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Jui

MEDIAPART

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Coupables.

Coupables. Qui ont commis volontairement un acte considéré comme répréhensible.

 

Est-on coupable, responsable des résultats qui sont tombés hier soir sur toute la France ? Qui ? Pourquoi ? Est-ce réellement une suite d'actes volontaires qui nous a mené là où nous en sommes aujourd'hui, neuf ans après le choc du 21 avril ? Ou plutôt une désinvolture inconsciente, grandissante, derrière laquelle nous pourrions confortablement nous abriter ? Mais celle-ci ne serait-elle pas, sans aucun doute, tout aussi coupable ?

 

Coupables les intellectuels, les déclinologues qui ont chanté, sur tous les tons depuis le début du millénaire, l'ode de l'âge d'or révolu. Ils ont tant brossé le portrait d'une France prise dans les fers de la mondialisation spoliatrice, piégé dans un schème européen vampirisateur, sous la menace d'un tsunami financier destructeur de notre modèle social qui a fini par nous ensevelir. Ils ont tant annoncé la fin du monde sans nous proposer le moindre plan alternatif, autre que le long récit de notre décadence et de notre décrépitude. Ils ont par ce fait laissé s'instiller l'idée que rien ne pouvait être fait face aux déterminismes globaux, à la marche inexorable de l'histoire. Coupables les conservateurs haineux qui se répandent sur les ondes pour vomir leur peur, leur haine, leur rancœur. Ces donneurs de leçons, du haut de leur chaire morale - dont la légitimité semble proportionnée au nombre de clips sur le dernier incident de plateau diffusé par Youtube - de leçons amères. Ils ressassent le pire, au nom d'un discours politiquement incorrect, dont ils nous assurent être les porteurs indéfectibles, garants d'un vif débat d'idées sclérosé. Il faut examiner le visage ébaudi d'un Eric Zemmour, devenu la coqueluche du moment, pour percevoir ce que notre temps a produit, et à quel point la pensée, dans tout ce qu'elle a d'exigeant et d'exaltant, semble absente.

 

Coupables les médias, d'aller dans le sens du vent. De ne plus savoir faire la part des choses, en invitant ces mêmes ultra-conservateurs au mépris de l'équilibre des débats. De ne plus remplir leur mission d'information et de décryptage, de prospective et d'investigation. De ne plus organiser le débat intellectuel et citoyen, de reléguer les émissions politiques en deuxième partie de soirée, voire au placard. De ne plus savoir qu'inviter les mêmes experts, les mêmes éditorialistes radotant, sans jamais se demander s'ils sentent encore le pouls d'une société qui évolue bien plus vite que les grilles de programme. De toujours choisir la facilité, le prêt-à-penser, le pré-mâché, pour pratiquer le mélange des genres permanent entre politique et divertissement, contribuant ce faisant à la perte de confiance dans des responsables obligés de devenir clowns cathodiques, sous l'injonction impérieuse de présentateurs en fin de carrière. De ne plus nous présenter le visage d'authentiques journalistes maîtrisant leurs dossiers et nous aidant à raffermir notre idéal de société.

 

Coupables, les partis politiques. La droite reprend mot pour mot les propos de la haine et du rejet, prononcés jusqu'alors par d'autres : « Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter » (Nicolas Sarkozy, 22/04/2006) ; « Les Français à force d'immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux » (Claude Guéant, 17/03/2011) ; « Lies Hebbadj est présumé coupable [...] Mon opinion est claire » (Brice Hortefeux, 09/08/2010) ; « La délinquance, chacun sait qu'il y a des liens avec l'immigration, chacun le sait » (Frédéric Lefebvre, 05/08/2010) ; « L’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité » (Christian Vanneste, 26/01/2005) ; « L'excès d'immigration trouble les Français » (Claude Guéant, 21/03/2011). Nous revoilà servie la vieille théorie nauséabonde du seuil de tolérance... Coupable d'avoir promis une rupture et de continuer, d'accélérer la même politique d'injustice que celle menée sous Jacques Chirac. Que cesse cet écart entre les discours et les actes, cette pratique brouillonne mais tellement télégénique du pouvoir, de la mise en scène quotidienne de la geste présidentielle. Que cesse cette tolérance tenace envers les conflits d'intérêt et les pratiques corrompues. Coupable, cette droite qui place à égale distance la gauche et l'extrême-droite, ne sachant plus où se situe les limites de la République, traçant un signe d'égalité entre les forces du Front de Gauche et celle du Front National.

 

Coupables, les mouvements de gauche. De ne pas savoir porter l'espoir d'un autre monde. De ne pas trouver les mots qui entreraient en résonance avec les situations quotidiennes des salariés, des chômeurs et des retraités, de ces cohortes entières dont les fins de mois se jouent à quelques euros. De ne pas porter les deux bouts de l'espérance : l'avenir le plus immédiat et le plus lointain, l'idéal le plus élevé, qui nous ménage de plus vastes perspectives, et démine notre ordinaire. De ne pas savoir convaincre qu'elle use du langage de la vérité, qu'elle construira avec et non contre les siens, les citoyens, qu'elle peut, qu'elle veut nous élever. Qu'elle porte en elle la promesse d'une politique humble et audacieuse, convaincue et attentive.

 

399 marques ce 20 mars. 399 manquements.

 

Nous sommes tous coupables. Nous devons battre notre coulpe, mais ne pas attendre benoîtement la prochaine bourrasque qui arrivera inéluctablement, en tendant l'autre joue. Non. Nous devons nous relever, nous épauler, nous écouter pour bâtir, un demain, un chemin. Le travail est immense, mais nous sommes acculés. Alors il est temps ; nous ne voulons pas célébrer 140 ans après la Commune de Paris une nouvelle oraison funèbre de nos espérances.

 

Plus le danger est grand, plus le devoir de rester est sacré.

Jacques Vingtras, L'Insurgé

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21/03/2011, 22:48 | Par Chris43

Je ne me sens pas coupable, ni même responsable.Sourire

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