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Réflexions sur la stratégie du clivage

Nicolas Sarkozy est-il vraiment devenu fou? On peut être interrogateur sur la stratégie de l’Élysée. Il cumule les déclarations fracassantes en vue de l'électorat conservateur pourtant minoritaire. Le gain en terme d’électorat reparti vers le Front National peut paraître limité vu la réprobation suscitée dans la droite modérée et au centre. Il en va tout autrement si l'on considère que la radicalisation du débat clive aussi la gauche et le centre.

Nicolas Sarkozy reste un stratège politique hors pair. Il a parfaitement identifié que ses challengers les plus menaçants sont les plus centristes. Un social démocrate comme Dominique Strauss Kahn le battrait bien plus certainement que Martine Aubry. Une écolo-centriste comme Eva Joly est bien plus redoutable pour lui qu'une Cécile Duflot. Car ces candidats sont capables de regrouper au deuxième tour des présidentielles, les voix centristes et celles de gauche. Pour cette raison, l'homme à abattre de la première partie du quinquennat a été François Bayrou. Des moyens immenses ont été déployés pour débaucher l'un après l'autre les anciens UDF dès les législatives. On a fait en sorte qu'il n'y ai qu'un minimum de candidats MoDem élus aux municipales. A Pau, on est même allé à l'alliance contre nature avec le PS pour empêcher le leader centriste d'être élu. L'Elysée a soutenu Europe Écologie aux européennes, car le mouvement écologiste a une base électorale commune avec le MoDem... Maintenant que François Bayrou est moins menaçant, l'attitude de nombre de médias est moins complaisante avec Europe Ecologie: Eva Joly tout d'abord encensée serait brutalement devenue très limite sur les questions autres que judiciaires, les Verts auraient pris le contrôle d'un mouvement amené à se radicaliser et où les querelles internes redoublent... Europe Écologie semble pris de MoDemite: le mouvement serait-il devenu trop dangereux?

Le meilleur moyen de couper l'herbe sous le pied des dangereuses candidatures sociales démocrates, écolo-démocrates ou centristes est de radicaliser le débat. Il vaut mieux déclencher une escalade verbale où l’affect prime que de poser les bases d'un vrai débat de société où les candidats les plus posés pourraient affirmer une stature présidentielle. L'absence de débat sur les retraites est un exemple du genre. Dès qu'on analyse un tant soit peu la problématique, on s’aperçoit que le véritable enjeu est la place du travail dans une société qui n'arrive pas à garantir le plein emploi. Reculer l'age de la retraite sans améliorer l'emploi des seniors est une escroquerie. La Finlande qui a réformé il y a 12 ans sa politique d'emploi des seniors a un taux de chômage chez les seniors à 4% et réquilibré ses comptes sociaux! Alors même que le pays descend en masse dans la rue pour contester l'absence de dialogue et le caractère injuste de la réforme proposée, le gouvernement s'obstine à passer en force quitte à déclencher une grève générale. On pourrait trouver cette stratégie suicidaire, mais elle commence à porter ses fruits. Alors qu'au départ beaucoup d'idées souvent novatrices ont étés proposées: système à points, salaire de vie... Ce sont les déclarations les plus radicales et clivantes comme la promesse par des dirigeants socialistes de revenir à la retraite à 60 ans en 2012 qui sont les plus audibles.

En se radicalisant, le mouvement renforce la gauche plus radicale et augmente les chances de voir Martine Aubry choisie par les militants socialistes aux primaires au détriment de Dominique Strauss Kahn. Elle renforce aussi ses chances de ne pas être dépassée au premier tour par Eva Joly. Mais au final, la radicalisation du PS diminue les chances que des électeurs centristes votent au deuxième tour pour un parti prônant le retour à la retraite à 60 ans.

La prochaine étape sera un recentrage très net de la politique gouvernementale. Très probablement en nommant Jean-Louis Borloo premier ministre. Ce dernier mènera à n'en pas douter une politique écolo-centriste, regagnant du terrain sur cet électorat pour avoir une base suffisante pour gagner le deuxième tour de la présidentielle. Reste à savoir si les postures clivantes, issues du débat sur l'identité nationale, le virage sécuritaire et la politique d'immigration n'ont pas définitivement vacciné cet électorat contre un vote Sarkozy au deuxième tour...

Tous les commentaires

08/10/2010, 02:38 | Par Christel

Brillante analyse nocturne Monsieur Lelièvre !

Je la partage á 100 pour cents ! Malheureusement, dirais-je... car la mauvaise pente que prennent les choses est celle que vous décrivez trop bien !

Vous devriez nous écrire plus de billets la nuit, ils sont fabuleusement et terriblement pertinents ! (et ce même si tous vos billets sont pertinents, même ceux du jour)

:) un peu de sourire dans une ambiance de réalisme désagréable :(

 

 

08/10/2010, 02:40 | Par Christel

Voila le type de billet qui mériterait une traduction anglaise, si je peux me permettre !! Lucide, posé, argumenté et si vrai qu'on en a la chair de poule en le lisant. Vraiment.

08/10/2010, 03:49 | Par patrick 44

@Mr.Lelièvre, votre analyse tient la route tant que les conditions de la prise de retraite à soixante ans n'auront pas été explicitées par la gauche et notammet le PS. Ce qui devrait intervenir bien avant les élections. Dans l'immédiat le rôle de l'opposition parlementaire reste de dénoncer un projet regressif contraire aux engagements européens déjà signés par la France qui ne sauraient être passés par pertes et profits qu'à l'occasion d'un referendum. Par ailleurs, il appartient à l'opposition et aux syndicas de tout faire pour que la chienlit de la rue ne prennne pas le dessus sur la confrontation des idées. Le pouvoir est en effet à l'affut de dérapages qui ramènerait vers lui une clientèle qui aujourd'hui lui échappe.

08/10/2010, 09:46 | Par mistral 07 en réponse au commentaire de patrick 44 le 08/10/2010 à 03:49

@ Patrick 44

" il appartient à l'opposition et aux syndicas de tout faire pour que la chienlit de la rue ne prennne pas le dessus sur la confrontation des idées"

Quelle curieuse façon de considérer l'engagement de millions de citoyens à faire entendre leur voix. Si pour vous manifester est un dérapage, alors attendez patiemment une réélection de NS dont vous semblez avec M Lelièvre admirer la perspicacité politique. Bayrou et le Modem ont été balayés du paysage avec ce genre d'analyse. Imaginer le changement au seul prix de caresser les électeurs centristes dans le sens du poil...c'est à coup sûr favoriser la droite. Ni droite ni gauche par exemple. Plutôt DSK que M. Aubry etc etc...

 

08/10/2010, 13:58 | Par patrick 44 en réponse au commentaire de mistral 07 le 08/10/2010 à 09:46

@ Daniel Wirz. Vous dénaturez mes propos. Je suis en effet de ceux qui manifestent et appellent à manifester ! Mais je sens aussi monter la haine autour de moi et le besoin (ou l'envie) de casser, de faire monter la pression au risque de déclencher des évènements que nous ne saurions pas maîtriser. J'ai trop d'années de militantisme pour ne pas savoir que cela nous mène toujours à une forte reprise en main des destinées du pays par la droite qui n'hésite jamais à utiliser des officines pour initier des provocations et susciter des réponses musclées qui feront florès lors des journaux télévisés. Barrer la route à de telles pratiques est donc indispensable et doit faire partie des préoccupations de syndicats responsables et de l'opposition.

Je persiste donc.

08/10/2010, 10:44 | Par Chem Assayag

 

A mon sens votre analyse n'est qu'en partie juste: en effet un recentrage brutal de N Sarkozy:

1) ne serait absolument pas crédible surtout vis à vis des écologistes (le Grenelle a été une vaste escroquerie), ce que vous dîtes d'ailleurs en partir

2) achèverait de convaincre les élécteurs tentés par le FN que décidément "l'original c'est mieux que la copie".

en ce sens je ne crois pas à l'hypothèse Borloo come PM.

 

De toutes façons je reste convaincu que l'élection se fera sur les thèmes économiques et sociaux et non pas sur la question des valeurs ou les thèmes sociétaux.

 

Cdt,

08/10/2010, 11:19 | Par phili15

L'analyse de Mr Lelièvre semble juste si effectivement le discours du PS se marque par un programme social. Au sujet des retraites, pas de véritable programme retenu, sinon à dénoncer la future loi sur les retraites. Sur le discours sécuritaire et les Roms, si le PS se démarque; il reste prudent sur ce débat et évite toute proposition. Ne rien dire; voilà la grande stratégie de Strauss Kahn. Le calcul est que si Sarkozy continue dans son discours radical de communication où se fait l'inverse de ce qui est dit; son avenir est moins garanti, l'affaire Worth risque de laisser un souvenir à l'électeur comme celle en son temps des diaments. Plus raisonablement et au regard de l'histoire de la 2ème candidature de Giscard, c'est du centre et de la Droite modéré (celle des électeurs, cette fois ci) que viendra la défaite de Sarkozy; il suffit de le laisser savoner sa propre planche.

Sarkozy radicalise un discours et des méthodes sans véritable opposition structurée contre un système que le PS lui même a promu en son temps. Si Sarko gagne ou perd les prochaines élections il le devra dans les deux cas à lui même.

08/10/2010, 13:56 | Par Fantie B.

Sujet important : car la stratégie délibérée de Sarkozy et de ses conseillers, c'est celle du clivage.
Sa peur : celle de la jonction, de l'unité.

Nous savons ce qui nous reste à faire !

 

08/10/2010, 15:10 | Par Faunus

Je suis d'accord avec vous Monsieur Lelièvre. Sarkozy est un fin stratège politique. C''est d'ailleurs, à mes yeux, sa seule qualité (je ne peux pas dire, en ce qui le concerne, sont seul défaut... pourtant cela peut en être un !). Et le manque de personalités, à gauche, ayant ce défaut compensé par quelques qualités, me fait craindre le pire à l'horizon 2012. Parce, qu'en effet, voir les socialistes promettre le retour de la retraite à 60 s'ils reviennent au pouvoir me paraît être une grossière erreur stratégique . Et pour quel bénéfice ? Il est clair à mes yeux, et aux yeux du plus grand nombre de français je pense, que les nouvelles générations entrant aujourd'hui dans le monde du travail, et c'est d'elles me semble-t-il que la gauche devrait aussi se soucier, sont plus concernées par le maintient du droit à la pleine retraite, dès 65 ans, que du droit à une retraite peau de chagrin à 60 ans... En axant très fortement ses critiques du projet gouvernemental sur cet aspect du dossier je crois que la gauche se serait hissée à la hauteur du défi sarkozien dont je regrette qu'elle en percoive mal les objectifs.

08/10/2010, 15:21 | Par mastermind

sarkozy n'est pas un fin stratège .Tout cela n'est que de l'élucubration .Il souhaite uniquement radicaliser les manifestations et l'affrontement violent entre manifestants et force de l'ordre , pour justement apparaitre aux yeux des citoyens comme détenteur du calme et de l'ordre , lorsqu'il réagira face aux manifestants .Cela ne va pas plus loin que cela .

 

Cela le ramenera au centre droit aux yeux des gens

08/10/2010, 15:25 | Par cmace

si Sarkosy gagnait au second tour en 2012 c'est à être définitivement dégouté de la politique

 

08/10/2010, 15:25 | Par cmace

ça voudrait dire aussi que les petites gens se font manipuler, et qu'au bout du compte ils donnent le baton pour se faire battre

 

08/10/2010, 17:10 | Par Erreur 403 en réponse au commentaire de cmace le 08/10/2010 à 15:25

ça, ce n'est pas une nouvelle... Connaissez vous le "Discours sur la servitude volontaire" d'Etienne de le Boétie ?

08/10/2010, 17:08 | Par Erreur 403

Je suis assez d'accord avec l'analyse de M. Lelièvre, à une donnée près. Je crois que le schéma est correct, mais que N. Sarkozy est emmené par un effet de balancier, comme un conducteur qui donne des coups de volant de plus en plus amples jusqu'à provoquer un ballant qui va l'envoyer d'un côté ou de l'autre, mais au fossé. Cela tient, je pense, plus à ses seconds couteaux qu'à lui même . Il est presque toujours obligé de freiner ses pit-bulls au bout de quelques jours, car ils en font toujours trop. Et des communicants comme Lefebvre, Estrosi, Hortefeux, Morano etc... on ne peut pas dire que ce soit le haut de gamme. On en viendrait presque à regretter les Raffarinades. Mais ces incitations à la haine et ces mensonges éhontés laissent des traces, il me semble.

08/10/2010, 19:05 | Par Gilles Dauvergne

Merci M. Lelièvre, je partage votre opinion sur les qualités de stratège de N.S. Mais je n'ai pas la même perception que vous de ses modalités.

http://www.mediapart.fr/club/blog/camembert/041010/plenel-vs-ump-des-raisons-detre-pessimiste

09/10/2010, 10:16 | Par Marie-Anne Kraft

Brillante analyse d'Henri Lelièvre ! Ce comportement politique clivant est sans aucun doute prémédité, organisé. Il y a bien une stratégie, populiste dans le sens le plus péjoratif, et manipulation de l'opinion, basée sur des sondages, des enquêtes d'opinions pour lesquelles l'Elysée dépense un budget faramineux. On sonde puis on fait des annonces correspondant à l'effet recherché et on publie les sondages qui confortent les positions du gouvernement.

Mais je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit un stratège. C'est un opportuniste qui a réussi et qui s'est bien entouré pour répondre à ses desseins. Il a été placé là par des intérêts financiers très puissants et il est plutôt leur marionnette.

Rappelez-vous que malgré un premier mandat désastreux et des fautes graves de la part d'un président, les Américains ont réélu Georges Bush et les Italiens ont réélu Berlusconi !

18/03/2012, 18:30 | Par Henri Lelièvre en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 09/10/2010 à 10:16

Nicolas Sarkozy a bien des défauts et j'attends le moment propice pour aborder ses problèmes psychiatriques qui expliquent bien des décisions aberrantes. Il a en plus un manque patent de culture qui lui empêche d'avoir une vraie stratégie de long terme pour le pays. Je pense d'ailleurs qu'il n'a pas réellement compris le rôle de président et qu'il est trop paranoïaque pour laisser la moindre latitude à quiconque. Par contre on ne peut lui dénier un savoir faire certain en communication et en stratégie politique, ainsi qu'une volonté, un manque de scrupules et une ambition à toute épreuve. Le sous-estimer serait une faute grave de l'opposition. En ce sens, on peut s'inquiéter de la réticence, pour des raisons purement politiciennes des socialistes à accepter la création d'un front républicain. La seule chose qui pourrait sauver l'UMP (il n'est pas certain qu'elle prenne le risque de prendre NS comme candidat) serait la division de l'opposition.

26/10/2010, 23:18 | Par B MD

Strauss-Khan un socialiste??? Où avez-vous vu ça à part dans la propagande sarkozyste?

Un socialiste serviteur des banques, grand ami des USA et des Sionistes, qui affame le monde par chantage à ses dirigeants pour qu'ils cassent du service public et serrent de trois crans supplémentaires la ceinture à tout le monde déjà accablé???

Confessions of an economic hitman- John Perkins va vous expliquer le FMI; il est aussi en vidéo en ligne.

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