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1968 : Quand les plus pauvres attaquaient la bourse

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En 1968, le 24 mai, les manifestations tournent à l'émeute et la bourse est en partie incendiée. Je suis trop jeune pour en avoir été un  témoin direct, mais d'après les militants de l'époque, la population qui a participé à cette "émeute" était la même que celle qui constitue les "émeutes" actuelles dans les banlieues françaises comme à Londre : les plus pauvres. Et peut-être déjà, à cette époque, les plus pauvres ont-ils eu le bon sens de choisir la cible qui symbolise sans doute le mieux le capitalisme : la bourse.

 

Bien souvent, on pense que 68 n'a été que l'affaire d'une bande d'étudiants et de lycéens issue des beaux quartiers. Ces enfants de bonne famille se seraient bien rangés après les événements oubliant rapidement leurs idéaux et ne transmettant aucunement à leurs descendants leurs désirs de transformer la société, bien au contraire, ils seraient même devenus par la suite les meilleurs promoteurs du capitalisme moderne. Ce serait même selon certain le problème d'une génération qui aurait oublié ses rêves.

 

En réalité, ce n'est pas si simple. En parlant de 68, on a une fâcheuse tendance à penser seulement aux étudiants et aux lycéens. Or, il y a eu avant 68 de nombreux autres mouvements de grèves annonciateurs dans de nombreux secteurs de la société française, dans l'industrie comme dans les services publics. Le mouvement ouvrier était immense, d'une force incroyable, on a du mal à l'imaginer aujourd'hui. Et si en 68 les étudiants sont le détonateur, le gros du mouvement est ouvrier. Ceux qui ont attaqué la bourse étaient en réalité des banlieusards, le "sous-prolétariat", les plus désespérés, pas des étudiants. Cette image des étudiants en grève a été largement médiatisée parce qu'elle était plus respectable au regard des bourgeois et moins dangereuse que celle des millions d'ouvriers en grève en demande d'autonomie, d'autogestion, d'égalité et de liberté. Ce mouvement ouvrier était international et d'une force sans précédent !

 

Ce n'est pas une question de génération, c'est une question de destructuration de tout le tissus social de manière systématique depuis 68. En bref, la bourgeoisie a eu très peur et a mené une contre-offensive totale après les événements internationaux de 68 : destruction des pôles ouvriers contestataires afin d'affaiblir les luttes, destruction progressive des services publics, renforcement de la concurence entre salariés avec le chômage entrainant un affaiblissement mécanique des solidarités et donc des syndicats, concentration des médias entres les mains de quelques grandes firmes, propagande capitaliste généralisée, éloge de la société de consommation. Nous pourrions dire qu'après 68 les réseaux capitalistes internationaux se sont coordonnés en partie pour organiser une contre-offensive violente, dont les premiers effets se sont faits ressentir durant les années de plomb.

 

Comme nous le voyons, ce n'est pas une question de génération, c'est une guerre, et nous avons perdu une bataille en 68 et dans les années qui suivirent, mais la guerre n'est pas terminée. La preuve en est, la crise financière est une arme des capitalistes pour nous faire fléchir encore un peu plus. Nous devons choisir la société dans laquelle nous voulons vivre maintenant. Si nous nous organisons pas à nouveau pour faire front social, nous nous condamnons à vivre dans un monde chaotique, liberticide, et sans doute totalitaire.

Tous les commentaires

"nous avons perdu une bataille en 68 et dans les années qui suivirent"

En effet, mais ce sont bien les syndicats ouvriers qui ont troqué la révolution contre des augmentations... Personne ne peut m'expliquer pourquoi, sinon parce qu'ils ne voulaient pas que ça change trop. Peut-être se voyaient-ils un jour tous bourgeois ?

Et qu'a été la promesse de sarkozy en 2007 sinon celle-là ? et qu'ont voté les ouvriers ?

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