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PSYCHIATRIE MODE D'EMPLOI

PSYCHIATRIE MODE D’EMPLOI Paris lundi 1er mars 2010

« L’ACCUEIL », contre ‘la garde à vue’ de 72 h Soyons simples tout en cherchant à bâtir une psychiatrie ‘pointue’, on ne peut décider de la vie des hommes depuis son bureau comme le montrent certains projets de loi. Partons de ce qui se passe lors de la rencontre avec une personne souffrant de graves troubles psychiques.

En effet tout soin psychique pour un trouble psychique, quel qu’il soit, commence par un temps d’accueil de la ‘personne’, car autant le dire tout de suite, nous parlons d’hommes et de femmes, et non de paquet-poste.

En réalité nous allons voir qu’un ‘accueil’ ce n’est pas seulement un moment, ni une attitude, c’est d’abord ‘une façon d’être’ des soignants face à chaque personne malade, ce qui veut dire que les soignants vont continuer à être ‘accueillants’ lors des différentes séquences des soins.

Il est exact que l’on note que c’est le premier contact, à la première rencontre, qui ‘marque’ le climat du lien qui s’établit avec un patient, pour les années à venir.

La personne qui souffre, qu’elle vienne seule dans un lieu d’accueil, ou mieux, accompagnée, est le plus souvent dans un grand désarroi car elle ne sait pas bien ce qu’elle a, ne connaît pas ceux qu’elle vient voir ; par contre elle a ‘peur d’une chose’, c’est qu’on lui dise que la question qui l’amène est ‘psy’. Trop de faits, trop de mots négatifs se sont accumulés autour d’elle dans notre société sur les faits ‘psychiatriques’ pour faire que ceci soit facile. Cette rencontre est ‘toujours’ inquiétante. Donc a priori la personne a peur.

En fait cet accueil va se répéter, se renouveler de façon variable tout au long de la vie des personnes qui sont en traitement psychique. Une même blessure se réveillera à chaque moment dit ‘aigu’, ou urgent. Un nouvel accueil sera nécessaire. Comment s’y prendre ?

C’est bien pour cette raison qu’un certain nombre d’entre nous dans leur équipe de secteur se sont battus pour créer un espace ‘banal’, non ‘marqué par les soins lourds’, et bien sûr, situé hors de tout hôpital, surtout psychiatrique (celui qui fait le plus peur) ; on crée un ‘Accueil’ dans quelques pièces simples de plein pied, d’une maison ou d’un immeuble, et on reçoit.

Nous y accueillons sans rendez-vous ces personnes seules, ou accompagnées ; parfois c’est une famille venant seule ‘discuter à bâtons rompus’ d’un ‘éventuel’ problème psy, …

Nous nous présentons (‘nous’, car il est pertinent d’être deux pour recevoir, parmi une équipe de 6 à 8 infirmiers, une psychologue, un médecin) avec nos noms et nos fonctions générales ; nous faisons une rapide visite du lieu pour rassurer ; on fait en sorte que la personne se sente à l’aise, un peu comme si nous la recevions chez nous, et avec simplicité.

Tout ceci est tout simple, pourtant nous l’oublions si vite dès que le terme ‘urgence’ a été utilisé par quelqu’un, aussitôt on se précipite, on veut tout savoir tout de suite ; ainsi on fait peur, tout se bloque, et on ne comprend pas pourquoi ! Alors recommençons doucement.

Quels que soient les faits, l’agitation ou le calme, l’important c’est le visage de la personne.

Le visage. Oui nous accueillons d’abord le visage de l’autre. Tout est dans le visage. Pour cette raison, chacun des soignants se demande juste avant l’entretien si son propre visage est ‘accueillant’, ou s’il est encore occupé par cent ou… mille choses. Si oui, il vaut mieux attendre un instant, … Après nous sommes disponibles pour parler.

Nous faisons en sorte que ce qui est dit ‘urgent’ soit d’emblée et facilement déposé là.

Ayant montré que tout nous intéresse, nous prenons le temps de nous connaître un peu, laissant les inquiétudes se décanter. Il y a tant de choses dont nous pouvons parler.

Si la personne est accompagnée, nous ne cherchons pas d’emblée, comme pour un examen médical classique, à séparer tout le monde, et recevoir le malade seul, écartant la famille, et tous les autres. Au contraire ici, nous profitons de cette présence multiple pour permettre à chacun de parler, d’évoquer les faits récents ou anciens, … sans craindre les avis différents sur une situation donnée ; chaque apport sera le point d’appui pour l’un des futurs échanges, nous y reviendrons. Tout se passe vite, nous sentons que nous avons encore beaucoup à nous dire. Alors on décide de se revoir demain, et quelques jours ou semaines de suite.

Vous avez déjà compris que deux points sont importants, que dis-je, absolument essentiels. Ce sont : d’avoir à sa disposition un temps suffisant, et de répéter la rencontre, mais surtout avec les mêmes soignants qui reçoivent et écoutent.

Ce sont ces deux éléments qu’il faut détailler, expliquer, reprendre inlassablement entre nous, inlassablement, car chacun croit qu’il y a une solution à trouver, alors que l’essentiel est de nouer un lien, là.

La personne qui souffre, ne sait pas comment s’expliquer, la famille qui vient seule ou l’accompagne ne sait pas quels mots employer. La gêne initiale est grande. Si des mots viennent à évoquer la psychiatrie d’une façon ou d’une autre c’est aussitôt la crainte, voire la honte ; le dialogue risque de s’arrêter avant que d’avoir commencé, il faut du temps, de la simplicité, du temps encore.

Pouvoir parler des choses simples de la vie pour établir la confiance.

Croyez-vous qu’en 15 à 30 minutes dans une salle dite d’urgence, ou dans un climat d’urgence quelque chose comme cela peut commencer ? Pour le penser on voit que vous n’avez jamais essayé, et n’êtes pas sortis de votre bureau !Vous croyez que si j’ai commencé à parler de mes difficultés, de mes souffrances à une ou deux personnes dans un centre le premier jour et que je suis à nouveau capable d’en reparler le lendemain et le jour d’après, vous croyez que je vais tenir si à chaque fois je rencontre une personne nouvelle, voir 6 à 12 personnes en trois jours. Mais vous ne savez vraiment pas ce qu’il en coûte de parler de cette souffrance, de tout ce qu’il y a autour et que ne je sais pas bien dire. Vous pensez vraiment que je vais pouvoir le redire. Vous n’avez pas compris ma honte, ma tristesse qui s’ajoute à tout le reste. Mais si ce n’est pas la même personne que je vois ce jour, alors qu’hier elle m’a dit ‘à demain !’ et pareil le jour suivant, je comprends que je ne l’intéresse pas, que ses paroles d’accueil étaient ‘mécaniques’, que vous-mêmes vous n’y croyiez pas. Pour arriver à parler de ces choses si intimes et que je saisis mal, il me faut du temps, il faut que je me sente en confiance, …vous ne m’avez pas accordé la vôtre !

Savez-vous la meilleure ? J’ai entendu dire que dans je ne sais quel pays du Nord ils ont inventé un « SAS » où, pour je ne sais quelle maladie, on est envoyé et enfermé trois jours ; il parait que les pauvres gens qui y vont doivent ‘avouer’ qu’ils sont malades et accepter des pilules pour pouvoir être « libérés », sinon ils sont envoyés dans un service fermé ou surveillés à domicile avec obligation de prendre un traitement ! Les pauvres ! J’ai dû faire un cauchemar, ou bien c’est pour une maladie rare comme le diabète rebelle. Mais je sais que chez nous ça ne pourrait pas être inventé pour les problèmes psychologiques, n’est-ce-pas ? Nos élus sont trop intelligents pour oser décider ça et même l’écrire dans une loi. Les promoteurs rêvent de police et de garde à vue, en médecine ! Ils se sont trompés de métier !A la semaine prochaine, nous avons encore beaucoup à nous dire entre accueil et psychiatrie, mode d’emploi.…

Guy Baillon

Tous les commentaires

Merci pour ce billet, si juste et émouvant à la fois.

Ce que vous dites de l'accueil d'un patient vaut pour toutes les disciplines soignantes, au fond, même si la relation est peut-être différente en psychiatrie, du fait du caractère particulier du problème posé. Vous l'avez là si justement écrit, cela pourrait servir de base pour notre formation initiale ...

Une grande partie de mes patients viennent nous voir (en hôpital de jour gériatrique), spontanément ou non (souvent non), parce que plane sur eux l'ombre noire du monstre Alzheimer, médiatisé et actuellement considéré juste comme il faut pour désespérer quiconque se voit attribuer ce possible diagnostic (la folie, la perte d'autonomie, la mort, le prix que ça coûte à la collectivité ...). Une autre partie non négligeable vient pour des troubles du comportement associés ou non à cette famille de maladies. Nous travaillons donc avec la géronto-psychiatrie, comme nous le pouvons, car elle est si rare, si peu développée.

Cet accueil que vous décrivez, je parle des locaux, de la structure, existe au sein des CMP et locaux du secteur psy, non ? Mais vous accueillez sans rendez-vous, vraiment, ou étiez-vous en train de rêver tout haut ?

Merci encore, donc ...

Par ailleurs, étant également famille de malade chronique suivi depuis de longues années par la psychiatrie, je suis, à ce titre aussi, très intéressée par vos billets et articles d'édition. Vu de cet angle-là, c'est peu de dire qu'on peut se sentir désarmé et seul ....

Anne

Vous me faites infiniment plaisir

je n'ai fait là dans ce premier billet que tenter de reprendre à mon compte ce que notre équipe de secteur depuis 1982 date de la création de notre groupe d'accueil, fait simplement, et je vous l'assure dans la joie depuis, car depuis que je suis parti en retraite j'ai eu la joie de voir que mon successeur et l'équipe sont tellement contents de ce travail qu'ils le continuent , malgré les tentatives violentes du directeur de l'hôpital qui veut le fermer.

Vous me faites plaisir ausi parce que je croyais ne pas avoir été clair dans ce court écrit et d'être maladroit

Vous me donnez l'envie de continuer à parler simplement de ce travail (fort complexe) mais passionnant.

 

Mais puisque vous évoquez les personnes âgées je ne résiste pas au plaisir de vous faire le cadeau de vous indiquer ma dernière lecture qui me parait "révolutionner" notre pratique

(l'une des auteurs a travaillé avec nous, elle est analyste et suisse : Florence Quartier, et connait très bien aussi le travail d'accueil, dont nous parlerons donc)

mais ce que ces auteurs ont écrit récemment me parait apporter une trés grande clarté sur la qualité des échanges que l'on peut avoir avec toute personne vieillissante, même très âgée, y compris alzheimer

"Un avenir pour la vieillesse. Pratiques cliniques contemporaines en psychiatrie de l'adulte et de l'âge avancé"

par Panteleimon Giannakopoulos et Florence Quartier

chez Doin (109 pages seulement), 1977

pour moi ce livre est une merveille qui devrait largement diffuser, et qui devrait changer la pratique de 'toute' la psychiatrie.

Merci de votre commentaire

à bientôt

guy

Ce billet est émouvant et me rappelle très précisément ce que m'a rapporté un homme de quarante ans, rencontré l'an dernier, souffrant d'un mal être profond et ayant été accueilli dans un centre pour y être soigné.

Ce qu'il m'a dit et qui m'a frappée, c'est d'avoir eu l'impression de n'être pas entendu ni reconnu : "Cela n'a servi à rien ; personne n'a semblé me considérer comme une personne humaine - ne me parlant que comme à un malade. Je n'ai vraiment pas l'impression qu'on m'ait entendu. Je ne suis qu'un patient X, parmi tous. Et je ne crois plus dans les "psy".

Ceci concerne donc, en effet, les premiers contacts que peuvent avoir certaines personnes en grande difficulté (souvent "border line"), avec des structures d'accueil - concerne donc la première "écoute", si importante.

Bien à vous,

Mithra

merci beaucoup de réagir, car je n'étais pas sûr de moi

Est-ce qu'on peut parler des choses toute simples?

En réalité le travail des soignants dans une telle équipe est complexe, au point que peu d'équipes s'y sont mises en France malgré nos efforts

Pourtant c'est d'une simplicité réelle au début, et pour l'expliquer, et les effets surtout sont considérables pour l'évolution de tous les malades, je vous l'assure

Ce que nous avons constaté c'est que cette méthode convient aux situations les plus banales, permettant aux personnes de renouer des liens facilment, et aux situations d'apparence les plus dramatiques et les plus insupportables, car d'emblée cela modifie la personne qui souffre

ceci est la première écoute, certes, mais se répète souvent en fait au long d'un parcours de maladie qui se montre durable

sur des années, cette équipe dans ces autres moments "restaure le soin arrêté", nous en reparlerons aussi

amitiés

guy

Cher Guy Baillon,

Sans doute me suis-je mal exprimée, en vous relatant ce premier contact de cet homme avec une institution "psy", qui ne l'a pas convaincu de vouloir poursuivre ses entretiens. J'ai voulu donner un exemple, afin de montrer que les premiers entretiens entre une personne qui se sent en souffrance psychique, et un thérapeute, peuvent être déterminants.

Et je suis donc heureuse de vous lire à nouveau et de savoir combien votre travail a pu vous satisfaire.

L'approche psychiatrique et celle - psychanalytique -, sont diffférentes - je ne vous apprends sans doute rien : l'une se réfère à une demande sociale (un certain comportement dérange, etc.), qui pousse une personne à aller consulter pour un éventuel retour à "la norme" ; alors que la démarche psychanalytique viendra toujours du patient lui-même, ayant un désir pour lui-même, qu'il ne connaît pas encore...

Et je crois donc que c'est cette demande venant de l'extérieur (et non de lui-même), qui a fait que cet homme dont j'ai parlé, était en porte à faux. Car lorsqu'il m'a dit qu'il ne s'était pas senti entendu, je lui ai dit que c'était précisément cela qu'il fallait qu'il dise à l'oreille de son thérapeute. Mais mon conseil n'a pas semblé l'intéresser. Cependant, je ne connais pas la suite de cette histoire.

Si cela peut intéresser des lecteurs, je recommande le coffret DVD : "Être psy", de Daniel Friedman (80 euros) : des interviews de psychanalystes (tels que Jean-Bertrand Pontalis, par exemple), sur toutes ces questions de la psychiatrie et de la psychanalyse.

Bien à vous,

Mithra

je m'étais en effet trompé de direction, pensant que vous vouliez en savoir plus sur le travail d'écoute réalisé "en premier" de tout par certaines équipes de secteur, grâce à la mise en place d'une sous équipe d'accueil

Je ne peux par contre commenter sur un blog une situation que je ne connais pas, et qui vous a fait "travailler". Merci de votre témoignage, et merci de ces propositions de référence

Deux remarques seulement:

-nous ne connaissons jamais la portée d'une parole dite à quelqu'un en effet

-la distinction entre psychiatrie et psychanalyse est un petit peu différente que ce que vous proposez

Je dirai plutôt que

-la psychiatrie aborde toute forme de traitement, et peut parmi ses outils utiliser la psychanalyse, la psychiatrie est tout à fait avec ou sans psychanalyse pertinente pour écouter toute souffrance psychique, c'est s tâche première; la dimension 'comportement' n'est qu'une partie de ses modes d'observation, et de ses méthodes thérapeutiques; enfin dans la psychiatrie il y a en effet une mise en rapport à l'autre, à la société qui n'est pas toujours évoquée mais qui est pourtant essentielle; la psychiatrie classique donne trop l'impression que l'on peut parler de l'homme seul, alors que l'on parle toujours avec lui de sa place au milieu des autres, de ses liens avec les autres; il y a toujours une dimension collective présente, cela n'est pas assez dit ni travaillé

la psychnalyse, selon Freud est d'abord une 'recherche' sur soi même, elle n'est donc pas limitée à des démarches thérapeutiques, qui ne sont qu'une de ses applications; elle ne saurait être généralisée dans la mesure où elle se limite à une démarche où ce qui est primordial et déterminant est cette volonté de la personne de se connaitre; cette connaissance de soi n'est pas 'a prori' thérapeutique

Je ne résiste pas au plaisir de vous soumettre la remarque toute simple d'une analyste dans un livre sur surpsychanaalyse et âge avancé : 'La psychanalyse ...

"Pour Freud c'est une idée nouvelle, simplement une manière différente d'accueillir ce qui vient du patient, de l'ordonner autrement que jusque là et d'en tirer quelque chose à lui dire, ... afin qu'il trouve à en faire quelque chose par lui-même", "Un avenir pour la vieillesse" PG et florence Quartier, Doin, cité dans une réponse ci-dessus

Ce propos simple loin des grands discours me ravit

amitiés

guy

La psychiatrie aborde toute forme de traitement, et peut parmi ses outils utiliser la psychanalyse, la psychiatrie est tout à fait avec ou sans psychanalyse pertinente pour écouter toute souffrance psychique, c'est sa tâche première ...

D'accord avec vous. Mais ça en fait aussi toute la complexité, vu de l'extérieur ( vu de la famille), et toute la difficulté aussi, quand on doit forcément participer d'une prise en soins, simplement parce qu'il s'agit d'un proche qui ne peut plus vivre de façon autonome ....

On peut alors, et nous l'avons vécu, ne pas exister pendant des années car il suit une psychothérapie de soutien (orientation non psychanalytique car jugé trop border-line, apparemment, apprend-on plus tard après un accident très aigu) qui ne concerne que lui et ne peut procéder que de sa démarche ...

On peut voir une hospitalisation de semaine en service spécialisé pour des thérapies cognitivo-comportementales, et alors être convié (toujours en tant que famille) à des réunions hebdomadaires, puis plus rien, si cette prise en charge cesse car jugée in fine non adaptée.

On peut, lors d'une hospitalisation en psy adulte temps-plein, être admis aux visites, mais ne jamais être contacté par l'équipe médicale alors qu'un retour au domicile familial s'impose après une tentative de suicide quasi-réussie ...

Ce ne sont pas des critiques polémiques, que je pose là, mais bien une difficulté à s'y retrouver dans les outils de la psychiatrie, et donc parfois, pour l'entourage (mais aussi pour le patient) à garder confiance ... Sans ce suivi spécialisé depuis des années, nous savons bien qu'il serait peut-être déjà mort. Mais j'ai parfois eu le sentiment que la prise en charge globale, telle que nous la percevons en gériatrie par exemple, ne faisait pas partie de toute les méthodes du soin, et cela n'est pas forcément explicité et peut générer de l'angoisse.

Bon, mais pardon, on n'est plus tout à fait dans le premier accueil, là, mais déjà dans le suivi, c'est cette question de la diversité des outils qui m'a interpellée. Vous y reviendrez, sansdoute.

Anne

Soyez sans souci, il n'y a pas de question 'hors de propos'

J'ai commencé ce contact que je voudrais hebdomadaire par "l'accueil", en soulignant que si on commence par lui c'est pour dire qu'en réalité c'est une attitude qui ne saurait s'arrêter ensuite tout au long de ces trajectoires comme celle que vous évoquez.Une simple ébauche de réponse à votre question: il y a en effet un grand espace à travailler pour chacun lorsqu'un de nos proches présente un grave trouble psychique

la participation possible des proches ?

soyons honnêtes il n'y a que la psychaitrie infantile à l'avoir travaillée

pour le reste de la psychiatrie, les soignants sauf en thérapie familiale n'ont pas encore su inventer une manière de faire où, tout en gardant le mieux possible la liberté de chacun, en particulier en préservant la marge de manoeuvre 'étroite' de celui qui souffre (étroite car il n'arrive pas à prendre de la distance)

chacun arrive à comprendre l'espace limité dans lequel avancer.

 

Cela veut dire quoi ?

-d'abord que la psychiatrie n'en est encore qu'à ses débuts quand on mesure le chemin à faire

-que la psychiatrie s'est constituée sur le seul champ étroit de 'la personne', sans reconnaitre qu'autour d'elle on souffre, et que cette souffrance laissée à elle seule participe à l'aggravation de la personne d'une part, et d'autre part laisse se perpétuer des souffrances qui vont produire des 'méfaits'

-que ce que chacun vit comme souffrance est une justification pour continuer à frapper aux portes de ceux qui sont engagés dans le traitement pour qu'ils s'ouvrent à ce que vous dites

-que dans chaque équipe de secteur, il devrait y avoir un espace où l'on puisse à chaque fois que nécessaire poser des questions et y trouver la force pour garder la confiance et le courage

 

C'est pour cela que la loi en préparation nous parait d'une violence inouïe, elle va balayer comme étant absurde tout ce dont nous parlons

Nous devons nous battre sur tous les fronts

et d'abord réveiller tous ceux qui sommeillent autour de nous

Bon courage

guy

Merci de votre réponse, Guy.

En fait, mon désir n'était pas forcément de mettre en avant la souffrance des familles de malades, et je peux entendre par ailleurs que dans la prise en charge d'une personne un même psy ou une même équipe ne puisse accueillir et "traiter" sa famille si elle souffre. Mais ne pas l'inclure du tout dans la prise en charge, même "sociale" je dirais, ou ne pas expliquer la maladie, quand ils sont en première ligne à la maison, voilà qui m'a souvent paru curieux ... En même temps vous vous devez à vos patients, et il est clair que ce qui se dit dans vos colloques singuliers ne peut être redirigé vers la famille, forcément. Peut-être travailler à une position intermédiaire ? Et puis, il y a différentes écoles, différents outils, nous nous y perdons parfois un peu ...

 

Pour avoir exercé des vacations hebdomadaires pendant des années en géronto-psychiatrie à Marseille (échanges de vacations gériatres /psychiatres entre deux centres hospitaliers), et pour avoir visité d'autres services (cette fois en tant que famille), j'ai pu mesurer aussi dans quel état on laisse actuellement la psychiatrie, sur le plan des moyens.

Rien que les locaux .... ça dépasse un peu l'entendement, dans certains endroits, ce que l'on peut voir ! Disons qu'il est des lieux dont on imagine mal qu'ils puissent réchauffer quelqu'un qui souffre, et c'est un euphémisme ... Mais sans doute n'est-ce pas le plus important pour le malade, peut-être y accueille t-on une population non adaptée à des locaux "normaux", le dénuement est un peu inévitable ... j'ai entendu un certain nombre d'arguments que j'ai quand même du mal à recevoir. Est-ce que je me perds dans des considérations secondaires ?

 

La loi qui se prépare arrive sur un terrain qui me paraît déjà bien affaibli, non ?

Anne

Les familles avec raison critiquent vivement le milieu psy de la multiplicité des 'écoles' et chappelles qui disent des 'messes' si différentes les unes des autres .

Cela ne permet pas de construire la confiance dont les patients et leur famille ont besoin. Ce devrait être un premier objectif pour les soignants; mais ils s'en soucient comme de leur dernère chemise

Pourtant cela n'est pas impossible

 

Quand à la situation de la psychiatrie de service public, elle est surtout très inégale d'un département à l'autre, d'un secteur à l'autre, ce qui est injuste et réparable; cela est du au fait que depuis 1990 l'Etat n'a plus joué son rôle de coordonateur, et en raison de cette anarchie on trouve des situations désolantes comme celle que vous décrivez

Ce qui me stupéfie est l'absence d'espoir que cela dénote chez les acteurs, ils sont nombreux, intelligents, et ils ne se révoltent pas, car ils sont trop divisés, et encore trop riches sans doute!

c'est donc aux familles et aux patients de les stimuler, de les réveiller

Cela n'est pas impossible

Faites diffuser ces interrogations

amitiés

guy

Cher Guy Baillon,

Puis-je me permettre de poursuivre (à moins que vous ne le désiriez pas) ? Car vous écrivez plus haut que nous ne connaissons jamais la portée d'une parole dite à quelqu'un.

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cela : une "parole dite" par un psychanalyste (tel que je l'entends) - le psychanalyste qui la dit, en connaît déjà la portée (le sens) (sinon, il ne la dirait pas).

Je veux dire par là, qu'une personne qui s'entend parler (et un psychanalyste doit s'entendre parler, ou alors, c'est qu'il n'aurait pas la représentation de lui-même), renvoie comme l'on "rend la voix". C'est le phénomène de la réflexion des sons. Et cela produit des effets que le psychanalyste connaît déjà.

Vous avez cependant raison, dans ce sens qu'il y aura toujours quelque chose qui échappera à la tentation que l'on peut avoir du contrôle de soi. Heureusement !...

Et bien à vous,

Nomadeblues

vous êtes là aussi

bravo
permettez moi d'avoir plus qu'un doute sur le scénario que vous mettez entre les mains de (votre) analyste

Ce ne serait pas un psychanalytse, si vous pensez qu'il croit savoir, deviner, prévoir l'effet de ses rares paroles, si vous le croyez capable de savoir la portée de ce qu'il dit

Par contre en effet je pense qu'au delà des mots (dont je persiste à dire, il ne peut savoir quand et comment quelque chose adviendra de par votre création sur ce qu'il a redonné de vous, dans ses quelques mots..) le son de sa voix, la force de sa présence ont un sens qui ne lui échappe pas.

Le psychiatre est encore plus modeste, car il ne peut se donner les règles précises de l'analyste; et surtout s'il travaille dans le service public il apprend à travailler à plusieurs, en équipe, avec des personnes dont les troubles convoquent simultanément plusieurs acteurs du soin, et où il doit apprendre à faire lien avec eux pour permettre à la personne de se rassembler et de continuer à se construire.

Là non plus aucune parole est sans portée, mais justement la question est là de continuer à en soutenir l'effet, ...

surtout je ne cherche pas à avoir raison, je cherche

continuons donc

amitiés

guy

Effectivement, Guy Baillon, le psychanalyste ne connaît pas déjà la portée de son acte, de sa parole quand il la prononce - c'est la réponse de l'analysant qui indiquera dans l'après-coup de cette parole l'effet qu'elle a produit.

Concernant le fait de travailler à plusieurs, il m'apparaît vraiment nécessaire de ne pas s'en tenir à l'image du psychanalyste derrière le divan. Les psychanalsytes travaillent aussi dans les institutions, et depuis longtemps. Dans le Champ freudien où j'inscris ma pratique, nous appelons cela la pratique à plusieurs

Préliminaire numéro 09-10 - La pratique à plusieurs

http://www.antenne110.be/revue/produit.php?ref=preliminaire_09-10&id_rubrique=1

 

Splendide Breughel

vive Joha

ou l'inverse

je pense néanmoins que le travail le plus complexe et le mois étayé,

et permettez moi d'insister, le plus nécessaire

est celui du psychiatre et de son équipe dans le servie public, car tous les membres de l'équipe n'ont pas le même étayage, et en plus avec des supports d'école différents

Et c'est là que nous avons besoin du concours de tous, car seul le sevice public travaille le dos au mur et dans la partie la plus déclive de la société, où quoiqu'il fasse, les cris de souffrance lui seront toujours imputés de partout, comme marque de son insuffisance

Bonne nuit, allez et

à bientôt

merci Joha

amitiés

guy

je me corrige le moi au pluriel: mois

c'est "moins"

bien sûr

impardonnable cet inconscient !

gb

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