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Dits et non-dits, la petite chronique lexicale: «Exemplaire»
Un mot en vogue, un horizon de campagne, une noble exhortation, souvent dans le sillage de MORALE. Sur le site de l’Elysée, on lit par exemple que « le Président veut créer une République exemplaire et une démocratie irréprochable.» EXEMPLE est un mot curieux, d’abord parce que contrairement à la plupart de ses acolytes, il a conservé à travers les âges une remarquable stabilité sémantique : pas une ride, aucun des appauvrissements couramment déplorés. C’est peut-être de ce que l’EXEMPLE tient en équilibre, exprimant une improbable tension : depuis le latin exemplum, il est à la fois échantillon et modèle.
En effet l’EXEMPLE est un prélèvement modeste, et à peu près aléatoire (« Antigone » est un exemple de prénom féminin) ; mais en même temps c’est l’archétype, l’étalon, l’idéal vers lequel tendre (Antigone est un exemple de courage). On donne un exemple ou on donne l’exemple. Dans le passage de l’indéfini au défini se joue une petite métamorphose. Que s’est-il donc passé ? Il semble que le fait d’être extrait, distingué, confère aussitôt une valeur. Que l’exemple ait fonction de représentant, certes, mais de là à être promu type ou même canon ? qu’il serve de référence commune, soit, mais de là à incarner la règle ?
Dans la vie politique, le glissement est permanent et tourne à la confusion. L’élu se présente tantôt comme un individu parmi d’autres, simple exemplaire (surtout quand il « dérape » ou se pavane en couple et en famille), tantôt comme un guide, et même un parangon de vertu. Il est tout à la fois commun et exceptionnel, identique et supérieur. On voit que le mot est commode. C’est qu’il voile une imposture. Malgré ses allégations, un représentant politique ne saurait échapper à l’EXEMPLARITé : désignation, vie publique et pouvoir obligent. Qu’il le veuille ou s’en défende, le comportement du dirigeant fait autorité, il est susceptible d’être imité. Les pédagogues ajouteront même que l’exemple instruit bien mieux que tous les discours : « Longue est la route par le précepte, courte et facile par l’exemple » affirmait Sénèque ; traduction politique par Montesquieu : « Le plus grand mal que fait un ministre n'est pas de ruiner son peuple, il y en a un autre mille fois plus dangereux : c'est le mauvais exemple qu'il donne. »
Donc l’exemplarité politique est inéluctable, mais elle doit être articulée à la morale : il y a de bons et de mauvais exemples. S’il fait autorité, l’exemple ne garantit aucunement le bien commun. Ici se loge une deuxième imposture : la tentation d’inverser l’ordre des choses, de faire de l’exemple la règle, ou d’alléguer son statut pour normaliser une conduite. Et de cette imposture les gouvernés sont complices. En ces temps de dérégulation et d’absence de repère, c’est en effet souvent l’usage, pour ne pas dire la mode, qui fonde la règle : il s’agit alors moins de tendre vers un quelconque idéal moral, que de copier l’échantillon (celui des sondages ou des études de marché). L’exemple suscite l’alignement et produit le troupeau ; comme le disait Corneille, « la moitié du monde / Sur l’exemple d’autrui se conduit et se fonde ». De là le conformisme et le règne de la pensée unique. Il faut ici incriminer l’aveuglement des foules qui lui fait prendre l’exemplaire pour le modèle.
En conclusion, on voit que l’exemplarité ne saurait être ni vantée, ni promise, ni oubliée. Elle est, de fait. Elle ne saurait être brandie comme horizon électoral ni comme programme : elle se joue à chaque instant, dans la moindre des décisions. Elle ne se déclare pas : elle s’illustre, en bien ou en mal. Dès lors le mensonge, la corruption, le vol ne peuvent jamais fonctionner comme « écarts » de conduite ou comme erreurs. Chez un dirigeant, ces comportements font ipso facto la promotion et l’apologie d’une anti-morale qu’il est parfaitement vain de combattre ensuite par des professions de foi bien pensantes. Rappelons-nous Sartre : l’homme n’est que la somme de ses actes, il se définit tout entier par ce qu’il fait, et ses intentions n’y changent rien. Inanité des discours.

Tous les commentaires
Décapant et jouissif, Hélène.
Donc, un exemple pour vérifier si j'ai bien compris, dissimuler pour ne pas avoir à mentir n'est pas vraiment dissimuler, de même que mentir pour se sortir d'affaire parce qu'on n'a pas réussi à cacher n'est pas vraiment mentir. On ne vantera jamais assez ces parangons d'exemplarité que sont la dissimulation et le mensonge.
Et je ne parle pas de l'exemplarité de la peine comme on dit dans la pénitentiaire.
CQFD Jonas !
(bien contente de partager mon plaisir...)
On peut tout promettre. Absolument tout.
Plaire
Ex en Plaire
Si l'homme n'était que la somme de ses actes. Promettre suffirait. Promettre est un acte. Celui-là promet.
Parce que l'homme est aussi fait de peur et de rêves.
Et surtout de potentiel.
ça promet.
Bonjour Bernard ! Envie de répondre que quand ça promet, ça fait peur...
Et quand ça fait peur, ça fait jouir...
euh... faute de mieux alors... quand la mode est à la pornocratie ?
connais pas c'truc là.
Je parlais la jouissance en général, celle d'Antigone quand elle remet la cendre, ou quand elle balance son paquet au tonton, devant tout le monde.
Ou celle des gosses quand on les balance par dessus la tête, et qu'on les rattrape par les chevilles. Si c'était pas délicieux d'avoir peur, le désir n'existerait pas, l'art non plus.
La pornocratie, c'est la cité perverse néo-libérale telle que la décrit lumineusement Dany-Robert Dufour (je croyais vous l'avoir vu citer je ne sais plus où...)
La peur et le plaisir, je vois oui... mais l'articulation n'est pas systématique... en ce moment, PAR EXEMPLE, l'état du pays suscite une certaine angoisse que je relie mal à un quelconque plaisir...
que je relie mal à un quelconque plaisir.
- Extrapunitivité (le plaisir de n'être pas coupable, dans une culture judéo-chrétienne, ça vaut pas mal de cacahuètes, non ?),
- Justification de l'agressivité (les boucs émissaires pullulent),
- Messianisme (les périodes de crise sont très favorables à leur éclosion)...
Non ?
Samines, j'ai bien peur qu'il ne s'agisse là que d'un début... la liste des exactions politiquement correctes n'en finit pas de s'allonger...
Merci pour l'analyse et la description, j'adore ça.
On peut donner, prendre, suivre, et même faire un exemple... Pas une ride vous dites.!
Tout de même, un truc depuis toujours ridé c'est l'exclamation "par exemple !". Elle signifie qu'on est surpris, outré, révolté un peu. Mais seules les personnes un peu ridées, les mêmes qui disent encore "zut!" ou "flute!" se risquent à sortit "par exemple!".
Saperlipopette ! je l'avais oublié celui-là ! c'était pas l'époque où l'exemple vous en bouchait un coin ?
Oui, l'époque où, au lieu de gueuler comme des fous quand ils étaient contents, les enfants "battaient des mains" ! Tu parles...
.... et portaient des "souliers" et non des "grolles", un "tricot" ou un "chandail" et non un "pull", traversaient "dans les clous" et non "au passage protégé", et quand ils grandissaient devenaient des "godelureaux" et non des "ados" ?
Mais à propos d'exemple, il y a un mot qui lui, par contre, est passé total aux oubliettes: parangon.... Epatant, pourtant ce mot ! Un petit côté Commedia dell Arte....
Et aussi parfois princeps, mais en général si peu déterminant qu'il faut l'adosser à comme, comme par exemple les journalistes de la radio…
Qui donc , aujourd'hui , stupefait emploiera le terme :
" Les bras m'en tombent "
?
Moi.... Pourquoi, ça fait vraiment rétro ? Sapristi, il va falloir que je revoie mon vocabulaire !
Oui, laissez tomber le cache-nez et changez votre caoutchouc contre un imperméable, on en fait de très seyants aujourd'hui ! Mais votre si paletot est encore bon, gardez-le ! Ne vous mettez pas martel en tête !
Un exemple exemplaire en guise de modèle ?
Il n'est aucun modèle qui surpasse un mot d'elle. Il n'est aucun mot d'elle qui puisse être exemplaire. L'exemple est un faux-monnayeur sauf s'il est exempt de tout modèle trompeur.
(Bonjour Hélène
)
Vous voulez dire que l'exemple avance en silence ?
Les exemples les plus marquants sont effectivement dépouvus de mots, à mon abis. L'imprégnation (ou l'empreinte), dit-on en éthologie.
De la manière de donner l'exemple sans rien prendre en échange. L'exemple en tant qu'objet est à mon avis ce qui induit le dialogue, le vrai, celui qui est fondé sur le réel et recherche un ailleurs, un autrement. Quand l'exemple ne suscite pas de débat contradictoire, il est totalitaire.
Le modèle est un patron de couturier. C'est l'ancêtre du clône. Suivre un modèle est donc une clônerie.
ou une clonwnerie, ça dépend.
Les mots d'elle, on est obligé de se les fader, c'est l'effet Carabosse
Il n'y a que les dictatures qui se disent exemplaires et iiréprochables
L'exemple, c'est la chose elle-même Jacques Lacan
La
can tu nous tiens !
Je comprends que l'exemple ne parle pas, j'ai bon ?
C'est le contraire. Quand on dit par exemple: Antigone, par exemnle. C'est qu'on parle d'Antigone.
Là can il y a quelque chose à y entendre, c'est le motment de tendre l'oreille.
On en parle, on en parle, mais Antigone en l'occurrence, elle la boucle !
et elle fait le sacré ménage.
Actuellement, est-ce qu'il y a une menace qui nous oblige à parler secret, et à agir la nuit, en résistant ? Un peu, quand même.
Mais on peut encore en mettre pas mal sur la table.
AUTO-CRITIQUE
Antigone en étalon, ce n'est pas très heureux...
Merci de votre complaisance !
Hellène en Déméter
Salut, la famille!
Je trouve ici avec plaisir un certain nombre d'exemplaires de ce que la mediapartologie produit de signifiants d'amitié virtuelle, et bien sûr de redondances, c'est inévitable, chacun ayant besoin de vérifier qu'il a été bien compris et entendu. Un véritable exemple de confraternité langagière...
Quand j'aurai maigri, je me ferai un plaisir de me présenter ici comme un "ex-ample", mot d'est à souhait.
Comme Hélène excipe de la morale, ex "en plaire", j'invoque à mon tour, pour l'ex-ample cité plus haut, l'étique au lieu de l'éthique, et les tiques au lieu de les tics (TOC?)
JCD
Concernant les tics. Il me semble qu'en ce moment, du côté du pouvoir, c'est la trique sans en avoir l'R.
Tandis que l'ex ample, il est déjà capitaine de pédalo.
Expliquer quelque chose revient toujours à ramener ce quelque chose à autre chose qui est déjà connu. L'exemple est le moyen inévitable de l'explication.
C'est, de mémoire hein, du Wittgenstein.
Et je me dis que oui, essayez donc d'expliquer quelque chose sans donner d'exemple... Impossible on dirait !
C'est dire , Hélène, si vous venez de lever un lièvre monstre !
Ouias, c'est mon côté tortue (ascendant grenouille...) mais j'ai rien contre les exemples, au contraire, j'en connais même des très sympas, des rigolos, des grinçants, des lumineux et des cafouilleux, enfin bref, y'a le choix !
"Ah, ça, père! l'hippo pête..."
JC
doublon
exemple : l'air !
des traces d'iode 131 viennent d'être détectées dans l'air, en France, nous annonce l'Institut de le radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN).
Rassurons-nous, ça ne vient pas de chez nous (ouf) mais d'un "pays étranger" (ah !) inconnu (Oh !)
Et bien, à propos de l'IRSN, voilà un bel exemple de discrétion, il refuse de dire quels sont les pays affectés. Tous ce que l'on sait c'est que ça a l'air de venir de l'est.
C'est également un bel exemple de manque d'opportunité pour les faucons, parce qu'après tout, qui va prouver que ça ne vient pas d'un site Iranien récemment ravagé par une explosion d'origine inconnue. Hein ?
Je suis assez content de mon exemple de question insidieuse, je dois dire
Et oui, bien sûr.
Essayez de vendre des bombes éoliennes, ou des missiles solaires, vous ! Il est marrant, lui. Il faut bien que le fric rentre.
A l'heure où l'économie de l'amour est en crise, la haine c'est quand même plus rentable. Sans comparaison.
Coucou Hélène, quatre petites citations:
Un exemple n'est pas forcément un exemple à suivre (Camus)
On tue les tigres pour leur peau et les assassins pour l'exemple (Hugo)
L'exemple souvent n'est qu'un miroir trompeur (Corneille)
L'exemple, c'est tout ce qu'un père peut faire pour ses enfants (Thomas Mann)
Merci Art ! (comme quoi il faut se méfier des exemples
)
Hélène, vous êtes à la Une avec tout ça !
Vous allez avoir un monde fou... Prévoyez plutôt un buffet, pas de plan de table ni rien !
Hélène , malgré l'exemple que vous nous donnez ,il sera difficile d'en suivre le modèle si haut placé en colonne d'affichage. Personnellement je me réjouis que ce sujet traité ait les honneurs ,de moins exemplaires ayant occupé le terrain , peut-être comme modèles à ne pas suivre? Ces derniers étant parfois plus signifiants dans la critique qu'ils suscitent que ceux qui tombent dans l'anonymat du bon sens commun.
La philosophie englobe l'expression de l'exemple comme modèle dans sa théorie dont les philosophes s'exonèrent souvent dans les actes qu'ils posent, le seul qui ait relié aussi radicalement la pensée de l'exemple en l'actant , c'est Socrate : si Socrate est considéré comme le modèle du philosophe idéal, ce n’est pas en
fonction de sa doctrine, mais de sa vie et de sa mort qui sont son principal
enseignement.
il faut se tourner vers Socrate et se rappeler
que la plupart des grands philosophes « n’ont jamais cessé de reconnaître pour
patron un homme qui n’écrivait pas, qui n’enseignait pas » et dont seule la
façon de vivre peut expliquer le rayonnement.
Avec l'Exemple qu'on nous propose comme modèle ,la coupe est loin des lèvres, sinon pour nous forcer à boire leur "ciguë".Les philosophes exemplaires du modèle actuel proposé, BHL et L Ferry pourraient sans nul doute en disserter.
Franchement bien dit, Espoir; et bonsoir!
JCD
Coucou Espoir, et merci de votre riche contribution qui invite justement Socrate... décidément, oui, je crois qu'EXEMPLAIRE et DOGMATIQUE, ça va pas du tout ensemble !
!
Vous vous interrogez sur le mot exemplaire.... MOI, ce qui m'interroge c'est qu'un homme tout seul déclare:"je veux créer une république"
En FRANCE, il n'y a" pas des républiques", il y a
LA REPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE
qui ne supporte aucun autre adjectif et qui n'a pas été créée par un imposteur mais instaurée en 1789 par le peuple français.
Excusez moi , AINCREDULE .
bien plus complexe !
Nous en sommes à la Veme , voulue par et pour un "monarque "
Celle ci est moribonde
Travaillons pour une 6eme . EXEMPLAIRE ? !!!
( j'ai bien peur d'etre hors sujet !!! )
On ne vous lit plus Hélène....
?