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Pour que Londres 2010 redonne de l’espoir à l'Afghanistan

L'annonce de la nouvelle stratégie de Barack Obama est tombée comme une douche froide sur le peuple afghan. Sous la pression de ses conseillers militaires, il a cédé et accepté d'envoyer 30 000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan. Dans le même temps, pour rassurer le peuple américain, il a fixé le calendrier de retrait des troupes à partir de juillet 2011.

L'annonce de ce retrait rend perplexes les Afghans. Ils ne comprennent pas pourquoi, en décembre 2001, la résolution 1373 de l'ONU a autorisé l'armée américaine à intervenir en Afghanistan et pourquoi aujourd'hui, de façon unilatérale, l'armée américaine se retirerait sans avoir rempli ses missions, à savoir l'éradication d'Al-Qaida et du terrorisme international, l'élimination des talibans et la reconstruction du pays.

L'échec total de la reconstruction incombe à la fois à la communauté internationale et au pouvoir afghan qu'elle a mis en place suite à la Conférence de Bonn fin 2001 et reconduit en 2004 et 2009.

Théoriquement, l'écriture de la nouvelle constitution aurait dû favoriser les conditions de création de la nation afghane. Le partage du pouvoir entre les chefs de guerre a empêché l'émergence d'une conscience politique nationale. L'Afghanistan n'est pas redevenu la nation des Afghans qui englobe plus de 28 ethnies, des langues, des cultures et des moyens économiques différents, mais un espace géographique administré depuis Kaboul et sécurisé par les armées internationales alors que l'anarchie qui règne depuis 30 ans fait que la capitale  n'a toujours aucun pouvoir sur les provinces.

L'armée nationale afghane que, depuis cette date, on cherche désespérément à créer, n'est pas devenue une armée de conscrits mais une armée de « bons à rien » : un Afghan qui n'a pas de terre, pas de formation devient militaire pour gagner 50 dollars par mois. C'est une armée d'illettrés, difficiles à instruire, surtout dans des langues occidentales qui ne sont pas les leurs. La nouvelle stratégie de Barack Obama, c'est à la fois l'instruction et la formation de la police et des militaires pour la sécurisation du pays en vue du départ des armées étrangères. Cette stratégie est à terme vouée au même échec que la stratégie précédente si elle n'est pas accompagnée de la création d'une administration civile compétente. Sarah Chayes, conseillère auprès du commandement de la force de l'Otan à Kaboul, l'a déclaré récemment : « La présence des troupes étrangères est nécessaire mais elle n'est pas suffisante. Il manque une action équivalente du côté civil ».

Depuis de nombreuses années, je ne cesse de dire qu'il faut reconstruire l'Afghanistan par la base, et il est impératif pour chacun de nos 33 000 villages, de construire la mairie, de mettre en place l'état civil pour créer la citoyenneté, d'organiser les services publics - les routes, l'eau, la santé publique, la gestion des déchets, etc.

L'« afghanisation » de la reconstruction n'aura de sens que si le malek, chef de village, est assisté, conseillé et contrôlé par une administration civile démocratiquement constituée.

Pour pouvoir financer cette nouvelle société afghane, il faut créer une nouvelle économie car celle mise en place depuis huit ans est un échec.

85 % des Afghans sont des paysans et des nomades qui gèrent la rareté dans les vallées et les déserts. La complémentarité, ô combien laborieuse, de ces deux peuples ne donne qu'un revenu d'un dollar par jour et par habitant, et une espérance de vie de 40 à 45 ans selon le sexe.

Le modèle calqué sur l'économie de marché a marginalisé ces peuples depuis les années 50.

Depuis les premières famines des années 70, l'État s'est déchargé de ses responsabilités sur les institutions internationales et les ONG qui ne font que de l'assistance et acculent les populations à la dépendance. Car l'assistance a pour première conséquence de déposséder les gens qui la reçoivent de toutes leurs capacités ancestrales à se nourrir, à se soigner, à cohabiter. Le génie et la puissance de la reconstruction résident dans la régénération de ces capacités.

 

Une reconstruction efficace doit permettre au sujet afghan, homme, femme et enfant, de devenir un citoyen avec des droits et des devoirs, en tenant compte  de son environnement fragile et austère de déserts et de vallées, sans oublier sa sécurité physique et politique qui passe avant tout par sa sécurité alimentaire et économique.

 

Selon les experts américains, le coût de la guerre en Afghanistan représente, pour le budget américain, entre 3 000 et 6 000 milliards de dollars par an (1/4 du PIB américain). Nous comprenons que cela inquiète l'électorat américain...

Le coût de la présence d'un militaire en Afghanistan est évalué à 1 million de dollars par soldat et par an. Quand un Afghan apprend ça et qu'il voit que la présence physique de ces militaires le rend de plus en plus pauvre, il considère les militaires comme une force d'occupation et non pas de coopération. De désespoir, il s'exile ou il devient talib.

La raison et la situation politique nationale et internationale voudraient que l'armée de l'Otan et la communauté internationale n'abandonnent pas l'Afghanistan. Mais, pour que les sentiments d'occupés et d'occupants se transforment, il faut que la présence militaire accompagnée par les moyens civils intègre l'économie nationale. Chaque jour, des dizaines de milliers de tonnes de nourriture, d'eau, de boîtes de conserves, de savon, de journaux, de disques, de courrier atterrissent sur les aéroports du pays sans que les Afghans en tirent le moindre dollar de bénéfice. Est-ce que la communauté internationale est au courant que même le nettoyage des WC des bases militaires est assuré par des entreprises américaines ?

Monsieur Obama va envoyer prochainement 30 000 soldats supplémentaires qui vont s'ajouter aux 100 000 militaires déjà présents. Savez-vous que chaque jour, chaque militaire produit entre 2 et 4 kilos de déchets, soit entre 95 000 et 190 000 tonnes de déchets annuels, non biodégradables pour la plupart et qui sont répandus, sans aucun traitement, dans la nature afghane ?

De la reconstruction, les Afghans ne voient que ces déchets, que la pollution des véhicules 4x4 et des engins de guerre des experts et des militaires, la dégradation et la pollution des cours d'eau et des sols (pour sécuriser leurs bases, les militaires prélèvent anarchiquement d'énormes quantités de sable dans le lit des rivières, modifiant l'écoulement naturel de l'eau et privant souvent la population de l'accès à l'eau).

Comment le peuple peut-il, devant tant de mépris et de désinvolture, croire encore à la volonté de reconstruction et aux bienfaits de la présence militaire dont on lui rebat les oreilles depuis tant d'années ?

Savez-vous également que le gouvernement afghan n'ayant ni politique ni administration ne s'est jamais soucié de cette réalité ?

Le 20 janvier 2010, une conférence internationale se réunira à Londres pour parler une fois de plus de l'Afghanistan. L'objet de cette conférence affiché par le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, est le suivant :

  • établir un pacte solide entre Karzaï, son gouvernement et le peuple,
  • établir le partenariat entre le peuple afghan et la communauté internationale.

Le peuple afghan attend de cette conférence que le pouvoir en place, en collaboration avec la communauté internationale, définisse et décide de mettre en action une politique économique et sociale.

Chaque Afghan devrait être incité à devenir un citoyen libre, conscient et responsable, capable de produire de la richesse, de participer au financement de cette politique et revendiquer l'accès au bien-être, tout en étant respectueux de l'environnement.

 

En Afghanistan, les conditions du développement ne passeront pas par l'économie libérale des marchés, mais par une politique cohérente de reconstruction en direction des plus pauvres.

Tous les commentaires

Merci pour votre billet qui traite avec des mots simples et des arguments parfaitement compréhensibles une guerre que l'on veut nous faire "croire" très compliquée. On entend très peu parler des conséquences "collatérales", parfaitement insupportables, réservées aux populations civiles de ce pays.

Les quantités phénoménales d'argent consacrées à cette guerre sont proprement un scandale !!! cet argent serait certainement plus utile au développement, comme vous l'écrivez, des services publics indispensables qui entraîneraient par leur mise en route un meilleur "climat" dans la population, et un enchainement "vertueux" d'actions pérennes de reconstruction...

 

Non, ce seront 30.000 soldats états-uniens supplémentaires ! Plus des renforts de la part des alliés...comme si cette stratégie pouvait mieux réussir que celle de l'URSS, il n'y a pourtant pas si longtemps.

 

Peut-être serez-vous intéressé par la lecture de la réaction de Michael Moore juste avant que B. Obama ne fasse part de sa décision concernant cet envoi : "Lettre ouverte au Président Obama : Arrêtez la guerre, M. le Président !"

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2922

 

 

vous écrivez " le coût de la guerre en Afghanistan représente, pour le budget américain, entre 3 000 et 6 000 milliards de dollars par an"

Comment peut-on citer des chiffres avec un tel écart ? je lis dans de nombreuses sources que le budget total défense des USA n'est "que" de 533 Milliards. S'y ajoutent le budget de l'Irak : 61 milliards et celui d'Afganistan :65M.

C'est en divisant ces 65 milliards par les 68 000 soldats présents actuellement que l'on arrive au chiffre de 1 million par soldat. Encore celui-ci doit-il être nuancé : l'envoi de 30.000 hommes supplémentaires ne va pas coûter 30 milliards de plus, car la majorité des charges sont fixes.

La CBO, avait publié une évaluation en 2007 -jugée exagérée par l'Administration Bush- qui chiffrait à 2400 milliards les guerres d'Irak et Afghanistan cumulées, jusqu'à 2017.

Il me semble que les montants sont suffisamment élevés, pour éviter de les multiplier par 100, non ?

 

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