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Quand la France découvre le monde… Chez elle.

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Quel est le pays le plus universel au monde ? La France? Si l’on en juge par la capacité à généraliser au reste de la planète un mode de vie homogène, les uns désigneront en premier lieu les Etats-Unis d’Amérique mais si l’on s’attarde à regarder derrière le système des objets de consommation, le label "Made in" semble dorénavant placer la Chine en tête de peloton. Aussi, l’Angleterre pourrait tout autant revendiquer ce « leadership », elle qui imposa depuis le XVIIIème siècle la puissance de sa marine sur tous les continents et a su noyer derrière la « novlangue » globalisatrice une tradition hégémonique basée sur la libre circulation des capitaux définie comme « Commonwealth ».

 

 

Chercher à définir le pays le plus universel au monde, ce serait d’abord observer lequel impose le mieux son hégémonie à un moment historique donné. Nous serions ainsi confinés à réduire la « prétention universaliste » à une domination voilée par les acteurs eux-mêmes, les discours idéologiques ou les structures impérialistes qui sous-tendent l’architecture mondiale. Les guerres anti-coloniales du XXème siècle ont de fait révélé au grand jour la tartufferie des illusions civilisatrices portées par des métropoles qui ont d’abord utilisé leurs colonies comme des comptoirs à leur service. Mais les post-colonial studies apparues dans le monde anglo-saxon puis réappropriées chez les « subalternes » en Inde, en Afrique, en Amérique latine et ailleurs ont complexifié l’analyse depuis une trentaine d’années en montrant les interactions réciproques entre nord et sud, entre centre et périphérie, dominants et dominés. Sans pour autant nier la domination originelle de l’Occident sur le reste du monde, ces études novatrices ont cherché à observer comment les jeux de domination se recréaient au niveau local et sur tous les points de la planète dans un mouvement qu’il est de coutume d’appeler ici « mondialisation ».

 

 

L’universalisme s’identifierait alors à la découverte contemporaine de l’idée même de « Monde » (O. Dollfus) grâce aux nouveaux outils de communication, matériels et immatériels, et à la généralisation des échanges à l’heure de l’abolition des distances. Le Monde est désormais interconnecté 24/24 et à la seconde près grâce à la fibre optique. Nous communiquons à la vitesse de la lumière mais qu’en est-il alors « des » Lumières et de leur universalisme idéal ? Devons-nous abdiquer après avoir déconstruit le socle d’un universalisme porté la Bible à la main ou la Raison biopolitique en tête ? Et que dire de la démocratie universelle que l’Amérique veut vendre au reste du monde avec des chars ?

 

 

La science historique conserve bon an, mal an l’ambition de construire une « Histoire universelle » comme une encyclopédie a l’idéal de contenir la connaissance finie du monde. Mais avec Wikipédia, nous voyons que plus nous cherchons à fermer le savoir, plus celui-ci s’étale, se disperse, se contredit, s’annihile. La mondialisation vue depuis l’Amérique latine n’est pas du tout ce processus homogénéisant lancé au XIXème par un capitalisme impérialiste ; pour les Boliviens, le monde est apparu au XVIème siècle quand les colons espagnols ont extrait des mines du Potosi de quoi nourrir l’appétit gargantuesque d’une Europe renaissante. Pour les Chinois, ce sont les Guerres de l’Opium qui ont révélé au XIXème la fragilité de l’Empire éternel. En ce qui concerne les Arabes, nous savons le choc que fut l’invasion de l’Egypte par les troupes napoléoniennes et la relance de l’Ijtihâd, cette volonté de réforme des croyances collectives et des institutions publiques. L’envers de l’universalisme occidental se retrouverait alors dans une « vision des vaincus » (Nathan Wachtel) enfouie sous les décombres de l’envahisseur.

 

 

Une autre manière de « retrouver » l’universalisme perdu serait d’interroger les dynamiques fusionnelles à l’intérieur des différentes rencontres inter-civilisationnelles, aussi guerrières fussent-elles. Le Brésil ou le Mexique sont ainsi à la pointe de la recherche sur « l’hybridité culturelle » dont un autre chercheur français a décrit le fonctionnement sous l’appellation de « pensée métisse » (Serge Gruzinski). Ces aires culturelles à la confluence de plusieurs continents font apparaître un universalisme des corps dans la fête, la littérature, le cinéma, etc, formant ce que l’anthropologue Michel Agier a appelé la « figure d’Arlequin », l’homme aux mille étoffes.

 

 

Peut-être est-ce tout cela à la fois, l’universalisme. Derrida restait passionné dans ses dernières interventions par la puissance de l’Un judéo-chrétien. Le mythe monothéiste aurait permis de concevoir l’Humanité une et indivisible. Mais comment séparer le discours des structures qui l’encadrent ? La religion mosaïque a clos l’humain à un seul peuple, élu parmi tous et le christianisme ne s’est-il pas appuyé sur la distinction gréco-romaine civilisé/barbare pour construire sa communauté de fidèles ? Il semblerait alors que dès qu’apparaît l’image de l’universalité se cache derrière elle la voix du maître, l’universalisme hégémonique. De même, derrière l’humanisme conquérant, Michel Foucault a dénoncé cet Homme affreux que seuls des « dispositifs » discursifs faisaient exister.

 

 

Pour revenir à nos « moutons » français, l’Hexagone se vante depuis sa Révolution de porter aux quatre coins du monde l’universalité des Droits de l’Homme. « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit et en dignité », affirme l’article que la terre entière considère maintenant comme loi universelle. L’universalisme « à la française » ne pourrait alors exister que par un Etat de droit qui permette la possibilité de vivre chacun en toute « liberté, égalité, fraternité ». Mais c’est là que le bât blesse, l’homme libre chez Rousseau devrait abdiquer sa souveraineté au nom de la « Volonté générale », incarnation suprême de la bonté universelle. Nous ne serions reconnus « hommes » que par la Loi, aussi impérieuse qu’anonyme, et nous savons maintenant que celle-ci est toujours faite par, et au service de, quelques-uns.

 

 

Un chaman m’a dit un jour au bord du Lac Titicaca qu’il ne pourrait jamais nier mon humanité, même si ma peau est différente, parce qu’il sait que, bien que je puisse venir de l’Autre monde, nous parcourons toujours la même terre, la Pachamama. Il serait peut-être bon en France que nous nous souvenions de la matérialité du Monde. Notre rapport à la terre reste métaphysique, enfermés que nous sommes dans une langue aussi riche que singulière. Nous avons vogué depuis Saint-Malo sur toutes les mers, arpenté tous les continents, cherché en Amazonie la « pensée sauvage », porté au bout du fusil les idéaux universalistes jusqu’à la fière Russie, enseigné la Civilisation aux nègres, nous n’y avons découvert que de l’Autre. Pourtant le jeune Rimbaud nous avait prévenus : « Je est un autre ».

 

Nous avons découvert le monde "chez les autres" sans reconnaître qu’ils nous avaient "reçus"; "chacun chez soi", répond alors, grégaire, la vox populi. On met le mot de "repentance" face à l'Autre pour ne pas parler d'Histoire commune. En réalité, l’universalisme des Lumières a paradoxalement brillé de tous ses éclats pour la première fois à Saint-Domingue quand Toussaint Louverture et ses frères ont pris à leur compte les mots d’ordre qui jaillissaient à la Bastille. Et l’élan bolivarien qui a guidé les indépendances latino-américaines s’est aussi fait au son de la Marseillaise ; tout comme à Alger, en Indochine et ailleurs, les révolutionnaires avaient été formés au Quartier latin. Oui, la France est le pays de l'Universalisme, quand elle est une Idée et non une « identité ». Nous avons finalement découvert le Monde chez l’Autre, il serait temps que nous comprenions les autres mondes réels - et pas seulement "possibles" - chez nous maintenant ; n’est-ce pas M. Sarkozy, le Hongrois de l’Elysée.

 

Gwénael Glatre

 

P.S.: Peinture photographiée en 2004 à Cochabamba, Bolivie. Sur le modèle de "La Liberté guidant le Peuple" d'Eugène Delacroix; à gauche, l'ancien Président bolivien, Carlos Mesa Gisbert. Artiste inconnu. Ce tableau fait la Une de mon mémoire de Master d'Histoire intitulé "Fête et Archéologie de l'Imaginaire en Bolivie", Université Rennes II, 2007.

Tous les commentaires

« quand elle est une Idée et non une « identité » » Oui, cher Gwénael Glatre. Mais peut-être notre cher président réalise-t-il qu'à l'inverse de l'identité, l'Idée transgresse l'idée même de frontières ? Et comme il a besoin de ces limites parce que ces limites le fondent dans ses raisonnements, il est un handicapé de la Liberté, elle ne lui est pas naturelle. Un monde réduit, rétréci, étriqué, ça lui va bien car il sait se bouger mentalement dans cet espace. L'Universalisme, c'est subversif et c'est trop grand, il ne trouve pas les poignées ! ;-))
Vous m'avez devancé. J'allais justement vous proposer un échange de contact. Bien à vous.

Merci Labul même si je vous ai "devancé" et en fait je ne suis pas sûr, parce qu'à me troubler, vous y arrivez. Je ne suis pas sûr en fait que Sarko soit ce personnage réduit entre quatre murs, je pense qu'il vient de l'universel, ou comme je dis dans mon texte "A la recherche de la gauche perdue", il est de la "civilisation ray-ban". Mais il ne sait pas "penser" l'universel, ou pire, comme dit Deleuze (désolé, j'ai cette faiblesse), l'homme de droite est celui qui pense le monde depuis chez lui, depuis son adresse, l'Elysée, contrairement à l'homme de gauche qui "pense la France depuis le Japon" (voir abécédaire de Gilles D.). Vous êtes le premier commentaire à ce texte qui, bien qu'apprécié apparemment, ne semblait pas devoir engager la conversation. Je suis heureux que ce soit un dessinateur, un praticien de l'universel, qui me convie à la discussion. Dernière remarque, je crois me rendre compte que la prise de contact ici se fait par des affinités "intimes" comme on parlait du journalisme dans un autre article, par l'évidence, l'imposition du rapprochement et je suis heureux que votre crayon rejoigne ma plume, pas de premier ou de dernier, simplement de l'évidence... Bonne nuit, je devrais quand même me coucher maintenant... Allez, dernière chose pour la route, le vouvoiement est un luxe que nous ne devons pas perdre, une chose qu'ignore Nicolas... Salutations.

Je vous relis et je pense que c'est pire. Sa Liberté, c'est celle que 53% de français lui ont donnée, sa liberté, c'est la folie de ses fantasmes, ses fantaisies, sa mégalomanie, ses perversités, ses préjugés. Nous avons mis un monstre au pouvoir et sa "Liberté" est notre servitude, selon le bon vieil adage rousseauiste... Ca me désole d'autant plus de vous contredire, hasta luego!

Oh ne soyez pas désolé. Le personnage a la complexité de ses contradictions. On pense tenir un fil et on découvre dans la pelote une foultitude de noeuds qui sont autant d'autres bouts. Le plus grave, c'est qu'il donne l'impression de s'y perdre lui-aussi. Ah les beaux livres que vont nous pondre un jour ses conseillers...

Oui, cher Gwénaël, maintenons le plus possible le "vous", Et même, militons pour qu'il regagne le terrain que l'utopie d'une simplification et d'une transparence de la relation lui a fait perdre. Une façon comme une autre de lutter contre la démagogie et le leurre d'une société décomplexée.

Vous écrivez : "La religion mosaïque a clos l’humain à un seul peuple, élu parmi tous(...)" Non. Contre-sens. Ce qui se produit, in texto, là, ce n'est plus l'accusation de déïcide, c'est l'interpellation de la Loi mosaïque comme frein à une humanité sans frontière. - Je vous fais remarquer par ailleurs que ce n'est pas très bien de renvoyer quelqu'un, fût-il président de la République, à ses origines.

Je reprends, Ami baaltik, je suis d'accord sur cette possibilité d'interprétation de la religion mosaïque comme universelle, sans frontière, je crois malheureusement que jamais il n'en est ainsi, tout simplement parce qu'une religion, comme on nomme ces phénomènes, ont une origine, un lieu, un auteur et un auditoire (je pourrais mettre au pluriel) et qu'une religion (selon les deux étymologies souvent associées, "relier" ou "relire) a pour caractéristique de fermer le disscours, de le dater, le situer, le réduire à un régime particulier. Prenons le catholicisme qui, malgré sa posture universaliste l'incarnation du discours divin dans l'homme matérialisé, a été recapté, reterritorialisé par la machine d'état impériale. Pour votre deuxième remarque, je joue justement sur ce "pas très bien" que mon texte veut dévoiler et critiquer. notre obsession homogénéisante en France interdit cette différenciation des corps plus facilement avouée aux Etats-Unis par exemple.
Mon texte est clairement post-colonial et rejette l'idée de cacher les "origines". Il s'agit justement selon mon propos de positiver les héritages disparates de la société. On parle d'un tiers de la société française issue d'immigrations, quelles qu'elles soient, durant le vingt-ième siècle. Et justement, "stigmatiser" comme dit le discours à la "libé" le président (que je ne reconnais pas, c'est mon droit de citoyen de refuser son pouvoir, article des DdH de 1793, le droit à l'insurrection) dans son origine même est révéler les contradictions internes du personnage, multiple, international, produit d'une Europe du XXème siècle et qui voudrait se faire plus français que le français "de souche". Je dis justement que pour contredire le "français de souche" à la sauce Le Pen (breton comme moi), il faut casser cet étalon national (comme Deleuze parle de l'étalon, la valeur dominante, l'homme modèle occidental). Si Sarko reconnaissait son "identité" multiple, post-nationale, nous n'aurions pas le ministère que l'on connaît, le discours de Dakar, le concept de "repentance" pour nier notre histoire globale. Si Sarko se savait hongrois et grec, selon père et mère, il se saurait européen, c'est à dire, méditerranéen, slave, latin, anglo-saxon, africain, latino... etc, j'abuse mais justement il comprendrait ce dont je voulais parler, une France "mondiale", stricto sensu...
J'espère que je vous aurai bien répondu pour qu'on ne comprenne pas comme raciste ou autre, je sais pas... Sarko hongrois, comme mitterrand dee la nièvre, chirac de la corrèze, de gaulle de la lorraine, etc... Tous des immigrés, des provinciaux, des étrangers en somme, parce que comme je l'ai dit l'autre jour à des amis "nouvellement" parisiens, être un parigo "pure souche", c'est être universel... Bonne méditation!
Gwénael

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