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L'euro, la mondialisation et nous
Une hirondelle ne fait pas le printemps. L’entrée de l’Estonie, petit pays Balte de 1,4 million d’habitants, le 1er janvier dans le club très fermé de la monnaie européenne ne signifie pas la fin des hostilités autour de l’euro. La trêve des spéculateurs, version moderne de celle des confiseurs, a par essence une durée limitée.
Le discours performatif des dirigeants européens sur la solidarité de l’Union ne parviendra pas à lui tout seul à décourager les marchés financiers. Ceux-ci risquent surtout de ne retenir que la frilosité des dirigeants en refusant d’aller plus loin dans l’intégration politique et économique de l’UE.
La pérennisation du Fonds européen de stabilité financière (FESF) au-delà de 2013 constitue un tout petit pas d’une Europe toujours au milieu du gué certes dotée d’une monnaie unique et d’un marché intérieur mais dépourvue de gouvernance économique.
David Cameron, adepte de la rigueur qui tue a confirmé le rôle trouble de la Grande Bretagne au sein de l’UE. Tel Pénélope, le Premier ministre britannique dans le droit fil de ses prédécesseurs ne cesse de détricoter l’ouvrage de ses homologues continentaux.
Le laisser-faire économique fait le jeu des marchés mais les dirigeants du Royaume-Uni n’en ont cure comme s’ils se refusaient à voir qu’avec la mondialisation les marchés ont pris le pas sur les Etats et disposent désormais d’un pouvoir de nuisance économique susceptible de mettre à genoux un pays.
Plutôt que de jouer collectif, la perfide Albion parie sur le repli insulaire. Thatcher voulait sa money back, Cameron lui veut geler jusqu’en 2020 le budget européen pourtant déjà limité à 1 % du PIB communautaire. Le cavalier seul Britannique a suscité la colère de Joseph Daul, le patron du groupe PPE (conservateur) du Parlement européen qui a estimé que son “Europe n’est pas celle de Cameron, dépourvue d’ambitions politiques et des moyens adéquats pour les réaliser“.
C’est aussi ce que pense Jacques Attali qui défend un approfondissement de la construction européenne. Les préconisations de l’ancien sherpa de François Mitterrand sont, sur le papier, pertinentes.
Tout d’abord doter l’UE d’un véritable budget en lui donnant la capacité de lever l’impôt mais aussi lui permettre de souscrire des emprunts à travers l’émission d’euro-obligations ce qui lui permettrait de reprendre à son compte une partie des dettes publiques des Etats. Une idée séduisante reprise par Jean-Claude Juncker … et aussitôt écartée par la Chancelière Allemande…avec le soutien de Nicolas Sarkozy.
La politique monétaire est une chose, la politique industrielle en est une autre. L’effondrement industriel de la France au cours de la décennie qui s’achève doit nous alerter sur les conséquences d’un échangisme mondialiste caricatural qui ne peut se traduire que par des délocalisations massives. Or, comme le relève le centriste Jean Arthuis auteur en 1993 d’un rapport remarqué sur les délocalisations, l’Europe a raté lors de la signature du Traité de Maastricht l’occasion de mettre des écluses à ses frontières permettant comme le préconisait Maurice Allais de bénéficier d’une concurrence effective et d’échanges nombreux avec l’extérieur mais qui permettrait également de se protéger, par une préférence communautaire, contre les désordres et les dysfonctionnements.
Jean Arthuis, défend l’idée que la notion d’échange juste repose sur un minimum de barrières douanières mais également une TVA sociale de façon à ce que les produits importés participent, comme les salariés français, au financement de la protection sociale.
Ce serait pour l’ancien ministre de l’économie et des finances la moins mauvaise réponse à notre schizophrénie de consommateur, entretenue par la grande distribution, à la recherche permanente du prix bas qui a tendance à oublier qu’il est aussi salarié et contribuable. Acheter Chinois est sans doute avantageux dans l’instant mais à court terme cela revient à tuer le tissu économique dans lequel on vit.
Jean Arthuis, président de la commission des finances du Sénat déplore à cet égard que les deux seules choses qui marchent en France sont l’importation-distribution et la finance.
C’est bien aujourd’hui d’un changement de cap dont l’Europe a besoin. Les vagues d’élargissement successives, trop rapides et trop vastes, ont contribué à s’assurer de l’impuissance des institutions européennes. Une obésité handicapante renforcée par un déficit démocratique savamment entretenu.


Tous les commentaires
Les Etats de la zone euros empruntent à des taux qui dépendent des notes que leur donnent les agences de notation. Les moins compétitifs ont de mauvaises notes et doivent emprunter avec un fort taux d'intérêt, ce qui les affaiblit encore davantage et peut les conduire à la faillite s'ils n'ont pas une aide spéciale de la BCE et du FMI. La Chine a proposé aussi de les aider.
Le traité de Lisbonne n'a pas prévu cette situation. La seule solution pour en sortir serait d'ajouter au traité un amendement suivant lequel la BCE serait seule autorisée à emprunter sur les marchés en émettant des Eurobonds. Les Etats ne pourraient emprunter qu'à la BCE et dans des conditions qui seraient les mêmes pour tous.
Primum: non nocere! ( si mes souvenirs sont bons)
Méthode: faire exploser l'uerss, cette supra pourriture faite pour les fricnanciers par leurs ayatollahs, les politicards et hauts fonctionnaires pourris.
Ces salopards vont même jusqu'à exiger de la France qu'elle rembourse une prétendue dette qu'elle aurait envers les contribuables tricheurs exilés.
Ca c'est l'UErss, et c'est incontestable, et c'est de la MERDE!
Comme mon commentaire est un peu long, j'en ai fait un billet publié :
http://www.mediapart.fr/club/blog/jacques-eutrope/311210/le-royaume-uni-doit-etre-dans-leuro
@Henry Moreigne. Merci de cette note qui souligne bien la nature et l'enjeu des choix politiques.
Il y a des euphémismes qui me laissent toujours perplexe, et il me semble que le passage de la déploration à l'action politique impose d'abandonner ces euphémismes. La prise de pouvoir du capitalisme financier sur les Etats, qui vient "avec la mondialisation", ou qui plutôt la constitue, a des causes précises: annulation des droits de douane, dispositions des traités de Maastricht et de Lisbonne. Un "approfondissement de la construction européenne" qui ne commence pas par restaurer la démocratie, et qui concentre toujours plus de pouvoirs dans la Commission au détriment du Parlement, ne fera que renforcer encore la dictature des marchés, et qu'étendre leur prédation. L'Europe n'a pas "raté l'occasion" d'une politique industrielle, elle s'est construite dans les deux dernières décennies dans l'objectif permanent, traité après traité, d'augmenter le transfert de richesse depuis l'économie réelle vers la finance, et si nous voulons que cette politique soit renversée, au seul échelon où ça a un sens, l'échelon européen, il faut le dire. Démocratie, politique économique et justice sociale sont indissociables en Europe. Dictature, destruction de l'économie et accroissement des injustices sont également indissociables. Le mot de "gouvernance" au lieu de "gouvernement"est le signe qu'on accepte cette terrible réalité, que le contrat social est abandonné.
Oui, mais cessez d'accuser le consommateur de tous les mots. Comme si on avait le choix des produits. Partout les mêmes saloperies proposées à la vente : chaussures archi étroites en plastique, pantalons bleus qui sont tellement mal coupés que lorsque vous vous penchez en avant on voit votre raie des fesses, matelas en latex qui devient dur comme de la pierre moins d'un an après l'achat, et en ce moment, pour nous les femmes quelle gâterie, partout des soutiens gorges avec du fil de fer. Quel confort !
Dans 15 jours les vêtements d'été dans les vitrines, pas la peine de chercher un pull chaud ou un manteau. Amis imprévoyants, grelottez donc.
On n'a pas le choix pour nos achats comme sous feu l'URSS et on a intérêt à faire des stocks quand on trouve un article interessant comme ils le faisaient au temps des soviets. Dis le prochain container, il repasse quand ? L'année prochaine ? On peut passer une commande comme pour le père Noël ?
Pourquoi ne pas revenir sur cette idée de protectionisme européen défendu par Todd depuis deux decennies?