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Adapter le syndicalisme au travail flexible et précaire
Beaucoup de salariés se représentent les syndicats à travers les grandes luttes médiatisées : retraites, sécu, etc. Mais beaucoup, surtout dans les secteurs, et ils sont nombreux, où les syndicats sont absents ou quasi-absents, et encore plus chez les salariés précaires (Interim, CDD, travail au noir, etc.) ne savent plus ce qu'est un syndicat, une action syndicale, les pratiques syndicales et même ce que les syndicalistes appellent les "boutons de culottes", c'est-à-dire les petites défenses du quotidien.
On en revient à ce qui se dit chez de nombreux militants depuis longtemps, il faut revenir au base du syndicalisme tout en l'adaptant à la structure actuelle du travail, en tenant compte de la précarisation du travail. Les bases, c'est à dire aller au contact des salariés précaires, tracter, informer, être sur le terrain, sur les terrains, faire des réunions sur les lieux de travail, sortir de la routine bureaucratique des syndicats. Je sais, c'est plus facile à dire qu'à faire. Mais il serait peut-être utile aussi de virer bon nombre de permanents dans certains syndicats qui ne connaissent plus la réalité du terrain pour une réorganisation plus démocratique. Car, nous avons là aussi un problème de fond, critique. Faire revivre les "maisons du peuple", re-donner envi de passer du temps dans les syndicats, re-faire de l'éducation populaire... Je sais que beaucoup le font déjà à se ruiner le moral et la santé, mais le fait-on bien, en traitant des bons sujets et avec la convivialité nécessaire ?
Aujourd'hui nombre de jeunes et de moins jeunes ne se représentent pas ce qu'est un vrai syndicat, ils n'en ont qu'une représentation tronquée par les médias, les rumeurs et par une certaine réalité syndicale effectivement négative. La syndicalisation des précaires et des chômeurs est compliquée. Nous savons aussi que cette précarisation du travail a participé à affaiblir le syndicalisme en France. Et ce n'est pas pour rien que la précarité existe, elle a cette fonction d'atomiser les salariés. Retrouver des revendications qui permettent de lutter contre cette atomisation serait bienvenue : avoir une véritable réflexion, pragmatique, sur l'intermitence du travail aujourd'hui pour proposer de nouveaux statuts qui protègent tous les salariés même les plus flexibles, ce serait une grande avancée. Pour l'instant nous défendons encore les acquis. Ces acquis se sont déjà beaucoup réduits comme peau de chagrin. Il est temps de passer à l'offensive avec de nouvelles revendications basées sur la nouvelle organisation du travail que le néolibéralisme nous a imposé en 20 ans. Pour ça, il faut sortir des idéologies toute faites qui aliènent notre perception du monde du travail. Il ne s'agit pas de faire du réformisme, mais de trouver de nouveaux ressorts de lutte sur la base d'une réalité d'une division du travail qui n'est plus celle de nos aïeux. C'est le seul moyen de donner envi, déjà, aux jeunes précaires de nous rejoindre. Pas simple...
Peut-être pour y parvenir serait-il nécessaire de faire des alliances incongrues au premier abord, mais pas tant que ça lorsqu'on y réfléchit, avec le monde associatif foisonnant dans de nombreuses communes. Dans le monde des associations nous retrouvons bien des précaires dispersés et éloignés du syndicalisme. Imaginons une maison des syndicats ou une maison du peuple animée par une (des) association(s) pour y re-trouver du théatre populaire, des manifestations culturelles, de l'éducation populaire sous la forme d'une coopérative...Je vais développer cette dernière idée dans un prochain billet puisque le syndicalisme est l'ordre du jour sur Mediapart.
Mais sans ouverture sur le monde tel qu'il est, le syndicalisme est mort, et les "grands" de ce monde le savent... Ne leur faisons pas ce plaisir...


Tous les commentaires
.../ La syndicalisation des précaires et des chômeurs est compliquée. /... Vous trouvez vraiment ? Dans ce cas, ils ont plutôt cédé à la facilité en permettant aux patrons d'obtenir tous les droits pour pouvoir exploiter les salariés comme au bon vieux temps. A quoi croyez-vous qu'il passe son temps notre B. Thibault national, entre deux manifestations, si ce n'est à penser aux postes prestigieux que ses amis du Medef vont lui confier pour le remercier de vingt ou trente ans de bons et loyaux services, à l'instar de ce qu'ils ont fait pour N. Notat et tous les autres ? N'est-ce pas JC Mailly qu'on a vu à la même table que les représentants du Medef et des organisations patronales lors du dernier Davos dans l'une de leurs conférences ? Loin, très loin de renforcer le pouvoir des salariés pour les mettre en situation de négocier avec les patrons à armes à peu-près égales, ils n'ont fait que les diviser en semant une pagaille monstre dans leurs conditions de travail et de rémunération avec, par exemple, les fameux régimes de retraite spéciaux accordés à une minorité (EDF-GDF, SNCF, etc.). La bonne excuse contre les envieux qui avaient le mauvais esprit de protester contre ces avantages pas vraiment mérités était, souvenez-vous : "Ce n'est pas contre les avantages obtenus par les agents d'EDF-GDF que vous devez protester mais faire en sorte de vous battre comme eux afin d'obtenir les mêmes avantages de votre patron". Et ceux qui gobaient ça, se retrouvaient rapidement à pointer au chômage, comme votre serviteur pourtant délégué CFDT. Essayez de l'imaginer en ce moment même, notre B. Thibault national ou notre JC Mailly ou notre F. Chérèque. A mon avis, ils doivent, chacun de leur côté, cogiter intensément à la syndicalisation des précaires et des chômeurs, ce qui constitue probablement le problème le plus complexe auquel le génie humain aura eu à faire face en plus de deux siècles d'exploitation humaine à l'échelle industrielle.
Tout ce que vous dites est intéressant : c'est exactement le syndicalisme que l'on vend dans les médias pour diviser les salariés et briser les mobilisations, bravo ! Vous êtes un bon relais.
Quant aux agents EDF-GDF, aujourd'hui, ils sont essentiellement dans des entreprises de sous-traitance souvent avec des conditions de travail lamentables, surtout dans le nucléaire. Nous risquons fort pour ces raisons d'avoir un accident majeur.
Syndiquer ou fédérer dans une association des chômeurs est très difficile pour des raisons structurelles, tous ceux qui ont été sur ce terrain le savent. Et syndiquer des intérimaires qui ne restent pas sur leur poste et dans une entreprise au mieux quelques semaines, c'est quasi impossible. Et cette organisation du travail a été pensée pour ça. Tous ceux qui ont milité avec les chômeurs (moi même avec Agir ensemble Contre le Chômage AC!) le savent très bien.
Je me fous éperdument des dirigeants syndicaux. C'est la base qui doit faire le syndicalisme, pas le sommet.
Mais c'est le sommet qui négocie avec les "partenaires" sociaux. Quant à la base et au système participatif cher à la CFDT et à S. Royal, elle n'est malheureusement pas à la hauteur des problèmes posés par le patronat assisté de ses spécialistes hyper formés à l'enfumage des salariés. Non, ce qu'il faut d'après moi à la tête de nos syndicats, ce sont de vrais Généraux totalement acquis à la cause des travailleurs. Et des travailleurs qui aient les moyens de contrôler les résultats obtenus et de répudier leurs officiers si nécessaires. Instaurer l'obligation de résultats au niveau des directions syndicales me semble déjà une bonne avancée.
Doublon.
La question qu'il convient de se poser pour savoir à quoi nous en tenir au sujet des syndicats est celle-ci : sans eux, la situation aurait-elle été : meilleure ; la même ; ou pire que celle que nous connaissons aujourd'hui ? Pire ? Cela me semble difficile comme vous le constatez vous-même ; la même ? Sans doute en l'absence de toute organisation destinée à s'opposer aux exigences patronales et à faire entendre la voix des travailleurs au sein de la société ; mais meilleure ? Probablement, et peut-être même bien meilleure : 1) si les syndicats n'avaient été qu'un seul syndicat ; 2) si ce syndicat avait assumé pleinement son positionnement politique qui ne peut manifestement pas être le même que celui du patronat ; et 3) si ce syndicat s'était vraiment mis au service du prolétariat en le rassemblant sous une même bannière et en ne sous estimant jamais la nature profonde de l'adversaire, que nos syndicats ont jugé bon, au contraire, de considérer comme un partenaire. La réalité prouve donc que les syndicats n'ont strictement servi à rien d'autre, durant ces trentes dernières années, qu'à accompagner le plus paisiblement possible, le retour du prolétariat à son état initial d'avant 1936. J'ai répondu moi-même à ma question en reconnaissant que je peux me tromper, mais j'invite chacun à y répondre à sa manière car je crois que c'est un excellent moyen de se faire une idée au sujet de nos syndicats avant d'envisager les ajustements nécessaires qu'il serait peut-être bon de leur apporter.
Là je vous rejoins sur de nombreux points, et je comprends mieux vos positions...
Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le principe de la "Maison du peuple" lieu de coopération, entraide et d'autosuffisance ouvrière que j'aimerais voir refleurir.
Là où je le suis moins c'est avec votre volonté de renforcer le syndicat.
Je ne les porte pas dans mon coeur à cause de leur corporatisme et du fait que l'on retrouve dans les syndicats les divisions de l'élection politique et tout ce que cela entraine comme affaiblissement et compromissions.
Finalement, l'image qui illustre votre article n'est pas un bon exemple. Le café maison du peuple à Saint-Gilles est un haut lieu de gentrification. C'est beau, c'est propre, c'est hype, ca attire tous les branchés de Bruxelles dans un quartier populaire mais ca n'apporte certainement rien au "peuple".
Merci pour les précisions concernant la photographie, je vous avoue que je l'ai choisi au "pif" sur internet n'en disposant pas de personnel.
Par contre, je le répète, le syndicalisme est ce que l'on en fait. Donc le renforcer pour moi signifie arrêter de faire du syndicalisme "corporatiste" et "clientèliste", mais faire un syndicalisme plus autogéré et moins bureaucratique, et par conséquent (sinon ça ne peut pas marcher), moins en relation avec les partis politiques.
Moi-même je suis à Sud...
L'union fait la force et des syndicats vraiment au service des travailleurs (employés ou chômeurs) sont évidemment nécessaires. Mais comment faire en sorte qu'ils ne tombent pas entre les mains d'incapables corrompus ou entre celles de l'adversaire au point de devenir totalement contreproductifs comme il le sont depuis trente ans ?
Il me semble qu'une partie de la réponse se situe dans un champ qui a été en grande partie délaissé par les syndicats depuis environ 30 ans justement, c'est-à-dire l'éducation populaire. C'est pour ça que je suis très attaché à se réapproprier les maisons du peuple avec ou sans le consentement des bureaucraties syndicales. D'autres expériences avaient eu lieu dans les années 90 avec les Maisons des ensembles qui, en squattant des lieux, avaient permis temporairement la convergence de luttes en cours (sans papiers, chômeurs, salariés, intermitents, etc.). En ouvrant ou en s'appropriant des lieux, c'est la convergence des luttes qu'il faut re-trouver, c'est aussi un moyen de contrer radicalement les tentatives de l'Etat d'assujettir encore un peu plus les syndicats.
Il faut créer en s'inspirant des meilleures expériences du passé et en s'inspirant des meilleures analyses d'aujourd'hui. Il faudrait aussi trouver une indépendance financière. Les syndicats fonctionnent avec des subventions territoriales, ce n'est pas sans poser de problèmes. Aujourd'hui l'Etat essaie même de rendre les syndicats encore plus dépendant financièrement. Il faudrait avoir le courage de briser ce lien quitte à avoir moins de moyens dans un premier temps, mais plus d'autonomie. Cela nous obligerait à re-faire vivre les maisons du peuple, à re-faire vivre la culture populaire (bals, fêtes, théatres populaires, cinémas populaires, etc...), à être plus imaginatifs pour donner envi aux salariés de cotiser.
Le mouvement des indignés nous démontre qu'il faut ouvrir des agoras dans la cité, des lieux pour débattre librement, des réseaux d'informations indépendants des grands médias. Le succès de Mediapart est la preuve que nous avons là un vrai besoin de dispositifs d'informations libres et indépendants. Si les syndicats étaient capables de répondre à cette demande d'indépendance, de formations / informations, de liberté, de débats, d'échanges, d'autonomie, nous aurions alors peut-être une chance de voir le syndicalisme re-prendre du poil de la bête.
Le chantier parait énorme ? L'histoire n'est jamais terminée, et nous devons juste nous construire de nouveaux outils de lutte à la mesure des combats à mener aujourd'hui et demain.
Pour l'instant, je suis comme beaucoup, je ne trouve pas dans le syndicalisme cette ouverture d'esprit pour révolutionner nos façons de lutter...
Je suis à cent pour cent d'accord avec vous qu'il faut s'inspirer des expériences du passé. Je pensais pour ma part à l'immédiat après guerre, au CNR, à l'atmosphère propice pour l'édification d'un véritable contrat social, à un Général qui avait une certaine idée de son pays et à des hommes d'Etat tels que le grand Pierre Mendès France. S'aider des expériences du passé et pour le coup, de l'expérience présente qui montre que dès qu'on baisse la garde, les exploiteurs reviennent à la charge.
Oh mais... De bon matin, l'oeil à peine ouvert, tomber sur ce billet, c'est comme s'avaler un bon bol de sang frais... La journée n'a qu'à bien se tenir, elle démarre sous les franches et bonnes couleurs du rouge pétant ! Yahaa ! Je recommande.
Merci merci, après un bonne et longue journée de labeur sur le terrain social (je bosse dans le social auprès des gens du voyage, damnés de la terre...), je suis heureux de vous avoir fait du bien !
oui oui oui
les maisons du peuple, je prends ! merci de les réhabiliter
vous avez raison de les évoquer, une super piste de réflexion
je suis persuadée que la société civile doit reconquérir chaque droit perdu, pas à pas, et reprendre en le partageant un pouvoir égaré
que ces maisons soient de nouveau nos agoras ( pour s'y tenir chaud ) chantons à perdre haleine ( agora) ( euh..)
Avec un bon vin chaud !