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La télé rend (au minimum) con
Petit à petit, la France bascule de la télévision analogique à la télévision numérique terrestre (TNT). Le choix devient presque aussi large que l'éventail d'une belle andalouse. Dix-huit chaines gratuites contre six aujourd'hui ; au 30 novembre 2011, tout le territoire français sera couvert. Aujourd'hui de nombreuses études révèlent la toxicité de la télévision notamment pour les enfants. Alors que se développent des chaines spécialisées pour les enfants de moins de 3 ans, les chercheurs mettent en évidence la suspension de la motricité qui peut entraîner une modification des circuits synaptiques entre les neurones ce qui a pour conséquence une hyperactivité et un déficit attentionnel.
C'est notamment la réduction considérable de l'attention et de la relation entre parent et enfant qui est pointée. La télévision en quelque sorte se substitue aux parents et vient de cette manière court-circuiter ce que le philosophe Bernard Stiegler appelle une "écologie de l'affect" dans la famille tout autant que dans les relations sociales. On a vu ainsi diminuer la conversation familiale, en l'espace de 15 ans, d'1h12 à 34 minutes aux Etats-Unis. Le message "consumériste" de la télévision à l'égard des enfants a également pour effet de rendre l'enfant responsable dans 60 % des cas des intentions d'achat des parents. La publicité, qui a bien compris cela, joue volontairement un rôle funeste dans ce développement de "l'enfant consommateur".
Pendant des années on a pensé qu'il était bon pour les enfants de leur donner de l'alcool. Il s'agit maintenant de lutter contre un nouveau fléau qui cette fois-ci relève non seulement de l'économie domestique mais aussi de la politique des pouvoirs publics. Car des parents seuls, au milieu d'un univers où l'unique pulsion commande, ne pourront jamais totalement remédier à cet environnement dans lequel ils baignent eux-mêmes. La pauvreté de l'image et du discours que véhicule les chaînes les plus regardées est directement inféodée à une idéologie strictement marchande, abrutissante et dont les effets, créant frustration et mal être, commencent à se faire sentir de manière dramatique.
Pourtant, la télévision peut aussi proposer des programmes non polluants et retrouver une forme d'outil pédagogique, de transmission du savoir et de la discussion portée jusqu'au cercle familial. Inventer d'autre manière afin de ne pas subir la fascination morbide de l'image et des objets qu'elle nous promet passe par un éveil de la critique que seul le contact direct des choses, du réel, peut produire. L'éducation à une image active et non passive, purement hypnotique, est ce travail de l'imagination créatrice. C'est-à-dire finalement de produire cet invisible que le visible de l'image cache sous son manteau bariolé, séducteur mais si pauvre en vie.


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"La télévision en quelque sorte se substitue aux parents"
"On a vu ainsi diminuer la conversation familiale, en l'espace de 15 ans, d'1h12 à 34 minutes aux Etats-Unis."
"Le message "consumériste" de la télévision à l'égard des enfants a également pour effet de rendre l'enfant responsable dans 60 % des cas des intentions d'achat des parents."
Pour aller plus loin :
Pourquoi les parents délaissent-ils la conversation (et autres activités socialisatrices ou culturelles) avec leurs enfants, en les laissant de plus en plus souvent seuls devant la télévision?
je crois que des parents de 30 ou 40 ans ont aujourd'hui grandi avec ce monde de la télévision. Leurs héros et leurs références sont des images de télévision. Les signes ne sont pas les choses. Plus encore pour l'image omniprésente. En soi ce n'est pas mauvais, par contre la distance entre l'image et le réel est plus confuse. Je dirais même que cela est inversé. L'image d'un arbre n'est pas un arbre et de connaître une chose, un arbre, le savant qui me l'expliquera ne le fera jamais aussi bien que l'expérience qui me le fait sentir. On oppose souvent des signes à l'image (langage, raison, écriture, formules etc.) parce que, nous dit-on, il faut expliquer une image. Je crains que tout ceci ne soit pas vraiment le fond du problème mais au contraire un effet de la cause.
Ce n'est pas la télévision qui rend con, c'est l'usage qu'on en fait.
@Père Vert Pépère,
vous avez, je crois, en partie raison, en partie seulement: on peut faire un usage sélectif, à la fois divertissant et pédagogique de la télévision, mais cela demande, me semble-t-il, plus de ressources culturelles, plus d'attention, plus d'investissement que de laisser regarder n'importe quoi sur les chaînes engrangeant le plus de recettes publicitaires;
@Hestia,
pourriez-vous, SVP, donner les références des études que vous évoquez?
Les chiffres que j'avance sont repris d'un article publié par Philosophie magazine dans un entretien avec Bernard Stiegler. Dans le billet il y a lien qui fait référence à d'autres travaux. Ici un entretien avec Serge Tisseron qui publie avec Stiegler "Faut-il interdire les écrans aux enfants ? (Mordicus).
Nous sommes d'accord sur l'usage de la télévision et non de la technologie en soi. Mais il me semble que l'on peut parler de "prolifération", comme pour le nucléaire, en ce qui concerne et la télévision et la technologie.
Merci, Hestia, pour l'indication de la source
Contrairement au nucléaire par exemple, nous avons toujours le choix d'éteindre le poste, ou de trouver des programmes non abetissants, et notamment quand les enfant sont là.
Je crois que vous commettez une erreur de jugement. On peut toujours dire que d'avoir une arme à portée de main rend responsable, tout comme de conduire une automobile. Or avec toute technologie se forme de nouveaux rapports qui ne dépendent plus de la simple responsabilité. Il ne faut pas négliger cette idée que nous appréhendons autre chose qu'un outil (télévision, couteau, voiture, couche-culotte...). Je veux dire que l'idéologie n'est jamais loin de la technologie, que tout progrès ne s'accompagne pas nécessairement de la connaissance qui va avec. On peut aussi constater que nos grandes peurs sont en partie liées avec cette prolifération technologique qui va du nucléaire au vaccin contre la grippe A en passant par la télévision. Je crois que la notion de prévention est souvent un leurre car la catastrophe est d'abord là et qu'il est rassurant pour tous de se dire qu'on peut lutter contre un fléau que nous avons nous-mêmes produits. La première des responsabilités serait que nous ayons peur de ce mirage.
Je dis simplement qu'il y a un bouton qui permet de l'arrêter. Vous pouvez appeler ça une erreur de jugement si vous voulez.
La peur peut être utile, effectivement.
Reconnaître que nous, êtres humains, sommes fascinés par les images, et qu'il est donc possible de nous manipuler à travers elles, est une crainte basique qui peut nous aider à faire des choix.
La peur est bonne conseillère ? Voilà une idée très riche...
Oui, Hestia la télé telle qu'elle est rend (possiblement) con, encore que, la connerie n'est-elle pas un état immuable?
Auquel cas.... la télé s'adapterait à son public majoritaire!
Guy Debord
La societé du spectacle
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I. La séparation achevée
« Et sans doute notre temps... préfère l'image à la chose, la copie à l'original, la représentation à la réalité, l'apparence à l'être... Ce qui est sacré pour lui, ce n'est que l'illusion, mais ce qui est profane, c'est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l'illusion croît, si bien que le comble de l'illusion est aussi pour lui le comble du sacré. »
Feuerbach (Préface à la deuxième édition de L'Essence du christianisme)
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Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation.
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Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l'unité de cette vie ne peut plus être rétablie. La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation. La spécialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l'image autonomisé, où le mensonger s'est menti à lui même. Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant.
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Le spectacle se représente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d'unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l'unification qu'il accomplit n'est rien d'autre qu'un langage officiel de la séparation généralisée.
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Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.
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Le spectacle ne peut être compris comme l'abus d'un mode de la vision, le produit des techniques de diffusion massive des images. Il est bien plutôt une Weltanschauung devenue effective, matériellement traduite. C'est une vision du monde qui s'est objectivée.
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Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n'est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l'irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l'affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu'occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne.
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La séparation fait elle-même partie de l'unité du monde, de la praxis sociale globale qui s'est scindée en réalité et en image. La pratique sociale, devant laquelle se pose le spectacle autonome, est aussi la totalité réelle qui contient le spectacle. Mais la scission dans cette totalité la mutile au point de faire apparaître le spectacle comme son but. Le langage spectaculaire est constitué par des signes de la production régnante, qui sont en même temps la finalité dernière de cette production.
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On ne peut opposer abstraitement le spectacle et l'activité sociale effective ; ce dédoublement est lui-même dédoublé. Le spectacle qui inverse le réel est effectivement produit. En même temps la réalité vécue est matériellement envahie par la contemplation du spectacle, et reprend en elle-même l'ordre spectaculaire en lui donnant une adhésion positive. La réalité objective est présente des deux côtés. Chaque notion ainsi fixée n'a pour fond que son passage dans l'opposé : la réalité surgit dans le spectacle, et le spectacle est réel. Cette aliénation réciproque est l'essence et le soutien de la société existante.
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Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux.
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Le concept de spectacle unifie et explique une grande diversité de phénomènes apparents. Leurs diversités et contrastes sont les apparences de cette apparence organisée socialement, qui doit être elle-même reconnue dans sa vérité générale. Considéré selon ses propres termes, le spectacle est l'affirmation de l'apparence et l'affirmation de toute vie humaine, c'est-à-dire sociale, comme simple apparence. Mais la critique qui atteint la vérité du spectacle le découvre comme la négation visible de la vie ; comme une négation de la vie qui est devenue visible.
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Pour décrire le spectacle, sa formation, ses fonctions, et les forces qui tendent à sa dissolution, il faut distinguer artificiellement des léments inséparables. En analysant le spectacle, on parle dans une certaine mesure le langage même du spectaculaire, en ceci que l'on passe sur le terrain méthodologique de cette société qui s'exprime dans le spectacle. Mais le spectacle n'est rien d'autre que le sens de la pratique totale d'une formation économique-sociale, son emploi du temps. C'est le moment historique qui nous contient.
etc ... un livre d'une grande utilité pour comprendre le monde moderne ... et sans doute une des meilleures façons de comprendre et critiquer le monde médiatique ...
http://sami.is.free.fr/Oeuvres/debord_societe_spectacle_1.html