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May

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Sur la ligne du 11...

 

Voici un moment de vie que je poste.

C'est arrivé à mon épouse avant hier...

C'est elle qui parle :

 

SUR LA LIGNE DU 11…

(A QUOI ME SERT MON HANDICAP ?)

 

Hier j'ai pris le bus à Lyon pour me rendre à ma mutuelle. Je monte dans le bus, pas de place, pourtant tout le monde a vu que je me déplace péniblement avec ma canne...

Je reste debout, ma main accrochée à la barre, en face de moi, bien assis, deux hommes, ils me regardent indiférents et continuent leur conversation assez forte pour que tout le monde entende.

Je suis à 50 cm d'eux, j'entends exactement leur conversation jusqu'à la moindre virgule.

Le sujet de leur dialogue : "Les étrangers" discours habituel des racistes, de ceux à qui la différence fait peur, leur ignorance les rends ignobles, abjects !!!

Tous les clichés y passent : ils nous enmerdent tous ces bougnoules, ces nègres, ces gitans...voleurs, fainéants, ils ne savent faire que des gosses pour toucher les allocations familiales, touchent les assedic, et se font mettre en invalidité !!!

qu'ils retournent chez eux, on n'a qu'à les mettre tous dehors... "tu vois, il faudrait revenir au régime du gouvernement de Vichy, au moins là on serait débarassés"...

(on en est pas loin, pourtant de Vichy, j'ai pensé au même moment)

Ces hommes ont entre 65/75 ans, ils continuent haut et fort leur conversation et moi toujours debout péniblement, j'ai mal autant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ma douleur devient aussi morale que physique...

Et puis, rentre dans le bus, lors d'un arrêt, une jeune femme, 25 ans environ, avec un petit bébé dans une poussette..

Pour ne déranger personne dans le couloir du bus, elle demande très poliment à l'un des hommes près de moi, s'il peut se déplacer qu'elle puisse mettre la poussette avec son bébé.

Cet emplacement est réservé normalement aux personnees handicapés, avec un fauteuil roulant, ou à mobilité réduite, d'ailleurs le macaron est dessiné sur la paroi du bus, bien clair, en grand.

Les mamans, quand cette place est vacante se mettent à cet endroit pour ne pas gêner les autres utilisateurs du bus.

Quand l'homme entend la demande de la jeune femme, il l'a regarde (cette jeune femme est musulmane et porte son foulard, elle a un regard bienveillant, et l'air si douce) et lui jette à la figure haut et fort :"Non , je te donne pas ma place, puis quoi encore??? Sale arabe"; tu n'as qu'à faire comme les négresses, accrocher ton marmot autour de ta taille et si t'es pas contente, dégage dans ton pays. On est chez nous ici."

Il se retourne vers son ami et continue à crier (je dis bien crier) "on va pas se faire emmerder par tous ces sales étrangers, d'abord, les italiens, les portugais, les espagnols, les arabes, les noirs et en plus les gitans" !!!

Personne ne réagit dans le bus, pourtant il y a des maghrébins, des noirs, etc.....

et je m'aperçois que la jeune femme s'est mise à pleurer, elle essaye de calmer son bébé que le raciste a réveillé...

Je la regarde , lui sourit, elle comprend ce que je pense...

Je décide d'intervenir, non pas en tant qu'étrangère, fille d'immigrés, ayant la nationalité espagnole et en invalidité à 80%, à cause de la maladie... j'interviens parce que c'est insuportable, en tant qu'être humain, je ne peux concevoir d'entendre de tels propos...

Je m'avance vers eux, je suis à 10 cm, ils me fixent, je me redresse ; je vais chercher au fond de moi toute mon énergie et surtout mon calme...

De ma voix la plus douce, mais ferme je leur dis : " Messieurs, je vous prie de bien me laisser la place que vous occupez, celle des handicapés. D'ailleurs retournez-vous, vous êtes devant le macaron bleu, vous avez quelques secondes pour me laisser m'asseoir ; voulez vous que je vous montre ma carte d'handicapée, de plus , Monsieur, je suis de nationalité étrangère et la France me verse une pension d'invalidité.

Vous avez un problème?

Parce que moi j'ai un problème avec vous...

J'ai honte Monsieur, honte pour vous, honte de penser que des hommes haïssent autant d'autres hommes!!!!

j'ai honte pour la France, parceque moi la France je l'aime... Monsieur…

Ils se taisent. Aucun des deux n’a le courage de me répondre.

Ce n'est qu'à ce moment là ou j'ai senti le soutien des personnes qui étaient dans le bus.

Ces messieurs se sont déplacés, je me suis enfin assise et j'ai laissé la place handicapé à la jeune femme et son bébé, et je me suis assise près d’eux.

Cet incident m’a beaucoup perturbée, la nuit suivante, je l'ai de nouveau revécu en rêve....

Mais il était de mon devoir d'humain, de me lever et prendre la défense d'un autre être humain, et peu importe la couleur de sa peau, sa religion ou sa nationalité....

Il est de notre devoir à tous, de nous lever à chaque fois ou n'importe où que se soit, quand un homme, une femme, un enfant est humilié et rabaissé par un autre à cause de sa différence physique...culturelle.....etc...

Mon statut d'handicapée m'a appris à avoir ce regard, car sans que mes origines, ma nationalité, ma religion soient visibles, je suis déjà méprisée, et considérée comme inférieure par les valides et actifs comme les hommes que j'ai rencontrés dans le bus.....

Je me révolterai toujours avec mes armes, et aujourdh'ui ma seule arme est mon statut d'handicapée...

marie canete munoz perbet

née en Espagne, de parents immigrés

de nationalité espagnole et handicapée,

en France depuis plus de 40 ans.

Tous les commentaires

Un grand bravo pour votre courage. Je ne suis pas sûre du tout que je l'aurais eu. C'est pourquoi je comprends aussi la pusillanimité des autres. (Il est vrai que je suis une vieille femme et la vieillesse dégrade.)

Bravo. La connerie quotidienne, il ne faut jamais la laisser passer !

Le plus souvent les discriminations sont plus subtiles, sans pourtant être moins réelles. Bravo pour cette réponse courageuse à l'inacceptable, à l'insupportable.

J'ai assisté à une discussion à Dublin il y a quelques mois. En gros, il manque des places dans les hopitaux en Irlande : mais "si on renvoyait les étrangers chez eux, il n'en manquerait plus". C'était d'une simplicité implacable, un calcul limpide. Ce n'était pas un voyou dans un bus : c'était mon père.

Comment font des gens, ayant vécu bien, et avec d'indéniables qualités, pour faire des tels raccourcis ? Comment lutter contre l'insidieuse montée des tels propos, et des telles convictions, en temps de crise ?

 

"Comment lutter contre l'insidieuse montée des tels propos, et des telles convictions, en temps de crise ?"

 

c'est helas quasi impossible

à tous,

effectivement on se demande si la bétise est curable....j'ai aussi hésité avant d'agir.....mais c'est surtout pour me calmer et non pas réagir avec violence, cela aurait été me mettre à leur niveau...

Merci à tous de m'avoir lu et partagé ce bout de vie!!

madame canete munoz perbet maria del carmen

(épouse de Mr. guy Perbet

 

Chère Madame Canete Munoz Perbet Maria Del Carmen.

Je salue votre bravoure !

je rejoins Grain de sel, il ne faut jamais laisser passer la connerie !!!!

Encore bravo et courage.

Amel,

merci pour votre commentaire et vos encouragements....

Je ne suis pas plus brave qu'une autre, j'ai tout simplement fait mon devoir devant l'inadmissible.

Bien à vous

Maria del Carmen Canete Munoz Perbet

Bravo à vous, Madame.

Merci.

Si, vous avez du cran, quand même ...

Oui madame cela se conjugue encore...No pasaran....

Gracias.

Anne, Didier,

Juste une affaire de dignité humaine.

Merci

maria del carmen Canete Munoz Perbet

oui acte de courage"dit" "ordinaire", ce qui est fou c'est que cela devienne extraordinaire.

Vous etes une femme, madame...

Bravo ! et encore bravo

Ah que j'aime le courage , ce courage , cette force de s'indigner .

Chapeau bas , Madame

Vous m'avez touché !

Sincèrement merci, cher Ben.

S'indigner demande de l'énergie.

Je dois dire que je me passerais volontiers de m'indigner, car vu mon état, on me conseille d'économiser l'énergie qui me reste.Mais voilà...

María del Carmen Cañete Muñoz.

 

 

Madame,BRAVO !!

Merci surtout !

Merci pour nous tous,pour ce courage,pour ne pas baisser les bras devant tant de haine,de betise,d'ignorance,merci pour cette idée de la france,de la liberté,de la revolte face a la peste brune,merci pour moi que votre histoire a touché,je dormirais mieux ce soir car vous existez madame,ainsi que d'autres dont ces "petits"actes de resistance me redonnes espoir,pour mes filles qui j'espere rencontreront des HUMAINS tel que vous.

Je rentre du boulot et croyez moi j'entends chaque jour dans ma cuisine des commentaires dignes de ces deux vieux fachos,ignorants,stupides,hargneux.....

Je tentes chaque fois de leur parler,expliquer,mais parfois je baisse les bras,comment sans verser dans la violence(oui!!j'avoue,cela me titilles des fois)leur faire entendre raison ?

"y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent,la plupart espagnols,allez savoir pourquoi,faut croire qu'en espagne on ne les comprends pas,les anarchistes"

Leo FERRE

Je vous adresse madame,du fond du coeur,mes humbles remerciements.

Et comme dit mon ami didier FOURCINE, NO PASARAN !!!

Vous me touchez beaucoup, cher Patrick Garnesson. C’est vrai : il faut apprendre à nos enfants que la différence est nécessaire, vitale.

Au fait, j’ai écouté hier la chanson de Ferré à laquelle vous faites allusion…

Bien à vous.

María del Carmen Cañete Muñoz. 

Juste vous souhaitez une bonne journée !

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