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Ces détails censurés de l'histoire présente
Assurément, dans la tempête interminable que traverse, ou plutôt dans laquelle s'enfonce sans cesse plus avant notre pays, d'autres nouvelles que la publication officielle des « célébrations nationales 2012 » du Ministère de la Culture retiennent l'attention des médias. Un état de fait somme toute fort compréhensible.
Toutefois, l'examen dudit document s'avère riche d'enseignements. Un petit détail en particulier y est d'une profondeur abyssale, pareil à un trou noir, minuscule, invisible, et pourtant happant la matière de toute la galaxie. Le guide des célébrations nationales pour l'année en cours propose pour chaque événement une fiche historique, illustrée, et signée soit d'un éminent spécialiste, soit d'un témoin privilégié. Dans la rubrique « Institutions et vie politique », on trouve une liste des faits ayant marqué notre pays, connus ou oubliés, depuis Jeanne d'Arc jusqu'à l'assassinat de l'évêque Gaudry. La rétrospective mémorielle semble consensuelle et apaisée : n'y va-t-il pas de ce qui est au socle même de notre identité partagée ?
Hélas, comme presque toujours, c'est sur l'un des derniers éléments que tout se grippe. Les deux ultimes célébrations de la liste renvoient toutes les deux aux épisodes fondateurs de la Cinquième République. C'est dire leur importance. Pour l'élection du président au suffrage universel, point de problème. En revanche, pour la fin de la guerre d'Algérie, selon l'expression utilisée, tout le bel édifice se lézarde. Un premier point attire d'emblée l'attention : le texte descriptif est court, très court, probablement l'un des plus courts de tout le recueil, bien plus sommaire que, par exemple, celui sur la bataille de Denain – dont il faut bien reconnaître, sans porter le moins du monde préjudice aux historiens spécialisés, que la place au sein de la mémoire collective française est moins prégnante que celle de la guerre d'Algérie. La description de cette dernière y est par ailleurs hautement schématique, donnant tout au plus les chiffres du référendum et une poignée de dates, aux antipodes d'un aperçu du climat de ces années tel que vécu sur le terrain.
Et surtout, un détail s'avère particulièrement troublant : le texte est non-signé. Il est bien le seul de la rubrique à ne pas porter le cachet de quelque éminente autorité. A en croire certains blogs, l'auteur du texte, dont le nom a été censuré par les instances officielles, aurait vu son texte amputé des quatre cinquièmes de sa longueur. Et de presque toute sa substance, pourtant guère polémique, notamment des éléments fondateurs de la mémoire collective, tant française qu'algérienne. Exploit remarquable, même le nom du général de Gaulle est absent.
Dans le silence, tout est dit. Même aujourd'hui, même en 2012, en ce nouveau siècle si fier de ses avancées technologiques et si meurtri par ses crises, le trou noir mémoriel reste toujours le même. Le point central de notre identité reste toujours le plus méconnu. Celui où les plus généreuses intentions se bloquent. Celui où les méthodes d'un ancien temps, silence imposé, arbitraire du prince, censure de textes et mise à l'écart d'êtres humains, sans justification et sans finalité bien définie, restent seules maîtresses. Ce blocage mémoriel majeur, dont les ramifications, pour ne pas dire métastases, sommeillent dans l'ensemble du corps social de notre pays, exacerbant sans cesse davantage de sourdes tensions, cristallisant et avivant des haines inavouables, ne pourra que s'étendre si l'on enferme dans un coffre le registre de santé, si l'on bâillonne patient et praticien. Notre pays, qui s'est bâti par une si longue histoire, doit à tout prix, pour ne pas se défaire, réussir à faire de 1962 un tremplin d'avenir. Et pour cela réussir à son tour son printemps démocratique de 2012.


Tous les commentaires
Cher* Hamou Bouakkaz!
La guerre d'Algérie n'a jamais eu lieu; c'est un mythe fondateur de ce territoire compris entre le Maroc, la Tunisie, La lIbye, Le sahara occidental, le Niger, le Mali, la Mauritanieet la méditerranée; territoire où vivent 36 millions d'êtres humains qui n'ont pas d'existence pour les mémorialistes des AE françaises.
Le colonel Bentobbal était, à chaque passage aux frontières françaises, embêté par des policiers de la PAF; il prenait la chose avec une patience d'asiatique:pas un mot, pas un mouvement de sourcil. Rien; de quoi enrager!
Il disait:" J'ai combattu le colonialisme, mais j'aime la France! Celle des Lumières et de 1789!"
Vous savez que nous n'oublions rien; c'est une forme de patience, pas de mépris. Quoique!
* presque un tutoiement! Amical et fraternel.
à Hamou Bouakkaz
Si j'ai bien compris, j'ai trouvé le texte (de Guy Pervillé) auquel vous faites référence : voir mon billet posté à l'instant : "Censure au ministère de la Culture et aux Archives de France"...
J'ajoute le programme de ceux qui n'oublient pas!
Soirée exceptionnelle
Lundi 13 février à 20h
Algérie(S)
Pour le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie
> Projection
Méditerranées un film d’Olivier Py
France – 2011 – 32 min
Réalisation et scénario Olivier Py, montage Lise Beaulieu, son Jean-Noël Yven.
«L’ensemble de mon travail au cinéma comme au théâtre est une interrogation sur l’identité de “méditerranéen”.» Olivier Py
Exhumés après vingt-cinq ans, des films 8 millimètres donnent lieu à une méditation sur le destin d’une famille et d’une génération. Méditerranées
est une autofiction, l’histoire d’un couple, d’une famille, qui se confond avec l’Histoire de l’Algérie et de la France des années 1960, sur
lesquels Olivier Py porte un regard à la fois lucide et nostalgique.
> Spectacle
Le Contraire de l’Amour
Mouloud Feraoun, Journal 1955-1962 (Seuil, 1962)
Avec Samuel Churin et Marc Lauras, violoncelle.
Version scénique et mise en scène Dominique Lurcel, lumière Céline Juillard, scénographie Gérald Ascargorta, costumes Angelina Herrero.
Cinquante ans après sa parution, le Journal de Mouloud Feraoun apparaît comme la lente érection du tombeau de toutes les illusions : celle
du discours «civilisateur», celle de l’impossible entente, celle d’un avenir réconcilié. Mais aussi comme une formidable leçon de courage intellectuel,
un garde-fou pour aujourd’hui face à la toute-puissance de l’irrationnel, une parole irréductible à toutes les langues de bois d’où
qu’elles viennent, dressée face à tous les silences, toutes les zones d’ombre qui pèsent encore.
Direction Olivier Py
Odéon-Théâtre de l’Europe – Grande salle
Tarifs de 12€ (plein tarif) à 6€ (jeune moins de 26 ans, RSA, demandeur d’emploi, abonnés…)
01 44 85 40 40 – theatre-odeon.eu
© D. Rrogramme de ceux qui n'oublient pas
Merci de votre info que je découvre ce 26 janvier.
Soirée à recommander, à ne pas manquer
Beaucoup de retard à l'allumage des médias un peu à gauche pour dénoncer la censure du texte de Pervillé.
Quelle sottise !
cf. http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla/190112/censure-au-ministere-de-la-culture
Où trouve-t-on ce document des célébrations officielles de 2012 du ministère de la culture ? Avec un nom pareil, on s'étonne presque que la guerre d'Algérie y soit même mentionnée - ça a dû leur faire très mal de devoir en laisser ces quelques lignes. Le responsable de la publication doit faire des cauchemars d'Henri Guaino en colère lui réclamant des explications !