Sam.
25
Oct

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La permaculture comme solution aux crises

Transcription de la vidéo « La Permaculture : Re-cultivons des réponses simples ! Interview avec Charles Hervé-Gruyer – YouTube » (1)

 

 

En quoi la permaculture peut-elle apporter des solutions à la crise ?

 

 

Résumé :

« L’un des principaux intérêts de la méthode de la Ferme du Bec Hellouin est qu’elle permet de produire davantage sur une surface réduite, libérant ainsi de l’espace agricole pour planter des arbres fruitiers et créer des réserves de biodiversité. Nous avons un rêve : voir nos pays se couvrir de jardins et de vastes forêts comestibles, créant un grand nombre d’emplois, améliorant l’état de santé et élevant le niveau de bonheur de nos contemporains.

Le changement de nos modes de production alimentaire pourrait contribuer à la nécessaire mutation de notre civilisation, la faisant passer d’une société énergivore et mondialisée, prédatrice et conquérante, fondée sur l’accumulation des richesses de la planète entre les mains d’une minorité, à une société solidaire, sobre, économe en énergie comme en ressources, mais assurant durablement à chacun les biens essentiels. Une économie fondée sur le sol est réelle et solide, à l’inverse de l’économie boursière actuelle, purement virtuelle.

Oui, il y a un lien entre la Terre et le bonheur des hommes. A notre niveau, l’un des bonheurs de notre vie de paysan est de sentir que ce métier, pratiqué sur un petit lopin de terre au fond d’une vallée normande, nous relie au Tout. «Think globally, act locally» recommandait Schumacher. «Faire partie de la solution plutôt que du problème», suggère Patrick Whitefield. Produire naturellement des aliments de qualité a un impact sur la santé, sur l’emploi, les paysages, la sécurité alimentaire, l’autonomie énergétique, la faim dans les pays du Sud, le réchauffement climatique… et sur le bien-être de ceux qui nous entourent. Trouver un sens à ce que l’on fait justifie bien quelques efforts ! »

 

(tiré de : www.fermedubec.com/philosophie.aspx)

 

 

 

Intro (Petra)

Nous sommes au Bec-Hellouin, commune de l’Eure en Normandie, à la ferme biologique de Perrine et Charles HERVE-GRUYER (site www.fermedubec.com) située sur une « île-jardin ». On est entourés d’eau, d’animaux, de poissons, d’oiseaux, d’insectes. Ici la méthode de culture est inspirée de la nature, et elle est très productive. Elle est dite « permaculturelle ».

 

Définition (Charles)

La permaculture (de l’anglais « permanent agriculture ») n'est pas très connue du public francophone. La force de ce système, c'est de créer des installations humaines qui fonctionnent autant que possible comme des écosystèmes naturels.

 

L’idée

Ce n'est pas un scoop : on vit dans une société qui est très dénaturée, on n’arrête pas d'artificialiser la nature, et on voit bien que ça nous mène à une impasse. L'idée centrale de la permaculture, comme du bio-mimétisme et de toutes ces démarches qui sont "bio-inspirées", c'est de se mettre humblement à l’école de la nature, de la prendre pour modèle, de reconnaître qu'elle a une expertise incroyable.

 

La vie est apparue sur cette planète il y a 3,8 milliards d'années, et on bénéficie d’une biosphère qui, au cours de cette très très longue histoire, a su déjouer toutes les embûches pour s’auto-perpétuer, pour évoluer constamment et aller vers des formes de vie supérieures, dont l’humain est l’aboutissement. C’est purement incroyable, mais on a l'honneur et le privilège d'habiter la seule planète vivante connue dans notre cosmos !

 

Au service des forces de vie

En résumé, plutôt que de détruire la nature, il vaut mieux se mettre au service de sa force qui était là bien avant nous, qui a une expertise que nous n'avons pas. Nous sommes des nouveaux venus, des tout nouveaux joueurs dans le grand jeu de la vie. Alors, on observe ce qui fait la force d'un écosystème naturel, et on constate qu'il y a d'abord une grande biodiversité.

 

Mais, tout aussi important - qui saute moins aux yeux - est le réseau de relations extrêmement denses, l'interdépendance qui relie tous les composants du système, qui fait que tout intéragit, tout échange, tout partage, tout communique. Chaque élément profite aux autres, et profite des autres : les déchets de l'un vont faire le profit de l’autre, tout est recyclé. Ce sont des systèmes qui fonctionnent en boucle, où l'on constate que chaque fonction importante est remplie par plusieurs éléments, que chaque élément remplit plusieurs fonctions, et qu’ainsi on a des systèmes qui sont auto-fertiles, très résilients, très autonomes, et qui donnent toujours plus qu'ils ne prennent.

 

Virage à 180°

Chaque écosystème contribue au bien-être de l'ensemble de la biosphère, et le tout est plus que la somme des parties. Alors que l'homme a généré des systèmes linéaires très gourmands en énergie et en ressources, qui produisent beaucoup de déchets, et finalement détruisent très vite les milieux. En 50 ans, on a causé des ravages majeurs à la biosphère. Donc la permaculture est réellement un virage à 180° par rapport à l'approche occidentale « moderne » de l’agriculture, ce qui donne des perspectives très enthousiasmantes.

 

Histoire

On peut évoquer en deux mots l'histoire de la permaculture, qui est une histoire très récente.

Le mot a été forgé au début du XXe siècle, mais le principe lui-même a été énoncé sous sa forme actuelle par deux Australiens, Bill Mollisson et David Holmgren. Leur premier livre est paru en 1978 : « Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l'autosuffisance et les exploitations de toutes tailles ».

 

Cela explique l'essor de la permaculture surtout dans le monde anglo-saxon. Nous avons des ouvrages en langue française depuis assez peu de temps.

 

Concept

Mais de quoi s’agit-il ? C'est peut-être une science, peut-être un art, un peu des deux je crois…

 

En France, les applications ne sont pas encore si nombreuses que ça. Aujourd'hui, en dehors de la sphère des jardins, on en voit une application majeure dans le mouvement dit des « Villes en transition ». Potentiellement, la permaculture peut s'appliquer aux villes, aux entreprises, à l’ensemble des communautés humaines.

 

On peut même imaginer des « designs » (des conceptions permaculturelles) immatériels. Ainsi on peut appliquer les concepts permaculturels à un réseau d'échanges, par exemple.

 

Maintenant, il faut reconnaître que là où cette conception a été le plus appliquée, c’est à la sphère des jardins, c’est pourquoi la permaculture est souvent réduite à une super-méthode de jardinage naturel ; or c'est quand même bien plus que ça !

 

En économie il existe un modèle assez proche, c’est « l’économie circulaire », une démarche comparable, où tous les éléments sont en interconnexion les uns avec les autres, et où les relations sont bénéfiques pour tous.

 

Le grand saut

En créant la ferme du Bec Hellouin ous étions très inexpérimentés, nous n’avions aucun bagage, c’est pourquoi on s'est mis à chercher des solutions ; et c’est ainsi qu'on a rencontré la permaculture, les travaux de pionniers aux États-Unis comme par exemple Eliot Coleman, John Jeavons, ainsi que la trace des maraîchers parisiens du 19e siècle, qui étaient de très grands maîtres en maraîchage.

 

On s'est inspiré également de méthodes pratiquées au Japon, en Corée… on a essayé de faire une synthèse entre plein de bonnes pratiques, et ça a donné cette ferme, qui est toute petite et en même temps extrêmement productive.

 

Objet de recherches

La ferme du Bec-Hellouin intéresse pour cette haute productivité, quasiment sans recours au énergies fossiles. Nous réalisons actuellement une étude en partenariat avec AgroParisTech et l’INRA, avec pour but de recueillir des chiffres exacts, de modéliser ce qui se pratique ici.

 

Place à la créativité

Même si ça nous paraît important de pouvoir valider scientifiquement notre expérience, pour Perrine et moi, ses créateurs, cette ferme n'est en rien un modèle ou un exemple, juste une démarche fondée sur une intuition, et le résultat d’un rêve : celui de vivre avec nos enfant de manière autonome, d’être le plus possible autosuffisants au niveau de l’alimentation. C’est cette volonté, associée à une démarche de reconnection avec la nature, qui a fait que nous sommes devenus des « paysans-agriculteurs-bio-maraîchers-arboriculteurs », en 2006.

 

Car je crois que l'agriculture peut être à la fois une somme de techniques, mais en même temps elle peut laisser place à toute la créativité humaine et du coup, redevenir un art. On a donc conçu la ferme un peu comme un tableau ; et le fait de laisser une place majeure à la vie, à la nature, nous a récompensé au centuple.

 

Une productivité surprenante, une vraie révolution, le travail humain réhabilité

Car on s'aperçoit maintenant – c'est l'objet de l'étude évoquée – que sur une surface de 1000 m² que nous cultivons pratiquement entièrement à la main, avec des buttes permanentes (surtout pas de labour), on arrive à produire sensiblement autant que nos collègues maraîchers bio mécanisés sur 1 hectare.

 

C'est une petite révolution, parce que cela va complètement à l'encontre de la pensée dominante. Dans le monde agricole, on est un peu formaté pour penser que plus on est grand plus on gagne, et plus on est mécanisé mieux on se porte.

 

Nous on a découvert, chemin faisant, que travailler manuellement crée un système certes gourmand en main d'œuvre (ce qui paraît aberrant, un non-sens dans un monde dominé par la machine), mais viable. Car on essaie de faire tout petit mais extrêmement soigné, « amoureusement soigné », et on s’aperçoit qu’en fait il y a plein de choses que la « main humaine » sait faire et que la machine ne peut pas faire, c'est un peu rassurant quelque part !

 

Notamment, associer et densifier les productions, intensifier les cultures et avant tout, veiller passionnément au bon état du sol. Car la machine détruit la fertilité naturelle du sol.

 

Symbiose

Ici on n’a pas de tracteur, mais on a des tonnes de petits copains qui travaillent pour nous gratuitement jour et nuit avec joie, dans la bonne humeur (en tout cas on ne les entend pas râler !), ce sont les milliards et milliards de vers de terre, de bactéries, de champignons, de mycorhizes, d’azotobacter, etc. Qui étaient là des centaines de millions d'années avant que l’être humain n’apparaisse sur terre, et qui sont de fantastiques producteurs d’humus, des créateurs de fécondité.

 

On a donc cessé de croire qu'on fait pousser des plantes. On ne fait pas pousser les plantes. Tout le pouvoir de croissance, tout le potentiel de croissance d'une plante est contenu dans la graine, chaque graine est un miracle, et la fonction du sol (avec l’eau et le soleil) est de favoriser l'épanouissement de la graine.

 

Des auxiliaires de la profusion

Nous, on cherche juste à créer un contexte où ces forces de vie puissent s’épanouir : limiter le vent, apporter de l'eau, de la chaleur, augmenter l'humidité grâce au microclimat que l'on génère ; favoriser la fécondité en arrêtant de travailler le sol, avec ces buttes permanentes.

 

Et vraiment, on peut dire que ça marche. Les chiffres sont là, ça marche ! Non seulement c'est plus productif mais en plus, on a une reconnaissance de grands chefs cuisiniers étoilés qui nous disent : vos légumes ont une saveur incomparable.

 

Donc je pense que ce qui vient de la nature est bon, que la nature est bonne. Elle est généreuse, elle est féconde, et même sans pétrole on peut arriver à des niveaux de productivité qui paraissaient impensables avant. Pour nous, la soi-disant « agriculture moderne » est une régression pire que le néolithique, en fait.

 

Mauvaises pratiques, drame en cours

Parce que les premiers agriculteurs brûlaient la forêt puis ils y implantaient leurs cultures, et une fois qu'ils avaient épuisé cet excédent de fertilité qui venait de la forêt, qui avait quelques siècles, ils abandonnaient la zone et ils partaient plus loin.

 

Actuellement, l’agriculture utilise des quantités incroyables d'énergie fossile (issues de l’excédent de fertilité du carbonifère) que la nature a stockées sous forme de pétrole et de gaz, et qu’on est en train d'épuiser en quelques décennies alors qu’elles ont mis des centaines de millions d'années à être générées.

 

Voilà comment on a créé une agriculture qui est extrêmement infertile. Il faut actuellement 10 ou 12 calories d'énergie fossile, de pétrole ou de gaz, pour produire une calorie dans notre assiette, c'est pire qu’au néolithique !

 

Et on détruit nos écosystèmes, on détruit la biodiversité, on épuise la fertilité des sols, la fécondité naturelle des agrosystèmes. On pratique une « agriculture de steppe », or l'étape qui suit la steppe, c'est le désert. C’est pourquoi on a perdu, en cinquante ans, 30 % des terres arables de la planète !

 

Inverser la vapeur !

Ce qui est passionnant, avec cette agriculture bio-inspirée, c'est qu'on s'aperçoit qu'on peut très vite, en allant dans le sens de la vie, inverser cette spirale descendante et rentrer dans une spirale vertueuse.

 

On peut créer une abondance de nourriture, une nourriture savoureuse et bonne pour la santé humaine, tout en créant de l’humus, tout en stockant du carbone, tout en laissant s’exprimer la richesse de la biodiversité locale, cultivée et sauvage, tout en respectant la ressource en eau.

 

On voit qu'il y a plein d'oiseaux rares qui viennent maintenant nicher et partager l'espace avec nous ; on voit que dans ces mares il y a des truites, des carpes, des petits poissons, des écrevisses, toutes sortes d’animaux qui sont revenus spontanément, des grenouilles qui nous aident en mangeant les limaces, etc.

 

Bonnes nouvelles

Donc en fait, on peut créer beaucoup d'emplois sur des très petits territoires, favoriser l'autonomie alimentaire de ces endroits, permettre l’expression de la nature, et en plus, embellir notre vie. Parce que c'est beau ! Et Bill Mollisson le disait : « Pleasure is also a crop ! », « Le plaisir est aussi une récolte ! ».

 

Il disait aussi : « Peut-être qu'on cherche à recréer le jardin d'Eden, OK,  why not ? Pourquoi pas ? » Mais oui, pourquoi est-ce qu'on s'empêcherait de vivre dans la beauté ? La beauté, c'est aussi une nourriture.

 

Donc là, on a essayé de créer un petit jardin d'Éden qui donne davantage que de la nourriture pour les corps (ce qui est déjà pas mal, c’est déjà une très très belle mission), qui permet aussi une reconnection à la vie, à nos corps, à la santé, et crée de la beauté. Et de l'amour. Et de la joie en fait.

 

Une ferme permaculturelle produit aussi du bonheur, la vie produit du bonheur, et ici, cet espace, on le voit bien, engendre de la joie, on se connecte différemment à la terre, à la nature, aux personnes. Au monde futur.

 

Vision d’avenir vs catastrophe programmée

On peut créer des micro-fermes avec des gens qui travaillent à mi-temps à l’extérieur, et qui cultivent chez eux en permaculture pour avoir une certaine autosuffisance au niveau de leurs aliments.

 

Ceci n'est que ma vision. Avant de devenir paysan, j'ai été marin (à bord du voilier école Fleur de Lampaul) et j'étais un peu hanté par cette question : comment est-ce qu'on peut habiter durablement cette planète, comment est-ce que l'homme peut vivre heureux dans ce bijou, dans ce jardin planétaire ? J’ai été longtemps « à l'école des peuples premiers », qui m'ont beaucoup apporté. J'ai eu beaucoup de maîtres aux pieds nus, j’ai rencontré des sages, et quand j'ai découvert la permaculture, c'est comme si les morceaux du puzzle s’assemblaient, avec une sorte de cohérence. C'est pour ça que, pour ma femme Perrine et moi, la découverte de la permaculture a été un grand choc.

 

En fait, qu'est-ce qui se passe ?

Il se passe qu’actuellement un européen consomme trois planètes, c'est-à-dire que notre « empreinte écologique » est de trois planètes, cinq pour un nord-américain. Donc il en va de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures, et vis-à-vis des habitants du Sud qui eux consomment moins d'une planète, de diminuer par trois au moins notre empreinte écologique. Si l’on veut qu'il reste quelque chose pour les générations à venir, pour nos enfants, nos petits-enfants.

 

Et comment peut-on diviser par trois notre empreinte écologique ? Personne ne le sait réellement ! En tout cas, ce que nous proposent les gouvernements, les institutions internationales, c'est absolument et complètement insuffisant, ce sont des petits sparadraps sur un immense ballon qui est en train de fuir de toute part.

Donc si l’on ne veut pas provoquer l'effondrement de cette biosphère, et ruiner une aventure qui a 3,8 milliards d'années, il faut absolument que très rapidement on trouve des solutions.

 

Vous avez dit « alternative » ?

Et plus on réfléchit, plus on s'aperçoit que se reconnecter à la terre peut être un puissant levier pour réinventer la société. Personne n'y pense parce que le statut de paysans est méprisé depuis toujours, et qu’on a presque complètement sorti la terre de notre imaginaire collectif. S'il y avait un homme politique, de droite ou de gauche, qui disait : « Mes amis, j'ai trouvé la solution, on ne va pas chercher a réindustrialiser la France, on ne va pas chercher la croissance à tout prix pour réduire le chômage, on va revenir à la terre », tout le monde le regarderait avec des yeux ronds, personne ne voterait pour lui, on dirait : « Mais il est barjo celui-là ! ». Et pourtant…

 

On vit dans un monde complètement virtuel, dans une économie qui est très monétarisée et virtuelle, qui repose sur du vide, qui va de bulle en bulle, et puis les bulles explosent et c'est le krach, alors on renfloue jusqu'à la prochaine bulle. Ca ne va pas, ça ne marche pas. Et ça ne peut pas marcher.

 

Redevenir producteur

Alors qu'avec la terre c'est différent. À l'origine de la vie, il y a le fait de quotidiennement se nourrir et boire de l'eau pure. On a tous l’intention, je pense, de continuer à manger ! Donc cette question de la production alimentaire dépasse les frontières du monde paysan et concerne chacun d'entre nous.

Selon beaucoup d'études, grosso modo l'impact de ce qu'on mange, de notre assiette, est à peu près de 30 % de notre empreinte écologique.

C'est très important que chacun, ou en tout cas une part croissante de la population, redevienne producteur au moins d'une partie de sa nourriture car quand on la  produit soi-même, au lieu de dépenser 10 à 12 calories fossiles, on en dépense pratiquement zéro.

 

Vers l’efficacité

Au contraire, pour une calorie investie, si nos pratiques sont un peu efficaces, on récolte des dizaines de calories. Une étude a montré qu’un paysan chinois, dans les années 1930, pour une calorie investie en récoltait 40. Donc on peut dire que d'un point de vue énergétique, ce paysan chinois était 400 fois plus productif que notre agriculture moderne !

 

Il est donc très important de sortir de cette mondialisation de la nourriture, des biens matériels. Mais accélérons la mondialisation des nourritures immatérielles : les idées, les cultures, les musiques, les spiritualités, tout ce qui fait le trésor culturel de l'humanité. Ca c'est génial, que ces biens-là voyagent de plus en plus, et que chaque communauté humaine soit potentiellement reliée à toutes les autres.

 

Mais il faut qu'on arrête de faire circuler autant les biens et les personnes, parce que ça « plombe » trop la planète, on ne va pas pouvoir continuer comme ça.

 

Pensons local et diversifions

Si on veut continuer à manger demain, il faut que la nourriture soit produite localement. Donc on a cherché à modéliser ce système de micro-ferme, afin que chacune de ces entités soit un lieu de production de nourriture bio de qualité, pour la communauté locale.

 

On s’aperçoit qu'il y a plein de métiers de l'agriculture qui peuvent tout à fait s'accommoder d'une surface d'un hectare, au sein duquel un permaculteur pourra, à côté de son habitat, consacrer 1000 m² aux cultures maraîchères et avoir, parallèlement, une « forêt jardin », un pré-verger, des animaux, des haies fruitières, il pourra creuser une mare où faire de l'aquaculture, installer des ruches, etc. Et du coup, avoir un petit agroécosystème bien diversifié, complexe, donc beaucoup plus productif et résilient.

 

Y compris en termes économiques, cela ouvre le champ des possibles car il y a plein de métiers de l'agriculture qui s'accommodent de petites surfaces : le petit élevage, les fruits rouges, les plantes aromatiques et médicinales, les fruits avec transformation, l'apiculture, les pépinières, être paysan-boulanger, etc.

 

 

En quête de sens

On peut donc imaginer de toutes petites unités, et ce qui est très chouette avec cette approche « micro », c’est qu’on peut créer une ferme avec quelques centaines de mètres carrés, et être paysan à temps partiel.

 

Les cultivateurs de demain ne seront pas forcément issus du monde paysan, ce sera des gens comme vous et moi, qui souhaitent se reconnecter à la terre parce qu'ils sont en quête de sens, en quête de cohérence, en quête de qualité de vie. Parce qu'il faut le dire, être paysan dans un jardin c'est merveilleux !

 

Faisons vite…

Il y a donc potentiellement des millions et des millions de micro-fermes qui peuvent être créées : dans les jardins de banlieue, dans les parcs. Il y a des millions de gens qui ont des propriétés avec 1000 m² de pelouse, ou plus, ou moins. Il y a des exemples qu’on voit sur internet, comme aux États-Unis où une famille en Californie a créé un jardin de 320 m² dans un pavillon de banlieue, et ils font 20 000 $ de chiffre d’affaire, le papa et ses trois filles travaillent sur la propriété. Donc voilà 320 m² de pelouse transformés en ferme permaculturelle, qui font vivre plusieurs personnes, avec une joie merveilleuse et pour le plus grand bonheur des habitants du quartier.

Voilà, la première étape c'est qu'on peut, avec très peu d'investissement et très peu d'achat de foncier, ou alors en tirant parti du foncier qu'on a déjà, créer un million, deux millions, trois millions de micro-fermes en France.

 

Libérez l’espace !

Et ça change tout, car comme on peut concentrer la production sur de tous petits territoires de manière beaucoup plus efficace, on libère de l'espace. J’adore cette idée qu’on puisse « libérer ».

On vit dans des faisceaux de contraintes pas possibles, et là, pour la première fois, on se libère des contraintes, c'est génial non ?

Et on peut libérer de l'espace avant tout pour planter des arbres. Je crois que l'arbre, c'est vraiment lui qui va sauver la planète.

 

Plantons des arbres !

On pourrait planter sur terre des milliards d'arbres fruitiers, des milliards de forêts-jardin, ça aussi c'est un concept qui nous vient des peuples du Sud. Ce sont des forêts nourricières qui vont contribuer à produire beaucoup de nourriture localement, tout en stockant du carbone, tout en créant un bon sol fertile, tout en respectant l’eau, en restaurant des microclimats favorables à la vie, et en embellissant les paysages.

 

Changer intensément

S’agissant de la France, cela laisse entrevoir un pays dont une partie va être intensément jardinée, une partie va être plantée de vergers, de forêts nourricières, une partie va être redonnée à nos compagnons les animaux et les plantes dans des réserves de nature sauvage. L'agriculture pourra revenir au coeur des villes, dans une France très différente où il fera meilleur vivre.

 

On s’organise !

Et ça, c'est le premier étage de la fusée, mais on peut imaginer des « écosystèmes de micro-fermes » qui mutualisent une partie des moyens, où les déchets sont valorisés, où les abeilles de l'apiculteur vont polliniser les cultures du maraîcher et les fruits rouges, etc. Des ecosystèmes de plusieurs fermes qui partagent des outils, une petite boutique, un(e) secrétaire comptable…

 

A plus vaste échelle, on peut aussi promouvoir des systèmes agraires solidaires où l’on va convertir des exploitations actuellement en monoculture de 100, 200, 500 ha, en mosaïques de fermes. Et on va favoriser tout ce que la région peut potentiellement produire, en multipliant les échanges, la mutualisation, les coopérations pour des systèmes beaucoup plus productifs, plus résilients, plus autonomes en énergie.

 

Ainsi l'agriculture peut-elle être un socle, le renouveau des paysans s’accompagnant tout naturellement de celui des artisans, ce qui nous permettrait de réinventer une société fondée sur des richesses locales et durables.

Et la première richesse locale et durable, c’est la fertilité des sols, et c’est la profusion de la nature autour de nous.

 

Un monde pour tous

Je pense que nous allons rentrer dans une ère de désindustrialisation, n’en déplaise à nos élus. Parce que beaucoup de matières premières s’épuisent, les stocks d’énergie fossile s’épuisent, jamais l’industrie ne pourra réassurer le plein emploi comme c’était le cas par le passé, alors que « la terre » le pourrait.

 

Historiquement, au cours du XXe siècle on a détruit volontairement des millions de fermes en France, et encore actuellement il y en a une qui disparaît toutes les 20 minutes je crois.

On a détruit ainsi des millions et des millions d’emplois agricoles qui, chacun, générait plusieurs emplois associés d’artisanat, de petits commerces etc. Tout ça au profit de l’industrie.

Et maintenant que les industries déclinent, on se lamente, et on pleure sur nos millions de chômeurs.

 

La conversion… du regard

La terre peut-être un recours, la terre peut-être un merveilleux recours.

Le coût des indemnités d’un chômeur en un an ou deux lui permettrait de créer sa micro-ferme, qui va être productive pendant des dizaines d’années.

Et lui permettre de reprendre du pouvoir sur sa vie : socialement ça pourrait être très valorisant de produire soi-même sa nourriture, et d’en produire pour la communauté locale.

 

Saint Exupéry disait que les trois plus beaux métiers du monde sont : aviateur, écrivain… et agriculteur.

Je trouve aussi que paysan est l’un des plus beaux métiers en effet. Il faut qu’on guérisse notre imaginaire collectif, qu’on élimine ces visions négatives « du plouc, du cul-terreux, du bouseux »,  car être paysan franchement c’est un métier magnifique ! Tu travailles avec la vie, c’est un miracle, un émerveillement quotidien, pratiqué comme ça.

Et voilà, il faut impulser une nouvelle manière d’être paysan au XXIe siècle, ou tu auras sans doute un râteau, une grelinette dans une main, et un ordinateur avec internet dans l’autre.

 

Attention, transformation de la société !

On peut tout à fait être professeur, artiste peintre, dentiste, boulanger, informaticien ou cadre administratif dans une boîte trois jours par semaine, et puis deux ou trois jours tu es dans ton jardin et tu produis des bonnes choses pour ta famille et pour quelques dizaines d’autres familles autour de toi, c’est magnifique comme vie, j’insiste là-dessus.

 

Si l’on veut inventer une société durable et qui permettrait aux gens de vivre bien tout en guérissant la planète - parce qu’il s’agit bien de cela à l’heure actuelle, c’est de notre responsabilité -, redevenir paysan à temps partiel, ou bien juste pour se nourrir soi et sa famille, peut être une réponse. Cela permettrait de transformer progressivement toute la société.

 

Pour le plus grand bonheur des vers de terre

Recréons des communautés locales vivantes avec des petits commerces, des écoles, des associations etc. Ce ne serait pas un retour au passé,  grâce aux nouveaux moyens de communication. On aurait une relocalisation de la production alimentaire, de l’artisanat, de nos besoins essentiels, mais en même temps chaque communauté serait potentiellement connectée à toutes les communautés du monde. Tu peux échanger avec des Péruviens, avec des Népalais, des Japonais, des Russes, ou bien avec des habitants de la ville d’à-côté. Quand on articulera cette vision globale et cette action locale, là on sera capable d’imaginer un monde où il ferait vraiment bon vivre pour tous, y compris pour les oiseaux, les vers de terre et bien sûr, les habitants des pays du sud.

 

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Semons tout ça, semons des graines dans cette direction-là, dans les coeurs de plein de personnes qui nous lisent et nous écoutent !

 

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(1) http://www.youtube.com/watch?v=ZraLama_EmI, vidéo réalisée par Petra Popp (nom de sa chaîne « New ideas for a new world »), publiée le 9 juil. 2013.

 

(description) « Dans l'Eure, en Normandie, nous nous trouvons avec Charles Hervé-Gruyer et son épouse, Perrine, créateurs de la Ferme biologique du Bec.
Il nous expose les principes de la Permaculture dans l'Agriculture et nous donne sa vision sur des Micro-Fermes...
"Prenons soin de la Terre, des Hommes et partageons équitablement les Ressources!"

Pour plus d'informations sur la Permaculture et des Formations en Permaculture dans l'Ecocentre de la Ferme du Bec, cliquez sur : www.lafermedubec

Autres informations sur la Permaculture : permaliens.wordpress.com/permaculture/de­finition/ »

 

Cette transcription, réalisée par Hélène Nivoix ([email protected]), comprend quelques modifications de pure forme, et l’ajout de sous-titres approuvés par l’interviewé.

Tous les commentaires

11/04/2014, 01:05 | Par jdapr

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13/04/2014, 13:43 | Par Corinne N

recommandé et partagé ! Sourire

 

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