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Pourquoi une révolte et pas une révolution ?

"C'est pourquoi nous avons besoin d'une révolte citoyenne, aussi pacifique que majoritaire, qui s'emploie à remettre notre monde sur ses bases", écrit-il en conclusion de son article. Comment ne pas sentir un petit goût d'inachevé dans son propos ? Car la révolte ne fait que stopper la décomposition du cadavre, voire demeure capable de lui redonner un peu d'élan.La prise de la Bastille est sans doute une révolte populaire, un acte par lequel rien comme tout aurait pu ébranler le monde. Liancourt éclaira le roi, lui assurant que le temps des révoltes avait vécu comme son monde. On sent aujourd'hui cette même décomposition du capitalisme financier, alliance du capitalisme et d'un culte de l'argent ayant contaminé chaque catégorie de la société. Mais la Bastille déboucha sur ce que l'on sait. La révolte n'en était pas une, l'horizon d'un état primitif lavé de toute corruption morale et idéologique de l'Ancien régime était dégagé. Le mot de Révolution revêtait son premier sens, un cycle était achevé pour donner naissance aux puissances du commencement seules capables de créer un nouvel ordre.

Car la Révolution contrairement à la révolte transforme radicalement les rapports sociaux et les structures politiques non pas vers un retour à une forme idyllique maist bien vers une marche en avant où l'irrationnel qui domine et instruit les inégalités laisse la place à un monde plein de raison et de justice. Les discours de la gauche comme les incantations de la droite sur la moralisation du capitalisme ne sont que des révoltes de salon qui n'ont pour effet que de maintenir et prolonger la domination des structures qu'ils prétendent combattre. On peut se souvenir de l'intuition de Robespierre, "Voulez-vous d'une révolution sans révolution ?" (Réponse à Louvet 5 nov. 1792) qui ne pouvait admettre que la nécessité politique soit de conforter un régime à l'agonie mais bien au contraire la mise en œuvre de sa destruction. La prémonition de Saint Just conforte cette idée que la révolte sans la révolution n'aboutit qu'à un renforcement des structures d'oppression. "Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau" (discours du 26 fév. 1794). L'état bourgeois finira par s'imposer en 1830 grâce à une révolution qui n'est jamais venue à bout de cette contradiction.

C'est dans le caractère négatif de la détermination d'une classe par rapport à une autre que se joue ici et maintenant le sort du capitalisme financier. Il est drôle de constater que les plus grands dirigeants de la planète, toute sensibilité confondue, s'accordent à le désigner clairement comme ennemi. Cependant leurs intérêts étant souvent parallèles aucun ne prendra la responsabilité d'entamer la moindre guerre à son encontre, au contraire il s'agit toujours de prolonger le malade dans l'acharnement thérapeutique le plus absurde. Marx avait bien remarqué la lutte permanente qui oppose les classes dirigeantes, affirmant que le degré de non retour était atteint quand "tous les défauts de la société se concentrent dans une autre classe, il faut qu'un groupe déterminé soit un objet de scandale universel". (Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel - 1844).

Le scandale universel Edwy Plenel l'a pointé. C'est à se demander si la prise de la Bastille n'est pas le point inaugural et qu'il est encore à reprendre. La nouvelle révolte, dont le moteur est cette indignation que le destin des peuples se joue sans eux, se fabriquant aujourd'hui sur un écran d'ordinateur selon la courbe des marchés financiers, ne suffira pas. Toutes les conditions sont pourtant réunies pour que celui qui toucha l'axe du monde et l'inclina vers son univers, après nous avoir mis la tête à l'envers, ne viennent à son tour nous affirmer que son ordre est intangible. Une révolution se justifiera alors d'elle-même pour remettre sur pied les droits naturels les plus élémentaires.

Tous les commentaires

14/08/2011, 11:31 | Par âge du faire

OH! Incroyable ce qu'un intellectuel peut écrire de "bêtises!"

Qui a institué la TERREUR?

Après le roi guillottiné nous avons eu un Empereur.

Les sans-culottes, certes ont pris la bastille où il n'y avait plus de prisonniers, mais c'est la bourgeoisie qui faisait marcher l'économie sans avoir les moyens de décider qui fut la classe victorieuse.

Bref, en 1989, j'ai lu beaucoup de livres, d'articles sur la révolution française.

Je n'ai retenu qu'une seule pensée: de femmes travailleuses arrêtées qui ont dit devant le tribunal:

"Nous avons vu trop de gens honnêtes et généreux, qui sous prétexte de ne pas adhérer à vous projets révolutionnaires, furent tués, pour que nous approuvions vos idées sanguinaires."

Pour avoir dit la VERITE, elles furent emportées sur une charrette, le soir même.

Alors vive la REVOLUTION de Hestia qui veut vois le SANG couler!

14/08/2011, 14:32 | Par JJMU

Le mot “révolution” ne me dérange pas dans son sens étymologique de retournement, de renversement, d’inversion radicale de tendance, bien au contraire, et, de ce point de vue-là, j’inclinerais effectivement à préconniser ce terme.

 

Seulement, voilà : il y a aussi (hélas) son sens culturel et historicisé, avec son cortège de terreurs, de comités de salut public, de tribunaux d’exception, et... de sang (auxquels s’adonnent de nouveaux « saints justes » qu’on me laisse passer cette facilité qui ne se réduit pas à un mauvais jeu de mots) et que confirment toutes les révolutions du monde, y compris quand elles s'adoucissent d’adjectifs homériques (révolution des œillets, révolution de velours...). Quand les morts et les persécutés sont le fait des dictatures d’oppression, elles n’entachent pas la révolution, bien entendu, mais les massacres sont aussi le fait du peuple en colère, et ils restent des violences iniques et ils restent inacceptables : ils enracinent le mouvement initial dans cela-même qui était dénoncé d'’injustice et d’inégalité.

 

Le seul emploi du mot “révolution” que je pourrais suivre, serait un emploi contenant la non-violence en principe premier :

« Les positions se défendent PACIFIQUEMENT, par l’argumentation. Les décisions se prennent collectivement, par le vote, en garantissant la vie à tous et toutes, à chacun et chacune, sans aucune menace vitale, directe ou indirecte, pour quiconque. Car si l’avis et la décision s’avèrent des erreurs, au moins n’auront-ils tué personne. »

Jean-Jacques M’µ

14/08/2011, 15:04 | Par JEMENFOUTISTE

Suspendre les exécutions reviendrait à irriter le peuple.

Les exécutions éviteront davantage de sang.

Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons de fusiller.

Che Guevara à la tribune de l'ONU.

Votre" monde plein de raison et de justice" ? Non merci.

14/08/2011, 15:07 | Par melgrilab@yahoo.fr

Dziiiiiium, tchac ! (encore ! encore !)

14/08/2011, 15:50 | Par Faunus

@Hestia

vous grattez là ou ça fait mal ! "Révolution" est un mot aujourd'hui interdit - bien que Jacques Julliard vienne de le remettre au goût du jour dans son éditorial de Marianne - parce qu'après un usage immodéré, au XVIIIème, XIXème et XXème siècle, au XXIème siècle il fait peur. Rose du Sud en donne quelques raisons. Alors si la révolution a encore un avenir il faudrait donc, me semble-t-il, qu'elle ne fasse plus peur qu'à ceux qui estiment s'en être mis durablement à l'abri. Des émeutes ou des révoltes sans perspectives, oui, des révolutions , non. C'est ce que pensent "les maîtres du monde". Mais, peut être ne tiennent-ils pas assez compte qu'ils n'ont pas, eux mêmes, les capacités productives de l'intelligence collective dont ils s'estiment, cependant, les propriétaires... Et si on commençait par les en exproprier ?

Cordialement

14/08/2011, 16:30 | Par citoyenne57

Alors que nous subissons actuellement une Contre-Révolution qui,bien sûr, ne dit pas son nom ,pour beaucoup d'entre nous le mot de Révolution est connoté négativement.Tout de suite sont évoqués les souvenirs de la Terreur,les souffrances des Russes Blancs etc...alors que sont oubliées les conditions de vie des paysans et moujiks d'avant , causes de tous ces soulèvements sociaux.

Il est vrai que renverser un ordre social n'est pas sans susciter les pires réactions de la plupart de ceux qui en jouissent.Et ensuite se met en oeuvre un fatal enchaînement...sauf..

Si le renversement s'obtient par des voies démocratiques de la part d'une majorité de citoyens qui ont conscience de la dérive actuelle au point de s'y opposer et de proposer des solutions radicales.

Mélenchon parle de "Révolution citoyenne",Edwy Plenel appelle à "une révolte citoyenne".L'un est chef de parti et donne la direction de son parti.Par contre E.P est journaliste et apparemment laisse le champ plus ouvert .

Tout dépend de ce qui est mis derrière les mots.Et quels actes suscitent ces mots.D'où l'intérêt de développer une conscience citoyenne et révolutionnaire.Et en cela l'appel d'Edwy Plenel doit être loué.

14/08/2011, 17:29 | Par Pierre Granet

Bonjour Rose du Sud et Jean-Jacques M’µ,

 

Pour approfondir la question de la révolution, plus précisément de l'actualité de la révolution, cette courte citation de Daniel Bensaïd, écrivain et militant auquel Edwy Plenel se réfère souvent, au point de lui dédier certains de ses livres (« À Daniel, l'éclaireur »). C'est pages 280 et 281 de Moi la révolution, Remembrances d'un bicentenaire indigne, paru chez Gallimard en 1989, à l'occasion des festivités mitterrandiennes de pacotille du bicentenaire, dans la collection Au vif du sujet, que dirigeait Edwy Plenel à l'époque :

 

« Le Riquiqui [Michel Rocard], dont le “parler vrai” vend la mèche à tort et à travers, a lâché le morceau : Dans les multiples conséquences de la grande Révolution, il y en a une qui est importante, c'est d'avoir convaincu beaucoup de gens que la révolution c'est dangereux et que, si on peut en faire l'économie, c'est pas plus mal.

 

» Honte à lui ! Il a honte de moi [la révolution] !

 

» Comme si vous n'aviez pas eu besoin de nous, les révolutions, pour devenir ce que vous êtes ! Comme si pas de révolution du tout était de tout repos ! Comme si, sans moi, ce n'était pas le triomphe de la contre-révolution permanente, infiniment plus coûteuse et meurtrière, sans dérogation, sans exception aucune, que la somme des révolutions ! »

 

Dans La Part d'ombre, paru chez Stock en 1992, aux pages 215 à 222, Edwy Plenel revient sur cet épisode de la parution mouvementée de Moi, la révolution, sur la tentative avortée d'en déconseiller la publication par maître Kiejman, avocat de François Mitterrand, pour l'irrévérencieuse interpellation tutoyante du président par l'auteur (« Tu me permettras, par conviction et par tradition, de m'adresser à toi sur ce mode, franc et direct, du tutoiement sans-culotte. Tu n'es jamais après tout qu'un citoyen-président ») surligné d'un gros trait de crayon bleu rageur, comme une vingtaine de passages de l'ouvrage. Sur le comment un tel manscrit déposé au comité de lecture de Gallimard a pu échouer sur le bureau de maître Kiejman, Edwy Plenel dit n'en rien savoir… Tout au plus peut-on supposer que quelqu'un de l'auguste maison d'édition se fût inquiété d’une possible plainte pour outrage à chef d'Etat. Mais si tel est le cas, voilà un réflexe de protection qui en dit long sur l'état d'esprit contre-révolutionnaire de cette « République des avocats » mitterrandienne de l'époque qu'Edwy Plenel fustigeait à juste titre… L'illustration même du propos de Daniel Bensaïd : la république (de la Ire à la Ve), en même temps qu'elle a aboli la royauté et les privilèges d'ancien régime, s'est dressée contre la révolution pour en instaurer de nouveaux, les privilèges des détenteurs du capital…

 

Ainsi me rangerai-je sans hésitation à ton point de vue, Hestia. C'est de révolution socialiste dont il doit être question dans les réflexions de toutes celles et de tous ceux qui ont pris conscience (peu importe qu'elle soit récente ou plus ancienne) que la contre-révolution capitaliste sarkozyenne en marche met en œuvre d'ores et déjà et va entraîner plus encore dans les mois et années à venir violence illégitime et répression sanglante contre les travailleurs et la population. Bien plus de violence et de répression qu'une révolution socialiste réussie, un Juin-36, un Mai-68 ou une Commune de Paris victorieux n'en produiront jamais.

 

Révolution et non révolte, car les révoltes ouvrières et populaires inachevées, la Commune de 1871 ou Juin-36, nous apprend l'histoire, débouchent sur les plus sanglantes ignominies des possédants et de leurs gouvernements : la Semaine sanglante et le régime de Vichy, anacrouse et point d'orgue de la IIIe République bourgeoise…

 

Révolution et non révolte « indéterminée » (selon le mot de Herbert Marcuse), comme le furent le Mai-68 français et toutes les rébellions de la jeunesse estudiantine et/ou ouvrière des années 1960-1970 partout dans le monde. Révolution et non révolte si l'on veut vraiment s'inscrire, ici, en France, dans le mouvement général de la jeunesse (et des moins jeunes) à l'échelle planétaire, de Tunis à Athènes en passant par… Porto, le 12 mars dernier, par exemple, où, parmi les 200 000 manifestants de la Geração à Rasca, les plus conscients clamaient : « Ils nous veulent précaires, soyons révolutionnaires » (Querem precários, Têm revolucionnarios) — c'est à la minute 3:23 de cette vidéo.

 

Cela n'est que mon point de vue, Rose du Sud et Jean-Jacques M’µ. Je ne prétends pas vous l'imposer, tout juste vous proposer de penser contre vous-même, selon la salutaire injonction spinozienne que Daniel Bensaïd avait fait sienne (penser contre l'air du temps), en allant y regarder de plus près dans Moi, la révolution et La part d'ombre et d'ajuster votre réflexion aux enjeux concrets du moment.

 

Bien à vous.

14/08/2011, 18:26 | Par JJMU en réponse au commentaire de Pierre Granet le 14/08/2011 à 17:29

Bien entendu que la révolution est nécessaire aujourd’hui, et sociale, et internationale, oui, oui, oui, cent fois oui...

Mais quitte à en être victime (je connais le sort que les radicaux réservent à ceux qu’ils traitent de modérés) je refuserai tout acte de violence manifeste, même pour servir ces idées...

Je sais ce qu’un seul fou assoiffé de sang comme on a vu ces dernières semaines en Norvège peut détruire en un instant tout ce que des collectifs peuvent avoir mis des années à bâtir patiemment, mais je refuse l’armement d’une cause, même juste, d’abord parce que nous ne saurons jamais si bien utiliser nos pétoires que nos adversaires, qui, eux, sont autremement mieux dotés en instruments sophistiqués qu’ils expérimentent de longue date, et, ensuite, parce que c’est une contradiction intenable de prétendre vouloir vivre ensemble si on ne fait pas l’effort de s'adresser à l’autre.

Jean-Jacques M’µ

14/08/2011, 18:08 | Par JJMU

Retour.

Dans un article maintenant daté (de 2009), Serge Halimi signalait à juste titre que la méfiance des violences liées aux révolutions a pour corrolaire le soutien du système établi.

Éloges des révolutions

De ce point de vue, je dois me situer : contre les systèmes établis, bien entendu, mais impossible de cautionner les comités vertueux, les éliminations physiques d’opposants, les chasses aux sorcières et tous ceux qu’on déclare ennemis, intérieurs ou pas, les procés expéditifs...

J’en appelle non à l’ordre, mais à la raison.

J’en appelle à une révolution radicalement radicale dans sa non-violence. La première qui soit, sans doute, mais je ne peux me résoudre à accepter cette idée qui dit qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. C’est vrai pour ceux qui veulent faire des omelettes, d’accord, mais moi, je veux seulement changer nos modes de vie de sorte que des solutions paisibles et dignes s’éprouvent. Ensemble. Résolument.

Jean-Jacques M’µ

15/08/2011, 08:13 | Par Georges AUSPITZ

peu importe le mot; c'est le contenu qui compte;

on dit : il faut mettre un terme à la spculation !! mais qui propose quoi que ce soit comme mesure concrête ?

il faut nationaliser les banques et le système financier, comme cela a déjà été fait en France, et tourner cette activité vers l'interêt général ;

je dirai même que ceux qui l'ont commpris sont de gauche; les autres ne le sont pas ;

ce qu'il nous faut, c'est de la radicalité concrête ;

15/08/2011, 09:18 | Par JJMU

à Georges Auspitz,

Allons donc ! ce sont deux mots aux contenus assez différents pour qu'on réfléchisse avant de les utiliser publiquement. Il ne faut pas se voiler la face en disant (je caricature à peine) : « Fonçons, nous verrons bien ! »

 

C'est tout vu, il faut prévenir les contenus : je ne me lance pas pour régler des comptes, or, beaucoup de boute-feu et autres va-t-en guerre utilisent le romantisme révolutionnaire parce qu'ils soignent ainsi une esthétique de la violence, en purs revanchards, et je n'hésiterai pas à dire que beaucoup de révolutions sont le fait de grands frustrés les pieds sur le starting-bloc ; l'histoire est pleine de ces Cromwell, jusque dans l'époque moderne.

 

Je continue de croire à la nécessité de remplir la notion de révolution de concepts qui nous soient spécifiques, sinon, d'en rester à la révolte.

 

En celà, votre explication de la radicalité concrète conviendrait assez bien, je crois, appliqué comme vous le faites à la nationalisation des banques vers l'intérêt général, et pour en finir une fois pour toutes avec la spéculation.

Jean-Jacques M’µ

15/08/2011, 09:25 | Par bernard01

bien d'accord avec vous georges AUSPITZ.

aujourd'hui triste anniversaire,il y a 40 ans prenait fin,BRETTON-WOOD.

il ne tient qu'a nous de le remettre sur pied.

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