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Dits et non-dits, la petite chronique lexicale: «campagne»

Je préfère annoncer la couleur, moi j’aime pas la campagne - navrée, c’est malpoli, je sais, les étendues fertiles et verdoyantes, la belle ordonnance des champs ou les sous-bois échevelés, la force du terroir et l’authenticité rurale, ... non, j’ai besoin, moi, d’une nature mouvante, des noires profondeurs de l’océan, du vent souverain, de l’énergie des vagues à l’assaut des falaises...
Enfin, on est en démocratie, il paraît, va pour la campagne, saisonnière.
Et je concède sans mal les vertus familières de la campagne, cycle rassurant, rituel immuable. On se prépare, on remplit les valises, on se promet du beau temps, on sait bien qu’il va falloir passer quelques jours à faire le ménage, en arrivant, mais on a le regard déjà happé par les horizons herbeux (ne pas oublier la liaison), des projets foisonnants. La campagne, ça vous gagne.
Il en est pourtant qui la battent, la campagne, rase ou touffue, ils sont chez eux il faut dire, on les appelle des chasseurs, ils font lever le gibier, avec leurs chiens, et leurs fusils en bandoulière ; ils sont durs, nobles, et graves. On les voit qui sillonnent les terres, marcheurs inlassables, au souvenir des glorieuses battues, à la perspective du festin carnassier. Guidés par leurs instincts ravivés, parfois, ils s’égarent, divaguent, parlent à tort, à travers, champagne soudain miroitante, mirages, clairières pétillantes, ça monte à la tête, parfois. A consommer avec modération donc.
Cocasse : il y en a qui ne sont jamais allés à la campagne, les marins, la pègre, le petit peuple des bas-fonds urbains, les jeunes des cités, connaissent pas manifestement, y croient, ces ignares, qu’aller à la campagne, c’est se faire coffrer. La taule quoi. Le trou. Les pauvres. La campagne, ça se voit dès que devant vous ses vastes étendues elle déploie (même à la télé) : c’est la liberté ! Oui, à la campagne, tout est possible, espaces radieux, visages illuminés, corps raffermis et pores dilatés. Seuls les amoureux (même occasionnels) de la ruralité peuvent comprendre l’excitation et l’ivresse fusionnelle qu’elle est capable d’éveiller. La campagne, parfois, elle vous fait venir de ces idées...
Et s’il en est qui se figurent que la campagne succède monotone à la campagne, s’il en est pour railler les plats-pays, qu’ils apprennent ces tristes lurons, ces diogènes mal embouchés, que toutes les campagnes ne se ressemblent pas, loin de là. La campagne peut être, par exemple, militaire, ou publicitaire, ou médiatique, ça dépend des époques, ou des points de vue. Dans tous les cas, la partie n’est pas gagnée, il s’agit de la tenir la campagne, occuper le terrain, maintenir ses positions surtout : sous ses airs familiers et civilisés, elle pourrait vous échapper. En vérité, il n’y a de campagne que cultivée, domestiquée, dominée par la main de l’homme – plus rarement de la femme. Sauvage, elle ne s’appelle plus campagne d’ailleurs, plutôt cambrousse, ou barouf. En réalité, elle obéit à un plan, on compose, organise, ménage ses effets, on agence les surprises...
C’est ça qui m’ennuie avec la campagne, elle est suspecte.

Tous les commentaires
Bonjour Hélène
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Elle est quand même sympa, la campagne. D'abord, on peut la battre sans qu'elle ne se plaigne. Ensuite elle a le bon goût d'être désormais définie par opposition aux villes. Il y a les villes industrieuses, et les campagnes dont la ruralité souligne les occupations primaires de ses habitants. Et puis L'Emile (Littré) n'a-t-il pas écrit que "la campagne est une grande étendue de pays plat" ?
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Aparté : Du secteur concerné à l'appellation caractèrologique, il est bien aussi, le mot "primaire", quand il faut envisager la polysémie...
Pour en revenir à cette opposition de style entre la ville des rats et la campagne des chants, il y a bien sûr les éternels inclassables, qui ont décidé de vivre à la campagne et de travailler à la ville. Cette rurbanisation a au moins fait des émules à l'Académie Française, à défaut d'avoir engendré un ralentissement de l'accroissement de la population citadine.
Oups, désolé, on dit "dédensification", et non pas "ralentissement de l'accroissement de population".
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Enfin bref. On part vers la campagne pour les vacances pendant que l'exode rural les vide (les campagnes) le reste du temps. Les vases aussi, parfois, communiquent mal.
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Ah oui, j'allais oublier. Lorsque vous écrivez " Je préfère annoncer la couleur, moi j’aime pas la campagne", certains vont immédiatement présumer que votre groupe sanguin est "B".
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Bonne journée, Hélène.
Je confirme, c'est mon groupe sanguin (B-, même, j'espère que c'est pas trop grave, déjà que c'est pas trop fréquent).
Ch'uis dans l'Humanité nomade, dites donc, j'aurais pas cru ....
Bonne journée Anne Gentry
Coucou Samines,
Ah merci pour le lien, joli bouquet, c'est vrai que je n'ai pas pris le temps d'aller glaner une fleur ou deux, j'aime bien celle de La Fontaine : "Quel esprit ne bat la campagne ? Qui ne fait châteaux en Espagne ?"
Bon sinon, pour couper court aux rumeurs, moi je suis "A", ce qui m'embête bien, rapport au sexe par exemple (item prélevé malgré moi au hasard de ma lecture diagonale...).
Bonne journée Samines (qu'est-ce que vous êtes matinal !)
Ah, et puis il y a la campagne de sensibilisation et de dépistage, aussi .... (de désensibilisation, ce serait pas mal non plus, parfois).
Moi aussi, la campagne, ce serait plutôt avec modération (mais rigueur, hein. Et souplesse, évidemment).
Je dis ça, mais je suis sous influence de mauvaises lectures, en ce moment :
Hello Anne,
"Campagne de sensibilisation", c'est un occis mort ? nan parce que la campagne, en général, ça endurcit, ça blinde même. M'est avis que vous perdriez beaucoup à vous laisser embrigader... mais je vois que vous avez l'antidote, saines lectures...
Ben, c'est que j'arrive en fin d'année à l'âge où cette campagne-là va me rattraper très officiellement.
Et comme je vais probablement me faire engueuler pour n'avoir pas abondé la campagne non officielle des dix années précédentes, comme l'auteure de ce livre, j'affûte mes arguments anti-campagne, vous voyez ...
Donc je la lis, et je vous lis. No pasaran.
On se rassure comme on peut, c'est ça, la mauvaise foi. Et la campagne, c'est un peu le dogme, aussi, parfois, même quand on ne sait pas bien d'où il nous arrive (quoique ...)
(Un occis mort ? C'est un play au nasme, non ?)
Bonjour!
Lacan-pagne, ou Jacques en petite tenue?
Là où vivent les haies-cure-oeil, nommées aussi pruneliers ou églantiers, les camps-Pagnol fabulateurs, les vies-perd mordantes, les là-pins sous les ça-pins, les lits-maçons, les pies pieuses épiant, les hibous qui font joujou, pas qu'hulottes, d'ailleurs.
Il ya a aussi lève-hache cornues, l'aime ou tond à la laine fétide, et bien sûr les "paye-y-z'en" (Calva ou patates...)
Bref, c'est baux, au ban des lieux; mais certes, c'est suspect: en quand-brousse, il y a beaucoup de candidas, pas tous albicans, mais...
Bonne journée, LN et Satr....
JCD
Mince alors, Lacan était encore là, caché dans les fourrés, et pourtant pas bien vêtu, vous avez raison...
Ce qui me navre c'est l'opposition farouche qui fait régulièrement s'empoigner les tenants du sabrage avec ceux du frappage et les adeptes de la flûte avec ceux de la coupe. Certains fondamentalistes vont même jusqu'à lier la qualité du travail des manipulateurs, négociants ou non, à la grosseur des bulles de campagne.
Moi, ça me sort par le nez !
Bonjour Jonas, j'ai failli vous dédier ce billet tant j'ai pensé, en le relisant, que vous l'auriez bien mieux conduit que moi, mais je crois que vous l'aimez, vous, la campagne ? Après... vous me parlez bulle, alors là... je confesse mon penchant... des années de pratique, si, si, j'ai beaucoup progressé... A la vôtre !
Vous ne l'aimez peut-être pas, mais vous nous y entraînez... Vos petites balades lexicales que je parcours avec plaisir m'évoquent cette phrase, piochée dans les Méditations Erotiques, de Marc-Alain Ouaknin "Par le langage, adviennent le risque et la chance de se faire transformer par la parole d'autrui." Si tous les religieux étaient du même tonneau que ce rabin-philosophe-là, la laicité serait un champ de fleurs, dans son éternel printemps...
Magnifique formule, je ne connaissais pas, à mettre sur le dessus de la pile.
Promenade pour promenade, la vôtre n'est pas mal non plus, pour le coup, vous nous sortez des sentiers battus
Merci pour ce lien plein d'hospitalité
"Oui, à la campagne, tout est possible, espaces radieux, visages illuminés, corps raffermis et pores dilatés."
Tss, tss, vous voulez désespérer le bonheur naissant ou retrouvé de la campagne (là juste à gauche après le coin)?
Bonjour Fantie,
Je sais, je risque de passer pour rabat-joie, tant pis, mais cet enthousiasme subit me questionne, ces effets médiatiques, la mise en scène des convictions, dans des modalités complètement figées, vraiment l'impression d'assister au mieux à un rituel, au pire à un jeu.
Cela va très mal en France. On nous promet un challenge NS / FH, mais le peuple français est massivement paumé, écrasé, intoxiqué de mensonges... je crains qu'il ne veuille, en effet, massivement du front national (rien que le nom !!!)... et je ne vois aucune forme d'éducation populaire, nulle part. Vraiment MLP a toutes les chances de passer, je me prépare à ça, au retour du refoulé, à la grande régression identitaire, au coeur même des grandes effusions oratoires.
"ne pas oublier la liaison"... On n'est pas obligé d'avoir une liaison de campagne. Non plus.
Savoureux Hélène ce billet de campagne, c'est un plaisir de battre la campagne en vôtre "campagnie", d'autres nous la battent et la rebattent, si elle bat son plein , elle ne bat pas sa coulpe, elle bat plutôt de l'aile , campagne d'ici mais aussi de Russie.
Bonsoir Espoir, toujours un petit signe de votre part, merci, je me sens très honorée de ces visites et commentaires... oui ça bat de l'aile quand même, ça se croit des ailes... gare à la chute !
J'aime bien Jean-Luc ... Godard !
« Si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la montagne, si vous n'aimez pas la ville, allez vous faire foutre ! »
Mythique !!!
...la campagne est pleine de promesses qui ne seront pas tenues...mais ma compagne a des tenues pleines de promesses...
La campagne ? Il n'y a que de l'herbe ! Pour brouter, je sais faire. Mais pour ruminer... comment c'qu'on va faire ?
Je lui avais d'ailleurs dédié une petite lettre d'amour, mais la mise en page à été totalement sabordée sur Médiapart. Z'ont dû confondre la mer et la campagne !
Bonne soirée Hélène
Sauvons les vaches,broutons !
(j'en ai un autre, de slogan de campagne : "Les bouzes et le flouze, même combat !")
ma ptite dame, j'ons plein d'raisons d'm'occuper d'la campagne, moué. J'avons toujours habité la campagne. Et, en tant qu'ancien militaire, j'ai fait campagne. Quand j'ai lu votre titre, je pensais que vous n'aimiez que la ville ; il en faut aussi, il y a déjà trop de monde pour moi, à la campagne. Et ailleurs aussi : au bord de la mer, dans le désert, en montagne. Même en ville "mes semblables" me gênent. Ça se soigne, peut-être ?