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Jean-Pierre chevènement et l'Algérie

Le 17 décembre 2011, sous couvert de l’Association France-Algérie, Jean-Pierre Chevènement organisait un colloque à l’Assemblée Nationale sur le thème de "l’Algérie et la France au 21ème siècle".

C'est HONTEUX, DECEVANT !!!

Le Journal El Watan titrait à ce sujet : Il y a tant de choses à faire ensemble. Je partage évidemment le titre de cet article. Mais les craintes que j’avais en allant à ce colloque, ont été largement confortées par le contenu, le déroulement…

Ce que l’on a pu constater c’est que :

  • - ce colloque fait sous couvert de l’association France Algérie à l’Assemblée Nationale est, pour l’essentiel, une réunion électorale pour le candidat à l’élection présidentielle
  • - Dans la partie qui devait être consacrée à évoquer "la dimension humaine et sociale de la relation franco-algérienne" l’impasse a été totale sur le colonialisme ses crimes, et la Guerre d’Algérie et ses séquelles. Chevènement a même très bien manœuvré pour que la salle ne pose pas de questions sur ce sujet, il n’y a pu y avoir que de très vagues allusions. Il a bien évoqué le caractère inhumain du colonialisme, mais pas question de condamner les crimes d’état et crimes contre l’humanité dont la France porte la responsabilité. Dans son interview écrit donné à l’APS il botte carrément en touche.
  • - L’avenir privilégié, c’est que les entreprises françaises s’implantent en Algérie : une jeunesse avec un fort chômage, donc le coût de main d’œuvre bon marché, une trésorerie nationale importante. La France devrait plutôt penser à délocaliser en Algérie et Maghreb qu’en chine ou dans les pays de l’est… Les représentants de la chambre de Commerce Algéro-Française, de la BNP Algérie, de CeVital, Saint-Gobain Solar, du CEA, de Suez-Environnement, Alstom Algérie,… sont venus en faire la démonstration. Le choix de ces sociétés n’est pas anodin. C’est une politique de colonisation économique de l’Algérie qui est proposée.
  • - C’est à Jean-Pierre Raffarin qu’a été dévolue la tâche de tracer définir la stratégie de géopolitique à mettre en place pour une coopération entre nos deux pays : quelle politique de gauche !!!

A cette occasion, ne pouvant intervenir sur les responsabilités de la France et la nécessité pour notre pays de reconnaître et condamner la politique coloniale française, j’ai remis l’interpellation suivante à Jean-Pierre Chevènement, en fin de journée.

A l’occasion de ce colloque, l’Algérie et la France au 21ème siècle, pour aborder la dimension humaine et sociale de la relation franco-algérienne, il n’est pas possible de faire l’impasse sur le colonialisme, ses crimes, et la Guerre d’Algérie avec ses séquelles. Alors Monsieur Chevènement, vous qui avez été, en particulier, Ministre de l’Education Nationale, Ministre de l’Intérieur, Ministre de la défense, lieutenant pendant la guerre d’Algérie, pourriez vous nous expliquer comment un Président de l’Association France Algérie peut concilier une politique d’amitié entre les peuples Algériens et Français et, honorer, dans sa ville, comme vous l’avez fait le 29 mai 2009, le Colonel Jeanpierre, ancien commandant du 1er REP (Régiment Etranger de Parachutistes de la Légion étrangère) l’un des militaires qui s’est si odieusement distingué pendant la "Bataille d’Alger", puis dans le Constantinois, dans le secteur de Philippeville ainsi que la Légion Etrangère.

Le 1er REP a la très lourde responsabilité d’avoir généralisé la torture, les exactions pendant cette période. C’est le pseudo-suicide de Ali Boumendjel, la pseudo-évasion de Maurice Audin qui resteront comme des taches sombres pour l’honneur de la France.

A cette occasion vous avez voulu honorer également la Légion étrangère, pourtant dans votre livre "Le courage de décider" publié en janvier 2002 vous écriviez page 23 : "Mon poste dans le Bled, à un endroit dénommé Aïn Cheurfa, entre Saint-Denis du Sig et Sidi Bel-Abbès, était un petit poste militaire totalement isolé. On y avait mis quatre soldats européens et quatre soldats "musulmans". Le lendemain du cessez le feu, revenu à Saint-Denis du Sig, je découvris au petit matin les cadavres de plusieurs de mes moghaznis sauvagement assassinés. Le temps d’évacuer les survivants et les familles dans un indescriptible désordre, la Légion, venue de Sidi Bel Abbes, entreprit de "rétablir l’ordre". Le carnage, au total, fit cent trente morts et des centaines de blessés."

Dans le film documentaire "Algérie, mémoires meurtries" dans lequel vous êtes longuement interviewé, de fait, vous cautionnez les militaires qui ont basculé dans l’OAS, cette organisation factieuse, criminelle.

Comment peut-ont justifier que des criminels qui ont, ou qui ont eu, tant de sang d’Algériens sur les mains puissent être honorés en France ? Monsieur Chevènement, estimez-vous donc que ce sont sur de telles bases que la relation franco-algérienne peut se construire dans une dimension humaine et sociale ?

Est-ce que le candidat à la Présidence de la République que vous avez annoncé être est prêt à reconnaître et condamner les crimes commis au nom de la France :
- Les crimes d’Etat du 17 octobre 1961 et 8 Février 1962
- Les crimes contre l’humanité : le colonialisme, et pendant les guerres coloniales, celle d’Algérie tout particulièrement : la torture, les viols, les corvées de bois, les crevettes Bigeard, les enfuma des, les villages rasés au napalm, les exécutions sommaires, les camps d’internement pudiquement appelés camps de regroupement, etc…

Remettrez vous en cause les "honneurs" attribués récemment (je pense aux promotions de Légions d’honneur décernées à J-F Collin, Helie Denoix de Saint Marc…)

Est-ce que vous vous vous opposez, ou est-ce que vous soutenez le projet de transfert des cendres de Bigeard aux Invalides ?

Sur votre site internet j’ai lu que lors votre voyage en Algérie en juin dernier, vous avez prôné un travail de conscience et que vous avez déclaré : "Je pense que, sur le passé, il faut certainement en parler mais en ayant toujours à l’esprit qu’il ne faut pas obscurcir l’avenir". Pour que les victimes algériennes de cette période de colonisation, de la Guerre, ainsi que leurs familles, puissent faire le deuil des drames qui les ont frappés, il est bien nécessaire de reconnaitre et condamner les crimes qui les ont frappés.

Des relations humaines entre nos deux pays ne peuvent faire l’impasse sur ces questions du passé, sans un examen sérieux des responsabilités. Il ne peut être question de repentance mais d’une reconnaissance et d’une condamnation des crimes commis.

Une association comme France-Algérie aurait toute sa place pour cela, mais avec votre présidence qui a donné de tels gages par sa démarche publique, dans votre ville, à de tels criminels, je suis assez inquiet quant à l’avenir.

Bien cordialement

Henri POUILLOT

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