Jeu.
27
Nov

MEDIAPART

Connexion utilisateur

France, terre d'exil

Ce n'est pas la première fois que l'annonce d'un exil fiscal crée des remous. Souvenons-nous des ventes massives de biens en 1981, d'aucuns croyant alors imminent le basculement de la France dans le Pacte de Varsovie. Les réactions au départ de Depardieu resteront toutefois dans les annales de par leur virulence. Chacun y va de son analyse. A sa lecture des événements. L'exil fiscal s'est installé parmi les actualités majeures et polarise le débat public. Avec d'ailleurs l'intéressant retour à la configuration des premières décennies de la République, où le patriotisme était une valeur clairement de gauche et non de droite. Et le Figaro, en quête d'événements à instrumentaliser à son avantage, d'agiter des nombres, par nature difficilement vérifiables, de Français candidats au départ, notamment vers la Belgique.

Les nobles protestations des uns et des autres pour le départ de Depardieu, que ce soit ceux de ses partisans qui voient en lui une victime de la taxation ou ceux de ses adversaires qui lui reprochent un manque d'attachement à son pays d'origine, ont pour corollaire un certain nombre de silences. Pesants et longs. Autant les départs en Belgique, qui plus est à un jet de pierre d'une frontière ouverte que sans doute ils traverseront bien souvent, de Depardieu et d'un nombre, fort restreint quand bien même on retiendrait la fourchette haute des chiffres, de personnes dans une situation analogue occupent les esprits, autant les départs, massifs, souvent sans retour, de tant d'autres Français restent sans écho.

Pire encore : autant Depardieu en exil fiscal ne coûtera sans doute plus rien à la collectivité, autant ces Français en exil forcé en Belgique ou en Suisse continueront, bien malgré eux, de coûter fort cher à leurs concitoyens. Sans que nul ne s'en émeuve. Sans qu'aucun des théoriciens de café de commerce expert du départ de Depardieu ne trouve le sujet intéressant.

Rarement l'exil forcé, massif et durable de dizaines de milliers de personnes handicapées vers la Belgique ou la Suisse a été évoqué dans le débat public. Rares et peu fiables sont les chiffres de ce phénomène de société. Le Monde, prompt à vouloir estimer et recalculer les impôts de Depardieu s'est bien moins souvent penché sur les dépenses fiscales liées à l'amendement Créton et aux autres dispositifs législatifs par lesquelles la France paie des sommes considérables à des établissements notamment belges pour accueillir ses ressortissants dont elle n'a pas voulu. Et ce alors même que notre balance commerciale, gravement déficitaire, retrouverait sans nul doute promptement l'équilibre si seulement elle prenait en compte, plus que la carrière passée d'un comédien quel qu'ait été son talent, tout le potentiel humain et économique de tant de jeunes esprits et forces d'avenir.

 

Newsletter