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Les « nouveaux philosophes » selon Gilles Deleuze

Je me permets de faire un copier-coller pour un texte toujours d'actualité. Gilles Deleuze s'exprimant sans autorisation et provoquant une crise au sein de l'intelligentsia française en cette fin des années 70 où la "génération 68" commence à renier le grand souffle de liberté qui avait traversé les universités du monde entier, de Berkeley à Prague, en passant par Mexico et Paris... Nous en sommes toujours là, avec nos chers Glucksmann, BHL et autres compères aussi ridicules qu'inutiles. Prolongation de la "polémique":

 

Ce texte de Gilles Deleuze a été publié comme Supplément au n°24, mai 1977, de la revue bimestrielle Minuit, et distribué gratuitement.

 

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- Que penses-tu des « nouveaux philosophes » ?

 

Rien. Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants... »). Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens
travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C'est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie.

 

- Dis-tu cela parce que B.-H. Lévy vous attaque violemment, Guattari et toi, dans son livre Barbarie à visage humain ?

 

Non, non, non. Il dit qu'il y a un lien profond entre L'Anti-Oedipe et « l'apologie du pourri sur fumier de décadence » (c'est comme cela qu'il parle), un lien profond entre L'Anti-Oedipe et les drogués. Au moins, ça fera rire les drogués. Il dit aussi que le Cerfi est raciste : là, c'est ignoble.
Il y a longtemps que je souhaitais parler des nouveaux philosophes, mais je ne voyais pas comment. Ils auraient dit tout de suite : voyez comme il est jaloux de notre succès. Eux, c'est leur métier d'attaquer, de répondre, de répondre aux réponses. Moi, je ne peux le faire qu'une fois. Je ne répondrai pas une autre fois. Ce qui a changé la situation pour moi, c'est le livre d'Aubral et de Delcourt, Contre la nouvelle philosophie. Aubral et Delcourt essaient vraiment d'analyser cette pensée, et ils arrivent à des résultats très comiques. Ils ont fait un beau livre tonique, ils ont été les premiers à protester. Ils ont même affronté les nouveaux philosophes à la télé, dans l'émission « Apostrophes ». Alors, pour parler comme l'ennemi, un Dieu m'a dit qu'il fallait que je suive Aubral et Delcourt, que j'aie ce courage lucide et pessimiste.

 

- Si c'est une pensée nulle, comment expliquer qu'elle semble avoir tant de succès, qu'elle s'étende et reçoive des ralliements comme celui de Sollers ?

 

Il y a plusieurs problèmes très différents. D'abord, en France on a longtemps vécu sur un certain mode littéraire des « écoles ». Et c'est déjà terrible, une école : il y a toujours un pape, des manifestes, des déclarations du type « je suis l'avant-garde », (les excommunications, des tribunaux, des retournements politiques, etc. En principe général, on a d'autant plus raison qu'on a passé sa vie à se tromper, puisqu'on peut toujours dire « je suis passé par là ». C'est pourquoi les staliniens sont les seuls à pouvoir donner des leçons d'antistalinisme. Mais enfin, quelle que soit la misère des écoles, on ne peut pas dire que les nouveaux philosophes soient une école. Ils ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers :

1. il faut qu'on parle d'un livre et qu'on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n'a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d'interviews, de colloques, d'émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien` ne pas exister du tout.
C'est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu'ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d'un dossier à faire, d'un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d'organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie.

2. Et puis, du point de vue d'un marketing, il faut que le même livre ou le même produit aient plusieurs versions, pour convenir à tout le monde une version pieuse, une athée, une heideggerienne, une gauchiste, une centriste, même une chiraquienne ou néo-fasciste, une « union de la gauche » nuancée, etc. D'où l'importance d'une distribution des rôles suivant les goûts. Il y a du Dr Mabuse dans Clavel, un Dr Mabuse évangélique, Jambet et Lardreau, c'est Spöri et Pesch, les deux aides à Mabuse (ils veulent « mettre la main au collet » de Nietzsche). Benoist, c'est le coursier, c'est Nestor. Lévy, c'est tantôt l'imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le dise-jockey. Jean Cau trouve tout ça rudement bien ; Fabre-Luce se fait disciple de Glucksmann ; on réédite Benda, pour les vertus du clerc. Quelle étrange constellation.

Sollers avait été le dernier en France à faire encore une école vieille manière, avec papisme, excommunications, tribunaux. Je suppose que, quand il a compris cette nouvelle entreprise, il s'est dit qu'ils avaient raison, qu'il fallait faire alliance, et que ce serait trop bête de manquer ça. Il arrive en retard, mais il a bien vu quelque chose. Car cette histoire de marketing dans le livre de philosophie, c'est réellement nouveau, c'est une idée, il « fallait » l'avoir. Que les nouveaux philosophes restaurent une fonction-auteur vide, et qu'ils procèdent avec des concepts creux, toute cette réaction n'empêche pas un profond modernisme, une analyse très adaptée du paysage et du marché. Du coup, je crois que certains d'entre nous peuvent même éprouver une curiosité bienveillante pour cette opération, d'un point de vue purement naturaliste ou entomologique. Moi, c'est différent, parce que mon point de vue est tératologique : c'est de l'horreur.

 

- Si c'est une question de marketing, comment expliques-tu qu'il ait fallu les attendre, et que ce soit maintenant que ça risque de réussir ?

 

Pour plusieurs raisons, qui nous dépassent et les dépassent eux-mêmes. André Scala a analysé récemment un certain renversement dans les rapports journalistes-écrivains, presse-livre. Le journalisme, en liaison avec la radio et la télé, a pris de plus en plus vivement conscience de sa possibilité de créer l'événement (les fuites contrôlées, Watergate, les sondages ?). Et de même qu'il avait moins besoin de se référer à des événements extérieurs, puisqu'il en créait une large part, il avait moins besoin aussi de se rapporter à des analyses extérieures au journalisme, ou à des personnages du type « intellectuel », « écrivain » : le journalisme découvrait en lui-même une pensée autonome et suffisante. C'est pourquoi, à la limite, un livre vaut moins que l'article de journal qu'on fait sur lui ou l'interview à laquelle il donne lieu. Les intellectuels et les écrivains, même les artistes, sont donc conviés à devenir journalistes s'ils veulent se conformer aux normes. C'est un nouveau type de pensée, la pensée-interview, la pensée-entretien, la pensée-minute. On imagine un livre qui porterait sur un article de journal, et non plus l'inverse.
Les rapports de force ont tout à fait changé, entre journalistes et intellectuels. Tout a commencé avec la télé, et les numéros de dressage que les interviewers ont fait subir aux intellectuels consentants. Le journal n'a plus besoin du livre. je ne dis pas que ce retournement, cette domestication de l'intellectuel, cette journalisation, soit une catastrophe. C'est comme ça : au moment même où l'écriture et la pensée tendaient à abandonner la fonction-auteur, au moment où les créations ne passaient plus par la fonction-auteur, celle-ci se trouvait reprise par la radio et la télé, et par le journalisme. Les journalistes devenaient les nouveaux auteurs, et les écrivains qui souhaitaient encore être des auteurs devaient passer par les journalistes, ou devenir leurs propres journalistes. Une fonction tombée dans un certain discrédit. retrouvait une modernité et un nouveau conformisme, en changeant de lieu et d'objet. C'est cela qui a rendu possible les entreprises de marketing intellectuel. Est-ce qu'il y a d'autres usages actuels d'une télé, d'une radio ou d'un journal ? Évidemment, mais ce n'est plus la question des nouveaux philosophes. Je voudrais en parler tout à l'heure.Il y a une autre raison. Nous sommes depuis longtemps en période électorale. Or, les élections, ce n'est pas un point local ni un jour à telle date. C'est comme une grille qui affecte actuellement notre manière de comprendre et même de percevoir. On rabat tous les événements, tous les problèmes, sur cette grille déformante. Les conditions particulières des élections aujourd'hui font que le seuil habituel de connerie monte. C'est sur cette grille que les nouveaux philosophes se sont inscrits dès le début. Il importe peu que certains d'entre eux aient été immédiatement contre l'union de la gauche, tandis que d'autres auraient souhaité fournir un brain-trust de plus à Mitterrand.
Une homogénéisation des deux tendances s'est produite, plutôt contre la gauche, mais surtout à partir d'un thème qui était présent déjà dans leurs premiers livres : la haine de 68. C'était à qui cracherait le mieux sur mai 68. C'est en fonction de cette haine qu'ils ont construit leur sujet d'énonciation : « Nous, en tant que nous avons fait mai 68 ( ? ? ), nous pouvons vous dire que c'était bête, et que nous ne le ferons plus. » Une rancoeur de 68, ils n'ont que ça à vendre. C'est en ce sens que, quelle que soit leur position par rapport aux élections, ils s'inscrivent parfaitement sur la grille électorale. A partir de là, tout y passe, marxisme, maoïsme, socialisme, etc., non pas parce que les luttes réelles auraient fait surgir de nouveaux ennemis, de nouveaux problèmes et de nouveaux moyens, mais parce que LA révolution doit être déclarée impossible, uniformément et de tout temps. C'est pourquoi tous les concepts qui commençaient à fonctionner d'une manière très différenciée (les pouvoirs, les résistances, les désirs, même la « plèbe ») sont à nouveau globalisés, réunis dans la fade unité du pouvoir, de la loi, de l'État, etc. C'est pourquoi aussi le Sujet pensant revient sur la scène, car la seule possibilité de la révolution, pour les nouveaux philosophes, c'est l'acte pur du penseur qui la pense impossible.

Ce qui me dégoûte est très simple : les nouveaux philosophes font une martyrologie, le Goulag et les victimes de l'histoire. Ils vivent de cadavres. Ils ont découvert la fonction-témoin, qui ne fait qu'un avec celle d'auteur ou de penseur (voyez le numéro de Playboy : c'est nous les témoins...). Mais il n'y aurait jamais eu de victimes si celles-ci avaient pensé comme eux, ou parlé comme eux. Il a fallu que les victimes pensent et vivent tout autrement pour donner matière à ceux qui pleurent en leur nom, et qui pensent en leur nom, et donnent des leçons en leur nom. Ceux qui risquent leur vie pensent généralement en termes de vie, et pas de mort, d'amertume et de vanité morbide. Les résistants sont plutôt de grands vivants. Jamais on n'a mis quelqu'un en prison pour son impuissance et son pessimisme, au contraire. Du point de vue des nouveaux philosophes, les victimes se sont fait avoir, parce qu'elles n'avaient pas encore compris ce que les nouveaux philosophes ont compris. 5i je faisais partie d'une association, je porterais plainte contre les nouveaux philosophes, qui méprisent un peu trop les habitants du Goulag.

 

- Quand tu dénonces le marketing, est-ce que tu milites pour la conception vieux-livre, ou pour les écoles ancienne manière ?

 

Non, non, non. Il n'y a aucune nécessité d'un tel choix : ou bien marketing, ou bien vieille manière. Ce choix est faux. Tout ce qui se passe de vivant actuellement échappe à cette alternative. Voyez comme les musiciens travaillent, comme les gens travaillent dans les sciences, comme certains peintres essaient de travailler, comment des géographes organisent leur travail (cf. la revue Hérodote). Le premier trait, c'est les rencontres. Pas du tout les colloques ni les débats, mais, en travaillant dans un domaine, on rencontre des gens qui travaillent dans un tout autre domaine, comme si la solution venait toujours d'ailleurs. Il ne s'agit pas de comparaisons ou d'analogies intellectuelles, mais d'intersections effectives, de croisements de lignes. Par exemple (cet exemple est important, puisque les nouveaux philosophes parlent beaucoup d'histoire de la philosophie), André Robinet renouvelle aujourd'hui l'histoire de la philosophie, avec des ordinateurs ; il rencontre forcément Xenakis. Que des mathématiciens puissent faire évoluer ou modifier un problème d'une tout autre nature ne signifie pas que le problème reçoit une solution mathématique, mais qu'il comporte une séquence mathématique qui entre en conjugaison avec d'autres séquences. C'est effarant, la manière dont les nouveaux philosophes traitent « la » science.
Rencontrer avec son propre travail le travail des musiciens, des peintres ou des savants est la seule combinaison actuelle qui ne se ramène ni aux vieilles écoles ni à un néo-marketing. Ce sont ces points singuliers qui constituent des foyers de création, des fonctions créatrices indépendantes de la fonction-auteur, détachées de la' fonction-auteur. Et ça ne vaut pas seulement pour des croisements de domaines différents, c'est chaque domaine, chaque morceau de -domaine, si petit soit-il, qui est déjà fait de tels croisements. Les philosophes doivent venir de n'importe où : non pas au sens où la philosophie dépendrait d'une sagesse populaire un peu partout, mais au sens où chaque rencontre en produit, en même temps qu'elle définit un nouvel usage, une nouvelle position d'agencements - musiciens sauvages et radios pirates. Eh bien, chaque fois que les fonctions créatrices désertent ainsi la fonction-auteur, on voit celle-ci se réfugier dans un nouveau conformisme de « promotion ». C'est toute une série de batailles plus ou moins visibles : le cinéma, la radio, la télé sont la possibilité de fonctions créatrices qui ont destitué l'Auteur ; mais la fonction-auteur se reconstitue à l'abri des usages conformistes de ces médias. Les grandes sociétés de production se remettent à favoriser un « cinéma d'auteur » ; Jean-Luc Godard trouve alors le moyen de faire passer de la création dans la télé ; mais la puissante organisation de la télé a elle-même ses fonctions-auteur par lesquelles elle empêche la création. Quand la littérature, la musique, etc., conquièrent de nouveaux domaines de création, la fonction-auteur se reconstitue dans le journalisme, qui va étouffer ses propres fonctions créatrices et celles de la littérature. Nous retombons sur les nouveaux philosophes : ils ont reconstitué une pièce étouffante, asphyxiante, là où un peu d'air passait. C'est la négation de toute politique, et de toute expérimentation. Bref, ce que je leur reproche, c'est de faire un travail de cochon ; et que ce travail s'insère dans un nouveau type de rapport presse-livre parfaitement réactionnaire : nouveau, oui, mais conformiste au plus haut point. Ce ne sont pas les nouveaux philosophes qui importent. Même s'ils s'évanouissent demain, leur entreprise de marketing sera recommencée. Elle représente en effet la soumission de toute pensée aux médias ; du même coup, elle donne à ces médias le minimum de caution et de tranquillité intellectuelles pour étouffer les tentatives de création qui les feraient bouger eux-mêmes. Autant de débats crétins à la télé, autant de petits films narcissiques d'auteur - d'autant moins de création possible dans la télé et ailleurs.
Je voudrais proposer une charte des intellectuels, dans leur situation actuelle par rapport aux médias, compte tenu des nouveaux rapports de force : refuser, faire valoir des exigences, devenir producteurs, au lieu d'être des auteurs qui n'ont plus que l'insolence des domestiques ou les éclats d'un clown de service. Beckett, Godard ont su s'en tirer, et créer de deux manières très différentes : il y a beaucoup de possibilités, dans le cinéma, l'audio-visuel, la musique, les sciences, les livres... Mais les nouveaux philosophes, c'est vraiment l'infection qui s'efforce d'empêcher tout ça. Rien de vivant ne passe par eux, mais ils auront accompli leur fonction s'ils tiennent assez la scène pour mortifier quelque chose.

 

5 juin 1977.

Tous les commentaires

Bonne idée, Gwen, de mettre ici ce texte... pas tendre pour le journalisme non plus ! Je termine à l'instant de le lire sur le site de Multitudes renseigné par Vancouver sur un autre billet de blog.

Bonjour Gwenael, sacrément passionnant ! merci de partager ce texte. "Le premier trait, c'est les rencontres."

Incroyable de penser que ce texte a maintenant plus de 30 ans !!! Il y résonne beaucoup d'actualité !

Je suis d'accord, super intéressant ! Une pause agréable avant de poster la suite de la fête d'Urkupina ? :o)

Rassurez-vous Corinne, On reprend "dar-d'art" autour de la orqopina, ça m'intéresse plus que BHL, mais bon, ya des choses à régler... A bientôt dans la fête.Je vous embrasse! Gwénael

Merci Gwenn, on a eu la même idée en même temps ; ça serait bien aussi de mettre - une autre fois- en plus, l'interview, parue dans L'Autre Journal, sur l'Argent. L'Economie dans le pouvoir nazi. ( je suis nul en informatique). " S'il n'y avait pas ce flux d'une puissance supérieure , on ne comprendrait plus rien à rien, à commencer par les problèmes de pouvoir évidemment "

Gwenaël, c'était le juste texte, aujourd'hui. Celui qu'il fallait pour endiguer le bruit, garder le sens. Il manque, il manque. L'Autre Journal revient bientôt, sous un autre nom. Je tiens au courant.

Vous m'épatez tous, je pensais ne rien faire découvrir à personne... Ici "Gilles" parle de choses évidentes, (merde)! J'en finirais renfrogné! Excusez mais m..., ce texte, je l'ai dans la peau depuis quelques années déjà, alors... Énervons-nous un peu.. Anne! Je pense à AGC avec qui j'ai échangé quelques mots, elle avec la caméra face à Deleuze, début 80 me disait-elle, je l'attends... Je n'invente rien, 77 ce texte, avant le mitterrandisme contre lequel tout le monde tape aujourd'hui! On me demandait avant-hier où en était la gauche, et bien, qu'elle se réveille la gauche!!! Par-delà les partis, etc, qu'on reprenne le boulot! On l'a laissé seul, le Deleuze, les Guy Hocquenhem (http://atheles.org/agone/lettreouverteaceuxquisontpassesducolmaoaurotary) et autre Didier Eribon: D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française (http://didiereribon.blogspot.com/)... M... A demain

Je suis énervé, excusez-moi, la suite demain...

Cher Gwen, excuse-moi ! En ce moment, tout juste le temps de lire (et notamment de te lire), trois lutins d'âges divers me conviant à faire une fête de chaque minute passée en leur compagnie. Et grand besoin des nuits pour récupérer un peu d'énergie…

Vous êtes toute excusée Anne, et je suis honteux de m'être emporté comme ça; ça fait plaisir de vous voir réapparaitre en tout cas, même pour un petit mot. Les joies de la grand-mère si je comprends bien? Je vous embrasse!

Merci Gwénaël pour ce texte d’une acuité/actualité remarquable et vous êtes tout excusé d’être énervé car vous n’êtes sûrement pas le seul. Pour celles et ceux que ça intéresse, je recommande les excellents articles (payants !), publiés par l’hebdomadaire Politis et qui s’appliquent à démasquer l’imposteur philosophe : http://www.politis.fr/spip.php?page=recherche&recherche=BHL

" comme si la solution venait toujours d'ailleurs ", ça me fait souvenir aussi du Lecteur de Arendt, Debord, Deleuze, G.Agamben, qui dans Image et Mémoire, parle de Aby Warburg : et de sa bibliothèque aux allures borgiennes où des milliers d'ouvrages sont ordonnés, par le principe du - bon - voisin - ( fixé par lui) et par lequel, la -solution au problème -doit se trouver non dans le livre qu'on cherche, mais dans celui qui est à côté. Ces textes donnent du courage. De l'obstination.

kairos Il est vrai que "la nouvelle philosophie" n'aura créé aucun concept original, mais procéder plutôt par un réemploi militant des notions classiques... Cependant, à la différence de l'oeuvre de Michel foucauld par exemple, je me demande ce qu'il reste de lisible aujourd'hui dans"l'anti-oedipe"? Les prodigieuses "machines désirantes" n'ont-elles pas des airs de vieux coucou?

Ah non Kairos, je suis désolé là-dessus avec vous, je ne vais pas commencer une défense ou relecture de l'anti-oedipe, mais ça reste un livre magistral dans toutes les sciences sociales, humaines et en philosophie. Si les psy le relisaient, on n'en serait pas aux "pipi-caca-famille" revendus à longueur d'antenne par les Delarue et consorts ou à des Lacaniens trop aristocrates pour sortir de concepts comme l'objet "a" et autres qui voudraient réduire au "Sujet" des fonctionnements schizoides, dispersés, "déterritorialisés" qui voient plus des paysages que des individus ou des signifiants. Si la pensée de Foucault est évidemment d'actualité, on n'a pas fini de découvrir deleuze et guattari au présent. Les "machines désirantes" sont des concepts essentiels, même si elles ont été complexifiées dans Mille Plateaux pour comprendre les discours collectifs et l'articulation entre corps et société. C'est marrant parce qu'il n'y a qu'en France que l'un des plus grands philosophes du XXème pose encore problème et peut être réduit à un "gauchisme" dans lequel on voudrait l'enfermer. La description des flux, codes, surcodes, etc, faite dans l'ensemble philosophique "capitalisme et schizophrénie" reste remarquable et il est plus que temps de reconnaître que "le siècle [est maintenant] deleuzien". Voyez la biographie croisée "gillesdeleuzefélixguattari" offerte par François Dosse, grand historien des idées et du temps présent. Bien à vous.

Hola Gwen, Pourquoi "tirer" tous azimuth ainsi ? Donc, hormis Deleuze point de salut ? Il y a de la place pour plusieurs penseurs de la condition humaine, non ? Ou Deleuze a-t-il dit une fois pour toutes ce qu'il convient d'en penser ? Je ne conteste pas que Deleuze soit utile en philo et ailleurs, à chacun son rayon, ce n'est pas le mien même s'il m'intéresse. Ne disposant que d'une vie dans laquelle je n'ai pas terminé de lire Foucault, - s'il n'y avait que lui...-, je reconnais humblement que je n'ai pas lu Deleuze, je ne le critiquerai donc pas. Mais j'ai pu me passer des machines désirantes depuis que je reçois ceux qui s'adressent à moi, y compris les gosses de banlieue, de "homes" de la justice, y compris les sujets qui ont construit leur représentation du monde sans le secours d'aucun discours établi (Lacan). Concernant sujet et territorialité, j'ai pas compris de quoi vous parlez, nous ne fréquentons peut-être pas les mêmes lacaniens ? Heureusement, il y a de la place pour les différences fécondes ou futiles selon les cas... L'objet a, par contre, est nécessaire pour s'orienter dans la clinique et ne pas commettre des bourdes. Donc, libre à vous de ne pas lire Lacan, une vie, ça impose des choix - des choix désirants dans le meilleur des cas. Et si vous l'avez lu, libre à vous de critiquer avec son texte peut-être ? Merci, Joha pas aristocrate, psychiatre psychanalyste lacanienne avec un petit l, une parmi d'autres donc - SVP, ne tirez pas sur la pianiste qui termine de pianoter sa machine non désirante et s'en va faire un tour du côté de la nuit et de ses rêves...

Oui, désolé Joha, j'y vais fort avec Lacan, c'est une de mes tares. Je n'ai lu qu'un bouquin de lui, "encore", séminaire 20. Je viens d'une famille de lacaniens formés à Rennes, avec l'intégrale dans la bibliothèque de mon frère. J'ai feuilleté beaucoup si je ne me suis pas arrêté à son écriture qui pour moi est d'abord ironique, joue sur les mots pour mieux dominer le lecteur. C'est d'abord une écriture jouissante avant qu'elle ne devienne jouissive pour le lecteur. Excusez mes critiques envers Lacan mais c'est lui et son Ecole d'Ulm qui ont condamné au silence les travaux de Deleuze et Guattari dans les milieux psychanalitiques. Je vous invite donc à découvrir le livre dont je fais mention plus haut, la biographie de Dosse, qui raconte quelques rencontres entre ces différents personnages. Guattari aurait d'abord été vu par Lacan comme son "dauphin", maître d'Ecole qu'il était, à la fin des années 50, avant que ce même Guattari ne commence à complexifier le signifiant chez Lacan, y mettre de l'a-signifiant et voir des connexions "désirantes" au lieu de noeuds (qui apparaitront d'ailleurs après l'Anti-Oedipe rejeté par Lacan). Lacan était en effet fou à la sortie de cet ouvrage en 72, dont il n'avait rien pu savoir avant. Deleuze avait en effet demandé à ce que le binôme reste discrêt sur son travail pour ne pas être attaqué par les professionnels du cerveau, les "nouveaux curés" selon Deleuze (pardon Joha, ce n'est pas moi qui le dis...). Lacan a ainsi rejeté Guattari et Deleuze et interdit qu'on cite le mot au sein de l'école freudienne de Paris. Roudinesco le reconnaitra plus tard (l'unique d'ailleurs qui osât faire un commentaire de l'anti-oedipe) et Guattari devint le fils indigne au profit de Jacques-Alain Miller, le mao prosélyte... Voila, lecture critique mais je rappelle certains faits. Concernant les territoires et les territorialités, je ne peux pas me lancer ici dans une explication des concepts deleuziens, je vous invite au minimum!!! à voir et revoir l'abécédaire de Deleuze, 8h30 de bonheur intellectuel et humain, téléchargeable sur Emule pour ne pas le nommer. Sinon, Deleuze n'a pas fini la philosophie et la vie de la pensée, je vous rassure, et il était trop modeste pour ça, son écriture est un work in progress, qui ne finit jamais, il cherchait à comprendre et articuler le monde et l'humain. Je vous invite alors à lire "qu'est-ce que la philosophie" qui se lit très bien (je conseille quand même de se faire quelques centaines-milliers de pages avant...). Poour une autre pensée énorme et toujours pas ingurgitée, je vous invite aussi à voir Castoriadis qui est critique par rapport à Deleuze. Donc je ne reste pas fermé et j'aimerais que les lacaniens sachent enfin lire Deleuze à son juste titre. Deleuze reste un tabou dans les cycles universitaires en psycho... Voila ce que je pouvais dire...

Un peu de temps retrouvé pour intervenir, cher Gwen. Je te trouve très querelleur avec ceux que tu appelles les lacaniens, comme s'il n'y avait pas entre eux de multiples lignes de fractures. Est-ce que ta vénération pour Deleuze ne t'égare pas un peu ? Je puis t'assurer que Deleuze, seul ou associé avec Guattari, est lu, et bien lu (ce qui n'exclut pas la critique, tu es bien d'accord ?) par quelques-uns au moins. Par ailleurs, Deleuze n'a jamais cessé de lire Lacan, avec intérêt. Je te renvoie par exemple au "paradoxe de Lacan" dans Logique du sens (sixième série). Pour moi, l'opposition entre les thèses de L'Anti-Œdipe et la théorie du désir lacanienne n'a pas vraiment lieu d'être, contrairement à ce que ne cessent de poser Deleuze et Guattari qui, pour mieux pouvoir s'en prendre au "familialisme" psychanalytique, donnent une lecture de Lacan qui semble assez réductrice. De la même manière, Deleuze n'a pas hésité à tordre la pensée de Bergson pour poser ses concepts d'image-mouvement et d'image-temps… Cela faisait partie du mode de fonctionnement de son esprit toujours en mouvement, auquel on doit ces moments de pur éblouissement en l'écoutant ou le lisant. À propos de Deleuze et Lacan, si tu as envie de poursuivre et si tu n'es pas définitivement dégoûté du deuxième, il y a un article très intéressant de Slavoj Zizek dans le numéro 6 de la revue Savoirs et Clinique : "Le Devenir-lacanien de Deleuze".

D'accord Anne et d'abord merci d'apparaitre ici. Bon donc d'accord, j'y vais fort avec Lacan et je dois avouer que le peu que j'ai lu de lui, 300 pages on va dire sur... des milliers a été un plaisir jouissif pour moi, sa manière de jouer sur les mots "m'éclate" pour être clair. Ce que je critique (et non à cause d'une vénération de disciple deleuzien, s'il te plait), c'est le côté école qu'a créé Lacan, entre orthodoxie et exclusions et deuxièmement les conséquences d'une certaine psychologie vulgarisante (sinon vulgaire) qui réduit tout à l'oedipe, clé de voûte de toute réflexion sur la psyché humaine. Je sais l'importance de Lacan pour Deleuze, et vice versa, Lacan voulait inviter Deleuze à l'ENS et ça ne s'est pas fait pour je ne sais plus quelle raison, je crois le rejet par Althusser ou autre. Effectivement Deleuze suivait de près tous les travaux de Lacan durant toutes les années 60 et c'est sans doute lui (parmi d'autres évidemment) qui a permis à Deleuze d'explorer d'autres sentiers que ceux de la phénoménologie et autre qui étaient hégémoniques à l'époque en philosophie. Mais ne fallait-il pas mettre un coup de pied dans la fourmilière, contre le familialisme? Et la réduction qu'établissent D'nG de Lacan est une permission après l'avoir lu à la lettre, Guattari suivait tout dès le début des années 50. Pour ce qui est de Zizek, merci pour le conseil, je cherche à le suivre depuis deux ans et ses travaux m'impressionnent, je n'ai pas encore avalé un bouquin de lui, seulement croisé de ses textes un peu partout. Suis-tu la RILI ma chère Anne, Revue Internationale des Livres et des Idées? Je te la conseille, exceptionnelle, tu l'achètes en kiosque. Pour ce qui est de Bergson, etc, évidemment, Deleuze disait qu'il tirait quelques idées de ses auteurs traités mais après il les réinvente et en fait ce qu'il le veut, comme son Nietsche ou Le Pli sur Leibniz. Mais de ce que je peux dire, à Rennes II, fac lacanienne dure, qui a d'ailleurs un très bon niveau en recherches, le mot de Deleuze éveille un regard suspicieux et des amis qui ont voulu mener un master en rapport avec lui ont dû vite se raviser. Voila, continuons le débat et j'éviterai de mouiller dans la "réduction" à l'avenir.

kairos Alors, c'est moi qui aurait trop vieilli sans doute! La schizophrénie comme mode de rupture avec le capitalisme ne m'est plus guère compréhensible. La saison en enfer rimbaldienne glisse quelquefois vers un enfer en toutes saisons; et l'usage militant de certaines notions ou expériences, dans les années 70, aura eu, il me semble, son lot d'impostures et de cadavres, ce qui ne laisse pas tout à fait indemnes les "penseurs" de proximité . Mais à la réflexion, de Gilles Deleuze, je garde quand même, dans son Nietzsche je crois, une chose intéressante de mon point de vue: le refus de diaclectique hégelienne; et à la place, la tension des polarités, la force des contraires toujours actifs: pas de résolution des conflits, mais leur déploiement qui exprime la vie elle-même... Enfin, c'est ce dont je me souviens...

Ce n'est pas ce que défendait Deleuze ni Guattari, "La schizophrénie comme mode de rupture avec le capitalisme", ils voyaient justement le capitalisme fonctionnant selon des modes schizoïdaux, sinon schizophréniques, contrairement à l'Etat, cet "appareil de capture" qui territorialise et bloque les flux, les "replie", les stabilise, les névrotise. Ceux qui ont voulu voir l'anti-oedipe comme un hymne à la schizophrénie n'ont rien compris, comme le regrettait Deleuze plus tard dans l'abécédaire. Ils ont fait oeuvre de philosophe, en cherchant à mettre des concepts sur des phénomènes, pas à créer une nouvelle chapelle ou un autre catéchisme. Deleuze avait lui-même peur des schizo et ne voulait pas les rencontrer et comme il le dit dans ce même entretien audiovisuel, le pire qu'on puisse produire dans des mouvements sociaux comme le fut 68, ce sont des "loques", des mecs qui lâchent et ne peuvent plus utiliser le langage comme mode de communication et de contrôle de soi. D'nG appelaient donc à la "schizoanalyse" pour comprendre les fonctionnements sociaux, politiques, économiques et savoir critiquer les nouveaux modes de domination. Revoyons les dernières critiques du capitalisme et l'Etat, des "micro-fascismes", dans leurs écrits sur "les sociétés de contrôle". Oui! Deleuze et Guattari n'ont jamais autant été d'actualité!

kairos Vous avez raison: Deleuze ne s'intéresse pas au schizophrène clinique, mais au processus de la schizophrènie ("Et pourquoi estc-e ce que n'invenetrais pas un discours sur quelque chose, même sis ce discours est complètement irréel et artificiel, sans qu'on me demande mes titres à les tenir"); un peu comme Nietzsche se revendique de "la grande santé" par-delà les maux divers et persitants qui l'accablent? Ce qui constitue peut-être une bonne part du malentendu avec un esprit de Mai 68 en quête d'abord d'authenticité et de vécu... Marx aussi, dans son fameux manifeste, fait l'éloge de la force "révolutionnaire" du capitalisme, qui non seulement renverse l'ancien monde mais vit d'une sorte de mouvement perpétuel. Il n'empêche: le prolétariat doit briser ses chaînes et instaurer une nouveau mode de production. Deleuze, du moins me semble-t-il, est d'une certaine façon sur la même ligne: s'il distingue le capitalisme pour ses "décodages schizoïdes", il constate que celui-ci a toujours besoin de la signification et de la cohérence, et donc qu'il recode et reterrioritalise, ce qui est comme la ruse suprême de la raison. Si bien qu'une "rupture (ou dépassement ou sortie, j'ignore le mot juste) s'opère, justement par l'excès et le négatif que représente le schizophrène (devenant la figure de référence des révoltes, pour le militant ou l'artiste), qui seul ouvre à la pure intensité de l'inconscient, dans le démarquage des "topiques" d'inspiration freudiennes. Disons que pour le moment le capitalisme est plutôt florissant, les flux schizoïdes n'ébranlent pas l'essentiel de ses structures et son "délire" ne lui fait pas perdre le sens des affaires... Dès lors, le schizophène rejoint son statut de malade mental... C'est un peu comme ça que je vois le dénouement de "l'épopée deleuzienne": avec la nostalgie des soleils révolus...

Je suis d'accord alors Kairos avec cette analyse pessimisite de "l'épopée deleuzienne", c'est en effet comme çà qu'il a été lu, vu et utilisé par les mouvements postérieurs qui l'ont suivi. Dans ce sens, on pourrait dire qu'il faut être marginal et fou pour être deleuzien comme on est nietschéen. Mais je continue à dire que Deleuze était à mon sens bien déçu de voir sa pensée réduite à cela et ce n'est pas de cette manière que je le lis ou l'ai lu. Sa pensée est une grande pensée philosophique qui ne peut donc pas se satisfaire de "modes" culturelles ou existentielles spécifiques et temporelles. Ce qu'il a développé va bien au-delà de ce à quoi on aurait voulu le réduire et pour comprendre les fonctionnements socio-politiques, économiques, etc, en Amérique latine pour mon exemple, je n'aurais pas compris grand chose sans les concepts de territoire chez deleuze et guattari. C'est d'abord une pensée "géographique" et c'est ça son grand apport, il a un rapport ironique à l'histoire qui me pose "naturellement" problème mais il ne voit, je crois que matière agissante, matière en mouvement, qu'il a le mieux décrypté chez le schizophrène en effet. Donc effectivement, comme toute pensée qui est prise en héritage, il y a toujours des malentendus, des incohérences a postériori, etc, mais il n'empêche que son travail d'analyse du monde n'a pas fini de nous faire réfléchir, par delà l'épopée deleuzienne à laquelle on aurait voulu le réduire.

Oui, Joha - et pourtant ce silence ne pouvait être vide -Ou, comme disait Genet, les " actrices" sont priées de ne pas poser ( mettre ?) leur con sur la table." Amicalement,

euh, c'était minuit, et c'est sûrement pas clair..rien à voir avec vous Joha , désolée de m'être très mal exprimée.

Cher Gwen, Bon, voilà que j'avais oublié le "tu" hier soir ! Donc, merci de ta réponse : une famille de lacaniens, ça ne doit pas être de la tarte, peut-être ça constitue un "envers de la psychanalyse" au quotidien dont il peut être nécessaire de se dégager ? C'est Lacan qui parlait, si j'ai bon souvenir, de penser "contre", en s'appuyant contre un signifiant. Freud pratiquait ainsi quand il disait on va m'objecter que.... Et Lacan pensait parfois contre lui-même - contre d'autres aussi - pour franchir un pas dans son élaboration. Ceci dit, je ne regrette pas mon commentaire car j'ai appris, grâce au dialogue qui suit, notamment avec Anne Guérin-Castell. Donc, je vais essayer de trouver du temps pour lire un peu à ce sujet.

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