit vendeur de rue ou le grand hôtelier, est au plus bas. Tombouctou la fascinante fait désormais peur.

« Symbolique » enfin et c’est peut-être là le plus important mais aussi le plus difficilement déchiffrable à l’heure actuelle dans ses conséquences : les raisons de la domination d’AQMI sont multiples et tenaces : pauvreté, chômage, déracinement à l’intérieur même de son propre pays car les structures familiales jouent de moins en moins leur rôle de ciment de la société, radicalisation d’un islam historiquement modéré… Comme le fit en son temps la rébellion touarègue, Aqmi recrute-t-il déjà au sein d’une jeunesse désoeuvrée, qu’elle soit du nord ou sud du Mali ? Selon certaines sources, la réponse est positive. Intermédiaires, indicateurs… Une ligne rouge a été franchie et c’est maintenant toute la bande sahélienne qui a viré au rouge ou orange sur le tableau de bord des chancelleries occidentales…

Tous les commentaires

04/12/2011, 20:35 | Par DEMOCRYPTE

Merci pour cet éclairage.

05/12/2011, 11:01 | Par Michel P.

Tant que nos "cerveaux endormis" de l'armée française" ne comprendront rien à la "guerre des sables" les Touaregs qui sont déjà rebelles à toute domination ne feront que renforcer cette rébellion chez qui "Aqmi" vit comme un poisson dans l'eau et surtout prend racine. Et ces cerveaux ont une grande chance c'est que Kadhafi n'est pas réussi sa fuite vers ce "Royaume des sables" étranger et imperméable à la compréhension de l'homme blanc.

06/12/2011, 11:37 | Par jacques schellhorn

Merci pour ce remarquable article sur l'évolution peu rassurante de l'immense région du Sahara et du Sahel. Comme je l'ai écrit à plusieurs reprises, il faudrait mieux déployer des troupes internationales (mandat ONU) dans cette région qu'en Afghanistan ou en Irak par exemple. Si les pays européens ne font pas acte de présence militaire dans cette zone AQMI, cette dernière deviendra pire que ce que nous connaissons dans les districts tampons entre l'Afghanistan et le Pakistan.

07/12/2011, 11:03 | Par Michel P. en réponse au commentaire de jacques schellhorn le 06/12/2011 à 11:37

 

Si vous connaissiez cette région vous ne proposeriez pas cette solution car elle déjà "hors compétition" avec votre idée. l'ONU, vous imaginez la surveillance de 7 Millions de Km2 et bien sûr le consentement des Pays occupés.? Autant multiplier les problèmes par "X" pour chercher une aiguille dans un botte de foin !.Seule l'infiltrationn (et encore) de ces groupes peut être (et de temps en temps) à peu près "payante mais très certainement au prix de la vie de ces infiltrés et des otages bien sûr. Des volontaires.?

08/12/2011, 14:56 | Par Michel P.

Voilà le résultat de tout ce capharnaüm entre ceux qui veulent contrôler la région et les décisions prises par AQMI
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N° 99601/12/2011 ALGERIE Otages : Abou Zeid lance un ultimatum à Paris

Le dossier des otages français détenus par la branche d'Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) dirigée par l'Algérien Abou Zeid vire au cauchemar pour Paris. Non seulement son principal négociateur pour leur libération, Jean-Marc Gadoullet, vient d'être rapatrié d'urgence en France (MC nº995), mais l'émir terroriste refuse désormais tout contact avec cette filière. Et il menace d'exécuter les derniers otages si une entente n'est pas trouvée d'ici la présidentielle de mai 2012. Présent à Alger le 4 décembre, le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, pressera ses contacts de s'impliquer davantage contre la brigade d'Abou Zeid, qui s'active à la frontière algéro-malienne (lire ci-contre).
Lieutenant-colonel reconverti dans le privé, Jean-Marc Gadoullet est un habitué des crises africaines. Un temps conseiller du président tchadien Idriss Déby, il s'est imposé comme négociateur pour la libération des otages détenus par AQMI grâce à sa proximité avec les milieux touaregs au Mali, notamment avec l'ex-chef de la rébellion Iyad ag-Ghaly (lire p.4). Et, en tant que consultant de Satom, la filiale de Vinci dont trois des otages actuels sont des employés, Gadoullet était tout indiqué pour la mission. Mais peu après la libération, en février, des trois premiers otages, Abou Zeid a fait savoir qu'il rompait les discussions avec le réseau "malien" de Gadoullet, précisant au passage qu'il n'avait jamais rencontré personnellement l'officier ! Il semblerait que l'émir terroriste ait mal digéré "l'évaporation" d'une partie de la rançon. Seulement, à Paris, Gadoullet bénéficierait toujours d'appuis au sein de la DGSE. Plusieurs mois après l'élargissement des trois otages, le général Bertrand Ract-Madoux, alors directeur de cabinet de la "Piscine", a organisé une rencontre pour arrondir les angles entre Gadoullet et Guy Delbrel, directeur des relations extérieures d'Air France et autre intermédiaire "rival" pour la libération des otages. Ce dernier, qui fait l'objet d'une protection rapprochée, est désormais en retrait. Aujourd'hui, la balle est dans le camp de la DGSE. Abou Zeid a laissé entendre par le biais d'un contact français, jusqu'à présent resté discret, qu'il était prêt à reprendre les négociations, mais seulement "sur de nouvelles bases".

spacer.gifpuce_rectangle2.gifAQMI : Alger tarde à enclencher la lutteLa menace AQMI grandissante et le rôle que doit jouer Alger pour l'enrayer seront au cœur des discussions, le 4 décembre à Alger, entre le ministre de l'intérieur français et son homologue algérien. Pour l'occasion, Claude Guéant sera accompagné de représentants de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). L'Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger ont mis en place en 2010 un Comité d'état-major opérationnel conjoint (Cemoc) pour lutter contre le mouvement terroriste.


Basé à Tamanrasset, dans le Grand Sud algérien, celui-ci s'est une nouvelle fois réuni le 21 novembre. Mais aux yeux des chefs d'état-major du Mali, du Niger et de la Mauritanie, la mise en place d'actions conjointes bute toujours sur le manque de coopération d'Alger, qui dispose pourtant des moyens militaires les plus imposants. Il faut dire que les relations entre l'Algérie et ses partenaires sont tumultueuses. A la demande de Bamako, Alger avait par exemple dû se résoudre à libérer deux prisonniers d'AQMI, dont le Malien Omar Sid'Ahmed Ould Hamma, en échange de l'élargissement de deux humanitaires espagnols en août 2010. Une concession jamais vraiment digérée…

09/12/2011, 12:16 | Par Laurent SAID

Gadoullet "Un temps conseiller du président tchadien Idriss Déby"...

Quand???

Quand le Démocrate et Homme d'Etat Ibni Oumar Mahammat Saleh était torturé à mort...? quand Kouchner et Sarkozy, informés, ne bougèrent le petit doigt pour le supplicié (on appelle cela un "feu vert de fait") mais envoyèrent le corps expéditionnaire spécialiste de la Guerre des Sables (chauds?) à la rescousse du tortionnaire? Quand l'ambassadeur de l'U E, Desesquelles, jugeait que Ibni Oumar n'avait été que "rudoyé" et allait réapparaitre un fois rafraichi?

Voila pourquoi AQMI prospère: parceque des chiens (locaux et néo coloniaux) dévorent l'Afrique et que des pantouflards de la DGSE les conseillent.

Parceque le pétrole, le coltane, l'uranium, ... sont achetés a des prix foccardiens de pillards.

Parceque les politiques africains qui souhaitent mettre en place une vraie politique de développement et de coopération (donc d'abord d'indépendance) sont liquidés avec l'accompagnement des "officines","réseaux", "privés",...

Parceque le deux poids deux mesures est abyssal: Gbagbo triche aux élections - on le défait, Déby triche aux élections - on le sécurise, Bongo triche aux élections - on le reconnait (avant même la Cour Constitutionnelle gabonaise...).

Parcequ'un président français fait le discours de Dakar.

Parceque les étudiants africains ne sont plus les bienvenus en France.

 

Arrivent alors les zélotes d'AQMI qui promettent fierté, solidarité, revenus et ... paradis.

Arrivent aussi les armes du CNT libyen, les Milans du couple DGSE-Qatar et le reste du stock Khaddafien.

 

Arretons d'utiliser les services de ceux qui ont fait le succés d'AQMI et initions une vraie politique de coopération et d'influence (au sens républicain du terme...).

Envoyer Guéant dire à l'Algérie de lutter contre AQMI, c'est faire la comm d'AQMI. Et pourquoi pas Bigeart (réssuscité)???

 

Espérons que le nouveau Président saura "faire le ménage" au sein des Services Extérieurs pour y intégrer plus de Républicains et y purger les "nostalgiques" du système Foccart.

La DGSE n'est pas au service de la France Eternelle de Capet à Sarkozy en passant par Pétain mais de la République Française et de ses idéaux, officiellement partagés par tous les partis politiques légaux.

09/12/2011, 16:16 | Par Michel P. en réponse au commentaire de Laurent SAID le 09/12/2011 à 12:16

Ce n'est certainement pas moi qui vous contredirai. L'incapacité de nos dirigeants actuels à regarder le choses en face et à prendre leurr responsbilité est proverbiale. Quand au voyage de Guéant à Alger je vous adresse ci-dessous le commentaire tiré de la lette "Africa Intelligence" qui me permet de suivre ce dossier qui m'interesse au plus au point car je suis un partisan de l'indépensance du "Peuple Tourareg" trop longtemps oublié par les puissances coloniales néfastes et nuisibles envers ce peuple courageux.

ALGERIE Guéant rentre bredouille sur l'accord de 1968

Paris et Alger semblent bien partis pour s'écharper une nouvelle fois sur la question de la renégociation de l'accord de 1968 sur la circulation des personnes, à quelques mois de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance algérienne, le 5 juillet.
Selon nos informations, les diplomates français ont profité de la visite du ministre de l'intérieur Claude Guéant à Alger, le 4 décembre (lire ci-dessous), pour menacer, en off, de "dénoncer" ce texte, qui accorde un statut spécifique aux algériens entrant sur le territoire français. Lesquels tomberaient alors dans le "régime commun", largement encadré par des directives de l'Union européenne.
Principal grief de la diplomatie française : alors que le président de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, Jacques Toubon, avait cru pouvoir annoncer, en juin 2010 à Alger, que l'accord de 1968 allait être retouché (MC nº931), les vraies négociations n'ont toujours pas débuté. Le round de discussions prévu le mois dernier a été repoussé à janvier. Autre sujet de fâcherie : les hommes d'affaires français disent avoir toujours autant de difficultés à obtenir des visas, malgré la promesse des autorités algériennes de faciliter leur attribution...
Le dossier pourrait rester en suspens encore plusieurs mois. D'après nos informations, le gouvernement d'Ahmed Ouyahia a décidé d'attendre l'élection présidentielle française avant de renégocier l'accord de 1968. Le contexte électoral, qui pousse Claude Guéant à multiplier les déclarations martiales sur la diminution du nombre d'étrangers admis chaque année dans l'Hexagone, n'est, du point de vue d'Alger, pas propice à une discussion sereine. On espère peut-être aussi secrètement dans la capitale algérienne une victoire de François Hollande en mai 2012. Réputé pro-algérien, le candidat du Parti socialiste a intégré, dans son équipe de campagne, deux lieutenants d'origine algérienne : Faouzi Lamdaoui (politique) et l'avocat Hacen Boukhelifa, chargé du pôle immigration et intégration. Ainsi entouré, François Hollande sera-t-il plus sensible à la position d'Alger ?

spacer.gifpuce_rectangle2.gifLes dessous de la visite de GuéantRéception en grand uniforme. Malgré les tensions liées à l'accord de 1968, on est satisfait, place Beauvau, du déroulement de la visite de Claude Guéant le 4 décembre à Alger, sa première en tant que ministre de l'intérieur. Accompagné de son conseiller diplomatique Michel Duclos et de son conseiller spécial Hugues Moutouh, le ministre a été reçu avec tous les honneurs au salon présidentiel de l'aéroport de la capitale, en présence du DG de la sûreté nationale Abdelghani Hamel et de celui de la protection civile Mustapha El Habiri.


La menace AQMI en toile de fond. Outre les questions de circulation des personnes (ci-dessous) et de protection civile, le déplacement de Claude Guéant était aussi consacré à la coopération sécuritaire, d'où la présence de Bernard Squarcini, le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Au centre des discussions, la menace accrue d'Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) suite aux enlèvements non encore revendiqués de cinq occidentaux, fin novembre au Mali, dont deux Français. La zone située au nord de la ligne Nioro du Sahel-Koro est désormais classée "zone rouge

11/12/2011, 10:08 | Par Michel P.

Tout ce que je demande c'est la liberté pour le peuple Touareg et sa reconnaisance par l'ONU. Malgré sa demande qui dérange beaucoup de pays, le peuple Azawad doit être reconnu au niveau "International" par toutes les Nations car ce peuple existe et le nier devient un "crime contre l'humanité" Mélanger AQMI et AZAWADIE n'arrangent que les Hommes politiques principalement les "Occidentaux" pour mieux piller les richesses de cette région principalement riche en pétrole et surtout en uranium dont la France demande une grande consommation. Merci de bien vouloir cliquer sur ce lien pour connaitre ce peuple azawad

http://touareg-jeunesse.blogspot.com/

12/12/2011, 13:45 | Par kakadoundiaye

Michel P, Laurent Said, et l'auteur de ce papier,

merci pour les informations et analyses tant dans l'article que dans les commentaires . J'y souscris.
J'avais dans mon blog,il y a plus d'un an,amorcé déja l'analyse que vous venez compléter.

http://blogs.mediapart.fr/blog/kakadoundiaye/270910/sahara-un-desert-quatre-bandes-essai-pour-comprendre-ce-qui-se-passe-

Elle s'appuyait plus sur les contradictions au sein du Niger
J'ai ensuite,il y a quelques moi, suivi cette analyse en soulignant le danger que représentait la destabilisation de Khadafi- largement impliqué dans le Sah'ra tant au Tchad qu'au Mali qu'au Niger - et l'afflux massive d 'armes.

J'ajouterai aux analyses le fait que quelque soit le renforcement et l'équipement des rebelles aqmistes ou pro-aqmistes sah'riens ils se développent et survivent cependant dans une fragilité extrême qui tient aux conditions de vie et survie dans le désert. Qu'ils se déplacent ils sont aussitôt repérés sur les écrans des satellites . Ils doivent par ailleurs se ravitailler en essence en eau et nourrriture que dans quelques points facilement repérables surveillables contrôlables. Le desert est une mer et il ne peut y avoir de vie en mer sans ports ...Or les ports du Sah'ra nous les connaissons en Mauritanie,au Niger et au Mali..Il sont d'accés et de contrôle faciles. Que mille litres d'essence s'acheminent vers un village qui n'en consomme de 10 litres par jour devrait attirer l'attention. Ibidem pour l'eau ibidem pour la nourriture quelque soit la frugalité des hommes.

14/12/2011, 11:49 | Par Michel P.

@Kakanoundiaye

Désolé de ne ps être tout à fait d'accord avec vous. Kadhafi dont le comportement n'a pas été toujours exemplaire mais soutenu par les "Occidentaux" uniquement pour des question de "fric" (les gros contrats d'armement et les approvisionnements pétroliers) aurait été le seul à redonner aux Touaregs leur place dans l'enfumage international actuel dont certains "Hommes politiques" ont l'art de pratiquer au détriment de la vérité. Ne pas confondre Aqmi et le reste du peuple Touareg. Les premiers sont des bandits de grands chemins et s'ils existent c'est uniquement parce que les intérêts financiers et politiques favorisent certains d'entre eux et les régimes qu'ils soutiennents. Et lorsqu'ils prennent des initiatives pour la libération des otages détenus par Aqmi, ça tourne à la catastrophe. Exemple : la libération des 2 Français enlevés à Bamako dont la mort a été uniquement causée par les ordres de Sarkozy qui croyait être capable de les libèrer alors qu'en réalité il est le seul responsable de leur assassinat provoqué par cet ordre. Bien d'accord avec vous que les gens d'Aqmi sont dans un Océan mais eux y vivent comme un poisson dans l'eau. Et s'il le font c'est avec la complicité de toutes ces tribus qui n'ont pour d'autres ressources que cette complicité. 7 Millions de Km2, vous imaginez la surveillance.? Je vous signale que les Américains qui eux sont moins "cons" que Sarkozy ont déjà envisagé le problème autrement mais la aussi j'attend de voir . Ci-joint une copie de la lettre "Africa Intelligence" qui permet de suivre ce dossier

Faute de pays volontaires pour accueillir son commandement militaire permanent, l’US Africa Command (Africom) renforce ses activités sur le continent en empruntant une porte dérobée : les contractuels privés. Le commandement africain de l’armée américaine – dont l’une des principales missions est de mener à bien la Trans-Sahara Counterterrorism Initiative (TSCTI) dans la zone sahélo-saharienne (lire ci-contre) – vient de passer deux appels d’offres pour le moins intrigants.
Le premier vise à mandater une ou plusieurs sociétés privées pour mettre en place un programme de surveillance aérienne clé en main pour le compte des militaires locaux. Africom souhaite ainsi se doter, en location, de deux avions de reconnaissance banalisés (des Pilatus PC-12 NG de préférence) et d’un drone équipé de caméras vidéo et infrarouge à haute résolution. Trois équipes de pilotes, d’analystes et de techniciens – entièrement composées de contractuels – seront formées pour conduire les missions de renseignement. Ces "mercenaires" seront détachés auprès des forces armées des pays hôtes pour les aider à exploiter les images filmées par les appareils. Le programme, qui démarrera au mois d’août, vise à renforcer les capacités de renseignement des pays partenaires… tout en permettant aux forces américaines d’accéder à ces mêmes données, qui seront retransmises au siège d’Africom à Stuttgart (Allemagne). Voilà qui ne manquera pas d’intéresser Alger, qui tente depuis des années d‘acquérir des drones de reconnaissance auprès des Etats-Unis (voir MC n° 921), sans succès. Plusieurs fournisseurs de l’armée ou des "grandes oreilles" américaines ont assisté à la présentation du projet, le 11 juin, sur une base aérienne militaire de Washington (lire ci-contre).
Les avions doivent être banalisés pour ne pas éveiller l’attention. Les caméras de reconnaissance devront ainsi être placées dans la carlingue de l’appareil plutôt que sous les ailes. Même souci de discrétion pour les 83 véhicules tout-terrain qu’Africom va acquérir et faire livrer à Tunis, Niamey, Nouakchott, Ndjamena, etc., et qui "devront passer inaperçus" sur les routes africaines, précise cet autre appel d’offre publié le 11 juin. Pour qui ces beaux 4x4 ?

spacer.gifpuce_rectangle2.gifDuel au SahelTerroristes algériens… Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) opère dans un vaste territoire allant du sud de l'Algérie à la Mauritanie, au Niger, au Mali, et à certaines régions du Sénégal. Organisés en petites unités très mobiles, les combattants djihadistes vivent en plein désert, où ils peuvent se déplacer durant plusieurs semaines en totale autonomie. Emanation du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien, son commandement est constitué en majorité d'Algériens : l'émir Abdelmalek Droukdel, Mokhtar Belmokhtar, Abou Zeid Abdelhamid… L'armée algérienne multiplie les opérations contre AQMI, et a abattu, en février, un lieutenant de Droukdel, Abou Selmane, en Kabylie.


… contre "privés" américains

La présentation du programme de reconnaissance aérienne d'Africom a mobilisé plusieurs fournisseurs du Pentagone ou des services secrets américains : Battlespace Flight Services (qui opère les fameux drones Predator), AAI Corporation, Merlin Ramco, Stark Aerospace (distributeur des drones d'Israel Aerospace Industries), L3, Camber Corporation…


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