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J'ai voulu les aider, ces enfants Roms...
Acte I
Tout à l'heure, en rentrant du travail, je suis repassé par la bibliothèque municipale de Lyon pour re-déguster un crochet au foie, comme l'autre jour, la première fois que j'ai visité cette incontournable exposition :
Nachtwey, un photographe gardien de la paix.
Voir le récent billet de Michel Puech.
(c'est face à la gare de Part-Dieu, pour ceux qui viendront...)
Ça a marché, j'en ai repris plein la gueule...
Acte II
Continuant à pied vers mes pénates, je ne m'y attendais pas, mais j'ai ramassé une autre baffe.
Il y a, coincé entre les rails de la gare et la voie du tramway, au niveau du quartier de Part-Dieu, un camp rom, depuis pas mal de temps déjà. C'est juste à côté de notre boulot. Tous les matins, nous les voyons sortir de leur camp par deux ou trois, petits et grands, pour aller récolter le peu qui constituera leur contribution à la vie commune...
Tous les matins, je regarde s'ils sont encore là ; par les temps qui courent, on ne sait jamais...
En remontant quiètement l'avenue Félix-Faure, je vois venir en sens inverse une femme rom portant de chaque main une palette en bois de pin (de celles qu'on entassent derrière les entrepôts de supermarchés). Elle a l'air un peu fatiguée ; elle doit traîner ça depuis l'une des deux supérettes du quartier, qui se trouvent à plus de cinq cent mètres de là. Je me dis qu'avec la température qui a chuté cette nuit, ça va être leur moyen de se chauffer... et je continue donc.
Cinquante mètres plus loin, deux gamines roms (une adolescente et une plus jeune - une dizaine d'années) arrivent en traînant aussi des palettes. La plus grande en porte une grosse, difficilement, et la plus petite en traîne deux, plus petites, et elle s'arrête tous les cinq mètres, repart, s'arrête de nouveau... C'est visiblement trop dur pour elle.
Je m'arrête, m'avance vers elles, et dis à la plus petite :
- C'est pas trop lourd ?
Un signe de tête :
- Non.
- Tu veux que je t'aide ?
Un signe de tête :
- Non.
Je ne sais pas parler leur langue ; elles ne doivent pas comprendre ce que je leur veux, malgré mes essais de gestes explicatifs...
Alors je tente de m'emparer du chargement de la plus jeune pour la soulager, et là... c'est non, non, non (toujours avec la tête) et le regard devient apeuré, noir... et là, ça me saute à la figure, comme si elle me disait :
- Vas-t'en. Je n'ai pas confiance en toi.
Je me tourne vers la plus grande ; signe de tête :
-Non (deux fois).
Elles continuent, sans se retourner, en traînant leurs palettes... Et moi, j'ai "mal en dedans", comme disait Jacques Verrières dans Mon pote le gitan.
Et tout ça à cause de ces quelques boutefeux, ces malfaisants, ces bandits...

Tous les commentaires
Mal en dedans. Comme quand on est maladroit, qu'on ne sait pas, plus comment aider, pris comme ceux qu'on veut aider dans un système de plus en plus inhumain.
"pris comme ceux qu'on veut aider"
C'est bien ça, Fantie B.
Nous sommes piégés, en somme.
"Mal en dedans."
En vrai, N.BOUBLITCHKY, je vous assure.
Pardonnez-moi si mon commentaire n'était pas clair Guy Perbet. Je ne faisais que répéter vos propres paroles parce que je les comprends et que je les partage sincèrement : cette honte de ne pas aider toujours ou de ne pas savoir comment le faire correctement ... (mon estomac à moi est très souvent en vrac devant ces situations auxquelles on ne peut s'habituer ...). Votre billet m'a touchée. En vrai.
"Mal en dedans" j'avais recommandé ... merci à vous.
Mais non, chère N., vous êtes en plein dedans, je l'avais compris.
Merci de ce texte, si vrai.
C'est vrai, les "gens du voyage" ont peur des "gadgé", les non-gitans... par expérience.
Merci Etoile 66. Mais c'est plus un témoignage qu'un texte.
En Espagne aussi, les gitanos et les payos (non gitans) ont un contentieux séculaire. J'en sais quelque chose : j'ai une gitane (de Cordoue) à la maison...
merci: de nous rappeler ainsi que nous sommes salis par ce gouvernement, salis en tant que personnes, salis en tant qu'humains, parqués, assignés d'un bord ou de l'autre.
ça: jamais je ne leur pardonnerai!
mille amitiés à vos petits voisins de quartier. ainsi qu'à vous bien sur.
Je n'ai fait que raconter un fait de la vie (de leur vie) dont j'ai été témoin tout à l'heure.
Je me suis habitué à eux. J'espère les voir encore le plus longtemps possible.
C'est pas gagné, d'autant que le terrain qu'ils occupent devrait accueillir (dans quels délais ?) les archives départementales.
Merci à vous.
J'ai souvent été invitée chez les Tziganes, ai partagé leur repas.
Avez-vous pensé à les inviter à partager le vôtre?
Je le ferais volontiers, Etoile, si j'en avais l'occasion...
Sauf quelques groupes qui peuvent devenir familiers, les Roms se méfient des "gadgé", c'était déjà vrai avant le sarkozysme ici à Nantes et ça s'est amplifié depuis. Les Associations font énormément de travail mais restent impuissantes face à une réalité : les moyens qui manquent, et le fait que nos gouvernants ne veulent pas traiter de la question.
Avec davantage d'intégration, des moyens financiers importants, cela pourrait pourtant s'améliorer. Or, rien n'est fait pour que cette catégorie devienne moins sauvage, au contraire, les difficultés la rendent de plus en plus hostile (il y a eu des cas répétés d'agressions, je pense à ces grosses pierres jetées à travers les pare-brises de voitures il y a déjà plusieurs années)... Naturel de se venger quand on se sent indésirable partout !
Gros cas de conscience que l'implication des autochtones, il faut biaiser, et parfois taire les doutes qu'on nourrit de peur soit de la police, soit des représailles du clan...
A laisser pourrir les situations, on rencontre aussi l'effet inverse maintenant : on vous chatouille pour essayer de vous faire craquer afin que vous vous sentiez xénophobe pour de bon. Voici que le faible use de sa faiblesse pour créer un esclandre (certes, ce n'est pas propre aux Roms). Exemple en centre-ville : vu récemment un numéro de séduction de deux très jeunes et jolies filles roms dans le tram. Très agitées, elles criaient, se promenaient de long en large, pour finir par provoquer sciemment, comme des gosses qui ont de la malice, deux jeunes "gadgé", l'une d'elle se postant, très femme fatale, face à eux. Ils n'ont pas bougé, rien dit jusqu'à ce qu'elles descendent toutes rigolardes.
Les enfants éduqués par l'Etat français, l'apprentissage de la langue française organisée plus largement... Est-ce que ça en prend le chemin ? Les efforts auront-ils lieu du fait des réactions hors de France ? Il y a pourtant beaucoup d'avantages à socialiser ces nomades dont le pays d'origine ni le pays d'accueil ne veulent et qui fondent des familles nombreuses sans se poser la question des lendemains : les autoriser à travailler en premier !
En théorie, c'est inhumain de stigmatiser les plus démunis d'entre nous. Ils sont enragés et nous avec. Car dans les faits, c'est comme pour les sans-abris : les pouvoirs comptent sur la charité des habitants jusqu'à plus soif. Voilà bien une idée d'aristocrates qui ne veulent rien entendre.
Merci Luciole Camay pour ce commentaire dont j'aime bien l'anecdote prise sur le vif...
Ensuite :
"Car dans les faits, c'est comme pour les sans-abris : les pouvoirs comptent sur la charité des habitants jusqu'à plus soif. Voilà bien une idée d'aristocrates qui ne veulent rien entendre."
En tout cas, ils ne sont pas aristocrates dans leur âme : ça n'est pas rentable.
Bien à vous.
"Ils ne sont pas aristocrates dans leur âme : ça n'est pas rentable"...
Peste et choléra !
Le mot "aristocratie" a en effet deux faces, devenues glissantes en 2010...
Au mini-dictionnaire Hachette : "classe des nobles" (à l'origine supposés les protecteurs du fait de leur savoir allié à leur tranquillité au plan de l'avoir).
Ou "ensemble de ceux qui constituent l'élite dans un domaine quelconque" . Pour la plupart, des "sans surmoi" qui mériteraient la censure qu'ils imposent partout.
Je viens de passer devant un camp de roms et moi aussi j'ai le coeur "en vrac" après avoir vu une petite fille uriner par terre sous la pluie. Dans la classe de mon fils il y a un petit garçon qui vit dans une caravane. Il y avait un enfant qui se moquait de lui, heureusement l'institutrice a bien réagi et a remis laes pendules à l'heure. Je pense que déjà si nos regards chageaint sur eux et que le gouvernement ne menait pas cette politique détestable envers eux on pourrait déjà les aider.
Je viens de passer devant un camp de roms et moi aussi j'ai le coeur "en vrac" après avoir vu une petite fille uriner par terre sous la pluie. Dans la classe de mon fils il y a un petit garçon qui vit dans une caravane. Il y avait un enfant qui se moquait de lui, heureusement l'institutrice a bien réagi et a remis laes pendules à l'heure. Je pense que déjà si nos regards chageaint sur eux et que le gouvernement ne menait pas cette politique détestable envers eux on pourrait déjà les aider.
Je viens de passer devant un camp de roms et moi aussi j'ai le coeur "en vrac" après avoir vu une petite fille uriner par terre sous la pluie. Dans la classe de mon fils il y a un petit garçon qui vit dans une caravane. Il y avait un enfant qui se moquait de lui, heureusement l'institutrice a bien réagi et a remis laes pendules à l'heure. Je pense que déjà si nos regards chageaint sur eux et que le gouvernement ne menait pas cette politique détestable envers eux on pourrait déjà les aider.