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Plaisirs déplaisants

 

"Plaisirs d'amour" tel est le titre d'une exposition que l'on a pu voir cette année et que l'on peut retrouver en ligne. On y aborde la sexualité, le plaisir, la relation amoureuse... par une histoire des représentations de la vie amoureuse et par un questionnement sur ce que peut bien être la sexualité aujourd'hui. Quand une exposition est intelligente, il ne faut pas hésiter à le signaler. "Le plaisir est le contraire de la peur", expliquait une des responsables de l'exposition dont l'objet est également de parler de la maladie et de l'amour. En effet, c'est aussi avec l'intention de prévenir les risques liés à la contamination par le HIV et l'hépatite B que l'opération est montée.
On pourrait se demander s'il est possible d'avoir peur du plaisir ou si le plaisir et la peur sont de même nature. Lorsque l'on parle de plaisir, on l'entend le plus souvent comme ce qui procure une sensation agréable. C'est-à-dire qu'à la fois sont mis en jeu les sens et l'effet produit par un objet sur eux dont le résultat est l'agréable. La peur ne met pas en jeu les sens mais bien plutôt l'imagination qui se dérobe à la connaissance. On a généralement peur de ce que l'on ne connaît pas, l'imagination se chargeant de transformer en pensée inadéquate l'objet de la peur. Là où peur et plaisir peuvent se rejoindre, c'est quand justement ils mettent tous les deux en jeu l'imagination et une fausse connaissance de ce qui fait peur ou fait plaisir. Car le plaisir en lui même est-il aussi plaisant que cela ? N'avons nous pas plus le désir de trouver plaisant quelque chose que d'éprouver réellement le plaisir ?
C'est pourquoi on pourrait dire que le contraire du plaisir serait la satisfaction, la pleine et entière auto-suffisance de l'être. Car le problème du plaisir est qu'à la fois il est conduit par un désir mais aussi qu'il en fabrique de nouveau en permanence. Autrement dit, au plaisir succède une frustration qui peut se transformer en une forme de dépendance qui ne comble pas le manque mais le fabrique, un peu à la manière des Danaïdes. C'est une critique de Platon que l'on retrouve dans le Philèbe (1). Ainsi, ne pas connaître la nature de l'objet du plaisir ne procure peut être pas de peur, car l'imagination n'est pas sollicitée, mais peut tout comme la peur avoir pour effet d'enfanter une douleur. Et pas seulement une douleur physique mais aussi une douleur psychique. C'est quand le plaisir est identifié à la réalité, elle même égale et identique à la chose objet du plaisir, qu'il peut s'éprouver de manière stable sans risque de déséquilibrer à la fois les sens, sur le mode de la démangeaison - plus ça gratte, plus ça gratte - et l'âme en l'alimentant par des désirs qui n'ont pas de réalité.
(1) A propos des vrais plaisirs, Socrate indique qu'ils sont "ceux qui sont liés aux couleurs qu'on dit belles, aux figures, à la plupart des parfums, ceux des sons et, en général, à tout ce dont l'absence n'est ni sensible ni douloureuse, mais qui donnent lieu au contraire à des réplétions qui sont sensibles, plaisantes et pures de toute douleur" (Platon - Philèbe 51 b).

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