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Adieu Louis Nucéra... c'était le 9 août 2000

10 ans juste... une voiture l'a cueilli en plein effort cycliste... Lui, le passionné de vélo qui s'était fendu de deux bouquins à la gloire de "la bicyclette, cette oeuvre d'art, ce joyau de l'esprit" selon Curzio Malaparte : Mes rayons de soleil, Grasset, 1987 et Le Roi René, Le Sagittaire, 1976.

Louis Nucéra, mon ami, est donc mort "au champ d'honneur".

Nous avions sympathisé lors de la première fête du livre de Saint-Etienne, dans les années 80, et avions discuté des heures... d'abord de Brassens, lui en tant qu'ami et moi en tant que fervent. Et d'année en année, fidèle, il était là, m'invitait à son stand où il épluchait méticuleusement la rubrique cyclisme du journal local ou d'un journal sportif. Quand on lui rappelait qu'il était l'heure de se rendre à l'émission de radio à laquelle il était invité, il me tirait par la manche pour que je l'accompagne ; j'avais l'air malin là au milieu !...

Il raconte dans Mes ports d'attache, Grasset, 1994, comment il a été amené à croiser et à nouer parfois des liens d'amitié avec Kessel, Cocteau, Cioran, Nabokov, Monfreid, Brassens, Gary, Brel, Boudard, Félix Leclerc... C'était pour Cocteau "le donneur de sang",pour Kessel "le coeur pur", pour Brassens, l'honnête homme".

Il n'était pas tendre avec le milieu du show-business (le music hall était déjà loin), dans lequel il avait travaillé pour une maison de disque, celle qui "employait", entre autre, Boris Vian.

Je continuerai longtemps à entendre son rire, lui qui me disait : "je suis triste de nature".

Dans une de ses dédicaces, il avait inséré cette constation de Chamfort : "En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin"...

Ne reviens pas, Louis, Reste avec les anges, si t'en as rencontré...

 

 

 

Tous les commentaires

 

cher Guy Perbet, en harmonie avec votre émotion

Reste avec les anges, si t'en as rencontré..

Un souhait ,un air céleste, votre ami vous a certainement entendu et il vous sourit..........

Merci chère Luce,

Louis était bienveillant...

Il doit sourire en effet.

L'émotion de lire aujourd'hui ici le nom de Louis Nucera...

Bienveillant, c'est le mot.

Merci.

Cher Jean-Claude Monnet,

je vois que êtes du pays d'Eric Battista (le "sportif imbécile" ou "le sauteur", selon son ami Brassens). C'était aussi un ami de Louis.

Merci pour cet hommage à Louis Nucera, un homme de coeur plus qu'aucun autre, et aussi, faut-il le rappeler ? un grand écrivain.

Merci de nous rappeler à la mémoire Louis Nucera qui était également rès agréable à écouter.

A Claude A et à POJ,

la langue de Nucéra était toujours belle, même lorsqu'il était en colère comme dans La kermesse aux idoles.

Et sa voix, pleine de chaleur.

Merci de nous le rappeler.

Louis Nucera, c'était Nice. La vraie Nice, non pas la poupée fardée qu'elle est devenue. Toute mon enfance au bord du Paillon avec ses ponts sous le soleil.

Lire ses livres ("Avenue des diables bleus" en particulier) c'est prendre un grand bol de la vie simple et sincère des Niçois d'alors.

C'est la même nostalgie que l'on retrouve dans "La villa Aurore" de Le Clézio.

Adieu, Nice, Nissa la bella.

Et La chanson de Maria, chère Menane...

Merci, cher Guy Perbet, d'avoir fait revivre le temps d'un billet le souvenir de Louis Nucera, Niçois d'origine piémontaise, descendant de ces immigrés qui ont tant fait pour Nice et dont il semblerait que les arrières petits fils ne soient plus tout à fait les bienvenus dans une France que leurs aïeux avaient choisie pour patrie et pour laquelle il ont versé leur sang.

Merci encore d'avoir ranimer le regard sombre de René Vietto, icône d'un cyclisme révolu où l'orgueil le disputait à l'esprit de sacrifice.

Merci enfin de me permettre, si loin de Nice, de me souvenir des collines de ma ville natale, de ses vallons obscurs, de son arrière-pays, de la courbe bleue de sa baie et des travées de mon cher stade du Ray. Quand vient la mélancolie, surgissent les fantômes du passé et que renaît à nouveau le parfum sucré du bonheur (qui emprunte à celui des figues séchées qu'on vendait au marché de la Fontaine du temple), j'ai l'impression d'être argentin.

Bien à vous.

Cher Michel Dalloni,
on en revient toujours au même en ces temps troublés : la bonté et l’humanité, l’exigence et l’élégance sont reléguées au musée des vieilleries, des préoccupations surannées. L’époque est aux coups de gueule malsains et aux méthodes interlopes…
On entrevoit facilement quelle eût été la position de l’ami Louis Nucéra face à ces décombres, à cette décadence orchestrée par quelques boutefeux dont la mégalomanie n’a d’égale que leur bêtise.
Mais nous, nous les aimons, ces gens venus de partout, du fond des âges, pour se fondre à notre peuple en nous apportant ce que nous n’avions pas, avec leur sueur et leur sang. Quoiqu’en pensent ces malfaisants…
Mais où vous êtes-vous donc (« si loin de Nice », dites-vous) pour que la nostalgie, divine fille, tarabuste autant votre souvenir ? Pas au fin fond de la Pampa, tout de même ?... Car, comme vous avez l’air de vous découvrir des aspirations de gaucho, je me disais…
La dernière fois que je suis allé à Nice, il y a quelques mois, c’était avec des amis de Roquebrune. Nous avons flâné dans la vieille ville, dégusté une vraie socca en buvant un bon coup. Moi j’écoutais de toutes mes oreilles, passionné que je suis par toutes les langues de la Romania, pour essayer de capter au détour d’une rue quelques mots de nissard… Mais que dalle ! j'ai fait chou blanc… tout fout le camp…
Allez, cadeau :
« Val de Bloura, cu li va si ploura… Valdeblore qui y va y pleure…
…L’une (légende) raconte qu’il y a des siècles, le seigneur du pays avait enfermé sa belle épouse dans une tour. Il la croyait infidèle ; il la condamna à mourir de faim. L’agonie de la malheureuse dura des semaines. Elle gémissait et appelait tant à l’aide que les habitants, impuissants et bouleversés, nommèrent la tour Bramafan, ce qui signifie « crie la faim ». Est-ce à partir de cette époque que le val de Blore devint, pour certains, le « val des Pleurs » ? » La chanson de Maria, Grasset, 1989.
Bien à vous.

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